BOULET A MITRAILLE ET A POUDRE* FULMINANTE
« On réunit ces deux inventions dans le même ar- « ticle parce que la disposition principale qui les ca- « ractérise est commune à Tune et à Tautre. Cette dis- (c position a pour objet de déterminer l'explosion de la « charge de poudre que contient le projectile au moment « précis où, il frappe le but. »
Dans cette analyse d'une partie de mes inventions faite par le comité d'artillerie, il y a vingt-huit ans, se trouvent en principe, si je ne me trompe, quatre des idées capitales sur lesquelles sont basés les perfectionnements récents de Tartillerie, à savoir :
V Les rayures en hélice de rintérieur ou âme des canons;
2^ Le revêlissement complet ou partiel du boulet de fer par un métal plus mou et plus glissant qui, entrant dans les rayures en hélice de l'àme du canon ^ imprime à ce même boulet un mouvement de rotation d'où résulte une portée et une justesse plus grandes;
5*^ Le canon rayé en hélice se chargeant par la culasse ;
A^ Les projectiles creux éclatant par le choc contre le but au moyen de la poudre fulminante.
J'ai extrait des rapports du comité d'artillerie, en les transcrivant fidèlement, les passages dans lesquels sont spécifiées celles de mes inventions qui se rapportent aux progrès récents de Tartillerie. J'ai laissé de côté les critiques dont elles ont été l'objet, non dans l'intention de les passer sous silence, mais au contraire avec la pensée de les présenter isolément pour les discuter.
Une prévention fort naturelle contre les idées d'un médecin en matière d'artillerie, rend M. le rapporteur excusable de n'avoir pas compris du premier mot l'importance des rayures ou cannelures en hélice des canons.
Cette prévention aveugla parfois les plus grands génies : Napoléon P a vu, dit-on, sans en deviner l'avenir, le bateau à vapeur de Fulton ; il est vrai qu'il s'en était référé à l'examen d'un comité. Je demande grâce pour cet ambitieux rapprochement.
Je regrette pour moi, si ce n'est pour la France, que
mes propositions n'aient pas été prises au sérieux il y a vingt-huit ans^ qu'elle» n'aient pas été admises au moins à examen et à correction : peut-être Tinventeur eût-il pu répondre aux objections, remédier aux inconvénients signalés, et perfectionner son idée première.
Si le duc d'Orléans, dont la tombe a englouti la fortune de la monarchie de juillet, eût vécu plus longtemps, peut-être les canons rayés eussent-ils fait entendre leurs détonations quinze ans plus tôt, et MM, Armslrong, Witworth et autres eussent été ostensiblement et pratiquement devancés par un Français dans Tapplication des canons en hélice se chargeant par la culasse. Ce gracieux prince, regrettable à tant de titres, auprès duquel le général Marbot m'a servi d'introducteur, avait approuvé mes idées et exprimé Tinlention de les faire expérimenter sans heurter les susceptibilités du corps qui les avait si défavorablement accueillies.
Pour motiver le rejet des rayures ou cannelures en hélice de Tàme des canons et le tir à boulets forcés, M. le rapporteur s'exprimait ainsi : « L'inventeur ne a s'occupe pas de l'augmentation d'épaisseur qu'il fau- « drait donner aux pièces pour les mettre en état de « résister à un pareil tir; il ne voit aucune difficulté « à rayer en hélice Pâme des canons, et il trouve tout « simple d'enfoncer les boulets ( revêtus d'une couche « de plomb) à coups de refouloir comme on enfonce une « balle de carabine. »
Il me serait facile de renvoyer l'ironie à M. le rap-
porteur, car ses prévisions ont été complètement déçues. Le volume et le poids des canons rayés, loin d'avoir augmenté, sont moindres que ceux des anciens canons, malgré l'accroissement relatif de l'épaisseur de leurs parois. Lorsqu'au mois d'août >I859, l'armée française victorieuse à fait son entrée triomphale dans Paris, la foule des spectateurs regardait avec surprise ces petites bouches à feu* qui venaient de parler si haut et si ferme, de loin comme de près à Tennemi.
Il était inexact de dire que je n'avais pas songé à Faugmentation d'épaisseur des. parois des canons qu'entraîneraient les rayures, puisqu'au lieu de pratiquer purement et simplement ces rayures dans les pièces anciennes, ce qui les eût affaiblies, je proposais (le rapport en fait foi) « d'introduire et de fixer solidement a un tube ainsi rayé^ dans F âme des canons existants pour « les approprier à ce îiouveau tir. »
L'âme du canon, il est vrai, eût diminué de diamètre; mais cette diminution eût été compensée par Faugmentation de portée et de justesse, par l'allongement du boulet qui permet de lui conserver son poids en diminuant son diamètre.
Pour pratiquer des rayures dans les anciens canons en fer et les mettre à même de supporter l'effort ad* ditionnel produit par l'accroissement de la résistance du boulet forcé, les Anglais les ont cerclés avec des anneaux de fer appliqués rouges et ils s'en sont bien trouvés, dit-on, pour ceux qui étaient en fer forgé. Le tube rayé en hélice que j'ai proposé d'introduire et de fixer dans l'âme des anciens canons n'ayant pas
été expérimenté, je ne sais pas, en effet, s'il vaut mieux les renforcer par le dehors que par le dedans : peut-être vaudrait-il mieux encore refondre les uns et les autres. Toutefois, je persiste à croire que les tubes rayés en hélice, ou façonnés à leur intérieur en pans formant hélice, introduits et fixés dans Tâme dç3 canons, trouveront leur application, soit pour prolonger le service de ceux dont les rayures sont usées, soit autrement.
le continue la discussion des critiques dont mes inventions ont été Tobjet.