H. Saladin (Bulletin archéologique
caractères arrondis, court une inscription à formule banale : « puissance durable, durée et règne ». La nature des caractères ne permettrait guère d'attribuer ce bronze à une époque antérieure à 1180, date de l'introduction en Égypte, sous Saladin, du caractère arrondi (naskhi), Il se rattacherait ainsi au bel art des bronzes gravés de l’époque antérieure, l’art des Fatimites, auquel semble appartenir le griffon célèbre du Campo Santo de Pise!, et peut-être aussi le cheval de bronze du musée de
Cordoue que Girault de Prangey dit avoir vu jadis au couvent de San Geronimo, près de Cordoue, où il fut recueilli après qu'on l’eut découvertdans les ruines voisines de Médinet ez Zarah. Le caractère du cheval de Cordoue l’apparente étrangement au griffon de Pise, et une commune origine ne serait contestable qu'au cas où des ouvriers arabes auraient été appelés à la cour d’Ab der Rahman III, pour y fabri- - : querdesobjetsde bronze
BRULE-PARFUMS A FORME D OISEAU, BRONZE sianalogues d’espritaux
ÉGYPTE, XII° SIÈCLE bronzes fatimites. Même (Musée du Louvre.)
observation peut s’appliquer au beau lion aquamanile, qui des collections Fortuny et Piot est passé dans celle de Me Louis Stern*.
En attribuant ces monuments à l’époque fatimite, je n’entends pas en localiser l’origine en la seule Égypte, mais peut-être aussi à Ja Sicile soumise alors à la même domination et qui connut une floraison artistique d’un égal éclat. Et c’est très probablement de Sicile que doit provenir le bel aquamanile en forme de paon, que
1. Publié par l'abbé Lanci, Trattato delle symboliche rappresentanze arabiche. Roma, 1850.
2. G. Migeon, Exposition des arts musulmans. Paris, Lévy, 1903, pl. 27.
possède le Louvre, et que Longpérier étudia jadis longuement'.
Je découvris l’an dernier, dans une des vitrines du Musée national bavarois de Munich, un cerf en bronze vert, absolument inédit, qui vient utilement s'ajouter au petit groupe si intéressant des bronzes fatimites. La tête couronnée de hauts andouillers, la partie postérieure du corps légèrement affaissée sur des jambes assez courtes, il porte aux articulations des épaules la roue traditionnelle qu’on rencontre dans les représentations d’animaux de cette époque etprincipalement dans les étoffes. Il a Le corps gravé de grands rinceaux et d’arabesques, et son cou est entouré d’uneinscriptionarabe sanssignification utile.
Quelquestracesde brisure permettent de croire qu’il portait une anse rattachée au cou et à la croupe, et qu’il devait servir ainsi d’aquamanile. Nous aurions donc ici la plus ancienne forme, je pense, decet ustensile, et ce seraient les Arabes qui en auraient
transmis l’idée aux CERF EN BRONZE, ART FATIMITE, XIII° SIÈCLE
chrétiens.Ces derniers (Musée national bavarois, Munich.)
auraient vulgarisé au moyen âge, d’abord à l’époque romane, ce genre d'objets, qu'on a, d’un terme trop limitatif, désignés du nom de dinanderies. Les inventaires du musée de Munich nous indiquent que le cerf fut acquis de M. Edward Dodwell, à Rome, par le roi Louis I: de Bavière, et qu’il fut versé, lors de sa mort en 1868, à titre de propriété réservée, à l’Antiquarium. C’est de là qu’il entra en 1899 au Musée national bavarois ?.
1. Archéologie orientale et monuments arabes, Paris, 1883, t. I, p. 442. 2. Communication due à la gracieuseté de M. Graf,directeur du musée deMunich.
La série des cuivres incrustés d’argent, déjà si riche, que des legs et des donations d’amis fervents, qui suivent passionnément ses destinées, enrichiront plus tard, de monuments admirables, s’est augmentée du fait du don si généreux de M. Doistau, d’un grand bassin, décoré sur un fond de fers à T de deux rangées de médaillons renfermant des chasseurs, des oiseaux de proie attaquant des antilopes et des bêtes affrontées. Une longue inscription donne les noms et titres de Malik Adil Abu Bekr IT, sultan de Damas et d'Égypte (1238-1240), et le nom de l'artiste, Ahmad, fils de Umar, surnommé Dakki ou Dikki ". Ce beau bassin formera le digne pendant du célèbre baptistère de saint Louis.
Une très belle aiguière récemment acquise, d’une merveilleuse conservation quoique privée de son anse, représente fort dignement la première époque des cuivres de Mésopotamie.Elle ne porte pas sur son épaulement la couronne d'oiseaux en rondebosse, ou la file de lions en baut-relief qu’on rencontre CERF EN BRONZE, ART ARABE, XIII° SIÈCLE sur les deux aiguières du ca- CR binet de Blacas au British Mu-
eum, sur le superbe chandelier de la collection Piet-Lataudrie, ou sur les extraordinaires aiguières du musée du baron Stieglitz, à Pétersbourg, ou de la collection de Me la baronne Delort de Gléon. Un petit lion, en relief sur les côtés du bec de l'aiguière, rappelle seul ce caractère si particulier, mais la panse à pans coupés offre une décoration remarquable, et ces inscriptions dont les jambages finissent en têtes humaines, comme les figures d’un jeu de jonchets. C'est une pièce remarquable de ce bel art mésopotamien du xursiècle. Une petite coupe creuse en verre, portant à l'extérieur une décoration en léger relief moulé de petits lions passant, toute modeste qu'elle soit, se trouve être un objet d’une insigne rareté. Je ne connais qu’une pièce qui puisse en être rapprochée : c’est une coupe creuse également, mais de plus grande dimension, de la
4. G. Migeon, L'Exposition des arts musulmans. Paris, Lévy, 1903, pl. 43.
collection de M. Raymond Kæchlin, et qui porte de même en reliefs moulés un décor d’oiseaux. L'absence de toute inscription ne permet d'émettre pour leur origine que des hypothèses. Mais le caractère même de la décoration semble bien arabe.
Il conviendrait, je pense, d'examiner attentivement es collections de verres antiques, parmi lesquels des pièces de ce genre peuvent très bien, à une époque ancienne, s'être trouvées mêlées. C’est ainsi qu’on pourra peut-être un jour constituer, pour l’histoire de la verrerie arabe, une série d'objets encore insoupconnés.