Féré, Archives de -physiologie, 487G, p
CADIOT, GILBERT et ROGER. - TIC DE LA FACE 433 chute sur le pariétal droit; mais l'absence d'autopsie empêche de tirer de ce cas une conclusion légitime au point de vue qui nous
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D'ailleurs tous les faits qu'on pourrait rassembler n auront jamais qu'une valeur relative; il est bien certain qu'une irritation portant sur un point du trajet du facial pourra provoquer des mouvements dans les muscles innervés; que la lésion soit méningée, cérébrale, bulbaire ou périphérique, le résultat sera le même et toutes les autopsies de spasmes symptomatiques ne suffiront jamais à éclairer la pathogénie du tic essentiel; pas plus que les autopsies d'épilepsie jacksonnienne ne permettent de déduire le point de départ de l'épilepsie vraie. La difficulté est la même pour toutes les névroses.
Malgré les progrès de l'expérimentation, il est impossible de produire, chez les animaux, un tic de la face; tout ce qu'on peut faire, c'est de déterminer des mouvements spasmodiques en excitant un point du facial, depuis son origine corticale jusqu'à sa sortie du crâne; une telle expérience n'a évidemment pas plus de signification que les autopsies de spasmes symptomatiques.
Mais, si on ne peut provoquer de maladies nerveuses, on peut profiter des cas développés spontanément; on sait en effet que les névroses ne sont pas absolument rares chez les animaux ; on observe assez souvent de l'épilepsie et de la chorée, ou du moins des maladies plus ou moins analogues à ces névroses. Or, nous venons justement d'avoir l'occasion d'étudier une chienne atteinte de tic essentiel de la face, ce qui nous a permis de transporter la question sur le terrain expérimental.
Cette chienne était âgée de sept ans, lorsqu'au mois de septembre 1889 elle fut abandonnée à l'école d'Alfort.
Depuis l'âge de cinq ans, elle était affectée de polypes du vagin qui avaient été enlevés une première fois en 1887, une deuxième et une troisième fois en 1888; comme ils s'étaient encore reproduits, les maîtres de l'animal avaient résolu de s'en débarrasser.
Lorsqu'ils nous l'amenèrent, nous fûmes immédiatement frappés par l'existence, dans le côté droit de la face, de secousses instantanées rappelant exactement celles du tic facial humain.
A chacune de ces secousses, l'oreille est portée en arrière, l'œil se ferme légèrement, la lèvre supérieure se lève et se plisse, la commissure labiale est attirée en arrière, la peau du cou et de l'épaule remonte un peu, l'os hyoïde enfin subit un léger déplacement. Les mouvements prédominants sont ceux de la lèvre supérieure, de la commissure et de l'oreille. La sensibilité est conservée dans toute la zone affectée. On n'observe aucune modification appréciable du
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côté de la langue, du voile du palais ou des autres parties du corps.
Les brusques secousses du tic se succèdent avec une fréquence qui varie selon les conditions dans lesquelles la chienne est observée. Lorsqu'elle est tranquille, au repos, l'on compte de 35 à 40 contractions par minute. Lorsqu'elle devient sérieusement attentive, les contractions diminuent d'intensité et de fréquence au point de disparaître complètement pendant quelques instants. Enfin, lorsqu'elle mange ou dort, le tic persiste avec les caractères qu'il offre lorsqu'elle est à l'état de veille.
D'après les renseignements que nous avons pu recueillir, la mère de cette chienne serait morte à dix ans, sans avoir jamais présenté de symptômes de maladie nerveuse. Elle-même, à l'âge de seize mois, aurait eu la maladie et ce serait à sa suite que le tic se serait manifesté, persistant ainsi depuis plus de cinq ans, sans s'être modifié d'une façon appréciable. Le tic avait donc débuté bien avant que les polypes du vagin se fussent développés et ne pouvait en aucune façon être considéré comme étant sous leur dépendance.
Nous nous sommes proposé de rechercher chez l'animal dont nous venons de rapporter l'observation, en quelle partie du système nerveux on pouvait localiser le trouble fonctionnel qui entretenait les mouvements anomaux. Nombre d'auteurs admettant aujourd'hui que le tic essentiel de la face a une origine corticale, nous avons décidé tout d'abord d'extirper la portion de Fécorce qui commande les mouvements de la face.
Au préalable nous avons voulu répéter les expériences de Ferrier *, de façon à pouvoir sans tâtonnements arriver sur la région que nous voulions détruire. Il est inutile de rapporter en détail les recherches préliminaires que nous avons faites et de rappeler une fois encore avec quelle facilité on peut provoquer des mouvements dans telle ou telle partie du corps, suivant qu'on excite tel ou tel point du cerveau. Les résultats que nous avons obtenus ont été tout à fait conformes à ceux qu'a publiés le savant physiologiste anglais et nous ont permis de connaître, pour ainsi dire mathématiquement, la région du cerveau dont la destruction, dans l'hypothèse de l'origine corticale du tic, devait amener la disparition de celui-ci. Nous étions donc en mesure d'opérer sur le chien malade.
Cet animal a été endormi suivant le procédé de M. Dastre (atropomorphine et chloroforme) et nous avons pu constater tout d'abord que le tic persistait pendant le sommeil artificiel. Nous avons alors appliqué une couronne de trépan, incisé la dure-mère de façon à
1. Ferrier, Les fondions du cerveau (Trad. française), p. 233.
CADIOT, GILBERT et ROGER. — TIC DE LA FACE 435 mettre le cerveau à nu et, avec une curette, nous avons extirpé la zone motrice du facial; il n'est survenu aucun changement dans le tic. L'opération ayant donné lieu à un écoulement sanguin un peu abondant, nous avons cautérisé au thermo-cautère la région extirpée, sans que le tic se soit modifié. Devant ce résultat négatif, nous nous sommes décidés à détruire peu à peu toute l'écorce de l'hémisphère gauche, ce qui n'a amené aucun changement appréciable.
Cette première partie de l'expérience démontrait avec la plus grande évidence que le tic ne reconnaissait pas pour cause un trouble fonctionnel des circonvolutions. Mais peut-être pouvait-on localiser l'affection dans la capsule interne ou les corps opto-striés; nous avons donc détruit ces parties et nous avons pu constater la même persistance du tic.
Nous avons alors attaqué l'hémisphère droit, sans amener de modification dans les manifestations morbides. Nous avons continué à détruire les centres nerveux et nous avons détaché complètement le cervelet; les symptômes sont restés les mêmes. A ce moment» l'hémorrhagie était assez abondante; pourtant l'animal continuait à respirer régulièrement et le cœur battait avec force.
Nous avons ensuite porté l'instrument vers la protubérance et nous avons observé quelques phénomènes curieux que nous comptons décrire plus amplement dans un autre travail ; à plusieurs reprises, l'animal, qui était resté parfaitement calme pendant la destruction des autres parties de l'encéphale, s'est relevé brusquement, s'est agité et a aboyé avec violence et d'une façon persistante ; les mêmes phénomènes se sont reproduits trois ou quatre fois.
Le tic n'ayant pas été modifié, nous avons poursuivi la destruction de la protubérance et des parties sous-jacentes. A un moment le tic et la respiration s'arrêtèrent brusquement : on crut l'animal mort, mais, après quelques secondes, la respiration reprit; seulement le tic avait cessé. Malgré les énormes mutilations et la perte de sang que cet animal avait subies, les deux grandes fonctions de la vie continuaient encore; la respiration et la circulation étaient régulières, mais le tic avait complètement disparu.
L'autopsie des centres nerveux nous a permis de déterminer exactement le siège du trouble fonctionnel qui entretenait la maladie. Nous avons constaté que nous avions complètement évidé la boîte crânienne et séparé la région bulbo-protubérantielle des parties supérieures; le mésocéphale était presque totalement détruit; il ne subsistait plus qu'une surface très restreinte de la partie gauche du triangle protubérantiel du quatrième ventricule. Le bulbe était entouré d'un léger épanchement sanguin ; les deux noyaux du facial
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étaient respectés à gauche; à droite, ils étaient sur la limite de la partie complètement détruite; ils se trouvaient malaxés et infiltrés de sang, ne présentant d'ailleurs aucun indice d'une altération ancienne.
Les résultats obtenus dans notre expérience et les destructions constatées à l'autopsie, démontrent clairement que le tic de la face n'a cessé que lorsque les noyaux de la septième paire ont été atteints. Il n'y a pas à invoquer ici une lésion du nerf lui-même à sa sortie du bulbe; l'autopsie a parfaitement démontré l'intégrité des branches d'origine du facial.
En résumé, ni la destruction du centre cortical du facial, ni la destruction de l'hémisphère gauche tout entier ou des doux hémisphères, ni la destruction de la protubérance n'ont amené de modification dans le tic dont était atteint l'animal sur lequel nous avons expérimenté. Seule la destruction des noyaux bulbaires du facial a déterminé la suppression du tic, alors que la respiration et la circulation continuaient encore. Nous croyons donc pouvoir conclure que, dans le cas que nous avons étudié, le tic de la face reconnaissait pour cause un trouble fonctionnel des noyaux d'origine do la septième paire.
Peut-on, de notre observation, tirer une conclusion qui soit applicable à la pathologie humaine? De ce que, chez un chien, le tic était d'origine bulbaire, peut-on déduire qu'il reconnaît toujours la même origine?
Certes nous ne voudrions pas généraliser hâtivement les résultatsque nous avons obtenus, mais il me semble que l'origine bulbaire du tic de la face explique parfaitement tous les symptômes observés dans cette affection, lorsqu'elle ne dépend pas d'une lésion matérielle, c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de tics essentiels ou réflexes. Pour cette dernière variété, c'est cette localisation qui semble la plus admissible; on ne connaît guère de réflexes ayant pour siège les circonvolutionscérébrales. Lorsque le tic survient au cours d'une névralgie trifaciale,. l'origine bulbaire est seule soutenable et s'explique facilement parle voisinage des noyaux des cinquième et septième paires. Quant à l'influence de la volonté, elle est en somme passagère : le plus souvent, le malade ne peut arrêter que pour un instant ses mouvements convulsifs; il s'agit alors d'une action inhibitoire exercée par le cerveau sur les centres sous-jacents.
On sait, du reste, que diverses névroses peuvent avoir leur localisation en dehors des hémisphères : M. Chauveau, dont les recherches ont été confirmées par Garville, Legros et Onimus, a montré que la chorée du chien avait une origine médullaire. M. Brown-Séquard
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a établi le point de départ bulbaire de l'épilepsie expérimentale. Nous croyons qu'il doit en ôtre de même pour le tic essentiel de la face et nous pensons que l'origine extra-cérébrale de ces diverses névroses est la conception qui, dans la majorité des cas, cadre le mieux avec les phénomènes observés.
Quoi qu'il en soit, notre observation nous semble de nature à éclairer quelque peu le mécanisme des tics « dont l'étude, suivant la remarque de Erb, constitue un des chapitres les plus obscurs de la pathologie du système nerveux ».