DE L’ATAXIE LOCOMOTRICE
Si des exemples relativement assez nombreux, si des observations dont on ne peut mettre rexactitude en doute ne permettent plus d’accepter, dans sa cruelle généralité, le pronostic désespérant de Romberg sur l’ataxie locomotrice progressive, on ne peut cependant méconnaître que cette maladie ne soit une des plus graves du cadre pathologique, une de celles qui laissent le médecin le plus complètement désarmé. Il est nécessaire d’agir cependant, d’enrayer la marche de cette affection dans son développement fatal, avant que, poursuivant la série de ses périodes, elle arrive à ce point sans ressources où elle n’est plus, comme l’a si bien exprimé M. Durand-Fardel, que le cadavre de la maladie.
Parmi les moyens qui ont donné quelques succès et qui permettent de concevoir quelque espérance, le traitement par les eaux thermales doit certainement occuper le premier rang. En dépit des médications nombreuses et diverses qui ont été essayées, les unes et les autïes, avec dei altêrnàtives successives de faveur et d’abandon, c’est à la médication thermale qu’ont recours aujourd’hui les praticiens le plus en renom, les maîtres de Paris et de la province.
En France, C’est à La Malou que sont plus spécialement adressés les malades atteints d’ataxie locomotrice. Ce n’est rien apprendre à personne, aujourd’hui, que de prétendre que les eaux de cette station thermale jouissent d’une faveur exceptionnelle et presque exclusive dans le traitement du tabes dorsalis.
Je ne puis donc pas être accusé de tenter une œuvre inutile en venant transmettre à la Société d’hydrologie médicale le fruit d’observations prises avec le plus grand soin aux thermes dont je fais mention. J’ai voulu faire une étude pratique : j’ai élagué de ce travail tout ce qui m’a paru théorie ou supposition, comme j’ai eu soin de bannir de mon esprit toute autre préoccupation que celle d’être utile, d’éclairer Un sujet encore obscur et d’apporter à cette partie de la science médicale, à laquelle je me suis voué, ma part de recherches et de travail.
Un fait, du reste, plus que de longues phrases, établit nettement l’opportunité de cette étude, ajoute à son importance et suffit peut être à lui donner quelque mérite : c est la simple constatation de la rareté des recherches faites dans le but d’élucider la même question. Rien, pour ainsi dire, ou presque rien n’a été écrit sur ce sujet. On est étonné, à bon droit, en face des monceaux
de brochures sur les eaux minérales qui s’accumulent chaque année sur les bureaux des sociétés savantes, de n’avoir à signaler aucun travail spécial sur le même sujet. La bibliographie de La Malou est loin d'être pauvre ; cependant, dans la série des monographies de cette station, dont la liste est énumérée plus loin, et qui constituent une somme de matériaux assez importante, on ne trouve, à ce point de vue particulier, ni indications à utiliser, ni recherches à poursuivre.
Ce n’est pas ici le lieu de faire la description de La Malou, ni Thistoire de ses thermes, ni l’étude chimique et physique de ses sources et de ses fontaines, toutes choses qui occupent la plus large place dans les monographies qui ont été faites sur cette station (1). J’y rên-
(1) Ch. Lbroy. — De aquarum mineralium natura et usu. Montpellier, 1768.
Bücaoz. — Dict. minér. et hydrol. de la France. Paris, 1772, Art, La Malou.
Saisset. — Mém. prat. sur les bains de La Malou. Montp., 1806 et 1811
Düpré. — Observ. sur l’action générale des eaux nainér. de La Malou. Tarbes, 1842.
Privât. — Notice statisi. et méd. sur La Malou-les-Bains. Paris, 18b8, 2® édit., 1877. (Huit observations d’ataxie locomotrice).
Boissier. — Etude sur le vallon therm. de La Malou, et sur les bains de La Malou-le-Haut en particulier. Thèse de Montp., 1855.
Moitessier. — Etude chimique des eaux min. de La Malou. Montpellier, 1861.
M.-P.-C, CoLLOT. — Notice sur La Malou l’Ancien, 1862-
Anonyme. — Guide indicateur des eaux mînér. de La Malou, 1875.
Diacon et Moitessier. — Recherches spectroscopiques. Montp., J86L
(Depuis que ce travail a été écrit, le D' Grasset, le savant agrégé de Montpellier, a fait paraître ses remarquables Leçons les maladies du système nerveux,^ dans lesquelles il appelle 1 attention des médecins sur le traitement de l’ataxie par les ®aux de La Malou. (l" vol. p. 357). {Noie de l’auteur).
voie les médecins qui voudraient s’édifier à ce sujet, et j’adresse spécialement ceux que l’étude physique et chimique intéresse surtout aux beaux travaux de M. le professeur Moitessier. Mais il est indispensable, pour la clarté des observations qui vont suivre, de tracer en quelques grandes lignes les traits les plus importants de cette station et d’en caractériser les propriétés générales. J’aurai soin, dans cette description succincte, de ne pas perdre de vue le sujet que je me suis imposé, et de faire converger tous mes aperçus vers l’étude du traitement hydrominéral de l’ataxie locomotrice.
Le vallon de La Malou est situé vers la partie occidentale du département de l’Hérault, dans une contrée précieuse à la fois pour le touriste, le géologue et l’archéologue lui-même, et sous un climat privilégié par la pureté de son air et la douceur de sa température. Il contient trois Etablissements d’importance et de propriétés différentes, dénigrés et vantés lour à tour par le parti-pris et les intérêts particuliers, mais dont il est juste et profitable de savoir utiliser successivement les ressources. On verra, en effet, par la lecture des observations suivantes, quels avantages ressortent, pour cette station, de la multiplicité de ses richesses minérales, et 1 on comprendra combien le traitement des affections qu’on y soigne, notamment le tabes dorsalis, exige de la part d’un médecin consciencieux le choix réfléchi de telle ou telle piscine, de telle ou telle source, suivant la nature des symptômes, la forme de la maladie, le degré des lésions, le tempérament des malades. Ces trois Etablissements sont appelés La Malou-le~Bas, La Maloulo-Centre, La Malou-le-Haut.
La Malou-le-Bas est l’établissement le plus important au point de vue de la maladie qui est étudiée. La
température y est de 30“ à 33" pour les bains, suivant les piscines, et de 39“ pour les douches. La somme des sels dissous dans un litre d’eau est égale à 2 gr. 1269. Une certaine quantité de bulles gazeuses viennent crever à la surface.
La température de La Malou-le-Centre, prise dans les piscines, est de 30®. Un système de chauffage, bien installé, peut, en outre, suivant les indications, élever l’eau des piscines, des baignoires et des douches. Les bulles gazeuses sont abondantes. Le service de l’hydrothérapie y est bien fait, grâce à un système de douches variées, de bains de vapeurs, d’appareils à massage, etc. La somme des sels dissous dans l’eau est de 1 gr. 4916.
La Malou-le-Haut a une température de 27“ à 30“. Le gaz acide carbonique y est contenu en quantité considérable et s’échappe en grosses bulles à la surface de l’eau. La somme des sels dissous dans l’eau est de 4 gr. 4625.
Un grand nombre de buvettes accroissent encore la richesse hydrominérale du vallon de La Malou :
Laverniere, source acidulé gazeuse, légèrement purgative. La dérivation produite sur l’intestin par l’usage de cette buvette joue un rôle très-important dans les ataxies, où la congestion prédomine.
Staline et Cardinal, sources alcalino-ferrugineuses thermales, d’une composition identique à l’eau des piscines de La Malou-le-Bas, dont elles sont une dépendance et comme un diverticulum.
Capus, surnommée le Spa français, très-ferrugineuse •it arsenicale, combat très-bien l’anémie. Son utilité est remarquable dans les cas d’ataxie, où la faiblesse prédomine.
Bourges, eau de table, alcaline, ferrugineuse et trèsgazeuse.
Petit-Vichy, eau de table. C’est, en quelque sorte, l’eau de Lavernière affaiblie.
D’une manière générale, et sans tenir compte de la diversité des établissements qui se disputent le malade, on peut dire que la seule distinction rationnelle, vraiment médicale, qui doive être admise au sujet de La Malou, est celle qui divise ses piscines en deux classes : piscines chaudes et piscines tempérées ; les premières, d’une température vraiment chaude et de composition moins ferrugineuse et plus alcaline; les secondes, tempérées, moins alcalines et plus ferrugineuses. Ün verra, par la suite, quelle importance capitale cette distinction apporte au' traitement thermal des affections de la moelle.
Les principes dominants de chacune des sources de La Malou sont les bicarbonates de soude, de magnésie et de fer. On y constate ensuite la présence manifeste de l’arséniate de soude et de cuivre, de la chaux, potasse, albumine, manganèse, strontiane, baryte, lithine, iode et acides phosphorique, borique et nitrique. Sans vouloir les faire entrer dans telle ou telle classification, nous dirons que les eaux de La Malou sont bicarbonatées sodiques arsenicales, riches en fer et en acide carbonique, contenant de la lithine. Ce qui caractérise la réunion de ces éléments, auxquels on sait qu’Hufeland attribuait des propriétés merveilleuses, c’est que, comme l’a si bien dit le D’ Donné « par une exception assez rare dans les eaux de cette classe, elles sont thermales à la température de 35°, juste le point convenable pour les bains et les piscines. Une source s’élève plfis
haut, ce qui la rend propre aux douches et à son emploi en vapeurs. »
Ainsi les eaux de La Malou offrent à la fois de remarquable un degré modéré de minéralisation, une température admirablement appropriée au traitement des affections congestives, et une diversité particulière des principes qui la constituent, et dont la thérapeutique apprécie si haut la valeur. N’est-ce pas dans ces conditions qu’il faudra chercher l’explication de l’efficacité presque spéciale des eaux de LaMalou dans i’ataxielocomotrice? Nous reviendrons sur ce sujet important. En attendant, et maintenant que nous avons indiqué en quelques mots les éléments dont dispose le médecin, c’est le moment de montrer comment s’effectue leur application, et de pénétrer de prime-saut dans le vif de notre sujet parla description d’observations fidèles, prises aux eaux de La Malou (1).
En mettant d’abord sous les yeux les pièces et les documents, l’instruction se poursuit plus activement et ses déductions en sont plus logiques et plus inattaquables.
Obs. I. — Ataxie locomotrice. — Traitement thermal à La Malou, d'abord par les bains tempérés, ensuite par les bains chauds, — Douches écossaises, eau de la Vernière et de Bourges. — Diminution graduelle des symptômes, — Amélioration irès-notable au bout de la troisième saison.
Monsieur F..., ancien chef de bataillon, 50 ans, tempérament nerveux, bonne constitution, a été fréquemment exposé à 1 hu-
(1) Pour maintenir ce travail dans des limites convenables, ces observations ont dû être choisies parmi d’autres semblables. Elles peuvent être considérées comme des types particulièrement probants, auxquels on peut rapporter un nombre indéterminé d’autres cas.
midilé, aux refroidissements, aux fatigues et a éprouvé souvent des émotions violentes.
Les premiers symptômes de l’ataxie se sont manifestés, depuis plusieurs années, par des douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs. Puis, subitement, il y a un an, diploplie très-accentuée qui a disparu depuis lors.
Au moment de l’arrivée du malade à La Malou, l’examen révèle l’ataxie des mouvements d’une façon caractéristique. Guidée par la vue, la démarche est désordonnée et entravée; sans le secours de la vue, l’hésitation devient très-grande et la marche presque impossible.
Les douleurs occupent les membres supérieurs et inférieurs insi que le thorax. Cette dernière partie, dit le malade, semble étroitement comprimée par un lien circulaire. Le bras gauche est le siège des douleurs les plus vives. Les doigts de ce côté se contractent spontanément de diverses façons. Leurs mouvements volontaires sont hésitants et mal coordonnés : ce désordre est surtout appréciable dans l’action de saisir un objet.
L’examen des yeux montre seulement une dilatation très-considérable de la pupille du côté droit. La contraction pupillaire est très-difficile.
L’émission des urines est très-ralentie. La virilité n’est pas complètement abolie.
Après une première saison à La Malou, les douleurs fulgurantes ont tout à fait disparu ; la marche est devenue moins désordonnée et plus sûre, mais surtout l’incohérence des mouve^vaents des membres supérieurs a presque totalement cessé.
En somme, notable amélioration qui pousse le malade à venir s’installer à La Malou pendant les saisons ultérieures.
L’année suivante, 1876, le malade a vu disparaître la plus grande partie des symptômes ataxiques qu’il accusait. Le traitement thermal a confirmé et maintenu cette amélioration, dont une troisième saison nous a permis de vérifier la persistance, et qu’on serait tenté d’appeler guérison, si des élancements douloureux des membres ne venaient seuls, en hiver, avertir le malade qui' doit encore compter sur son affection.
Le traitement a été ainsi dirigé :
if» saison : bains tempérés; eau de Bourges, eau de la Vernière le malin, à jeun.
2® saison: Au début, bains tempérés; puis, les douleurs ayant complètement disparu, bains chauds alternant régulièrement avec des bains tempérés. L’état général était alors devenu bien meilleur.
Pendant les trois saisons, les douches écossaises ont été continuellement administrées.
Obs. il — Ataceie locomotrice au début. — Coordination des mouvements rétablie presque complètement au boni d’un mois de traitement par les eaux chaudes et les buvettes Stoline et Lavernière.
Persistance de l’amélioration.
Monsieur Emile Q..., de constitution vigoureuse, mais de tempérament lymphatique, m’est adressé à La Malou par M. le docteur Grynfelt, professeur agrégé à Montpellier. C’est à peine depuis quinze jours que l’incoordination des mouvements des membres inférieurs s’est manifestée, après un bain de mer pris le corps en moiteur. L’invasion a été subite, rapide, mais les troubles actuels sont si nettement prononcés que le savant praticien n’hésite pas à déclarer le diagnostic évident : «taxie locomotrice de nature arthritique (dans l’acception éminemment compréhensive que Gueneau de Mussy donne à ce mot). Nous ne nous occuperons pas pour le moment de cette considération étiologique que les antécédents du malade peuvent parfaitement expliquer (1).
Il y a cinq ou six ans, M. Q... a été sujet à des accidents gastralgiques intenses, avec vomissements fréquents et céphalalgies gravatives opiniâtres, que leur résistance aux médications antérieures et le tempérament du malade firent considérer comme fies manifestations arthritiques, et qui, de fait, cédèrent à un traitement par l’iodure de potassium alterné avec le bromure, en ®ême temps que les eaux alcalines.
Le malade arrive à La Malou le 12 septembre, après avoir suivi quinze jours le traitement suivant : vin de quinquina, iodure de potassium, bains sulfureux chauds, précédés d’une douche froide sur le dos.
(1) Ne serait-ce pas dans cette direction qu’on pourrait chercher au moins en partie l’explication des bons effets que les ataxiques retirent des eaux de La Malou?
L’incoordination des mouvements est très-caractérisée et répond parfaitement à la description classique ; marche caractéristique, trépignements, contractions involontaires, le tout exagéré par l’occlusion des yeux. La vigueur musculaire est conservée. La sensibilité museulo-tactile existe, mais manifestement obtuse ; la sensation de température persiste entièrement.
A l’interrogation, le malade confirme l’exactitude des renseignements précédents. Il déclare éprouver depuis environ un an des douleurs qui répondent parfaitement au caractère des douleurs fulgurantes. Depuis quelques mois il s'est aperçu d’une faiblesse insolite dans les fonctions génitales. Actuellement, l’impuissance est complète. En outre, il arrive au loalade d’uriner involontairement.
Je prescris à M. Q... de prendre chaque matin un bain de trente minutes à la piscine chaude de La Malou-le-Bas.Ee matin, à jeun, au sortir du bain, un verre d’eau Stoline, puis repos au lit. Aux repas, eau de la Vernière.
Au bout de dix bains, ramélioration est déjà notable. Les douleurs ont disparu; l’incoordination motrice est encore très-appréciable, mais la inarche est bien moins pénible et plus assurée.
L’occlusion des yeux produit des efi'ets moins marqués. Le malade déclare spontanément qu'il éprouve un sentiment général de bien-être et de vigueur. Cette amélioration progresse avec le nombre des bains, et à la fin du traitement, qui a duré un mois, un peu d’hésitation dans la marche est la seule trace qui reste de l’incoordination des mouvements. Le malade fait de longues courses sans autre secours que sa canne, Les douleurs ont, du ^este, complètement cessé. Toutes les fonctions s’exécutent parfaitement, sauf les fonctions génitales dont l’usage lui est interdit. A l’occlusion des yeux, le malade manifeste une certaine crainte, mais la marche peut avoir lieu, quoique avec une lenteur mesurée. La station debout est possible. En un mot, si l’état du malade après le traitement ne peut s’appeler guérison, c’est au moins une amélioration si considérable que les effets de la maladie sont presque nuis.
Pendant cet hiver et jusqu’à aujourd’hui, j’ai pu constater, dan» mes fréquents rapports avec le malade, que cette amélioratioc ne s’est pas un seul instant démentie. Les fonctions génitales ont, dans l’intervalle, été recouvrées.
0»3. III. — Ataxk locomotrice, — Disparition progressive des dou^ leurs et amélioration sensible de l'incoordination au bout d'une première saison. — Traitement thermal successivement 1* par les eaux tempérées ; 2® par les eaux chaudes; 3“ par les eaux tempérées. — Douches générales écossaises.
Le 3 août 1877, j’ai été appelé à diriger le traitement de M C..., 44 ans, bonne constitution, tempérament lymphatique. Ce malade, négociant en vin§, à Paris, m’s§t adressé par le Df Andrieux, qu’il a consulté depuis un mois seulement pour des accidents ataxiques, Les principaux symptômes observés par ce praticien sont : affaiblissement de la vue; impuissance génésique; incoordination des mouvements ambulatoires; douleurs lancinantes; difficulté d'uriner,
« Fort heureusement, m'écrit mon habile confrère, ancien malade et médecin à La Malou, jj’ai la plus grande confiance dans ces eaux, pour espérer la guérison. »
Je constate à l’examen les symptômes types déjà indiqués. Je trouve, à l’ophthalmoscope, les signes qui spécifient l’amaurose tabétique, notamment la coloration blanche, légèrement nacrée, remplaçant la teinte rosée normale.
En outre, le malade est porteur d’un eczéma chronique, qui a d’abord occupé la main gauche et qui occupe actueilement la angue. Cet eczéma est en yole d’amélioratinn,
D’accord avec le Andrieux, je recommande le traitement suivant ;
1“ 4 premiers bains tempérés, durée : une heure, le matin.
2» 12 bains consécutifs chauds, également le matin,
3® 6 derniers bains tempérés.
Douches générales écossaises, le soir, vers quatre heures.
Eau de la Vernière,
Après le bain, repos au lit. Après la douche, promenade à pied iusqu’au dîner.
Ce traitement n'a pas tardé h produire de bons résultats. Les douleurs lancinantes ont subi les premières modifications et le malade n’en éprouve pour ainsi dire plus dès le huitième bain.
Quant à l’incoordination des mouvements, son amélioration, d’abord relardée par un léger accident (chute), ne tarde pas à se
manifester d’une manière appréciable, et le malade, qui éprouvait les plus grandes difficultés au début à franchir la distance qui séparait son habitation de l’établissement des bains, fait, à la fin, d’assez longues promenades, non sans être encore rapidement fatigué.
En un mot, disparition à peu près complète des douleurs fulgurantes, diminution de l’ataxie elle-même, voilà les deux résultats obtenus par cette première cure à La Malou.
Obs. IV. ■— Sclérose multiloculaire. — Premier traitement à La Malou par les bains chauds arrêtant la marche de l'affection^ mais surexcitant les douleurs. — Second traitement par les bains tempérés calmant les douleurs et complétant l’amélioration.
C’est un maître d’hôtel de 60 ans, de bonne constitution, de tempérament nervoso-sanguin, qui est atteint de sclérose multiloculaire dont le début remonte fort loin, et qui s’est surtout manifestée par des douleurs lancinantes dans les membres, des douleurs en ceinture et du vertige.
Le malade vient depuis un certain nombre d’années à La Malou, où il prend des bains chauds. Sous l’influence de ce traitement annuel, la marche de l’affection paraît s’être arrêtée; mais, néanmoins pendant l’hiver, les douleurs persistent avec une certaine intensité.
Dans l’interrogatoire, le malade déclare qu’au moment des bains il éprouve chaque année une excitation très-grande, accompagnée de fièvre, sous l’influence de laquelle les douleurs redoublent de fréquence et d’intensité.
En présence de cet état et sous l’impression de cette dernière indication, les bains tempérés sont ordonnés au malade en remplacement des bains chauds. Chaque jour, douche écossaise.
Du moment où ce nouveau traitement a été institué, l’excitation a disparu et les douteurs onl cessé.
En 1877, le malade déclare que l’hiver a été relativement calme, et que l’amélioration lui a paru plus manifeste.
Obs. V. — Sclérose médullaire. — Nombreux traitements sans succès. — Essais infructueux des eaux de Nêris, des Pyrénées et des bains chauds de La Malou. — Succès par les bains tempérés.
Ce malade, négociant à Bordeaux, âgé de 59 ans, de tempérament nerveux, envoyé à La Malou, par M, le professeur Charcot, est atteint de sclérose des cordons postérieurs (diagnostic de M. Charcot). Cette affection a débuté depuis longtemps. En voici les principaux symptômes.
Douleurs fulgurantes dans les membres supérieurs et inférieurs. Douleurs constrictives en ceinture. Démarche indécise, hésitante, très-pénible. Impressionabilité très-grande aux variations de température, vertiges fréquents. Diplopie en regardant les objets éloignés.
Ce malade a suivi un grand nombre de traitements : cautères sur la colonne vertébrale, injections hypodermiques, nitrate d’argent à l’intérieur ; voilà pour la thérapeutique ordinaire. Il a suivi, en outre, avec le même insuccès, des traitements thermaux à Néris et dans diverses stations sulfureuses chaudes des Pyrénées. Venu à La Malou en dernier lieu, le médecin qu’il consulte d’abord lui prescrit les bains chauds et les douches chaudes. Aux premiers bains, une violente excitation, avec élévation de température, douleurs lancinantes très-vives, insomnie, constipation, surprend le malade et impose la suspension du traitement. Alors appelé, et instruit par des exemples antérieurs, je recommande au malade, déjà découragé, les bains tempérés et l’emploi des douches écossaises. Sous l’influence de ce nouveau traitement, l’excitation disparaît, et, au bout de huit jours, fait place au calme, puis à une amélioration, qui avait été' cherchée en vain depuis longtemps.Ce malade n’a plus été revu.
Obs. VI. — Ataxie locomotrice avec arthroyathie des ataxiques. Traitement par les eaux chaudes et les douches chaudes aux membres inférieurs. — Amélioration notable après deux saisons.
Un agent de change de Nantes était atteint d’une ataxie locomotrice au début, caractérisée par des douleurs fulgurantes d’abord, ensuite par une gêne et une 'hésitation particulière de Belugou. 2
la marche, lorsque, deux ans après le début appréciable de l’affection, il s’aperçut que son genou gauche avait subitement augmenté, de volume, ainsi que les tissus environnants. Aucun symptôme local n’avait annoncé cette arthropathie que nulle cause traumatique ne pouvait du reste expliquer. Le médecin crut sans doute à une hydarthrose, puisqu’il appliqua des vésicatoires, fit badigeonner avec la teinture d’iode, etc., jusqu’au moment où le malade fut adressé à La Malou. En ce moment, l’affection du genou, que je n’ai pas de peine à appeler arthropathie des ataxiques (Charcot), a sensiblement diminué. Les tissus recouvrant l’articulation présentent encore beaucoup d’empâtement et une sensation particulière de résistance au doigt. Les autre.s symptômes sont : fulgurations douloureuses bornées aux membres inférieurs. Incoordination tabétique à peine commençante. Faiblesse génésique.
Le malade est, du reste, vigoureux et fortement constitué.
Je fais suivre le traitement habituel par les eaux chaudes de La Malou-le-Bas, avec douches chaudes aux extrémités inférieures en insistant sur le genou gauche. Au début, les symptômes douloureux semblent s’exaspérer. Je continue néanmoins, et, au bout de la saison, non-seulementl’arthropathie a disparu, les tissus ont repris leur consistance normale, mais encore les douleurs fulgurantes ont notablement diminué et les fonctions génitales ont reparu. L’incoordination des mouvements est restée stationnaire pendant te séjour aux bains. Elle a sensiblement diminué après, et surtout postérieurement à une seconde saison thermale, dont le malade paraît sortir avec les apparences d’une guérison presque complète.
Obs. vil — Ataxie locomotrice progressive. —Traitement la 2® année par les eaux de Bagnères, mais sans succès. — Deux saisons à La Malou, suivies de la cessation des douleurs et de l'amélioration des autres symptômes. — Bains chauds et douches chaudes sur les membres inférieurs.
Ce malade est un ancien officier de marine, âgé de 50 ans, doué d’une bonne constitution, et n’ayantjamais eu d’autres maladies que les fièvres intermittentes, lorsqu’il fut atteint, il y a cinq ans, de douleurs intenses dans les membres inférieurs. H
fut envoyé à Bagnères avec l’étiquette de douleurs rhumatismales. Au bout d’un mois de traitement, le malade partit sans avoir éprouvé d’amélioration. L’année suivante, les douleurs prirent un caractère d’acuité plus considérable, et apparurent avec le caractère de douleurs fulgurantes, se répétant par accès. Un an se passe encore sans autres symptômes, lorsque la marche devint assez brusquement incertaine elle malade s’aperçut qu’il n’était plus maître de ses mouvements. Un praticien de Marseille, consulté, porte le diagnostic d’ataxie locomotrice, et l’envoya aux eaux de La Malou.
A son arrivée, l’ataxie des mouvements est considérable, les jambes sont lancées d’une façon désordonnée et frappent le sol du talon. La sensibilité cutanée des membres inférieurs semble légèrement diminuée. Les douleurs sent toujours très-intenses et à accès Irès-rapprochés ; elles s’accompagnent d’une douleur en ceinture, comparée à la constriction d’un lien élastique. Les fonctions génitales sont abolies, mais l’appétit est bon et l’état des forces très-satisfaisant.
Prescriptions Bains chauds à La Malou-le-Bas, d’uné durée
de vingt-cinq minutes; eau Stoline et repos au lit; eau de Lavernièreaux repas. Le soir, douches chaudes aux extrémités inférieures. Sous l’influence de ce traitement, continué pendant un mois, avec trois jours de repos vers le douzième jour, une certaine amélioration se manifeste, portant principalement sur les douleurs, dont les accès deviennent à la fois moins rapprochés et moins violents. L’incoordination est un peu moins marquée et le malade peut, sans de trop grandes difficultés, faire de petites promenades, en s’appuyant sur une canne. Les fonctions génitales restent abolies.
L hiver a été relativement calme, et l’année suivante, le malade est soumis au même traitement. Cette fois, le succès se manifeste avec plus d’évidence. Après la saison, en effet, les douleurs ont disparu, la marche est beaucoup plus facile, et 1 état du malade est devenu, pour employer son expression, « en somme assez supportable. » Une saison nouvelle confirmera et augmentera, je l’espère, cette amélioration.
Obs. VIII. — Ataxie locomotrice avec crises gastriques, — Inefficacité de tous les traitements autres [que le traitement thermal. — Amélioration considérable par plusieurs saisons à La Malou. — L’amélioration des crises précède l'amélioration coordinatrice. — Bains chauds, douches chaudes aux membres inférieurs.
Monsieur V... est un Annéricain, d’un tempérament nervososanguin et d’une constitution vigoureuse, adressé à La Malou pour y soigner une ataxie locomotrice parfaitement dénommée par son médecin : « Sclérose progressive des cordonspostérieurs,
€ observée depuis deux ans et accompagnée de crises gastri- « ques. » Traitement inefficace par le bromure et l’iodure potassique, le nitrate d’argent, le phosphore, les courants constants et les pointes de feu.
L’incoordination tabétique des mouvements est parfaitement caractérisée. La force musculaire est assez conservée.
La sensibilité n’est pas atteinte ou l’est d’une façon insignifiante. Rien du côté de la vue. Vertiges, accès de fulguration très-douloureux. En même temps que ces accès, le malade éprouve la réunion des symptômes si parfaitement observés et décrits par M. le professeur Charcot, sous le nom de crises gastriques : douleurs siégeant principalement au creux épigastrique et s’irradiant autour de la base du tronc sous forme de fulgurations, en même temps que les battements du cœur deviennent violents et précipités et se terminant par des vomissements excessivement pénibles.
J’ordonne au malade des bains chauds de La Malou-le-Bas, d une durée de trente minutes pour commencer. Eau de la Vernière chaque matin; au repas, eau de Bourges. Douches chaudes aux membres inférieurs chaque deux jours. Au bout de vingtcinq jours de traitement, l’ataxie des mouvements a quelque peu diminué. Les crises gastriques ne se sont plus produites qu’une
seule fois après le dixième jour du traitement, et les douleurs
fulgurantes ont de tout point suivi l’évolution des crises gastriques. Je conseille au malade une nouvelle saison après deux mois de repos.
Séduit par les avantages retirés de sa première cure, il n’eut garde d’y manquer. Pendant son séjour à Cannes, où il a passé
l’intervalle des deux saisons, le malade n’a éprouvé qu un petit nombre de crises gastriques, dont l’intensité est du reste bien diminuée, mais l’incoordination motrice semble stationnaire et l’amélioration est insignifiante de ce côté. Je fais suivre au malade le même traitement que précédemment, mais en augmentant la durée des bains et des douches. Les crises fulgurantes n’ont reparu qu’une fois. L’ataxie elle-même, au moment du départ, offre une amélioration très-satisfaisante. Aidéd’unecanne, le malade peut marcher et même se promener, sans autres [désordres appréciables qu’un peu de trépignement, une lenteur particulière et une sorte d’hésitation à avancer.
La lecture attentive des observations précédentes fait naître toute une série de questions que nous allons essayer, sinon de résoudre, au moins déposer nettement. Peut-être trouverons-nous dans quelques-unes l’explication de l’influence favorable des eaux de la Malou dans la sclérose des cordons postérieurs de la moelle. En tout cas, elles touchent à des points d’une importance trop grande au point de vue de la médecine thermale pour que nous ne leur consacrions pas quelques développements et que nous ne leur portions pas toute notre attention.
On peut poser en principe que tout travail morbide d’un organe est accompagné, précédé ou suivi d’une congestion. D'où on peut établir comme conséquenee qu’une thérapeutique bien entendue devra combattre à la fois, s’il est possible, et l’affection elle-même et la congestion qui l’accompagne. Arrêter le travail morbide et détourner le mouvement fluxionnaire, voilà les deux bases primordiales d’un traitement logique et décisif.
L’efficacité incontestable, indéniable des eaux de La Maloui dans les scléroses médullaires, efficacité que viennent corroborer nos observations, ne donne-t-elle pas le droit de dire que ces eaux prises en bains et en
boisson, sont susceptibles de ralentir, d'arrêter et même quelquefois de réparer le travail morbide qui en est l’essence -visible ? Comment cet heureux effet se produit-il ? Quel en est le principe? Nous l’ignorons.On peut bien, dans quelques cas fort restreints, déterminer jusqu’à un certain point quel est, dans une eau minérale, l’élément qui agit plus particulièrement contre telle ou telle affection ; mais il faut surtout se pénétrer de cette idée qu’une eau minérale agit comme un tout, et qu’on ne saurait la plupart du. temps attribuer une propriété exclusive à l’un quelconque des éléments d’un médicament si complexe. Sur ce point, comme sur tant d’autres, le médecin est donc obligé de s’en tenir aux données de l’expérience. Peut-être cependant pourrait-on trouver une partie de l’explication dans une étude comparative de Paction des eaux de La Malou et de celle des eaux sulfureuses, chlorurées et alcalines employées dans le même cas. Or, comme on peut le voir dans un grand nombre des observations précédentes, et comme l’expérience le démontre presque constamment, les eaux chaudes sulfureuses, chlorurées et alcalines fortes sont plutôt nuisibles qu’utiles dans le traitement de l’ataxie locomotrice, et l’on comprendra cette action nocive si l’on veut se reporter à ce qui vient d’être avancé plus haut. En effet, les eaux fortement minéralisées ou d’une température élevée ont le caractère excitant en dehors de toute autre action, et provoquent toujours une excitation trop vive des centres nerveux qui amène vers ces parties un certain degré de congestion. Cet effet congestif atteindra évidemment son maximum d'action en vertu même de l’état pathologique des centres nerveux. C’est ainsi que les thermes sulfureux ne conviennent pas au traitement des scléroses médullaires, puisque
ces affections s’accompagnent de congestion et que c’est sur cet élément qu’on saisit le mieux l’influence thérapeutique. Pareil effet se produit pour les eaux chlorurées sodiques, pour les eaux fortement alcalines. Chez ces dernières, l’intensité des congestions se trouve augmentée par cette raison que les eaux alcalines augmentent la fluidité du sang.
En opposition avec l’action excitante, altérante des eaux que nous venons d’énumérer, plaçons l’action des eaux de La Malou. Elles sont, comme nous avons vu, alcalines, ferrugineuses, d’une minéralisation plus faible et d’une température modérée. Ce sont bien là des eaux reconstituantes, toniques et sédatives par excellence. Elles ne provoquent jamais cet état violent d’éréthisme nerveux et sanguin que déterminent les autres thermes cités plus haut.
C’est ainsi que par leurs éléments chalybés et carboniques, les eaux de La Malou ont une action analeptique et dépressive de la circulation sanguine que l’on rechercherait vainement dans les autres groupes d’eaux minérales. Ces explications rendront compte, en partie, de l’influence favorable exercée par les eaux de La Malou sur l’état congestif des organes malades. A côté de cela, et en première ligne, il faut placer l’action particulièrement résolutive de ces eaux, action dout Texpérience démontre chaque jour la réalité et l’évidence, sans qu’on puisse la rapporter plus spécialement à tel ordre de principe, à telle qualité particulière de l’eau.
La congestion est donc, dans les affections de la moelle, un élément de première importance. On voit maintenant pourquoi, sous l’influence de quelle préoccupation, nous n’avons jamais manqué d’employer, dans le traitement de la sclérose médullaire, des douches
fortement révulsives, soit sur toute la surface du corps par les douches écossaises, soit surtout par les douches très-chaudes sur les membres inférieurs. On peut comprendre en effet ces deux genres de douches sous le nom de douches révulsives. Les effets des douches chaudes sur les membres inférieurs sont ceux de la révulsion proprement dite, comme les appelle Cazenave(La Révulsion et la Dérivation. Thèse de conc. 1840), c’est-àdire qu’elles congestionnent certaines parties du corps, en l’espèce les membres inférieurs, afinde décongestionner certaines autres, sur lesquelles s’exerce l’action révulsive, en l’espèce la moelle épinière. Quant à la douche générale écossaise, on peut dire aussi qu’elle opère une révulsion par augmentation de l’action organique de la peau et par ses effets sur la circulation capillaire générale.
Les bons effets de ces douches se sont fait sentir phez tous nos malades, comme on peut s’en convaincre par la lecture des observations présentées plus haut.
Une manœuvre dont il faut bien se garder en revanche, dans toutes ces affections médullaires, c’est de doucher la colonne vertébrale, comme le pratiquent certains médecins et ainsi que je l’ai vu faire à La Malou même, au grand préjudice des malades. On comprend sans peine les résultats désastreux d’une pareille méthode, en se rappelant ce que j’ai dit, d’un côté sur l’importance de la congestion dans les maladies de la moelle, de l’autre sur l’état congestif amené par la douche vers la partie où elle est localisée.
Comme conséquence du même principe, on doit tenir un grand compte de l’effet dérivatif obtenu par l’em.ploi des fontaines Stoline et la Vernière. L’action adjuvante produite par cette dérivation du côté du tube intestinal
est loin d’être insignifiante, et les observations précédentesmontrentrimportance qu’à juste titrej’ai toujours attachée à cette indication.
Mais de ce qui précède, il ne faut pas inférer que les douches ont, dans le traitement des scléroses par les eaux de La Malou, iin rôle prédominant. On ne doit, on ne peut leur reconnaître qu une action adjuvante. Le principal rôle appartient, comme cela a été dit, à l’action résolutive des eaux. C’est ainsi que les observations qui précèdent, contiennent l’histoire de malades traités et guéris sans douches. L’observation II est la plus frappante à cet égard.
Je dois maintenant insister sur une partie du sujet que je considère comme des plus importantes et que je fl’ai fait encore qu’effleurer en passant. Qu’il me soit permis de constater avec étonnement que le point de vue si pratique (au sens vraiment médical du mot) duquel je vais considérer les indications du traitement thermal de l’ataxie locomotrice par les eaux de La Mallou, n’ait pas même été envisagé par les auteurs compétents qui ont écrit sur cette station.
S’il arrive quelquefois qu’un enthousiasme irréfléchi, mais sincère, où des considérations moins désintéressées font accorder à certaines eaux minérales des propriétés excessives, dont l’expérience ne confirme par la réalisation, il arrive quelquefois aussi que, par la mauvaise application qui en est faite, des eaux très-efficaces en elles-mêmes ne remplissent pas l’espoir judicieux qu on avait fondé sur elles et ne répondent pas aux promesses justifiables qu’elles ont suggérées. C’est que trop souvent la routine remplace la réflexion et 1 imitation aveugle la recherche éclairée des indications.
Lans l’acte morbide qui nous occupe, comme dans
tous les autres, et pour les eaux minérales comme pour tout autre remède, le médecin se trouve en face de deux éléments principaux d’indications : le premier est la maladie elle-même, l’acte ou l’état morbide qui s’exerce sur un organe ou un groupe d’organes déterminé ; le second comprend un ensemble de conditions plus ou moins intimement liées à la maladie elle-même, qui constituent, pour employer une expression classique, le terrain sur lequel elle se développe : tempérament, constitution, âge, durée, nature de symptômes, etc.
Étant donnée une station minérale et une affection traitée à cette station, ne devrait-on pas, si chacune des sources qui constituent cette station agit différemment sur cet ensemble de conditions queje viensd’énumérer, attacher la plus grande importance à ce deuxième élément dans la direction du traitement, dans le choix des sources? Poser la question, c’est la résoudre. Or, les eaux de La Malou, nous l’avons vu, doivent se diviser en deux classes. Le premier groupe, constitué exclusivement par les eaux de La Malou-le-Bas, d’une température plus élevée et d’une alcalinité plus concentrée; nous l’appellerons couramment groupe des eaux chaudes. Le second groupe, formé par La Malou-le Centre et LaMalou-le-Haut, sera parfaitement caractérisé par l’appellation de groupe tempéré.
Or, plusieurs cas peuvent se présenter :
1° L’état des forces est bon; la constitution est vigou reuse ; le tempérament est lympathique ; il faut agir énergiquement: eaux chaudes. Ces indications ont été parfaitement applicables à quatre malades de nos observations (obs. II, VI, VIII, VII). Dans ces quatre cas, trèsdifférents au point de vue des symptômes présentés, mais offrant ce caractère commun de se rapporter à des
individus robustes, lymphatiques, et dont l’état des forces n’avait pas été foncièrement atteint, l’amélioration a toùjours suivi l’enaploi des eaux chaudes, recommandées en vertu de ces conditions.
2“ On peut craindre le passage de la maladie à l’état aigu; l’excitation est facile, le malade est pâle, nerveux: les eaux tempérées conviennent alors. Que d’insuccès dus à l’oubli ou l’ignorance de cette indication, que de résultats heureux obtenus quand on en tient compte ! Nous pourrions en citer de nombreux exemples : le lecteur peut se reporter à nos observations.
Il y verra un grand nombre de malades, adressés d’abord au groupe de ces eaux que j’ai appelé chaud : mais bientôt des phénomènes de surexcitation se produisent ; les douleurs sont exaspérées ; la fièvre même s’empare du malade, et dans quelques cas, c’est par suite de l’élévation du thermomètre et à l’accélération du pouls que j’ai pu constater d’abord la contre-indication sur laquelle j’insiste. Tel est l’exemple du D’’ H. R. de la Gironde,^tempérament nerveux, venu à La Malou pour soigner une ataxie locomotrice avec douleurs fulgurantes fréquentes et assez vives, qui se plongea de sa propre initiative dans les bains chauds et, dans un bref délai, se sentit plus fatigué. Sur mon conseil, le malade prit sa température : elle indiquait nettement 1 état fébrile. Bientôt les douleurs se firent sentir plus vives et plus rapides. C’est alors que je l’engageais, après quelques jours de repos, à continuer son traitement par les bains tempérés : chaque jour, après le bain tempéré, douche révulsive chaude sur les jambes. Cet avis fut régulièrement suivi et notre confrère put constater au bout de quelques jours une amélioration simultanée des douleurs et de l’incoordination locomotrice. Cette
amélioration se poursuivit du reste pendant toute la saison.
3“ L’état des forces subit une transformation considérable pendant le traitement. Il convient dans ce cas de passer d’un groupe à un autre. C’est ainsi qu’après l’amélioration de l’état des forces, qui suit fréquemment l’emploi de ces sources toniques, on pourra remplacer les eaux tempérées par les eaux chaudes, et réciproquement, si des causes d’affaiblissement, d’excitation, surviennent, passer du groupe chaud au groupe tempéré. Gomme exemples de ces deux cas, les observations 1 et 3 sont suffisamment convaincantes-.
On peut remarquer que l’amélioration qui, dans presque tous les cas d’ataxie locomotrice, suit l’emploi bien dirigé des bains et des eaux de La Malou, est tantôt rapide et tantôt lente. Il est à conjecturer que dans les cas de guérison rapide (comme dans l’observation II, par exemple), le travail morbide est surtout entretenu par une congestion active continuelle. Sans doute même dans quelques cas et dans celui que je viens de citer en particulier, cet état congestif le domine, s’il ne le constitue pas tout entier. Aucune autre hypothèse ne peut expliquer ces différences d’amélioration, ou rapide, ou lente, ou nulle, de symptômes identiques en apparence et identiquement traités. De telle sorte que relativement au traitement et surtout au traitement thermal et au pronostic par conséquent, je suis porté à diviser les scléroses en scléroses dans lesquelles la congestion l’emporte sur le travail morbide, et en scléroses dans lesquelles la lésion est prédominante, ou, pour employer une expression scholastique, en scléroses à congestion active et en scléroses à congestion passive : les premières étant rapidement amendées, et surtout sous
l’influence d’un traitement révulsif adjuvant (douchesaction purgative des buvettes Stolines et La Vernière), les autres demandant l’emploi long et mesuré des bains qui lentement et progressivement affaiblissent et même réparent les progrès de la lésion, en même temps qu’ils fortifient les organes; dernière action qui n’est pas à dédaigner dans une maladie à propos de laquelle Trousseau disait que les efforts des médecins doivent tendre par-dessus tout à soutenir les forces de l’économie.
Sans s’arrêter davantage à une discussion qui sort du sujet, on peut dire que plus près l’affection sera de son début et plus la guérison devra être espérée, et plus court sera le délai dans lequel on pourra l’obtenir. Cette assertion reçoit une justification suffisante des faits mêmes que nous avons observés et décrits. La statistique en fournit la preuve surabondante. On conçoit parfaitement du reste que l’affection étant surtout constituée au début par la congestion, l’amélioration soit à la fois plus rapide et plus sûre dans celte période. Plus tard, la lésion est manifeste, elle devient de plus en plus profonde en même temps que l’organisme s’affaiblit : d’où, comme conséquence, cette lenteur des modifications, cette persistance nécessaire du traitement déjà étudiées.
Dans les cas favorables, sur quels symptômes de la maladie paraît se faire sentir en premier lieu l’action efficace des eaux de La Malou? sur lesquels son action est-elle le plus certaine ?
La modification à la fois la plus constante et la plus rapide se fait sentir sur l’élément douleur : les crises fulgurantes sont généralement calmées par une première saison à La Malou. Aucune des observations rapportées plus haut ne contredit cette constatation, et je
n’ai vu que de rares exemples échapper à ce bénéfice, alors surtout qu’on a su tenir compte des indications et des contre-indications déjà étudiées. Les crises gastriques suivent à ce point de vue la même évolution favorable que les crises fulgurantes des membres, ainsi qu’on peut s’en convaincre par la lecture de l’observation YII. — L'incoordination des mouvements exige généralement plusieurs saisons pour présenter une amélioration notable. Sans doute, dans quelques cas exceptionnellement favorables qui sont relatés plus haut, cette diminution de l’ataxie elle-même, se fait sentir plus tôt; mais, dans la grande majorité des cas, on ne peut espérer cet heureux résultat qu’au bout de quelques années d’un traitement assidu. Quant aux autres symptômes, mes recherches et mes observations ne m’ont rien appris de concluant. Je dois noter cependant que dans la plupart des cas où le malade était jeune et suffisamment vigoureux, la réapparition de la puissance génésique a paru se montrer pendant les premiers moments de l’amélioration coordinatrice. C’est à cette même période qu’il faut rapporter les modifications favorables qui surviennent du côté des fonctions de l’anus ou de la vessie, dans les cas assez fréquents de paresse de ces organes et même d’incontinence. Rappelons enfin que, chez un des malades observés (Observ. VI) une arthropathie ataxique, touchant à sa fin, a complètement disparu pendant une première saison.
Eu résumé, les eaux de La Malou exercent une action incontestable et remarquable sur la marche de l’ataxie locomotrice progressive, qu’elles améliorent dans la grande majorité des cas et qu’elles semblent guérir quelquefois.
Aucune station thermale française ne jouit de cette propriété à un aussi haut degré.
Cette action est d’autant plus favorable que l’affection est plus rapprochée de son début.
Elle est singulièrement facilitée par l’emploi des. moyens révulsifs naturels et artificiels dont on peut disposer à cette station (buvettes, douches).
Au point de vue des indications, les eaux de La Malou doivent être divisées en deux groupes : chaud et tempéré, dont le choix rationnel est de la dernière importance.
L’amélioration se fait d’abord et plus spécialement sentir sur les crises douloureuses. L’incoordination des mouvements n’est amendée que plus tard.
Quand la lésion est avancée et que l’ataxie est arrivée à un point où elle n’ est plus, comme on l’a dit, que le cadavre de la maladie, l’amélioration ne se fait généralement plus sentir. Mais on obtient souvent, par l’usage régulier des eaux, un temps d’arrêt qui retarde l’évolution fatale et rend les douleurs et les crises plus supportables.
Paris. — Typ. A. PARENT, rue
Monsieur-le-Prince, î9-3u