‹ Note sur une caverne a ossements de l'Ile de MalteChapitre 1 sur 1 · Note sur une caverne a ossements de l'Ile de Malte · texte numérisé non relu

Note sur une caverne a ossements de l'Ile de Malte

Le sol de l'île de Malte est presque entièrement formé de couches de calcaire, de marne, de grès et de sable qui appartiennent à la période miocène.

Dans plusieurs localités, par exemple à Casai Zebbug, a Smalah, près du fort Emmanuel, l'on trouve des formations quaternaires anciennes superposées au calcaire. Ce sont des brèches plus ou moins riches en fossiles qui contiennent des

ossements assez bien conservés d'un Éléphant de pelile taille {Elephas melitensis), d'un petit Hippopotame, d'un Mioxus trèsabondant, d'oiseaux divers, etc., ainsi que plusieurs espèces de coquilles terrestres (ïhlix % Clausilia).

M. le docteur Leith Adanis, zélé paléontologiste, qui s'est occupé très-sérieusement des fossiles de Malte, et qui en possède une fort belle collection, m'a assuré qu'on n'a jamais découvert parmi ces intéressants matériaux la moindre trace de la présence de l'Homme.

Dès mon arrivée dans le pays, je demandai à plusieurs naturalistes si les grottes qui abondent dans l'île contenaient des ossements fossiles et des vestiges d'ancienne industrie humaine, et l'on me répondit que jusqu'alors on n'y avait rien trouvé de semblable.

Cependant je ne manquai pas d'aller visiter et fouiller les cavernes les plus renommées de Malte et de Gozzo, et entre ^utres celle où la légende locale place la demeure deCalypso.

Après bien des recherches inutiles, j'ai été assez heureux pour en explorer une, aux environs de la Valette, qui est fort remarquable au point de vue de la paléontologie.

La grotle de Hard Hallam ou de San Giorgio, c'est ainsi qu'on la nomme dans le pays, se trouve dans la partie méridionale de l'île, au fond d'un ravin rocailleux peu éloigné de la baie de Marsa Scirocco. C'est une cavité assez régulière qui a 200 pas de long, à peu près, sur 45 à 20 de large, et une hauteur de 2 à 4 mètres.

Les parois du souterrain, formées d'un calcaire tendre et friable, sont à leur base profondément corrodées par les eaux; mais je ne saurais affirmer si cet état de choses provient d'eaux torrentielles ou de la mer. Le sol est légèrement incliné vers l'ouverture; il ne présente ni stalagmites, ni sable, ni cailloux,

et se compose d'une couche de terre nuira Ire mêlée d'argile, sur laquelle on voit quelques grosses pierres arrondies. La voûte est irrégulière et parsemée de petites stalactites blanches.

Vers la partie moyenne de la grotte, j'ai retiré du sol, à environ 60 centimètres de profondeur, des ossements de mammifères et des débris de poterie. Ils gisaient péle-môle avec de la cendre et des fragments de charbon, ce qui ferait croire qu'il y avait là un ancien foyer.

J'ai trouvé parmi ces restes quelques os brisés d'un gros

ruminant ; un humérus de Mouflon, une dent du même animal et deux phalanges de pachyderme, dont une ayant appartenu à un Hippopotame de petite taille. Cette dernière a 112 millimètres (maximum) de longueur, 47 millimètres de largeur (maximum), et 40 d'épaisseur (maximum). Elle est fort bien conservée et couverte, sur une de ses faces, d'incrustations contenant des matières charbonneuses (fig. 59).

Les autres os paraissent aussi anciens que cette phalange, et happent légèrement à la langue ; plusieurs d'entre eux semblent avoir été noircis par la cuisson et brisés avec une pierre.

Les fragments de poterie sont en général assez grossiers et mal cuits; toutefois, j'en ai recueilli un qui porte, à l'cx-

lérieur, des sillons transversaux. J'ai trouvé aussi un tesson d'un grand vase évasé et rebondi, fabriqué avec soin, et orné extérieurement d'une double bordure en zigzag creusée au moyen d'une pointe (fig. 60).

A mon avis, ces restes se rapportent à une époque antéhistorique relativement peu éloignée, c'est-à-dire à cette période de temps, fort imparfaitement définie et circonscrite, qu'on est convenu d'appeler l'âge du bronze. La comparaison que j'ai faite des objets exhumés dans la caverne ¥ ^J^ atée ^ de Hard Ha lia m avec ceux qui ont été M»ue.coi'. i*sei. découverts dans plusieurs grottes de la Ligurle, ne me laissent aucun doute à ce sujet.

J'ai eu l'occasion d'observer à Malte, dans plusieurs collections d'antiquités, des vases trouvés dans l'ile, altribuésaux Carthaginois et aux Phéniciens, qui offraient les mêmes caractères que les poteries provenant des tourbières du Piémont et de la Lombardie, cl qui pourraient bien remonter a la même époque.

L'on m'a montré, comme une amulette trouvée à Malte dans un tombeau phénicien, une pierre oblongue, verte, polie, tranchante à une extrémité, percée d'un trou à l'autre, laquelle me parait ressembler plutôt à une hachette de l'âge du bronze.

Il est probable aussi que certains crânes humains de forme singulière, que l'on conserve au musée de la bibliothèque publique à la Valette, sont plus anciens qu'on ne le dit.

Maintenant, quelles conséquences peut-on tirer des faits que j'ai posés et des conjectures que je viens d'avancer? Les ossements d'Éléphant et d'Uipopotatne découverts dans les brè-

ches osseuses de Malte, prouvent que cette lie était pendant l'époque quaternaire beaucoup plus étendue qu'aujourd'hui. Cela est démontré également par d'autres observations. Le sol de 111e présente dans quelques localités des vallées profondes formées évidemment par des cours d'eau considérables qui n'existent plus aujourd'hui, et qui d'ailleurs seraient incompatibles avec la topographie actuelle et le peu d'étendue du pays. D'après quelques archéologues, les ports de Malte auraient été produits par les embouchures d'un grand fleuve* (Giorgio G rogne t : Epilogo deW Atlantide, Malte, 1854, p. 14.)

L'assemblage dans la caverne de Hard Hallam de débris de grands pachydermes et d'objets ouvrés, démontre que, môme après l'apparition de l'Homme dans l'Ile, celle-ci était beaucoup plus grande qu'actuellement; en voici une autre preuve» A deux cents pas environ de la grotte que je viens de décrire, au bord de la baie de Marsa Scirocco, on voit distinctement des ornières profondes qui marquent la place d'une ancienne route abandonnée, dont personne ne connaît le but et la date ; ce chemin s'immerge au fond de la baie, et la traverse pour reparaître de l'autre côté. Non loin de là, près du rivage, la mer n'a que quelques centimètres de profondeur, on voit le fond percé de trois trous cylindriques semblables à des puits, qui ne sont autre chose que d'anciens silos destinés à conserver des céréales. L'usage de garder des provisions de blé dans des fosses est encore très-général dans le pays.

Dans d'autres localités on trouve d'anciens chemins qui aboutissent à des côtes très~élevées et taillées à pic au-dessus de la mer. •

Ces faits témoignent que le soi, depuis que l'île est habitée, a subi un abaissement considérable.

Kiiiin j'ai recueilli à Malle et a Gozxo un certain nombre d'espèces de mollusques terrestres et fluviatiles, et les ayant déterminées avec soin, je me suis convaincu qu'elles offrent les caractères d'une faune bien plus continentale qu'insulaire, et qu'elles se rattachent à la faune sicilienne.

Je ne puis rien affirmer d'absolu d'après ces éludes incomplètes, néanmoins il me semble fort vraisemblable que pendant la période quaternaire, l'archipel de Malte ait été réuni à la Sicile. Je ne crois pas, cependant, pouvoir adopter l'hypothèse avancée par quelques géologues, d'une ancienne réunion de la Sicile avec l'Afrique.

Je compte traiter plus tard le môme sujet avec quelque développement, et j'espère me procurer de nouveaux matériaux qui me fourniront les moyens d'approfondir les questions que je viens à peine d'effleurer.

M62 — Paris.. Imprimer ■ Kdounrd Ulot, iuo Tumiiio. M)

Page 1