SUR
LES INSCRIPTIONS GRAFFITES
DE
On se rappelle la découverte, faite en 1866, de Vexcubitoriurriy ou corps de garde, des vigiles, à Monte di Fiore, près de S. Crisogono, dans le Transtévère. Les parois inférieures de ce monument étaient couvertes d'inscriptions gravées à la pointe par les vigiles de la septième cohorte, inscriptions paraissant toutes remonter au m® siècle, et dont la date est comprise entre le règne de Septime-Sévère et celui de Décius.
M. le docteur Henzen s'est empressé de publier dans le Ballettino delï Instituto de Rome (1867, p.i2-3o) toutes les inscriptions qui avaient été trouvées à cette époque, et il a joint quelques savantes explications à la reproduction de ces textes nouveaux. Depuis lors, d'autres graffiti ayant été découverts au même endroit, et la lecture ou le commentaire qu'il avait donnés des premières en 1867 lui ayant paru nécessiter une nouvelle publication d'ensemble, le savant secrétaire de l'Ins-
titut archéologique a fait de cette seconde étude l'objet du discours lu à la séance solennelle du 24 avril 1874» anniversaire de la fondation de Rome, et publié dans les Annali delï Instituto de cette même année (p. ii2-i63). Le nombre des documents épigraphiques qui y figurent n'est pas moindre
de 94.
On sait, par les textes classiques, que la création des sept
cohortes de vigiles, ou gardes de nuit, des quatorze régions de la ville de Rome, remonte à Auguste, qui recruta ce corps parmi les libertini et mit à leur tête un chevalier romain qualifié du titre de praefectus vigilum^. Anciennement le soin de prévenir ou d'éteindre les incendies et de veiller à la sûreté de Rome pendant la nuit avait été confié aux triumviri noctumi'^y et peut-être, à une époque plus récente, aux triumviri capitales , créés entre les années 290 et 287 avant J. C. ^
Nous voyons, par un très-curieux passage de Paulus\ que, sous la République, des esclaves ^uhWcSyfamilia pablica, distribués aux portes de la Ville et le long des murs (il s'agit ici, bien entendu, de l'enceinte Servienne), étaient prêts à agir en cas de besoin, et le jurisconsulte ajoute ifueranl et privataefamiliae, quae incendia, vel mercede vel gratia extingaerent; etnous voyons même dans Velleius Paterculus que Rufus Egnatius s'était acquis une grande faveur de la part du peuple pendant son édilité, parce qu'il avait libéralement consenti à ce que ses esclaves fissent le même service : colleclo in aedilitate favore populi, quem extinguendis privata familia incendiis in dies auxerat ^; ceci avait lieu vers l'an 44 avant notre ère, c'est-à-dire au temps
* Dio Cass. LV, xxvi. Alterth., Rômisches Staatsrecht, II, p. 558.
' T. Liv. IX , XLVi; — Val. Max. VIII, i , ^ Epilome T. Liv. xi.
Damn. 6 , et ih. 5 ; — Paul. Dig. 1 , xv, i ; * Dig, 1. c.
— cf. Th. Mommscn, Handb. des rômisch. ^ II, xci, 3.
de la mort de César. On peut donc dire qu'à cette époque le service de la police nocturne de Rome était tantôt à la charge de la Ville, c'est-à-dire accompli par des esclaves publics, tantôt gratuit, c'est-à-dire accompli par des esclaves privés, et, par conséquent, aux frais des particuliers.
Pour en revenir au texte de Paulus, il se termine par ces mots : demie, divus Augustus maluit per se hiiic rei consuU, qui s'accordent avec le témoignage de Dion Cassius mentionné plus haut.
Sans le secours des documents épi graphiques, nous serions bien mal renseignés sur cette institution d'Auguste. Fort heureusement un grand nombre d'inscriptions concernant celte milice a été réuni depuis longtemps et expliqué par Olaùs Kellermann, en i835, avec une méthode et un savoir qui nous permettent d'y reconnaître les conseils et l'inspiration de Borghesi, dont il était le disciple favori. Tout le monde connaît ce mémoire célèbre qui a fait époque dans la science, et qui a permis à l'auteur, par un heureux effet des leçons du maître, d'en étendre l'objet bien au delà des limites étroites indiquées par le titre de son livre ^ en appliquant, par une analogie raisonnée et justifiée, à l'organisation de l'armée romaine tout entière, les principes et les faits d'ordre , de hiérarchie et de discipline, qui se dégagent de l'élude des cohortes de vigiles.
Depuis lors, M. le commandeur Jean-Baptiste de Rossi s'est occupé de ce qu'on peut appeler le côté topographique de la question. Utilisant certains documents recueillis avec soin à la Vaticane et judicieusement rapprochés par lui des vestiges encore subsistants de l'ancienne Rome, et en particulier de l'enceinte Servienne^ il a pu fixer, avec une certitude presque com-
' Vigilium romanorum latercula duo CoelimorUana , Homae, i835, in-4'. — * Annali, i858, p. 265-297.
Inscriptions graftilcs. 2
plète, quatre des stationes ou castra, relyrj \ sortes de casernements, des sept cohortes de vigiles, le long des murs et près des portes de cette enceinte : la première cohorte , au pied du Quirinal, vers l'ancienne porte Sanqualis (pour les vu*" et viii** régions); la deuxième, vers les Aggeres, à la porte Esquilina (pour les III'' et v"" régions) ; la quatrième, sur TAventin , vers les portes Naevîa et Rauduscalana (pour les xi* et xii* régions), et la cinquième, à la villa Matlei, sur le Coelius, non loin de la porte Capena (pour les i^ et xiii*" régions).
Restaient donc à déterminer les lieux de casernement des troisième, sixième et septième cohortes, pour les ii% iv% vi% VIIII^ X® et xiiii'* régions.
M. Lanciani pense avoir fixé un cinquième casernement dans le quartier de Rome dit Âlta semita^-^ ce serait celui qui aurait servi pour les ii* et iv* régions.
C'est là qu'en était la question lorsque M. Henzen a publié ses deux mémoires sur fes Vigiles : Tun en 1867, loutre en 187/1.
Il faut se rappeler que les deux documents topographîques que nous possédons sur l'ancienne Rome, tous deux d'une époque fort basse, comme on sait, le Curiosas et le Breviarium Urbis, nous apprennent que, s'il n'y avait que sept cohortes de vigiles, il existait quatorze corps de garde «vigilum vu quo- «rum excubitoria xiiii^. » Donc il y avait : 1° sept stations, ou casernements, distribués le long de l'enceinte Servienne, de telle sorte que chaque cohorte eût le sien , et fût à portée de surveiller deux régions; mais, pour qu'aucun de ces quatorze quartiers ne fût privé d'une surveillance vigilante et n'attendît pas trop longtemps les secours, on dut établir,
* Dio Cass LV, xxvi. — ^ BuUett. archeol munie, iS'ji, p. 2 52. — ' Prellcr, p. 3o.
2^ un corps de garde ou excubitoriam au centre de chaque région. Avant la découverte du corps de garde de S. Crisogono, on avait donc déterminé quatre, et peut-être cinq, de ces lieux de casernement sur sept, mais, depuis i865, nous possédons un spécimen de ces excubitoria ou postes de surveillance placés au centre de chacune des régions de Rome. Gomme le Transtévère composait la xiiii® région d*Auguste, et que les inscriptions trouvées à S. Crisogono concernent toutes, sans exception, des vigiles de la vii*^ cohorte, il est indubitable que le Transtévère était une des deux régions dont la garde ét^it commise à cette cohorte. L'autre devait être la viiii*, qui comprenait le Champ de Mars, situé en face du Transtévère et par conséquent sur la rive gauche du fleuve.
Nous ne pouvons douter que les constructions découvertes en 1 865 ne soient bien celles d'un excnbitorium , d'abord à cause de la position centrale de S. Crisogono dans la xiiii* région (les reiyrj ou casernes devant être cherchées près de l'enceinte), ensuite et surtout parce qu'on lit dans le graffito n*" i3 de M. Henzen :' GENJo ESCVBITOR' {sic), et dans celui du n^ 92 : INCV.BITORVM {sic).
Les inscriptions du corps de garde de la septième cohorte des vigiles pour la surveillamce de la xiiii*" région nous ont appris, en outre, des faits nouveaux, que le savant auteur des Acla Fratrum Arvaliam,^. Henzen, a signalés à l'attention des lecteurs des Annales de T Institut archéologicjue , qu'il a mis en lumière avec le savoir et la haute compétence qu'on lui connaît, et dont il a entrepris l'explication avec sa réserve accoutumée. Nous prendrons la liberté d'y ajouter les remarques que nous a suggérées l'étude de cette question , et, quoique avec des armes fort inégales, nous nous permettrons, sinon de
combattre ces conclusions, du moins de donner quelques explications diflFérentes de celles qu'il propose.
La plupart des graffiles, gravés à la pointe par les vigiles eux-mêmes sur les murs de V excubitoriam , portent d'abord le numéro de la cohorte et le nom de la centurie auxquelles chaque soldat auteur de ces grafBtes appartient; puis il en indique le motif ou Tobjet; car ce n'est pas, comme pour les inscriptions pariétaires de Pompéi, si remarquablement lues et expliquées par M. Zangemeister ^ la fantaisie, le caprice, Toisiveté même, qui les ont produites ; elles ont toutes, ou presque toutes, une raison d'être : ce sont des notes rédigées, et écrites en vue d'un effet utile pour celui qui les a gravées. On n'y trouve rien qui rappelle le genre de saillie légère et facétieuse dont s'inspirent d'ordinaire les auteurs de graffites. Elles tendent certainement à un but sérieux; et ce but est précisément exprimé par un mot nouveau, qui ne figurait jusqu'à ce jour, sous cette forme du moins, dans aucun texte classique ni dans aucun document épigraphique; or, comme, sur les quatrevingt-quatorze textes qui proviennent de V excubitoriam de la quatorzième région, ce mot figure soixante-trois fois, et qu'il se rencontrerait certainement dans un bien plus grand nombre d'inscriptions encore, si, parmi ces quatre-vingt-quatorze graffites, nous n'avions beaucoup de fragments et de textes mutilés, il en résulte qu'a priori nous sommes tentés de considérer l'emploi si fréquent qui en est fait et l'objet auquel il s'applique comme la chose capitale, disons mieux, comme la raison d'être de cet ensemble de documents nouveaux. Ce mot s'offre à nous sous des formes, ou plutôt suivant des formules assez variées :
' c. /. /.. l. VI.
SEBACIARIA FECIT ou FECI, ou FEC, ou FE (n°' i, 2 , 3, 4, 6, 7, 8, 12, i3, i4, i5, 18, 23, 67, 60, 61, 67, 68, 70, 71, 72, 79, 81, 83, 90, 91 = total 26).
SEBAC-FECIT (5, 42).
<I>HKI • CEBAKIAPIA (11).
CEBflCIARIA FECIT (26).
SEBBACIAR.. FECIT (3]).
SIIBACCHARIA/ecù (32).
SEB6ACIARIA (35).
SVACIAM FECIT (36).
FIICIT IT II|VCIAS rOVRIAS SCOC (4o).
SVBACIARIAM TVtA FECIT (4i).
SEBACIAR- VSSA SEBACIA | . . A FECISSEM (44).
F S . SEBARIVS PERFECIT (49).
OH CHBA|KIAPIA (53).
SEBACIARIA AN II (58).
SEBACIARIAM FECI (59,87).
SEBACIARI FECIT (62).
SEVACIARI|A FECIT (65).
SEBACIA FECIT (66).
SEBECARIA FECIT (69).
FECI SEBACCIARIA (78).
SEVACIA- TVTA -FECIT (82).
SEBCIARIA FECIT (84).
Fréquemment aussi, le soldat s'intitule lui-même SEBA- CIARIVS (i4, 16, 48, 5o, 5i, 52).
SEBACIAR, SEBAC, SEBA, SEB (9, lo, 17, 47, 58) SEBARIVS (49).
SABACIARIVS (56).
SIBACIARIVs (80).
Inscriptions graflites. 3
11 faut remarquer en second lieu que cette formule sebaciaria fecit est très-souvenl accompagnée d'une autre, indiquant le mois pendant lequel le soldat a fait ce service ou accompli cette corvée :
SEBACIARIA FECIT- M- ] FEBR (i, 5).
M IVLIO (2,3,1 5, i8, 23, 65, 66,
SEBACIARIA FECIT-MENSE AVGVSTO (4, 12,82).
MENSE IVN (6, i3, 60).
MENSI MAIO (7, 1 6, 42, 60, 78, 79).
MES OCTOBR (8).
MESE I DECENBRE, vel
-. M.DEc (i4, 62, 91),
MENSI APRILE (26, 69).
M NOVEMBRES (27, 67, 68).
M MARTIO (3i, 35, 61, 70, 90).
MIINSII. . . (32).
MENsE SEPTEMBRE (36, 67).
M lANVARIVM (59).
SEBA M lAN (9).
<DHKI CEBAKIAPIA MECI MARTI (11).
Ce qui prouve que c'était pendant le mois entier que le vigile devait s'acquitter de ce soin, c'est qu'on lit au n° 56 :
... SABACIARIVS I MESE SVO...
et au n** 65 :
. . . SEVACIAR 1 1 A FECIT EX KALENDAS IVLIAS ] IN KA AVGV. . . (pourra; kalendis Jaliis nsque ad kalendas Augustas).
L'indication du mois pendant lequel le soldat a fait les sebaciaria est mentionnée quarante-trois fois dans nos quatrevingt-quatorze inscriptions. Elle accompagne donc presque toujours la formule sebaciariafecit et très-rarement le titre de sebaciarius, ce qui se comprend aisément, car ce titre sebaciarins permet de supposer que la fonction avait été accomplie depuis plus ou moins longtemps, et qu'elle constituait une sorte d'état de service, tandis que la formule sebaclaria fecil semble indiquer, au contraire, que la fonction vient de s'achever.
Une troisième et très-précieuse indication nous est fournie par l'emploi, également très-fréquent, d'une autre formule qui semble non moins étroitement liée que la précédente avec les mots sebaciariafecit, c'est celle de :
OMNIA TVTA (i, ii, 3i, 82, 56, 69, 60, 65, 79, 81, 82).
OMNIA TVTAMVS (18), sans doute pour tutamur, quoiqu'on trouve aussi la forme active dans Plante et dans le latin des bas temps;
Ou simplement TVTA (4i ).
On trouve aussi SINE QVERELLA (56);
Ou salvo DOMIn NOSTRO (7) ;
Ou FELICISSIME INTEGRE (70);
Ou FELICITER (8, i5, 72, 79).
On trouve encore cette autre formule, qui semble se rattacher au même ordre d'idées :
SALVIS CO I MANVPVLIS (12);
SALVIS COMMANVCVLIS-SVIS (8a);
SALVIS commanipulanBVS (81);
SAhis I COMMANIPVLIS SVw (3i, Sa, 36, 78, 81, 88);
SALBIS COMMANPV/is (91);
SALm|NAVITET (65);
Ou bien enfin BONO SVO (3i).
Ainsi treize fois la formule omnia tuta, ou son équivalent, est jointe aux deux précédentes, et ne semble pas pouvoir en être isolée. Quant au mot féliciter et à ses analogues, qui se rencontrent cinq fois, il paraît exprimer la satisfaction du soldat auquel rien n'est arrivé de fâcheux pendant qu'il remplissait sa fonction mensuelle touchant les sebaciaria, tandis que omnia tuta marquerait plutôt que Tordre public a été maintenu : « tout est bien ! » Pour ce qui regarde salvis commanipulis , ces mots indiquent, selon nous, que celui qui faisait les sebaciaria était accompagné, dans l'exercice de cet office, par un petit détachement, ou, comme on dit vulgairement, par une poignée d'hommes dont il était le chef provisoire et de la conservation ou de la sûreté desquels il était plus ou moins responsable. Il est même certain que ces hommes devaient aussi le protéger et fe défendre, c'est, du moins, ce qui ressort, pour nous, de la fin de l'inscription n° i3 de M. Henzen.
SEBACIARIA Sebaciaria
FECI-MENSE feci, même
I V N I O • G RAT A S A g junio, Grat[{]as ag-
AGENIo ESCVBITORI a[m] Genio e[x]cabitori[i]
ETCEOMANIPVL . et c[omni]anipul-
IS'SVISINPERPETV is suis (pour meis) in perpetu-
O. [um].
Nous voyons donc que le soldat qui a gravé cette inscription exprime sa reconnaissance éternelle au Génie du corps de garde et à ses compagnons, évidemment parce qu'il a, grâce à eux sans doute, échappé à un danger. La fonction dont il s'agit n'était donc pas exempte de périls. Elle ne l'était pas non
connu, et supposer un mot hybride formé du grec fifiicrvç et de la forme prétérite empruntée par le verbeyèro, il nous semble, d'après le contexte des deux documents épigraphiques où ce mol est employé, qu'il n'est pas trop téméraire de lui attribuer le sens de compagnon de corvée. Ce serait le soldat qui partage avec son camarade le service ou la corvée mensuelle des scbaciaria.
Nous voyons d'autres vigiles commencer le mois et laisser à un autre le soin de le finir : FELIX F S CAECILIVS FELIX SEBARIVS PERFECIT (49) : «Félix fît les sebaciaria (?); Cac- « cilius Félix les acheva, n
On était désigné d'avance pour ce service et l'on pouvait le faire reporter à un autre mois; un soldat, chargé, en 228, de faire les sebaciaria en décembre, s'acquitte de cette mission en janvier : SEBACIARIAM FECI M lANVARIVM [sic) \ OM- NI A TVTA FAVS COSS^ | RALATVS {sic) M DECEMBRE (n*" 5o), et dans une inscription , malheureusement incomplète, un autre dit SEBACIAR- VSSA (sans doute jussa) . . .SEBA- CIAn|A FECISSEM. . . (plusieurs lacunes dans le texte nous empêchent d'en saisir le sens complet).
Faire seul et pendant tout son mois les sebaciaria était réputé œuvre méritoire, puisqu'on a soin de le mentionner: IN- TEGRE [sic) (n** 70). Il semble que ce service devait être plus difficile, et cela se comprend aisément, pendant les jours de grandes fêtes publiques : aussi trouve-t-on assez fréquemment employée une quatrième formule, dont nous estimons que le sens se rapporte encore au même objet et doit faire corps avec les inscriptions où elle figure pour en compléter le texte; c'est la formule :
(Pour l'année 229), VOTIS X votis decennalibus.
' « Faustis consulibus. •
(Pour Tannée 221), VOTI X VOT XX (2,79) dont le sens est parfaitement déterminé par cette autre :
(pour l'année 221), FAV|STE VT|VOTIS X VOTIS XX ( ib)fauste, ut votis decennalibus, vous vicennalibus, « puissent s'ac- « complîr heureusement les fêtes des vota vicennalia de TEmpc- ' «reur, comme viennent de s'accomplir les fêtes des vota defl cennaha. »
ISTO I L S B B X (65) : isto libenter solvenle (i. e. sebaciaria) bonnm botis decennalibus (?).
(Pour Tannée 22 i),B.B. Bons |X ET XX FELICITER (68) bonam bene botis decennalibus et (pour utinam sic et) vicennalibus , féliciter I
Les mots COGI ARI V • X AVRIOS qui suivent, dans Tinscription n** 1, datée de Tan 229, les formules OMNI A TVTA VoTIS-X ne signifient pas, selon nous, que Tempereur Sévère Alexandre a donné aux vigiles un congiarium de dix aurei par tête, mais qu'ayant distribué d'une manière générale, à Toccasion des fêtes décennales, un congiarium de dix aurei, la difficulté du service des vigiles de garde pendant le mois de février, époque de cette distribution, fut beaucoup plus grande; elle fut telle, qu'ils s'en firent un titre à Tavancement, et qu'ayant eu à réprimer les désordres nocturnes aggravés sans doute par la munificence impériale, ils crurent utile de rappeler cette circonstance dans la mention de leur mois de sebaciaria.
Si c'était un mérite de maintenir la tranquillité et de veiller à la sûreté de la ville pendant les fêtes publiques, si c'en était un d'avoir fait, pendant un mois entier, les sebaciaria, on ne s'étonnera pas de voir ces gardiens de la paix, ces pompiers si utiles, mais dont on plaisantait souvent à Rome' comme on
* On les appelait, à cause de leurs teurs d'eau. » (Terlul. i4/oo/. Sgf cf. schol. seaux doublés de joncs, sparteoU, «por- Juven. \iv, 3o5.)
le fait aujourd'hui chez nous el avec aussi peu de raison, chercher à tirer avantage de leurs corvées et des difficultés de leur service. Quelle pouvait être cette récompense? Il y en avait de deux sortes : d'abord Tavancement dans le corps et ensuite l'obtention du frumentum publicum. M. Mommsen a démontré depuis longtemps que la délivrance des tesserae framenlariae était équivalente à l'inscription dans la tribu ^ On sait que les vigiles, au temps d'Auguste, n'étaient pas citoyens romains, mais que l'obtention de la cité fut l'appât qui facilita toujours les recrues des cohortes de vigiles. A l'époque de Septime Sévère et de ses successeurs, il est incontestable qu'un grand nombre de ces soldats avaient la cité, s'ils ne l'avaient tous; mais le frumenlam publicum subsiste encore pour eux, et la table de bronze du Capitole, datée de 2o3, porte, comme on sait : QVI • FRVMENT • PVBL • INCISI • SVNT^ : quifrumento puhlico incisi sunt.
Les peregrini, que M. Naudet, dans un savant mémoire, a démontré être les mêmes que les frumentarii , n'obtenaient cependant qu'après un certain temps le frumentum publicum, et c'est alors qu'ils étaient dits frumentarii. Le frumentum publicum, comme l'a si bien défini M. Léon Renier, dans son cours du Collège de France, faisait de ceux qui l'avaient obtenu, des bourgeois de Rome. Que ces peregrini, devenus ainsi frumentarii, après un séjour plus ou moins long à Rome, fussent envoyés ensuite dans les provinces avec un service de police, ceci ne regarde en rien l'origine spéciale et le sens du mot/ramentarius, que nous rencontrons avec son acception première dans nos inscriptions des vigiles du Traustévère. Nous y trouvons en effet ces mots :
Die rômischen Tribus, Allona, i8^4, p. 197. — * Kellenii. Vig. 12, p. 29.
CoMEAT STIPENDIOR
VM TRIVM, etc. (Henzen, n° 4 et n° ih),
qîi'il faut lire [acce^fo] com[Tw]eat[tt], sdpcndiorum frm/n, c'est-àdire ayant reçu \e frumentum après trois ans de service; et le sens à' accepta commeatu nous semble déterminé par l'inscription d'un autre vigile, qui s'intitule FRVM I INTARI [as] ^ Aitisi , après trois ans de service dans le corps des Vigiles, on avait part aux distributions de blé, c'est-à-dire qu'on était bourgeois de Rome ^.
Nous arrivons maintenant à l'explication du terme sebaciariafecit. Et d'abord nous sommes d'accord avec M. le docteur Henzen sur la valeur étymologique de ce mot : c'est évidemment un dérivé de sébum, suif; on connaît les mots sebaceus, de suif; sebacea, torches de suif. Ce mot rappelle l'usagé où étaient certainement ces gardes de nuit, de se servir de luminaires composés, comme nos lampions, de graisse et de mèches, tant pour les besoins des patrouilles nocturnes, — la Ville n'é-
* Henzen, n° 55.
' La fameuse inscription conservée au musée du Capitule (Kellerm. Vig. n" la, p. ag) ne laisse aucun doute à cet égard.
Nous y voyons seize soldats, que Kellermann a démontré être des Vigiles, élever un monument aux empereurs Septime Sévère, Caracalla et Géta (dont le nom est martelé) , pour les remercier de leur avoir accordé le frumentum publicam QVI * FRVMENT • PVBL • INCiSI SVNT.
après avoir accompli plus de deux ans de service. En effet le monument est daté du consulat de Géta (qui n*est pas Tempereur Géta] et de G. Fulvius Plautianus (ao3 de J. G.) , et ils sont entrés au service
sous le consulat d*Annulinus II et de Fronton ( 1 99)- Nous voyons même que la troisième année commencée compte pour Tannée enlière. (Cf. Mommsen, Bullett.
delV Instit, di corrisp. arch, i845, p. igS- 197.) Quant au sens de frumentarius, qui , dans les textes classiques , signifie , le plus souvent, ainsi que le prouvent les nombreux' exemples cités par M. Naudet (séance du 18 juin 1875), celui qui donne ou distribue le blé, il nous paraît certain que ce mot a dû être pris aussi dans un sens passif, et, de même qii alimentarii pueri exprime « les enfants qui reçoivent les • slimenis ^ M frumentarii milites signifierait « ceux qui reçoivent le blé. »
tant pas éclairée, — que pour le corps de garde. Là n'est pas la difficulté. Mais sebaciarius désignerait, selon M. Henzen, le soldat charge de fournir les luminaires de suif pendant un mois et à ses frais, et sebaciaria fecit exprimerait, d'après lui, cette sorte de prestation forcée en nature. Il se fonde, pour
justifier ce sens, sur l'inscription n° 70, qui porte :
COH-VII-VIGVLVM CENTVR lAM-CRISPINI-SEBACIARIA FE MESIS-MARTI V-AVFIDVS SECVN (sic) NVSFYSGO SVO(5ic) FIILICISIME INTEGRE (iic).
Notre savant correspondant n'a pas vu lui-même cette inscription, effacée aujourd'hui, et la lecture qui précède est due au chevalier Visconti. Nous n'hésitons pas cependant à en admettre l'authenticité. Nous croyons même qu'on doit ramener l'orthographe vicieuse FYSGO à la lecture FISCO , et nous accorderons même que cette expression donne à entendre que ce personnage a fait les frais des luminaires de graisse qui ont été employés pendant tout le mois qu'a duré son service des sebaciaria, mais cela ne peut s'appliquer à tous les vigiles ni nous conduire à admettre qu'ils fussent obligés de faire ces fournitures sur leur solde. Si le vigile dont il s'agit est le seul qui ait mentionné expressément sa libéralité, c'est qu'il s'en fait un mérite, et cela prouve, au contraire, que cette dépense était volontaire et exceptionnelle; car, si elle eût été obligatoire et générale, tout le monde l'eût mentionnée, ou, ce qui revient au même, personne n'en eût parlé.
M. le docteur Henzen appuie, en outre, son opinion sur l'inscription suivante (n"" 4 1 ) :
COH VII VIG GORDIANID-N
) MARCELIANI EGRILII RVFINIANI (pour Egrilias Rafoiianas). SVBACIARIAM TVtA FECIT Sebaciariam.
OLEV CVR AVRELIVM AGRIPINVM OPTIONE Cur[anté\ Aurelio At^rippino optione. SEBACIA LVCINIVM LVCERNÀS AD PORTA AD POMPAS
SEMPRONIANVS P N [Pmefectas noster?)
Or rien ne nous autorise à penser que c'est au soldai qui a fait les sehaciaria qu'ait incombé la dépense des fournitures indiquées à gauche de ce graffite : « huile, chandelles de suif, lu- « mignon, lanterne, tant pour la porte du corps de garde que « pour les sorties. » Nous voyons , au contraire , que Ténu mération de ces objets commence en regard des mois cur[anle^ AixreU[o\ /l^n[/)]pm[o]. Cet Aurelius Agrippinus est \oplio (sorte de souslieutenant) chef du poste. Il semble donc que le soldai Egrilius Rufinianus veuille indiquer ici, on admettant que ces mots soient de la même main, que les approvisionnemenls du poste, à l'emploi desquels il était sans doute obligé de veiller en qualité de sebaciarius, devaient être renouvelés, et que ce soin regardait Yoptio.
Dans le n° 22, qui n'est qu'un fragment, on dit aussi AD LVCIR, et plus bas, AD LVCINI; mais. on n'en saurait rien tirer pour l'éclaircissement de la question qui nous occupe.
Enfin, M. le docteur Henzen invoque un dernier témoignage en faveur de son explication, c'est l'inscription n° 56 :
> PATROILl
Q^GNINVS MILE
■N ?S^AS SABAC.ARIVS SiNE^Q-V^
MESE SVO OMNIA TVTA
qui signifie, selon nous, que ce soldat, ayant terminé ses sebaciaria, se félicite de la tranquillité qu il a contribué à maintenir pendant son mois de service, et qu'il n'y a plus d'huile au poste pour les chaussures.
Nous ne pouvons accorder à M. Henzen que le mot eques, qui se rencontre dans l'inscription n"* 48 ainsi conçue : SILVI AEMILIANVS > SEBACIARIVS CENTVRIA EQyES FAC- TVS signifie un cavalier, et que l'on doive en tirer la conséquence qu'il y avait une cavalerie dans le corps des vigiles (p. 1 1 9). Il est vrai qu'^^ae^seul ne saurait désigner, d'après les règles de l'épi graphie, un chevalier romain , eques romanus; mais il faut considérer que nous n'avons pas affaire ici à des textes officiels et corrects, et il nous en coûte beaucoup moins d'admettre l'omission du mot romanus que de supposer un corps de vigiles à cheval. D'ailleurs il ne s'agit pas ici d'un simple soldat.
Pour nous résumer, l'opinion de M. Henzen ne nous paraît pas admissible, parce qu'il faudrait de toute nécessité, isoler, d'après ce système, tous les membres de phrase ou toutes les formules qui, dans la plupart de nos inscriptions, semblent devoir être étroitement unies entre elles; on ne comprendrait pas, en effet, le rapport qui pourrait exister entre fobligation, pour les soldats chargés des sebaciaria, de fournir le suif pendant un mois, et le maintien de la tranquillité publique, OMNI A TVTA, ou la mention des decennalia VOTIS X, FAVSTE VOTIS X. On comprendrait moins encore que lé soldat chargé de ces fournitures en prît occasion de se féliciter de ce que ses compagnons de patrouille fussent sains et saufs : SALVIS MEIS COMMANIPVLIS. On ne s'expHquerait pas non plus qu'un de ces vigiles eût été accablé de fatigue à force de fournir des lampions ou des chandelles de graisse, LASSVS SVM SVCCESSOREm date, enfin fecit ne peut signifier «a fourni;»
el/s il voulait dire « a fabriqué, » outre qu'il n'est pas possible de supposer que les vigiles fussent fabricants de chandelles, il y emraiifecit sebacea et non sebacianUy qui implique Tidée d'une action, d'une corvée, d'un service quelconque.
Nous croyons, au contraire, que toutes les expressions employées dans ces graffites sont étroitement liées les unes aux autres et qu'elles forment un sens suivi, logique et complet. Nous admettrions donc volontiers que les mots sebaciana fecit désignent simplement les patrouilles nocturnes pour le maintien de l'ordre dans les rues de la Ville et la surveillance touchant les incendies ^ On comprend facilement que, Rome nétant pas éclairée, ces patrouilles de vigiles pouvaient être guidées par un ou plusieurs luminaires portatifs, que nous pouvons nous figurer, soit comme des lanternes, soit comme des lampioqs retenus dans un récipient de métal au bout d'un manche et alimentés par une mèche plongeant dans la graisse; nous croyons que ces patrouilles étaient commandées ou tout au moins conduites par les soldats qui portaient ces luminaires de suif, et que, par extension, on dut appliquer à la patrouille ou à ses guides le nom du fanal qui la signalait de loin; comme on dit dans les villes de l'Orient lorsque les gardes de nuit traversent les rues : «voici le falot ! » Le soldat qui portait cette espèce de torche s'appelait en conséquence le sebaciarius. On conçoit comment la corvée, qui consistait à conduire et à éclairer pendant un mois entier, et sans doute toutes les nuits, ces patrouilles du quartier, devait être très-fatigante et nécessiter souvent un successeur pour le soldat chargé de ce soin. C'est ce successeur ou ce compagnon, copartageant la corvée, qui
Ce n*élait pas seulement le soin de arrêter les voleurs, les esclaves fugitifs; en prévenir ou d*éteindre les incendies qui un mol, veiller au maintien de Tordre, incombait aux vigiles, ils devaient encore (Voy. Paul. Dig, I, xv, 3 et 4.)
est peut-être désigné dans nos inscriptions par le nom d'[A]emituliarius. Nous comprenons pourquoi ceux qui avaient accompli cette pénible tâche rappelaient, dans leurs grafTites, les fêtes publiques et les munificences des empereurs, occasion naturelle de désordres nocturnes; pourquoi ils se félicitaient d'avoir échappé, eux et leurs compagnons de patrouille, aux périls inhérents à de pareilles sorties, commet) t ils devaient s'en faire un titre à la bienveillance de leurs chefs, h l'avancement et à l'obtention du droit de cité, du frumentnm publiciim; enfin comment ils rendaient grâce au Génie du corps de garde et au dévouement de leurs hommes, d'avoir échappé à certains dangers.
Les patrouilles des vigiles nous sont connues d'ailleurs par les textes classiques. Tout le monde se rappelle l'irruption qu'elles firent dans la maison de Trimai cion, avec des piques, de l'eau et des haches K Un des soldats de la ronde nocturne devait avoir nécessairement le mot d'ordre ou le mot de passe pour la rencontre des autres patrouilles ; un de nos sebaciarii porte, en effet, le titre de tesserarias, qui désigne, comme on sait, dans l'armée romaine, le porteur du mol d'ordre (n** 36). Nous pouvons en conclure qu'ils ne faisaient pas seulement leurs patrouilles dans la région où était \ excuhitorium y mais qu'ils devaient parcourir aussi les diverses régions de la Ville où leur concours pouvait être réclamé en cas de graves désordres ou d'incendie. Il est à peu près certain que la septième cohorte avait la garde des deux régions xiiii^ et viiii*. Pour la xiiii% il n'y a plus de doute ; mais la viiii® devait avoir aussi son excubitorium. Les soldats d'un poste pouvaient passer dans un autre; c'est ainsi qu'un de nos vigiles du Trans-
tévère nous apprend que son poste d'attache était dans la
' Pelron. Satir. 78.
VII'' région ,et que la caserne de la cohorte s'y trouvait aussi : COHOR VII VI^uL NIIRON, et plus loin : > FAVSTINI TIIR- MIS NIIR. m. Henzen a très-ingénieusement et très-doctement établi que les Thermes de Néron avaient été construits dans le Champ de Mars ^ (viiii^ région, appelée, dans le Curiosus et dans le Breviariam, région du circas Flaminius); or ces thermes, restaurés par Sévère Alexandre^, dont ils prirent le nom, étaient contigus au cirque de cet empereur, cirque dont la forme et les dimensions sont représentées encore aujourd'hui par la place Navone. C'est donc près de là qu'était la caserne de la septième cohorte, et aussi sans doute, lexcubitorlum de la viiii* région. Il est probable que l'importance des constructions de Sévère Alexandre dans cette région l'a fait désigner à cette époque sous le nom d'Alexandrina. C'est ainsi que nous comprenons, du moins, la fin de l'inscription n"" 3i :
SEBBACIAR/a FECIT M MARTIO SA/m.
COMMANIPVLIS SVw BONO SVO ETIN LE G U ira lANA RE G ALEXandrina OMNIA TVTA
M. Henzen croit qu'il s'agit de la ville d'Alexandrie; nous pensons, au contraire, que l'inscription doit se lire : Bono suo — et in legione //** Trajana, — regione Alexandrina (i. e. noua recjione Urbis)yOmnia tuta, ce soldat imputant à son bon Génie de l'avoir protégé, aussi bien lorsqu'il était jadis soldat de la II® légion Trajane, que, plus récemment, pendant le service des patrouilles qu'il avait accomplies, tant dans la xiiii^ que dans la viiii*' région, dite regio Alexandrina. .
' Suelon. Ner. 12. — ' Cassiod. Chron. II, p. 19A; — Lamprid. Alex. a5.