Note Sur Quelques Anomalies Végétales
clure de l’article publié par \I. Clos, en 18û9, dans les Annales des sciences naturelles, que le renflement du R. bulbosus se faisait, selon cet habile observateur, aux dépens du collet de la plante. Cette interprétation doit être regardée comme non avenue, attendu que M. Clos, ainsi qu’il vient de me l’écrire, n’a point développé dans cet article sa manière de voir sur la formation spéciale de ce renflement bulbiforme.
Veuillez, je vous prie, donner place le plus tôt que vous pourrez (1) à cette petite rectification que réclame impérieusement la vérité.
J’ai l’honneur, etc.,
Ch. Grenier,
Professeur à la Faculté des sciences de Besançon.
MM. les Secrétaires donnent lecture des communications suivantes, «adressées à la Société :
NOTE SUR QUELQUES ANOMALIES VÉGÉTALES, par M. KIRSC H LEGER
(Strasbourg, novembre 1855.)
Pendant l’automne de 1855, j’ai observé quelques anomalies fort curieuses. Ainsi un grand nombre de Cytisus Laburnum présentaient, aux environs de Strasbourg, en août et septembre, des pousses de l'année très allongées, pendantes, terminées par une très longue inflorescence, dont les fleurs étaient parfaitement semblables «à celles que produisent en mai les boutons d’inflorescence latéraux. J’ai vu le même fait sur un Salix cinerea, dont les branches feuillées de l’année se terminaient par un long épi mâle (je ne dis pas chaton, puisqu’il n’était pas articulé, et par conséquent non caduc). C’est la un cas de prolepsis évident. Les branches feuillées indéterminées, au lieu de continuer cette évolution foliifère indéfinie, et au lieu d’être définies par un bourgeon terminal ( hibernacle ), produisent, dès l’année actuelle, des fleurs qui n’auraient dû se développer que l’année
rar al
vu ce meme fait sur les Ronces, et notamment sur le liubus tornentosvs,
mais avec des sépales foliiformes, c'est-à-dire semblables aux feuilles supérieures. Je suis convaincu que cette anomalie proleptique automnale peut se produire sur toutes les pousses feuillées, destinées à ne développer habituellement des fleurs (ou une inflorescence) à l’aisselle de leurs feuilles qu’au printemps suivant. Je n’ai pas trouvé ces faits (assez communs d’ailleurs) mentionnés dans la Tératologie de VI. Moquin-Tandon, et pour le moment je n’ai que très peu de livres scientifiques à ma disposition ; pourtant je ne trouve rien de semblable consigné ni dans VOrganographie ni dans la Physiologie de De Candnlle, ni dans la Morphologie d’Aug. de Saint-
(1) Celle Icitrc n’est parvenue au secrélariat qu’après la dernière séance,.
SÉANCE DU lll DÉCEMBRE 1855 .
Hilaire, ni dans les ouvrages de MM. Sclileiden, Unger et Kndlicher; je ne dispose pas en ce moment des livres de MM. Schacht et Wigand, sur les
plantes arborescentes. Je prie donc mes confrères de m’excuser si je ne puis en ce moment leur exposer l'opinion de ces auteurs a cet égard. Je n’ai nullement la prétention de dire quelque chose de nouveau, mais seulement d'exposer des faits anormaux, qui m’ont frappé cette année par leur fréquence.
Un autre ordre de faits nous a été présenté par la recrudescence automnale de l’axe des grappes ou épis de diverses plantes, après la maturation des fruits de la première floraison. Ce phénomène est habituel chez les Mctrosideros, les Ananas , les Eucomis; nous l’avons trouvé admirablement reproduit cette année sur le C/ieiranthus Cheiri; la première floraison avait eu lieu en mai; mais bien loin de s'épuiser, comme cela a lieu habituellement, l’axe a pris un nouvel essor et il a produit d’abord une rosette de feuilles semblables aux feuilles caulinaires; le 5 octobre 1855, ces axes s’étaient allongés, et à l’aisselle de leurs feuilles naquirent des rameaux, et plus haut des fleurs habituelles; seulement les feuilles calicinales étaient semblables aux feuilles de végétation, mais plus petites. J'avais déjà signalé ce fait en 184à sur un Planîago lanceolata; mais, sur cette plante, l’anomalie avait été beaucoup moins frappante que sur le Chciranthus Cheiri. Ces sortes de faits anormaux ont été déjà examinés par De Candolle ( Org ., 1, àOO). Mais l’auteur ne parle que des cônes de Sapin, chez lesquels cette anomalie est très commune. C’est une sorte de diaplnjse d'inflorescence indéterminée. — M. Moquin n’a pas de chapitre spécial pour cette anomalie; nous trouvons dans le mémoire de M. Al. Braun ( Die Verjünyung , p. 60) un chapitre spécial sur l'inflorescence de l 'Ananas, des Melaleuca. Les Graminées vivipares ( Poa bulbosa , etc.) présentent un fait tout a fait semblable. M. Braun ne cite que le Plantago lanceolata sur lequel il ait remarqué ce fait a l’état anomal ; mais il est beaucoup plus répandu qu'on ne le dit dans les livres.
Parmi les faits tératologiques curieux, j’ai encore observé un Silene inflata , à antholy
pétales semblables a ces sépales; Sait) carpelles libres plus ou moins cohé- 'euts par la suture ventrale, a ovules dégénérés en petits bourgeons.
J’ai
Joli
fait de feuilles gemmipares, comme un fait habituel sur le Aytnpluva ccerulea , cultivé dans I aquarium du jardin botanique de Strasbouig, mais seulement sur les feuilles qui commençaient à se décomposeï ou a pouirir,
M. Decaisne fait remarquer que la seconde floiaison du Cijtisus Laburnum est un fait moins rare que ne parait le penseï M. Kirschleger. Une variété de cet arbre, que les jardiniers appellent Cytise
SOCIKTK liOTAMQll. DE FRANCK.
remontant, fleurit normalement doux fois par an. Une attire variété présenle le même phénomène, d'une manière moins constante, mais cependant assez fréquente, surtout dans les années sèches.
M. de Schœnefeld rappelle que les Marronniers d’Inde refleurissent en automne presque tous les ans au jardin du Luxembourg. Dans une année de grande sécheresse, il en a vu qui étaient en pleine fleur avant le 1 er septembre, sans doute sous l’influence de la seconde sève, dite sève d’août.
REMARQUES SUR LA PRÈKLORA1SON, par M. I>. C I.OS
(Toulouse, ” décembre 4 R55.)
Les caractères tirés de la préfloraison n’ont guère été mis eu usage qu’a partir du commencement de ce siècle, et leur importance s’est accrue en proportion des progrès de la science.
Tous les auteurs s’accordent à admettre et à définir de la même manière les préfloraisons volvaire , tordue et quinconciale; mais il n’en est plus ainsi à propos de l’estivation imbriquée : la plupart d’entre eux désignent sous ce nom une disposition spirale dans laquelle les parties se recouvrent à la manière des tuiles d’un toit; mais tandis que les uns (A. Richard et Adr. de Jussieu) citent pour exemple le calice aux nombreux sépales du Camellio , d’autres (MM. Le Maout et Alpli. De Candolle) n’appliquent ce mot qu’aux verticilles pentamères, et ce dernier botaniste réserve le nom d 'irnbricative pour la préfloraison spirale à plusieurs verticilles. Aug. de Saint-Hilaire considère autrement l’estivation imbriquée, car elle a lieu pour lui quand chaque partie embrasse de scs bords ceux de la partie plus intérieure ( Morphol., p. 343).
Par cela meme qu’il a une signification assez vague, ce mot de préfloraison imbriquée a été employé par plusieurs phytographes modernes pour désigner toute estivation qui n’est ni valvaire ni tordue. Cependant, à une époque déjà ancienne, M. Ad. Brongniart avait fait très judicieusement observer combien la préfloraison quinconciale de De Candolle diffère de la préfloraison imbriquée, les parties du calice ou de la corolle ne formant qu’un seul tour dans celle-ci, en formant près de deux dans celle-là (!)• Mais néanmoins des botanistes descripteurs d’un haut mérite n’ont tenu aucun compte de cette distinction. Ouvrez le Généra plant arum d’Endlicher, et vous trouverez qu’il assigne l’estivation imbriquée : 1° aux sépales des Géraniacées, des Hypéricinées, des Renonculacées (à l’exception des demandées), qui l'ont quinconciale; 2° à l’ensemble des verticilles binaires ou ternaires des Berbéridées ; 3* au calice à trois pièces de plusieurs Chie-
(l) Voy. Annales des sciences naturelles, t" série, t. XXIII, p. 228 et suiv.