V. — Racine* (î
Les racines des Characées ne semblent pas avoir encore été l’objet d’une étuae attentive. Wall mai), dans sa Monographie , les passe entièrement sous silence. M. Montagne, k la suite d’un examen rapide, en a donné une idée inexacte, qui semble avoir été admise sans contrôle par ceux qui sont venus après lui. Cependant l’organe dont il s’agit offre une structure assez complexe et fort curieuse, et c’est pour l’avoir méconnue que les auteurs qui se sont occupés des bulbilles n’ont pas aperçu ce qui est précisément le point capital dans l’étude organogrnphique de ces corps.
Dans la belle planche qui accompagne son Mémoire sur la multiplication des Charagnes (Ann. sc. nat. 3 e série, t. XVIII), M. Montagne figure les racines des Characées comme des tubes unicellulaires parfaitement simples et
(1) Voyez le Bulletin, t. IX, p. 448.
(2) Il n’y a point ici une racine primordiale, un organe analogue à la radicule des végétaux supérieurs, laquelle est le prolongement direct de l'axe auquel elle s’oppose. La spore unique germant sort de son enveloppe brune, qui s’ouvre au sommet par cinq dents triangulaires. Elle s’allonge en tige par une extrémité, et s’arrondit de l’autre en cul-de-sac renflé. C’est sur le pourtour de ce cul-de-sac que sc développent latéralement les premières racines. Celles qui viennent ensuite naissent des nœuds renflés du rhizome, ou même de ceux de la tige épigée mis en contact avec le sol, comme le montre la figure 1, qui représente l’un des nœuds renflés d’une tige radicante de Cliara.
continus (fig. 2 de la planche III de ce volume =fig. 9 de M. Montagne). L’explication des figures fait connaître que telle est, en effet, l’idée que cet observateur s’était faite de ces organes.
Les livres de botanique descriptive ne disent rien des racines des Characées, ou bien ils se contentent de reproduire l’assertion de M. Montagne.
Or ces racines ne sont ni simples ni continues. Leur structure rappelle celle de la tige sans la répéter.
1° Elles sont composées, comme les liges, d’articles successifs renflés aux articulations (fig. 3, U, 5, 6, 7, etc.) et pouvant être séparés sans déchirement par l’ébullition, la macération, etc. (fig. 8 et 9).
2° Comme les liges, elles sont rameuses aux articulations (fig. G et 7, en a) ainsi qu’à leur extrémité (fig. H), et ces axes secondaires sont eux-mêmes articulés et susceptibles de se ramifier plus ou moins (fig. 6, en b), donnant ainsi des axes tertiaires, etc.
3° De même que la tige (fi^ 15, es), elles offrent souvent aux nœuds des agglomérations de cellules (fig. 6 et 22, es), indépendamment des rameaux tubuleux (mêmes fig. r).
U° Mais, tandis que dans la tige les cloisons sont planes et horizontales (fig. 15, c ), celles de la racine sont toujours fortement obliques, et elles affectent une forme sigmoïde très-bizarre et très-inusitée (fig. 3, h, 5, 6, etc., en c ).
5° Il résulte de cette disposition que les rameaux des racines et les agglomérations de cellules qui les accompagnent ne sont pas verticillés comme dans la tige. Leur ensemble forme constamment un fascicule latéral (fig. 6, 7, etc.) sur l’un des renflements du nœud (1).
Les cellules primitives d’un fascicule latéral naissent de la paroi même de l’axe, suivant le mode de multiplication cellulaire par bourgeonnement que M. HugodeMohla montré le premier avec évidence dans le Conferua glome rata et ailleurs. Elles se forment à chaque nœud sur celui des deux renflements qui appartient à la cellule de l’axe la plus voisine de la base radiculaire.
Identiques à l’origine (fig. 3 et 5, en a), elles n’éprouvent pas toutes le même sort. Les unes s’allongent en radicelles (fig. 6, r) destinées à un fonctionnement immédiat; les autres demeurent dans leur état primitif (fig. 6, es) et sont réservées pour des fins ultérieures. On peut, à cause de cela, donner à ces dernières le nom de cellules stationnaires. On peut aussi les appeler accessoires, parce qu’elles ne servent point à l’accroissement et à la vie de ’axe qui les porte.
Les caractères essentiels des radicelles sont les suivants :
1° Elles se développent exclusivement dans le sens longitudinal;
(1) Ce dernier fait est très-important au point de vue de l’étude des bulbilles.
2° Elles sont constamment libres de toute adhérence ;
3° Elles ne s’emplissent jamais de fécule en grains.
Les cellules accessoires ou stationnaires offrent des propriétés diamétralement opposées :
1° filles s’accroissent et se multiplient, suivant les trois dimensions, par des cloisons dirigées dans tous les sens ;
2° Elles sont constamment soudées entre elles dans toute leur étendue :
3° Elles sont très-aptes à l’accumulation de la fécule.
L’opposition dans les caractères distinctifs résulte ici, comme partout, de l’opposition dans les fonctions.
On conçoit très-bien, par exemple, l’aptitude des cellules stationnaires à s’emplir de fécule, puisque c’est là le résultat accoutumé de toute suspension préméditée de l’activité cellulaire ; c’est ce qui arrive dans les graines , les tubercules, etc. Mais il ne saurait en être ainsi pour les radicelles, organes actuels d’absorption, parce que l’accumulation delà fécule en grains ne peut coïncider dans une même cellule avec le phénomène de la gyration, indispensable à la vie de toute cellule active, du moins dans les plantes homorganiques.
Semblablement, si les radicelles se séparent des cellules adjacentes dès leur point de départ et demeurent complètement libres de toute adhérence, c’est un résultat nécessaire de leur condition d’organe distinct et défini, destiné à avoir une action particulière et indépendante. Tout organe ayant son activité propre se dégage par cela seul de la masse végétative d’où il est issu. Il n’en est pas de même des cellules qui n’ont point encore de rôle distinct. Tant qu’elles demeurent unies à leurs voisines par une destinée commune, elles ne peuvent prétendre à un développement particulier, et elles restent soudées en une masse unique, comme il vient d’être dit.
La connaissance précise, quoique sommaire, que nous avons maintenant de la structure des racines comparée à celle de la tige, nous permet d’aborder l’étude des bulbilles.