‹ Note sur les sensibilisateurs optiquesChapitre 1 sur 2 · SÉANCE DU 24 MAI · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 24 MAI

les sels d’argent auxquels on les ajoute, sensibles à ces rayons 1 ; » ce sont, parmi les plus connus la cyanine, le pinachrome, le pinaverdot, l’éosine, l’érythrosine, etc.

On peut facilement sensibiliser soi-même les plaques photographiques ordinaires : il suffit de tremper ces plaques pendant deux ou trois minutes dans un bain très faible des solutions colorantes indiquées plus haut.

J’ai voulu me rendre compte, à l'aide d’un spectrographe, des modifications apportées dans la sensibilité des plaques sous l’influence des colorants et établir les limites exactes de cette sensibilité.

Je m’attendais, d’après la définition attribuée aux sensibili-

le

sateurs optiques, à trouver dans les photographies du spectre les parties correspondantes aux bandes d’absorption, impressionnées davantage par la lumière : or c’est tout le contraire qui s’est produit. La lumière, en ces endroits, n’avait aucune action sur la plaque; l'effet obtenu était le même que si j avais interposé sur le trajet des rayons lumineux, une cuve renfermant une grande épaisseur du liquide coloré ayant servi pour bain.

Mes photographies, avec plaques sensibilisées me donnaient donc directement avec des poses de une ou deux secondes les bandes d’absorption de la substance colorante employée, sans aucune interposition de cuve ou d’écran coloré.

J’ai obtenu de cette façon les spectres d’absorption de la cyanine, du pinachrome, du pinaverdod, etc. ; afin de me rendre compte si ce résultat était particulier aux plaques que je sensibilisais moi-même, j’ai employé les plaques orthochromatiques

Jougla sensibles au jaune et au rouge, et j’ai obtenu deux bandes d absorption, qui ne m’ont paru correspondre exactement ni aux

bandes du pinachrome, ni à celles du pinaverdod.

Il est bon d’employer pour obtenir ces spectres d absorption

un spectrographe à prisme peu dispersif.

Sans insister davantage aujourd’hui sur ces faits, je me borne aux conclusions suivantes :

I" Lorsqu’on emploie des plaques panchromatiques ou ortho

1. Chwolson (Ch.), Traité de physique, traduction E. Davaux,t. II,

Paris, 1906.

P.-A. DANGEARD.

chromatiques, pour obtenir photographiquement des spectres d’absorption, il est nécessaire de déterminer au préalable les bandes d'absorption parasites, dues au sensibilisateur employé; autrement on pourrait commettre de graves erreurs.

2° Le spectre d’absorption d’un certain nombre de liquides colorés et en particulier celui des « sensibilisateurs optiques » peut être obtenu directement sans cuve, ni écran : il suffit de la très faible quantité de colorant retenue par la gélatine des plaques pour empêcher celles-ci d’être impressionnées par la lumière, vis-à-vis des bandes d’absorption de ce colorant.

3° La définition donnée plus haut de l’action des sensibilisateurs optiques devra, il semble, être modifiée; en effet, la sensibilité très réelle qui se produit a lieu non à 1 endroit des bandes d’absorption, comme le démontrent nos observations : elle se manifeste à coté de ces bandes et dans la direction du rouge. II y aurait peut-être lieu de rechercher quelle est dans cette action la part des phénomènes de fluorescence. On sait en effet, que suivant la loi de StoUes « les radiations émises par une subs¬

tance fluorescente possèdent des longueurs d’onde plus grandes ou des réfrangibilités moindres que celles des rayons excitateurs, c’est-à-dire des radiations absorbées par cette substance ».

On sait que E. Becquerel, en 1874, s’est occupé des propriétés de la chlorophylle comme sensibilisateur optique 1 : il a cru voir que les premières bandes d’absorption de la chlorophylle

paraissent correspondre aux bandes actives de la couche sensible, conformément aux expériences de Vogel sur d’autres matières colorantes.

A propos de ces expériences, E. Becquerel se demandait: « La matière colorante mélangée agit-elle seulement par sa présence en a idant à l’action réductrice de la lumière et en rendant le sel

d argent sensible à l’action d’autres rayons que les rayons bleus cd violets? Agit-elle encore comme écran, en entourant le composé, ou comme le pense Vogel, les rayons absorbés par cette matière colorante mélangée à l’iodure deviennent-ils actifs par lo fait de leur absorption? Dans ce dernier cas, comment l’iodure d argent insoluble est-il affecté par une action absorbante qui se passe en dehors de lui? C'est ce qu il est difficile decom-

Comptes rendus Acad. Sciences, 1874.

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