COMMUNICATIONS
M. Guillaume Gràndidier fait passer sous les yeux de rassemblée une série de vues photographiques représentant les localités de Madagascar où il a opéré des fouilles dans des lagunes et des marais, et la manière dont ces fouilles ont été conduites. Il donnera ultérieurement une relation complète de son voyage a Madagascar.
M. Pobéguin, Résident à la Grande-Comore, fait projeter sur le tableau des paysages de file, des vues des différentes villes, des types d’indigènes, etc.
Note sur un voyage en Annam ,
PAR M. LE COMTE P. DE BaRTIIELEMV.
Le voyage que nous avons accompli, M. le comte de Marsay et moi, a donné plus de résultats au point de vue géographique et économique qu’au point de vue de l’histoire naturelle. Nous avons été troublés dans nos opérations parles pluies, l’état d’esprit craintif des populations; enfin nous eûmes la malechance à Tra-My d’être obligés de nous séparer de mon naturaliste, Paul Cabot, atteint de fièvres et très souffrant à ce moment.
Notre but était de visiter l’Annam aussi bien dans la partie montagneuse que dans la plaine.
Partis de Hué, nous avons rejoint le Song-Cai par le pays Moï, découvrant et signalant à l’Administration deux villages nouveaux.
Puis de là, nous avons rejoint Tra-My et les régions mois du Nuoc-Méo
et du Song-Tracùk. Notre intention était alors de visiter les régions du Song-Bà.
L’erreur <juo nous avons reconnue sur la carte l’avie nous entraîna vers les sources du Lia que nous suivîmes jusqu’à la mission des Balinars (1) .
Après avoir quitte la mission, nous suivîmes la roule Mandarine jusqu’à Plian-Bang, point terminus de notre expédition.
Dans la région de Hué au Song-Cai, j’eus l’occasion de rencontrer de grands Bœufs gaurs. Ces animaux sont d’une taille énorme; ils m’ont paru plutôt timides. La plupart du troupeau avaient la robe noire avec une. liste en tète en étoile. Le vieux male, que j’ai suivi quelque temps, est le dernier à avoir échappé; son corps m’a paru brunâtre et sa tète plus noire. 11 rappelait beaucoup celui des galeries du Muséum. Les Bœufs gaurs de !’Annam se tiennent généralement aux faibles altitudes, sauf parfois de \ieu\ solitaires.
Dans la région montagneuse, la faune est fort intéressante, mais bien ditlicile à étudier. Ce sont mille cris dans h fnré.l , mais il est impossible de rien voir.
Nous avons souvent entendu sans les voir îles Faisans de Bheinart. Leur cri est analogue à celui du Gibbon.
Le Gibbon noir existe dans cette région et c’est son chaut qui a quelque analogie avec celui de l’Argus.
Bien souvent nous entendîmes un silllement particulier. On nous a assuré que ce sifflement était celui du Faisan doré. Cependant il me paraît extraordinaire que cet animal vi\e sous les latitudes aussi rapprochées do l’équaLeur.
Les races mois qui habitent là sont soumises et craintives, bien moins belliqueuses que vers le Song-Tracùk.
Dans toute la première région, nous avions eu à souffrir des pluies.
Dans cette seconde partie de notre voyage, nous fumes obligés de compter avec l’état d’esprit ombrageux de la population.
La région jusqu’à la ligne de partage des eaux du Laos (sources du Song-Traciik) est habitée par des tribus Daviats.
Ces Daviats se retranchent dans des villages fortifiés et défendus par de forts piquets en bambous pointus. Ils sont très guerriers; nous ne pouvions pénétrer chez eux qu'a près de longs palabres et un traité passé avec les chefs. Ils sont de taille petite, m us forts et très lestes. Ils \ivent de riz de montagne, de patates, d’ignainessauvages et des Ecureuils nombreux (pi ils tuent fort habilement avec leurs arbalètes et des (lèches légères. Jamais ils ne circulent sans leur lance et leur coupe-coupe.
Au delà de la ligne de partage et sur les bords du Blà existent des races Sedangs. Nous eûmes avec eux, dans les débuts, de grosses difficultés. Ils
W Environ 5 oo kilomètres en pays inconnu.
nous onl paru plus superstitieux et plus craintifs que les Daviats. Ils ne fortifient pas leurs villages, mais les cachent soigneusement dans la foret. Ils n’aiment pas qu’on y pénètre.
Le deuxième jour de notre arrivée en pays Sedang, notre colonne lut arretée par une sorcière qui prétendait qu’un rPé^ (esprit) gardait le village et que nous leur porterions malheur si nous entrions. Nous eûmes le hon esprit de nous entendre avec cette femme < t d'exiger simplement d’elle qu’elle nous fit construire une case près du fleuve. Cette bonté de notre part nous sauva peut-être la vie le lendemain : une bande de pirates Khàls venant du bassin du Mékhong s’engagea dans notre expédition comme porteurs. Mais le chef de village près duquel nous étions campés ne voulut pas nous laisser tomber.dans l’embuscade qu ils nous avaient tendu. Il déjoua le complot et nous fîmes alliance solennelle en buvant enseinlje le sang d’un poulet. Dès lois nous pûmes atteindre la mission des Bahnars sans difficultés. Les chrétiens de la mission sont ou Balinars ou Bonam. Ce sont des races très cousines germaines de la race Sedang.
Ou nous avait signalé la présence de gros Singes à queue très courte. Nous en avons rencontré une bande sans pouvoir la chasser. M. Milne Ldwards croit que c’était une bande de gros Macaques (Macacus arcloides).
Dans la montagne qui domine le Phû-\en, il existe une race de Poules domestiques fort curieuse, la Poule sans croupion et sans queue. G est un animal fort original et qui parait incomplet. Beaucoup de résidents en possèdent dans leurs jardins.
Mais la plus belle région, la plus peuplée en animaux divers est sans contredit la province de Mia-Trang. 11 nous aurait fallu deux mois pour bien en étudier la faune.
Nous avons pu constater l’existence près du Tram de Hoa-Lay, dans une belle forêt, des Doues deTourane a culotte rouge. Ces Singes ne sont donc pas spéciaux à la baie, comme on le croyait généralement.
Une remarque que nous fîmes sur les Cerfs d Indo-Ghine et spécialement d’Ànnam, c'est qu’aucun ne dépasse la troisième tête: on ne rencontre jamais de dix-cors.
Cette région du Sud-Aiinain estdes plus intéressantes. Je dois y retourner l'année prochaine et j'espère pouvoir envoyer au Muséum quelques collections contenant des animaux nouveaux.