Notes additionnelles de M. le Vicomte de Santarem à la lettre qu'il adressa à M. le Baron Mielle le 24 avril 1835
En appui de quelques parties du texte de ma lettre adressée à M. Mielle, j’ai cru devoir lui additionner ces notes et fonder mes assertions sur les autorités les plus respectables; j’en ai de même ajouté une a la fin, qui doit produire quelque intérêt : celle de quelques manuscrits aussi remarquables parleurs caractères, et par les ornemens qui les embellissent , dont un grand nombre se trouvaient dans les archives des anciens monastères.
Première note.
J’ai dit, à la page 3, que nous voyons partout s’établir des académies et sociétés archéologiques. Pour s’en assurer, il suffit de consulter les gazettes littéraires de toute l’Europe , et pour celles qui existent en France , l’intéressant ouvrage de M, Guyot de Fère *.
* Statistique des lettres et des sciences en France. — Institutions et établissemens littéraires et scientifiques.
Seulement, en France M. Guyot de Fère mentionne 169 archéologues vivans, auteurs d’ouvrages spéciaux sur cette science.
Deuxième note à la page 8.
« Dans les provinces, comme à Paris » disait un article de l’écho du Monde Savant , du 20 janvier 1836, « les études archéologiques sont en pro- « grès. L histoire nationale par les monumens ne « pouvait pas demeurer muette. Nous recevons « une circulaire que vient d’adresser, comme se- « crétaire de la commission départementale d’an- « tiquités de la Côte-d’Or, M. Joseph Bart, dont » le zèle et les travaux en matière d’archéologie « nous sont depuis long-temps connus. MM. les « curés cantonnaux, desservans, maires, institu- « leurs et propriétaires, amis des arts, y sont vi- « vement invités à seconder la commission de tous « leurs efforts dans sa sollicitude , pour la con- « servation des trésors archéologiques. Tous les « débris ou documens importans pour l’histoire « doivent être soigneusement recherchés et rc- « cueillis. Si le hasard ou des fouilles partielles « faisaient découvrir des pierres gravées, des « sceaux du moyen âge, des médailles, des ves- « liges des camps romains , des inscriptions, des « bas-reliefs, des figurines , des statues , des por- « lions de voies antiques , ils doivent être soigneu- « sement recueillis ou signalés *. C’est précisé- « ment sur les monumens religieux dit moyen âge,
* 11 y a pies d’en siècle (le 13 août 1721 ), en Portugal, sous le règne de Jean V, qu’une loi fut promulguée, ordonnant que dans tout le royaume les anciens monumens soient préservés, en défendant qu’aucun édifice des temps anciens soit détruit et que tous les marbres, les statues, les cippes, où on trouvera des figures ondes inscriptions en caractères phéniciens, grecs, romains, gothiques ou arabes, soient conservés avec le plus grand soin .
« sur les édifices surtout qu on doit appeler l*at~ « tention et P intérêt de tous . »
Troisième note à la page 14.
La classe de l’histoire et de littérature ancienne de l’Institut de France , dans son rapport rédigé par le savant D acier , secrétaire perpétuel, présenté à Bonaparte à son conseil d’état, le 20 février 1808* , en parlant des secours que les sciences et les lettres avaient reçus des cloîtres **, s’exprime de la manière suivante : « L’histoire du « moyen âge et la diplomatique sont de toutes « les branches de la littérature celles qui devaient « le plus souffrir des ravages de la révolution. « L’étude des anciennes chartes et des manus- « crits des différens siècles, ensevelis dans la « poussière des bibliothèques et des chartiers, « semblait être le partage exclusif de quelques « ordres religieux; et si quelques savans s’en « occupaient hors des cloîtres , leur émulation « n’était soutenue que par l’Académie des Ins- « criptions et Belles-Lettres, qui savait apprécier « leurs travaux .
« Il était donc impossible que cette étude ne fût «* pas presque entièrement abandonnée après la « suppression des ordres monastiques et les aca- « démies. »
Les travaux des Bénédictins seulement sur l’histoire littéraire de la France, publiés en 12 vo-
* Celle commission était composée de MM. Visconti,8ilvestre, de Sacy, de Sainte-Croix, Brial, Lévesque, Gosselin, Pastoret?1 de Gérando.
Rapport , pag. 1 34 .
lûmes, n’avaient atteint que jusqu’au milieu du XIIe siècle ; et Bonaparte trouva ce travail si intéressant, qu’il en ordonna la continuation.
Le rapport de la commission de l’Institut dit à la page 148 : * Les Bénédictins delà congrégation de « Saint-Maur, qui avaientsi bien mérité deLhistoire « par leurs travaux, conservent encor e, au jour d’ hui « qu ils n existent plus , des droits à la reconnais - « sance de la France lettrée, par les matériaux « qu’ils avaient rassemblés, et qui auraient fini par « former une collection des histoires particulières « de ce qu’on appelait les Provinces. Il serait « digne de la magnificence du gouvernement de « faire recueillir cette immense quantité de pièces « et de matér iaux historiques , qu’il est d’autant « plus important de conserver, que, s’ils étaient « perdus , il serait impossible de recommencer les « recherches auxquelles ils sont dûs , un très « grand nombr e d’ originaux ayant dispar u pen - « dant nos troubles politiques . »
Tels étaient les travaux des Bénédictins; mais ce qui est plus étonnant, c’est que seulement le bénédictin Dom Lenoir a rassemblé à lui seul , pour l’histoire de la Normandie, plus de cent trente mille titres ! (Voir le Rapport de l’Institut.)
Je citerai, après l’autorité savante si respectable de l’Institut de France, celle d’autres savans sur ce que j’ai dit dans ma lettre.
M. Hagewisch, dans son Histoire de Chariemagne, publiée en 1791, dit :
« Les Saxons du temps de Charlemagne n’é- « taient que des sauvages plongés dans les ténè- « bres , étrangers aux arts les plus nécessaires, « et livrés à une turbulence féroce et à des su-
« perstitions sanguinaires. La réunion à un grand « état qui avait déjà fait quelques pas vers la ci- « vilisation, put seule donner en Allemagne un « premier essor aux facultés intellectuelles ; mais « la culture de l’esprit ne pouvait s’établir que « par l’introduction du christianisme, puisque les « prêtres de cette religion étaient seuls lettrés « dans ces temps d’ignorance. »
L’estimable écrivain Koch, dans son Tableau des révolutions de I Europe, page 25, tom 1er, en parlant des invasions des Barbares et de la destruction des beaux monumens des Romains, de leurs bibliothèques, et de l’anéantissement des écoles et des établissemens d’instruction, dit :
« C’est à la religion chrétienne seule, qu’embras- « sèrent successivement tous les peuples destruc- « teurs de l’empire, que nous devons d’avoir eon- « servé quelques légères traces de l’ancienne litté- <’ rature des Grecs et des Romains. Le clergé, obli- « gé d’enseigner le culte et d’expliquer les livres « saints, dut nécessairement avoir quelque tein- « lure des lettres. Il devint aussi dans V occident « le seul dépositaire , et pendant une longue série « de siècles il ré y eut personne dans aucune des au - « très conditions qui s’occupât de science ou qui « s1 appliquât même à V art d’écrire, etc . »
M. Mayer, dans son ouvrage sur les bis tit lirionsjudiciaires* , publié en 18.29, dit à la page 34 de l’introduction :
« Loin de nous l’idée de vouloir dissimuler les « titres que le clergé du moyen âge peut réclamer
4 Esprit, origine et progrès des Institutions judiciaires des principaux pays de l’Europe. Paris, 1829.
« k la gratitude de l’Europe entière. C’est aux « ecclésiastiques qu’est due la conservation du peu « de connaissances et de savoir qu’on rencontre « dans ces temps obscurs. C’est encore au clergé « (continue-t-il), qu est due la renaissance des « lettres et la propagatioii des arts libéraux « comme des sciences les plus abstraites . »
« Avant la révolution (dit M. d’Estancelin * ) « un investigateur éclairé avait des moyens de « consulter les actes conservés avec soin dans les « archives des monastères , des amirautés, des sei- « gneuries, des corporations; mais aujourd’hui « toutes ces ressources lui manquent; il est réduit « après ce grand naufrage a chercher dans les « ruines et au milieu des débris dispersés, quel- « ques documens épars, que presque toujours le « hasard seul lui procure, etc. »
4 Recherches sur les voyages et découvertes des navigateurs normands, etc., par L. Estancelin, député du département de la Somme. Paris, 1832.
Quatrième note à la page 17.
La chronique de la prise de Lisbonne sur les Maures, dont j’ai parlé dans le texte, on l’a crue composée par un moine allemand, appelé O ton, qui assista au siège et à la prise de la ville ; mais e laborieux Barbosa Machado montra que son auteur était un Portugais nommé Ferdinand Pères , ou Pires , magistrat suprême ou premier magistrat du temps d’Alphonse-Henri, 1er roi du Portugal, et pourtant contemporain de cet événement.
Dans la même bibliothèque de St-Vincent de Fora, on trouvait une traduction portugaise de cette chronique en parchemin in-4°, faite au commencement du xvie siècle. Cette traduction fut publiée à Coïmbre en 1538. Celle-ci est devenue si rare, que je n’ai vu qu’un seul exemplaire existant à Coïmbre , dont la docte intervention de M. l’évêque de Coïmbre me procura l’investigation en 1822.
Il serait à désirer qu’on fît la confrontation des relations de cette chronique avec celles de la
lettre latine écrite en 1147 à l’évêque de Tours, par un personnage de distinction, nommé Arnalfen , qui était embarqué à bord de la flotte combinée; cette lettre fut découverte parmi les manuscrits de la bibliothèque d’une abbaye d’Aquitaine, et fut publiée dans le premier volume de la collection des anciens monumens formée par Martin et Durand, imprimée à Paris en 1724 ; quoique les relations du manuscrit précieux de la bibliothèque de St- Vincent de Fora soient beaucoup plus détaillées , on y trouvait plusieurs noms des pays des croisés qui composaient l’expédition auxiliaire qui ne se trouvent point dans la lettre mentionnée, et que j’ai citée dans mon examen de cette chronique, en les expliquant d’après les notions pleines d’érudition que plusieurs ouvrages , et surtout ceux du célèbre Bruzen de la Martinière * me fournirent.
Cinquième note à la page 19, sur les manuscrits (f Alcobaça.
Sur le nombre des manuscrits de la collection que possédait la bibliothèque d’Alcobaça, il y a
* Dict. , géograph. , liist. et cri t. , 1726-30, 10 vol. infol.
une grande disparité d’estimations, de même que celles des differentes bibliothèques de l’Europe On ne peut pas calculer le nombre des manuscrits d'après les estimations de quelques moines, ou des voyageurs * ** , ni non plus d’après le catalogue publié à Lisbonne dans l’année 1775, qui n’a mentionné qu’une partie de la collection.
Des recherches postérieures nous ont donné plus de notions pour pouvoir calculer approximativement leur nombre, et pour connaître les lacunes de ce catalogue.
La bibliothèque d’Aîcobaça possédait non seulement la nombreuse collection qu’on remarquait dans le département respectif des manuscrits, mais encore plusieurs autres volumes appartenant à la susdite collection dans les tiroirs des salons de la même bibliothèque , ce que j’ai vérifié pendant mon séjour à Aîcobaça.
* Voyez sur les étonnantes disparités d’estimation, faites sur ie nombre des volumes contenus dans une même bibliothèque, le travail de M. Balbi: Essai statistique sur les bibliothèques de Vienne. Vienne 1835, pag. 35 et suivantes.
** Lintk , Büching et Ebeling -, n’ont pas bien connu celte collection de manuscrits d’Alcobaca. Murphy qui a été si minutieux dans les détails et dans les dimensions de l’édifice, n’a même parlé de la bibliothèque, que pour dire une étrange fausseté qui est démentie par les faits.
Je dois ajouter ici la correction de quelques fautes d’impression qui ont échappé dans le texte, et dans la note 5 de la page 1 1 .
A la page 19 on doit lire 500, au lieu de 5,000, et dans la ligne immédiate, se trouvaient les « co- « pies de quelques autographes de St-Isidore de « Séville4. »
A la page 20 on doit lire Bibliographes , au lieu de Bibliothécaires .
Dans la note 1 , page 1 1 , on doit lire lias, au lieu de had ; rage , au lieu de vage.
Sixième note des pages 16 à 23, sur quelques manuscrits remarquables par leurs caractères et les ornemens dont ils sont embellis, et qui se trouvent en Portugal .
Les manuscrits que nous avons dans nos archives et dans nos bibliothèques ne remontent point à l’époque reculée de ceux des bibliothèques de Vienne, de celle du Roi à Paris, du Vatican, et
d’autres de l’Italie.
* Ces écrits en furent copiés , à ce que l’on prétend , d’un codex du 6e siècle.
L'état continuel, pendant plusieurs siècles de conflit et de guerres au temps des Romains, spécialement de celles de Verialus , de Serlorius et du temps de Pompée ; l’invasion des peuples du Nord qui survient après*, et surtout celle du temps de la domination et expulsion des Arabes, ont peut-être été la cause d’une grande perte de manuscrits qui devaient exister.
Dans Slrabon et dans Apien, nous trouvons quelques notions qui nous montrent que les Lusitaniens et surtout les Turditains n’étaient point plongés dans une complète ignorance, et qu’ils connaissaient l’art d’écrire. Le premier de ces écrivains nous dit que les Turditains avaient un grand nombre de lois écrites en vers, et qu’ils possédaient même des ouvrages de la plus haute antiquité. Le second nous dit : Lasitani pars alia Hispanoram suis legibus viventium . Il est indubitable, d’après ce que nous dit Plutarque que Serlorius non seulement fonda la célèbre école
* Sur ces guerres et leurs résultats on peut consulter Apien. — De Bellis civilibus et de Rebas hispanicis . — Tite-Lüve. — Plutarque. — Strabon. — Florus. — Diodore de Sicile. — Dion Cassius. — Les historiens portugais et espagnols et pour celles du temps des Arabes : l’histoire de la Domination des Arabes et des Maures en Espagne eten Portugal, par D. Joseph Conde.
*+ Plutaci vitœ, édit. Xilandri ; Francfort, 1599; tom. 2, pag. ê75.
d’Osca, mais aussi une autre pour la jeunesse lusitanienne, où l’on enseignait le grec et le latin. Cette école célèbre devait précisément répandre la connaissance de tous les auteurs grecs et latins, et en former d’autres parmi cette jeunesse dont les ou vrages se sont malheureusement perd us.
Durant la domination romaine, les Lusitaniens devaient avoir leurs manuscrits déposés dans les temples, dans ceux de Mars, de Minerve, de Vénus et de Diane; de meme que leurs dominateurs gardaient les leurs dans l’intérieur do temple de Saturne.
Ainsi, je ne pense pas que nous possédions aucun codex antérieur au 10e siècle, quoiqu’un auteur célèbre cite l’existence d’un parchemin du 9e siècle, comme existant à la bibliothèque de l’université de Coïmbre; néanmoins, quand j’ai examiné cette bibliothèque avec son savant conservateur, qui a pris beaucoup de peine pour me faire connaître tout ce que la bibliothèque avait de plus important et de plus rare, je n’ai vu aucun manuscrit du 9e siècle.
Le plus ancien est du 10e siècle.
Ce n’est donc que de cette époque que l’on trouvait deux Bibles parmi les manuscrits de la collection de la bibliothèque du couvent des Neeessidadçs.
À celle époque les caractères, les onciales et les miniatures étaient en général extrêmement grossiers. On peut en juger parcelles des plantes qu’on voit dans le manuscrit 6 : 862 de la bibliothèque du Roi à Paris, et dont M. Schmith estime l’écriture comme étant du 9* siècle, et que M. E. Quatremère, avec plus d’exactitude, fixe au 10€ siècle.
Les manuscrits du 1 Ie siècle* et même ceux du 12® siècle**, que j’ai vus, n’oÜrent rien de très remarquable sous le rapport de Fart et de la beauté, si l’on en excepte quelques onciales curieuses , mais en général de mauvais goût.
Ceux du 12* siècle, qui se trouvent aux archives de Torre de Tombo à Lisbonne, n’offrent non plus rien de remarquable sous le rapport de Fart; cependant ceux du 13e siècle offrent déjà quelques beautés et d’autres corrections dans les onciales
* Parmi ies manuscrits r3e la bibliothèque du monastère d’Àlcobaçail s’en trouvait un scuidu 1 1 esiècle. Après avoir examiné ce codex , j’ai pensé que ce n’était qu’une traduction de la règle de Saint Benoît, faite par le moine Martinho d’Aljubarota, d’après l’ordre de l’abbé ( A. D., 1270) , traduction faite alors d’un codex du 1 Ie siècle.
** Le monastère d’Âlcobaça possédait 10 codex du 12* siècle, parmi lesquels se trouvait une Bible donnée par Alphonse 1er, roi du Portugal, et un manuscrit assez curieux des donations faites parles Maures et par les chrétiens au monastère de Lourvao.
et dans les dessins, dans leurs caractères, et même quelques uns dans leurs formes , entre autres le FueroJusgoayQG, les caractères enluminés, et qui est d’une beauté parfaite. Ce manuscrit se trouve à la bibliothèque publique de Lisbonne.
De ce siècle , la bibliothèque du monastère d’Alcobaça possédait 72 codex, et parmi lesquels se trouvaient deux dictionnaires géographiques latins, écrits par Bartholomeo, moine d’Alcobaça, au 13e siècle4, et un vocabulaire latin, composé par Alphonse du Louriçal, moine de la même abbaye ; et un autre : Con/essiones Aurellii Augustinii , parchemin in-fol. Ce codex a été écrit parle Père Theotoniode Condeixa, moine d’Alcobaça.
Du 14e siècle, entre autres codex, j’en ai examiné un aux archives du royaume ( Torre de Tombo), dont la conservation est parfaite , où l’on voit les dessins de toutes les villes fortifiées du royaume à cette époque
Du même siècle existe à la bibliothèque publique de Lisbonne une copie magnifique du Dante,
* Le laborieux Barbosa, auteur de la bibliothèque lusitanienne, n’a point eu eonnaissance de cet auteur, ni les bibliographes où il a puisé quelques articles pour son ouvrage.
**En 1824, étant alors chef et directeur général des archives royales, j’ai proposé au gouvernement de faire lithographier ce codex , idéetjue S. M. T. F. le feu roi Jean VI approuva.
ëcrile en parchemin, avec des miniatures. Fol.
Le Portugal possède aussi de ce siècle plusieurs ouvrages Thalmudistes d’une grande beauté. À la bibliothèque publique de Lisbonne, on remarque parmi les manuscrits celui sur vélin d’une Bible hébraïque avec un commentaire rabbinique, qui, par la manière dont il est écrit , représente au premier coup d’œil un cadre arabesque de couleur rouge autour du texte. Les miniatures en or et en argent sont extrêmement belles *.
Parmi les manuscrits d’Alcobaça, on voyait 70 volumes de ce siècle, et on y remarquait la Bible prise par le roi Jean 1er à la bataille d’Aljubarrota au roi Jean II de Castille , avec l’autel portatif qui se trouve dans le fameux panthéon de ce roi , au monastère de Batalha**.
Je ne parle point ici delà Bible précieuse donnée au roi Emmanuel par le pape Jules II, qui se conservait au monastère de Bellem. Cette Bible est devenue si célèbre et si connue, qu’on pourra voir les notices que le laborieux statisticien Balbi, Hænel et d’autres ont données.
Le plus magnitique de tous les manuscrits du
* Déjà ce manuscrit avait excité l’attention du célèbre statisticien Balbi. (V oir son essai statistique sur le royaume du Portugal •)
** J’ai examiné cc manuscrit en août 1833.
siècle suivant, que j’ai vu, c’est un livre de prières qui se conservait au trésor de la couronne , in 8°, relié en velours rouge , avec les armoiries du Portugal, en émail et diamans. Ce manuscrit était orné de miniatures admirables , et d’une correction parfaite. Dans quelques unes on voyait la cérémonie du service funèbre du roi Jean Ier , dans l’intérieur de l’église du célèbre monastère de Batalha, le portrait du roi Edouard, et d’autres très remarquables, dont je ne me souviens plus , l’ayant vu il y a plusieurs années. Le 1 5e siècle nous présente déjà un plus grand nombre de manuscrits d’une beauté plus admirable que ceux qui le précédèrent.
A la bibliothèque publique de Lisbonne , on voit un codex , VEttica d' Arislolelis , traduite en espagnol par Don Carlos , prince de Navarre ( 1468 ), en parchemin , in-fol. , avec des miniatures.
L’archive d’Aîcobaça possédait 23 codex de ce siècle* Du 16e siècle se trouvent plusieurs manuscrits très remarquables dans l’archive royale de la Torre du Tombo. Non seulement les livres précieux qu’on appelle de la réforme des anciens documens, qui furent écrits par ordre du roi Emmanuel, et qui sont en grand parchemin, in-fol. , avec les plus belles onciales et vignettes coloriées,
travail du célèbre portugais Vaseo , élève de l’école de Perugino, et compagnon de Raphaël * ; mais encore on voit dans les mêmes archives le magnifique Codex des Blasons de la noblesse de Portugal, enluminés, que le roi Emmanuel fit faire d’après les règles del’art héraldique, et les notions que des artistes portugais avaient obtenues de Bourgogne et d’Allemagne. Ce manuscrit précieux fut terminé à Lisbonne, le 15 août 1509. Il y en a un autre plus précieux, celui que le même souverain donna à la maison de Costas ( Armeiros Mores), et que possède encore le comte de Mesquitella, et que j’ai examiné plusieurs fois. Du commencement du 17e siècle, le plus précieux que j’aie jamais vu en Portugal, c’est le missel qui se trouvait parmi les manuscrits du couvent de Jésus à Lisbonne. Ce Codex superbement enluminé par Estevao Gonçaives Neto, était d’une grande beauté.
Telles sont les notions que je puis donner dans ce moment, et trop imparfaites sans doute, me trouvant a près de 500 lieues de distance de celles que j’ai prises de ces manuscrits, et qui ré-
* Sur ces livres on peut consulter : Mcmorlas para a Hist&ria de Real archiv . , par J. P. Ribeiro.
dameraient un examen plus approfondi, et mériteraient une comparaison minutieuse avec ceux des mêmes siècles qui se trouvent dans la collection des manuscrits de la bibliothèque du Roi à Paris.
Cet examen nous présenterait une foule de résultats curieux et importans, non seulement sous le rapport de l’art, mais encore sur la richesse relative des collections. Je produirai un exemple en comparant le nombre des manuscrits du monastère d’Alcobaça avec celui de ceux de Louis de Bruges, seigneur de Gruthuxyse, qui forment maintenant une partie de la collection de la bibliothèque duRoi, à Paris, et qui sont au nombre de 106 dont le savant M. Van-Praet publia la notice en 1831.
L’examen que je lis me donna le suivant résultat comparatif de cette collection du monastère d’Alcobaça, en Portugal :
1° Qu’aucun manuscrit de la collection de Louis de Bruges ne remonte au delà du xme siècle, tandis que ia collection d’Alcobaça en possédait dix du siècle antérieur.
2° Que ladite collection de Louis de Bruges possédait seulement quatre manuscrits du xme siècle, tandis que la collection deBatalha en possédait soixante-douze de ce siècle.
3° Que ladite collection déposée à la bibliothè-
que du Roi possède dix-huit manuscrits du xive siècle, tandis que celle d’Alcobaça en possédait soixante-dix.
4° Que, du xve siècle, la collection de Louis de Bruges nous présente quatre-vingt-deux manuscrits, tandis que celle d’Alcobaça ne nous en présentait que vingt-trois.
Ainsi nous voyons par cette simple comparaison, que la collection du monastère d’Alcobaça était plus riche en manuscrits antérieurs à la seconde époque de la renaissance des arts, que la précieuse collection de Louis de Bruges, qui se conserve maintenant à la bibliothèque du Roi, et que la même collection d’Alcobaça était plus pauvre que celle que je viens de citer , en manuscrits du siècle de Pérugino et de Raphaël.