SUR
Il y a trente ou quarante ans, bien peu de villes en Europe avaient des promenades publiques, telles qu'on les voit aujourd'hui à Paris et dans quelques villes de France, où l'on a voulu favoriser les joyeux ébats de l'enfance et procurer aux habitants un lieu de repos qui pût charmer l'esprit et les yeux par la vue de massifs de fleurs et de pelouses soigneusement entretenus. Pour compléter ces travaux si utiles, il faudrait, quand c'est possible et comme au jardin botanique de Bruxelles, enseigner au public, par des étiquettes convenables, l'origine, le nom et l'usage des principaux végétaux.
Vienne avait son Prater, Londres ses grands parcs, Madrid son Prado, Florence ses Caséines, Paris ses bois de Boulogne et de Vincennes; mais qu'il y a loin de là aux jardins publics que l'on a créés ou transformés aujourd'hui et qu'on nomme à juste titre les poumons des villes, quand même ils en seraient éloignés, car les chemins de fer et les tramways actuels transportent le dimanche les promeneurs par milliers, pour les faire bénéficier à peu de frais de l'air pur de la campagne. Le « Central Park » de New- York et bien d'autres, aux États-Unis, sont des modèles en ce genre; là, on a fait plus : on a bien, à l'avance, gardé et consacré comme « parcs nationaux » des
portions entières de territoires, comme la vallée de Yosemite ou le parc de Yellowstone, qui renferment des merveilles naturelles. Chez nous, il devrait en être de même pour la forêt de Fontainebleau et pour bien d'autres points du territoire qui méritent d'être religieusement entretenus et conservés, comme on le fait pour les monuments historiques.
Lorsqu'une main puissante, qui avait puisé ses inspirations en Angleterre, voulut transformer et embellir Paris, elle sut réunir, pour accomplir ses projets, quatre hommes d'élite auxquels on élèvera des statues un jour, si jamais, ce dont je doute, le bon sens et la raison prennent chez nous la place de nos stériles préoccupations politiques. Ces quatre hommes, dont deux seulement survivent aujourd'hui, sont MM. Alphand, Haussmann, Belgrand et Barillet-Deschamps : tous, dans des genres divers, ont fait faire des progrès immenses à l'hygiène et à la beauté des villes, puis contribué à augmenter dans ces villes la moyenne de la vie humaine. Ils ont créé à Paris ce qu'on a improprement appelé des « squares », puis des parcs paysagers qui ont été imités depuis dans toutes les villes de l'Europe*.
Qu'on me permette ici, à cette occasion, une réflexion qui n'a rien à faire avec l'art des jardins, mais qui vient à l'appui de l'opinion que je viens d'exprimer sur ceux [qui ont embelli Paris.
Cette réflexion me revient à l'esprit chaque fois que j'entre dans le château de Versailles et que je lis sur son fronton : « A toutes les gloires de la France. » N'y a-t-il pas là une erreur qu'il serait bien temps de faire comprendre à la jeunesse? Quand vous entrez dans le palais de Louis XIV, qu'y voyez-vous? Des scènes de pillage, de meurtre, de boucherie humaine, suivies; de portraits d'hommes à panache et dorés sur toutes les cou*
1. Ceux qu'iatëressent les jardins publics ne devront pas manquer de consulter :
fo Les Promenades de Paris, par A. Alphand, 1 vol. grand in-fol., chel^ J. Rothschild.
2° UArt des Jardins, par Ed. André, 1 vol. in-4o. Paris, G. Masson.
30 VArt des Jardins, par le baron Ernoup et A. Alphand, 1 vol. in-4». J. Rothschild.
tures. J'y vois des malheureux gisant inanimés sur le sol et égorgés les uns par les autres, sans qu'ils se connaissent, sans qu'ils aient aucun motif personnel de se nuire et cela, tandis que les grands chefs, ceux qui tirent les marrons du feu, ne courent aucun risque pour leur propre peau. Ne se demandet-on pas alors si le monde n'est pas une grande maison de fous furieux? Que nous a laissé toute cette fumée qu'on appelle les guerres du premier Empire, celles de Crimée, d'Italie, du Mexique, et surtout celle de Prusse? Agissant comme des commis voyageurs chargés de colporter autour de nous les « immortels principes de 89 » que nos voisins ont eu le bon esprit de nous laisser pour compte, nous avons porté notre drapeau dans toutes les capitales de l'Europe pour en revenir diminués et amoindris. Le résultat le plus clair de cette épopée, c'est 15 à 20 milliards de dépenses, 6 à 800000 morts, une dette énorme, des impôts excessifs; des pensions à payer, plus une paix armée qui coûte annuellement à l'Europe 5 milliards et le travail de 2 ou 3 millions d'hommes, la fleur de la jeunesse. Si quelque grand génie, au lieu de chercher la gloire militaire et de faire prévaloir le droit de la force, tournait son esprit vers les arts de la paix, quel rêve? Quand le budget de la production sera-t-il égal à celui de la destruction? N'est-ce pas dans la paix seulement que sont possibles les réformes utiles et durables? Qu'on me permette donc de ne pas m'incliner, comme tout le monde, devant la gloire militaire et de lui préférer les autres manifestations de l'esprit humain. Depuis la guerre de 1870 surtout, les panaches me font moins d'effet; on m'accusera de manquer de « patriotisme », soit; je me flatte, moi, d'être patriote, mais non pas chauvin; chacun sert son pays à sa manière et je préfère décidément à l'art de la guerre l'art des jardins. Est-ce qu'un homme qui importe la pomme de terre, celui qui invente le téléphone, qui améliore les procédés agricoles, qui expose sa vie sur les mers ou dans les mines, qui crée des canaux pour porter partout la richesse et la vie, est-ce que le génie qui guérit la rage, est-ce que le médecin qui supprime la douleur physique et prolonge la durée de la vie humaine, est-ce que tous ces hommes artistes, savants,
agriculteurs, ingénieurs ou marins, n'ont pas des titres d gloire équivalents à ceux des militaires? Ne serait-il pas temp de cesser de parler à nos enfants des « victoires et des coa quêtes des Français » et de leur enseigner quelle est la vrai gloire et le véritable mérite dans l'humanité * ?
Mais revenons aux parcs publics et à l'embellissement de villes.
On sait que Lisbonne, comme Gonstantinople, Naples ou Alger, est bâtie en amphithéâtre et occupe une position magni fique sur le Tage. Elle a voulu, à son tour, avoir son parc public et tirer parti d'un immense terrain de 38 hectares situé à l'extrémité nord de l'avenue de la Liberté. Il y a là une mer-* veilleuse artère de plus de 3 kilomètres qui commence au bo du Tage, à la place du Commerce, traverse les rues Aurea ei Prata, la place Don Pedro et la longue avenue de la Liberté pour aboutir à la place du Marquis-de-Pombal où se trouver l'entrée principale du parc nouveau. On aura, de son somme l'un des plus beaux panoramas de l'Europe, et je ne connai guère que les Champs-Elysées, à Paris, qui, de l'arc de l'Étoile ofifrent une aussi longue perspective en ligne directe.
La ville de Lisbonne, pour transformer son parc, a établi, li 30 mai 1887, un concours ouvert jusqu'au 2 novembre suivant à tous les architectes-paysagistes nationaux et étrangers, aux^ quels elle a fourni un plan coté du terrain très irrégulier, trè mouvementé, qu'ils avaient à étudier. On verra, par le pla ci-joint (fig. 1), où sont marqués les cotes de niveau, que 1 pente du sol dépasse 50 mètres. Comme indication générale, i fallait, en outre, des allées secondaires qui devaient conduir en pente douce à tous les points importants du parc, il fallait.
1. Ceux qui voudront me comprendre feront bien de lire le récent ouvra( de M. Ch. Grad : le Peuple allemand^ ses forces et ses ressources, i v< ki-18. Paris, Hachette. — Loin de moi la pensée de diminuer en rien l'iiL. portance de Tarmée : je sais fort bien que la prospérité et la richesse d'u^ peuple ne sont complètes que si ce peuple dispose d'une puissance militaii suffisante pour les défendre. Mais je voudrais que dans l'estime publiqi fussent placés sur le même pied tous les ouvriers de la pensée : savant artistes, agriculteurs, industriels, tous ceux enfin qui, par un travail quel conque, contribuent à la richesse et à la grandeur du pays.
Hche^le ffi^ôô
FiG. 1. — Plan des terrains à transformer pour le Parc de la Liberté
à Lisbonne.
dis-je, établir une allée principale de 35 mètres de largeur con tournant tout le périmètre du parc et divisée en trois bandea une de 25 mètres de largeur pour les voitures, l'autre de 5 m très pour les cavaliers, et la troisième aussi de 5 mètres, po les piétons. Il était indispensable de disposer les massifs, r chers, cascades, ponts ou constructions quelconques, de tell sorte que, de l'extrémité septentrionale du parc, la vue pii embrasser sans obstacle, toute l'avenue de la Liberté. Enfin dans la prévision où le jardin zoologique actuel vienne à êtr transféré dans le parc, il fallait préparer dans le plan génér une variante destinée à être appropriée a cet usage et d'un surface de 8 à 10 hectares.
Il était établi trois prix pour les trois meilleurs plans, puis des mentions honorables pour les suivants. Les projets récompensés devaient rester en propriété à la municipalité qui se réservait le droit de choisir, parmi eux, celui qui lui paraîtrait le plus avantageux, ou bien de le modifier comme elle le jugerait convenable.
Après un premier triage, 26 concurrents restèrent en présence. Le jury, composé de Tingéhieur en chef de la ville, de l'ingénieur en chef de la section des jardins, de l'architecte dei la ville, d'un ingénieur forestier et d'un jardinier-chef, décerna les trois prix à des architectes-paysagistes français : le 1" à M. Henri Lusseau, de Bourg-la-Reine, près Paris ; le S*' à M. Henri Duchêne, de Paris ; et le S^ à M. Eugène Deny, de Paris. Deux des mentions honorables ont été attribuées à des Français : M. Morel, de Lyon, et M. Durand, de Paris. La troisième est échue à un architecte de Berlin.
Je crois qu'il y aurait intérêt, pour les architectes-paysagistes et pour les municipalités qui étudient la transformation ou la création des parcs publics, à connaître les plans primés à Lisbonne. Dans ce but, je vais décrire ceux de MM. Lusseau, Duchêne, Deny et Durand, de Paris, qui ont bien voulu me confier les éléments de leur travail.
Comme. on Ta vu, en étudiant le plan de l'état actuel des lieux (fig. i) et le programme officiel, il était indispensable d'abaisser la butte centrale qui couvrait la perspective gêné-
raie partant du sommet du parc, pour aboutir au Tage ; il falilait utiliser les autres buttes, pour éviter des frais, en y plaçant les constructions accessoires ; enfin, il fallait ombrager largement les allées principales et réserver 8 à 10 hectares pour le jardin zoologique. Je n'ai pas besoin d'ajouter que pour juger un plan quelconque, il faut trois choses : !•* l'état des lieux qu'on doit transformer ; 2° le parti qu'on en a tiré, c'est-à-dire ,le plan qu'on a tracé ; 3° enfin, ce que cela doit coûter. ! Voici d'abord l'opinion du jury sur le projet de M. H. Lusseau, qui a été placé en première ligne (plan n** 1) û
Le dessin du parc est établi avec élégance et son auteur a pro- Bté des conditions du terrain pour distribuer convenablement les jivenues, en y employant des courbes gracieuses, en plaçant les chutes |d'eau en rapport avec la grandeur du terrain et en y disposant artistement les massifs, les groupes isolés et les arbres d'alignement. Les constructions qui Tembellissent sont parfaitement appropriées au but auquel son auteur les a destinées, ayant eu soin d'y appliquer une architecture en harmonie avec le local.
Les courbes des allées se joignent et se relient sans effort : leur direction, franchement indiquée, ne fera pas hésiter le promeneur dans la direction à prendre . Elles sont toutes en nombre suffisant, sans être trop nombreuses, et conduisent aux points importants du parc. Les principales sont ombragées, chose importante dans un pays comme le Portugal. Le relief du sol est conservé autant que le permettaient les effets perspectifs à ménager.
Les dimensions du lac sont en harmonie avec la dimension du parc, et il occupe un emplacement qui est le meilleur par rapport au relief naturel du sol, car il se trouve à l'entrée à gauche, comme le veut le terrain .
La cascade, d'un bel effet (fig. 2), parait donner des aspects nou- Teaux et le ruisseau qu'elle forme épouse bien le fond de la vallée. Les sinuosités se rapprochent de temps en temps des allées, d'autres sont cachées par des massifs et arbustes, afin de ramener l'imprévu sans produire de monotonie.
Gomme on le voit, par le plan d'ensemble, l'auteur du projet, qui a obtenu le \ *' prix, a conservé la grande dépression du nord du terrain, en y créant un gigantesque rocher caverneux surmonté d'une ruine, d'où la vue s'étend sur tout le parc jusqu'à la mer, y compris l'avenue de la Liberté dans toute sa longueur : le monticule de la partie Est a permis d'y placer un abri, d'où l'on jouira d'une vue complète de la ville, de la mer et du parc entier. On y a
mis un moulin à vent pour utiliser une nappe d'eau qui s*y trouve et l'envoyer dans les réservoirs situés près de la ruine : le moulin à vent actionne des pompes qui, en cas de disette d'eau, alimenteraient les réservoirs : il est entouré d'arbres, en sorte que la roue seule, au besoin, est visible.
Il a été laissé une portion suffisante du parc, destinée au Jardin zoologique : on y a indiqué seulement l'habitation du conservateur, les bureaux, un||palais des singes et des reptiles, une grande volière, un kiosque de refuge pour les promeneurs et une prise d'eau avec rivière pour les aquatiques .
Le grand rocher (fig. 2) utilise la partie accidentée du terrain ; la hauteur est de 45 mètres au-dessus du niveau du bassin, où se trouve un gué. Derrière la nappe d'eau de la cascade sont de grandes cavernes que l'on traverse par plusieurs crevasses de rocher. Trois ponts existent de roche en roche au-dessus de la chute.
Dans la composition du café-concert (Cv^. 3), l'auteur a pris un style de fantaisie qui s'allierait avec l'ensemble du parc et qui présenterait de tous côtés des vues intéressantes. On l'a placé sur une terrasse semi-circulaire, d'où l'on descend dans le parc par un escalier en fer à cheval. Le soir, lors des illuminations et des fêtes, ce café-concert aurait un effet des plus heureux.
La vacherie (fig. 4 et 5) se compose d'une crémerie ou salle de consommation, puis d'une étable pouvant contenir trois vaches. La paroi séparant la laiterie est divisée en trois baies garnies de glaces sans tain, pour permettre au public de voir les vaches sans être incommodé par leur odeur.
Je donne à dessein, ci-dessus, Texplication complète du plan de M. Lusseau, telle que Ta fait connaître le jury, afin que le lecteur puisse juger, par lui-même, la manière dont les autres concurrents ont rempli le programme. Bien entendu, je ne donne ici aucune appréciation personnelle et je me borne à indiquer, à grands traits, pour chaque projet, les caractères principaux et l'idée du plan de chacun des concurrents.
Pour M. Duchêne (plan n** !2), qui a obtenu le 2° prix, le jury a formulé son opinion comme suit :
Le 2® prix est un projet complet et bien étudié, étant à regretter que son auteur, se limitant trop au programme, ait sacrifié la beauté du dessin et l'effet du parc, dans le but d'obtenir que, de l'extrémité Nord,onpùtap3rcevoir l'avenue et le Tage, organisant,
à cet etfel, deux vallées dans le sens longitudinal, l'une occupée par les «aux et l'autre gozonnée. La grandeur du lac n'est pas asseï
proportionnée à la superficie du parc. Les avenues sont très bien étudiées en rapport au projet et les constructions sont nombreuses
et aJaihlOes à l'embellissemenl du parc. A l'exception du grand château- J'eau et du réservoir, toutes les constructions sont élégantes et assez peu coûteuses; enfiu la position de chacune d'elles est bien choisie.
Le lecteur, en étudiant les observations qui précèdent el en les comparant avec celles qui s'appliquent au 1" prix, pourra facilement se former une opinion. L'auteur a couronné son œuvre par un vaste château-d'eau [fig. 6) dominant la vallée et formant point de vue à l'entrée du parc. De ce chàteau-d'eau, on aperçoit tous les environs, tandis que de
Fin. 6. — Projet Duchéne {N' H du l'iao).
la grotte (liff. 7), la vue s'étend sur la nappe d'eau du parc el se confond au loin avec le Tage, qui a là 8 à 9 kilomètres de largeur. La figure 8 est iin kiosque élégant pour la musique, et la figure 9 indique les ponts et les cascades n" 8 et 11 du plan.
Voici maintenant l'opinion du jury sur le plan de M. K.Deny, qui a obtenu le 3* prix (plan n" 3) :
II présente un dessin élégant et harmonieux : toutes les eaux, en rapport aux élévations du terrain, y étant hien distribuées. Les avenues sont bien dessinées et en nombre suffisant. Le mémoire présenté par leur auteur est complet et minutieux quant à la distribution et au choix des arbres.
Pour ce qui concerne les constructions qui décorent le parc, aucune de celles qui ont été présentées ne mérite de mention fpi-
ciate : elles maniuent d'originalité, quoique leur position se trouve bien étudiée.
En parcourjtnt le nuimoire imprimé qui accompagne le plan
de M. Deny, on voit ; 1° qu'il s'est attaché surtout au parc proprement dit et non aux constructions architecturales qui doivent le compléter ; 2° qu'on a donné une attention spéciale au
jardin zoologique, qui renferme ii peu prés tout ce qu'on doit trouver dans un établissement de ce genre.
La perspective générale du parc (lig. 1 0] donne une idée assez exacte de l'ensemble, sauf les pentes qui, dans la nature, sont très sensibles, puisqu'il y a plus de 50 mètres entre les parties
Nord et Sud du terrain. L'accès de l'ile a lieu par un pont suspendu (lig. a) et les bords en sont rocaillés avec sentiers conduisant à un pavillon (fig. 12) et à la grande cascade. Sur le
point culminant se trouve une statue delaLiberté{rig. 13) montée sur un piédestal élancé. De cet endroit, une vaste terrasse, garnie de balustres, permet h la vue d'embrasser l'ensemble du parc et de se porter par le vallounement central jusqu'au Tage.
J'arrivt! au dernier projet des architectes-paysagistes de Paris (plan n° i), celui de M. Durand fils, qui a obtenu une mention honorable. Ici, pas de compte rendu du jury et le lecteur formera lui-même son opinion.
L'auteur a placé deux lacs à la partie basse du parc, et entre
Fia. lî. — Projet Dcny (N- e du l'isu).
les deux, un restaurant avec ses dépendances. Un prand rhalet suisse, entouré de conifères, forme perspective dans la partie hante et la grande cascade est placée, comme sur les autres plans, dans une vieille carrière transformée à cet effet. Une légère passerelle, appuyée sur des rochers artificiels, réunit les deux côtés de la vallée, tandis que des allées de piétons sont tracées dans les pelouses, en côtoyant les lacs et les rochers r comme on le verra sur le plan, un belvédère (n" i} permet
d'embrasser l'ensemble du parc et tous les points environnants.
Si le lecteur a bien voulu examiner attentivement les plans fit dessins qui accompagnent cette note, y compris le plan
Via. 13. ~ Projet Deay (S" 17 du rlBO].
n" i, qui donne les cotes et l'état des lieux qu'il fallait transformer, il aura eu entre les mains tons les documents vonlns pour se former une opinion sur la valeur de chaque projet. Il y aura vu avec quelle habileté nos architectes -paysagistes parisiens savent changer un sol aride et poudreux en une sucées
sion de sites et de promenades imitant ce que la nature nous offre de plus riant.
Il y a là un art des plus attachants qui développe chez l'homme qui le cultive la recherche et le goût du beau et du bien dans la nature ; il y a, en outre, ce qu'on ne saurait trop remarquer, la contre-partie des défauts des villes où l'homme vit sans air pur et sans espace, il y a l'embellissement de terrains élevés, bien aérés, qu'on a justement appelés les poumons des villes, où l'hygiène trouve son compte, où l'enfant se fortifie et où le vieillard rencontre un lieu de repos. Bien heureuses les villes qui comprennent ces vérités et qui, d'avance, s'assurent de sites convenables pour y créer des parcs publics î
Lorsqu'un étranger vient à Paris, il ne manque pas de visiter Versailles, Fontainebleau et Pierrefonds. A Londres, on va voir Kew, Richmond et Windsor. Puisque nous sommes à Lisbonne, allons faire l'excursion de Cintra qui est la plus curieuse des environs de la capitale du Portugal.
Lorsqu'on vient de Lisbonne, longtemps avant d'atteindre Cintra, on voit se dresser devant soi, comme une apparition fantastique, une montagne terminée par deux pitons pointus, dont l'un est couronné par les ruines d'une ancienne forteresse arabe, le « Castello dos Mouros », et lautre parle château de la Penha, hérissé de dômes et de tourelles (fig. 1-i). Ce château, qui appartient à la couronne, réunit les genres les plus bizarres de l'architecture arabe et espagnole. La figure 15 donne l'aspect de la cour intérieure : c'est un ancien monastère érigé en 1514 par don Manoel sur l'emplacement d'une citadelle maure. Ce monastère a été transformé de nouveau en palais, il y a quarante ans, par don Fernando II, le père du roi actuel. Son parc renferme des végétaux magnifiques groupés par le feu roi D. Fernando, qui était un amateur des plus éclairés. Vouloir en donner le détail serait trop long : il me faudrait, comme pour Montserrate, mentionner toute la flore tropicale et australienne placée dans des conditions exceptionnelles de végétation. Là se trouvent de véritables bois d'orangers, de camélias, de rhododendrons, d'hortensias, et plus haut des
conifères magnifiques. Dans les pentes et les parties rocheuses, les fougères, les rosiers, les géraniums prennent des proportions dont nous n'avons, dans le Nord, aucune idée ; c'est là que Gamoëns et Byron ont puisé leurs plus belles inspirations. Dans ces jardins d'Armide, ce ne sont que chutes d'eau, grottes, kiosques, ruisseaux limpides, au milieu des bananiers, des myrtes, des bougainvilleas, surmontés par des chênes-lièges, des palmiers de tous genres, des pins parasols, etc., tous exubérants de végétation.
Après le palais de laPenha,ilyaàGintraune foule de « quintas » ou riches villas appartenant à la haute société portugaise qui, de tout temps, a choisi ces lieux enchanteui^s pour en faire sa résidence d'été; mais ce qui excite surtout l'admiration, c'est la « PenhaVerde » qui est aujourd'hui la propriété du vicomte Cook de Montserrate, un Anglais enthousiaste de la nature qui a fait là le séjour le plus enchanteur de l'Europe.
A Lisbonne, les collines environnantes sont déboisées : il en résulte que le jardinier a pour ennemi les vents de presque tous les points cardinaux, surtout ceux du nord-est et du sudouest; puis, pendant Tété, il faut lutter contre la sécheresse, ce qui n'a pas lieu à Cintra. La montagne, outre les plantations récentes, conserve encore en grande partie, principalement sur son versant septentrional, de grandes surfaces couvertes de leur végétation primitive, chênes verts, chênes-lièges, arbousiers, pins parasols, etc. Les sources y sont nombreuses et l'humidité atmosphérique s'y traduit par une végétation exubérante. Le massif montagneux est en grande partie granitique : des blocs énormes, comme les grès de Fontainebleau, surgissent à chaque pas dans un désordre grandiose. Au-dessus s'élancent des toits de verdure formés par des arbres magnifiques. Le sol est constitué par des désagrégations des parties friables des roches granitiques et calcaires mêlées dans des sources limpides qui, sous le soleil du midi, créent, dans les vallées, des merveilles de végétation, sans la crainte des gelées qui sont quelquefois si fatales à nos départements du Midi.
Cintra n'est, à proprement parler, qu'une montagne, ou plutôt un groupe de montagnes isolées s 'élevant au-dessus d'une
vaste plaine, à 27 kilomètres nord-ouest de Lisbonne. La villej est reliée à Lisbonne depuis peu par un chemin de fer. A micôte se trouve la ville proprement dite (fig. 16) renfernnant de 3 à 4000 habitants. Elle est bâtie sur un noyau granitique orienté de l'ouest à l'est, d'une longueur de 10 kilomètres sur 5 de large où le voisinage de la mer, la nature du sol, tes sources nombreuses, les vallées profondes, l'élévation de plusieurs sommets environnants et formant abris, tout concourt à favoriser une végétation exceptionnelle qui permet de réunir là tous les végétaux des pays tropicaux, les fougères arborescentes, les orangers, les eucalyptus, les palmiers de tous genres, enfin, dans le haut, la grande famille des conifères et toute la, flore du Nord qui y atteint des proportions colossales. Les camélias, les rhododendrons, les azalées y forment des bois touffus où l'on peut à peine pénétrer. Le visiteur émerveillé peut parcourir en quelques heures toutes les végétations du globe, toutes en plein air et dans des dimensions dont nos plusi belles serres du Nord ne nous donnent qu'une faible idée. ' Vouloir citer ici toutes les plantes remarquables qu'on trouve dans la propriété de Montserrate serait trop long et fort peu intéressant pour le lecteur. Je dois me borner à signaler au voyageur l'un des points les plus séduisants du globe par son climat exceptionnel, par sa végétation et par les soins i éclairés dont il est l'objet de la part d'un propriétaire riebe et intelligent qui a réuni là tout ce que le monde végétal offre de plus merveilleux.
Paris. — Typ. Georges Chamorot, 19, rue des Saints-Pères. — 22874.
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