‹ Note sur l'auteur du QuerolusChapitre 1 sur 2 · BORDEAUX · texte numérisé non relu

BORDEAUX

IMPRIMERIE G. GOUNOUILHOU

RUE GUIRAUDE, 11

.Extrait des Actes de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.

lb99

NOTE

UR LAUTEUR DU

QUEROLUS

Messieurs (*),

En parcourant en tous sens les œuvres d'Ausone pour y recueillir ce qui pouvait me renseigner sur l'emplacement de ses domaines, je me suis laissé attirer par bien d'autres curiosités de son texte. J'ai cru m'apercevoir que la critique verbale avait encore mainte occasion de s'y exercer efficacement, et que la critique historique et littéraire pouvaient y faire plus d'une curieuse découverte.

Je proposerai plus tard un certain nombre de corrections philologiques. Je viens aujourd'hui appeler seulement votre attention sur une conjecture que je me réserve de développer dans une dissertation spéciale, mais dont je veux vous faire connaître le résultat final parce que je le crois d'une importance considérable au point de vue de l'histoire littéraire de notre pays.

' (') Cette note a été lue à l'Académie de Bordeaux le t9 juin 1873.

Parmi les productions du quatrième siècle parvenues jusqu'à nous, il n'en est pas, dans la littérature profane, de plus intéressante que la belle comédie intitulée : Querolus, faussement attribuée à Plaute par les manuscrits. Les savants ont diversement disserté sur l'époque et le pays qui l'avaient produite. Plusieurs de nos critiques les plus illustres y ont vu l'œuvre d'un Gallo- Romain; je crois que l'on peut aller plus loin et supposer avec vraisemblance que c'est l'œuvre d'un Aquitain, presque d'un Bordelais : de cet Axius Paulus dont Ausone, son intime ami, vante une comédie intitulée : Delirus.

Je ne veux point entrer ici dans le détail de mes recherches; mais, comme des assertions de ce genre ne sauraient être formulées a priori et établies sur de simples impressions personnelles, je tiens à vous édifier au moins sur la nature des arguments dont je fais usage.

Ces arguments sont de plusieurs sortes, et je m'efforce de démontrer la vérité de ma thèse :

1° Par des faits relatifs à la forme littéraire, tels que : — Analogies de certains passages du Querolus avec certains passages des poésies d'Ausone, ou allusions réciproques. — Forme métrique se rapportant à merveille à ce que dit Ausone à propos du Delirus d' Axius Paulus.

2° Par des faits relatifs à l'auteur du Querolus, tels que : — Relations avec un Rutilius, auquel cette pièce est dédiée. — Indications, dans cette dédicace, de faits relatifs à l'auteur et identiques à d'autres indications tirées d'Ausone et relatives à Axius Paulus.

3° Par des considérations d'ordre historique.

4° Enfin par un fait matériel qui n'est point par lui-.

même une preuve décisive, mais qui en acquiert toute la valeur, lorsque d'autres considérations viennent ainsi lui prêter appui ; ce fait, vous l'avez deviné déjà, est le nom même de l'ami d'Ausone. Il est à peine besoin, en effet, de montrer combien était naturelle, inévitable même, l'erreur par suite de laquelle le nom d'un auteur comique gaulois, peu connu hors de son pays :

AXIVS ou ACCIVS PAVLVS

devait devenir, sous la plume des copistes étrangers, celui du plus illustre des comiques du monde romain :

ACCIVS PLAVTVS

Je m'arrête à ces quelques mots. Pour donner à mon travail tous les développements nécessaires, quelques livres, difficiles à trouver, me manquent encore, ainsi que certaines collations de manuscrits; mais ayant, depuis longtemps déjà, l'espoir de restituer à un écrivain de notre pays une œuvre d'un très grand mérite, je ne veux pas tarder davantage à vous faire part d'une nouvelle susceptible de vous intéresser.

Gela dit, j'ai hâte de céder la parole à notre bien cher confrère, M. Léo Drouyn, qui va nous raconter les vicissitudes de ces vieilles murailles que virent Ausone et Paulus (4), et du milieu desquelles nous retirions hier encore deux monuments (2), témoins parlants de ces

(') Dans la même séance, M. Léo Drouyn lut l'Introduction de son intéressant ouvrage : Bordeaux vers 14ôo. r) Voir la noie à la page suivante.

NOTE

Ces deux cippes, tirés du mur romain (coin Est de la rue des Épiciers et du cours d'Alsace-Lorraine), ont été découverts vers le milieu de juin 1873, et transportés au Musée épigraphique sur mes instances et par les soins de M. Gassies.

Voici l'inscription de l'un des cippes :

VCRETAVRFUAE EFWCT- ANM XX

Le dernier A de la 2« ligne porte une traverse un peu oblique qui représente l'I du mot FI LIA E.

Trace d'ascia sur la face latérale du monument, à gauche de l'inscription.

Pierre en assez bon état, sauf la cassure qui enlève un L au commencement de la 2e ligne et un D au commencement de la 3e. — Gravure assez élégante et régulière.

L'autre cippe porte l'inscription suivante :

M E Mo

ANM LXXVI1I

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