AUX CONGRÈS BELGES D'ARCHÉOLOGIE
De mloribtis non disputandufn! ainsi prononce la sagesse antique. Malgré cet avis, depuis trois ans, la question de la polychromie a soulevé en Belgique de passionnés débats dans le monde des archéologues.
Longtemps Tarchéologie se renferma dans les bornes étroites d'une science purement spéculative ; mais depuis que la Belgique a reconnu ses richesses artistiques et qu'elle s'est mise à les aimer, elle a conclu au devoir qui lui incombait de veiller à la conservation de ses précieux trésors. Dès ce moment, l'archéologie a vu s'élargir sa sphère, et de la théorie elle a passé à la pratique. Ici ce sont des ruines qui se relèvent, ailleurs on s'efforce de réparer du temps le réparable outrage. Et pour caractériser d'un mot la situation del'archéologie en Belgique, nous dirons que sa grande préoccupation est de restaurer.
Mais, pour être complète, la restauration ne pouvait s'arrêter à Textérieur des monuments. L'intérieur des splendides cathédrales du pays attirait, à plus juste titre encore, l'attention des archéologues.
Or, ses anciennes annales en font foi, le moyen-âge avait couvert de riches peintures décoratives l'intérieur de la plupart des églises belges (i)- Mais» comme d'ailleurs toutes les œuvres humaines, ces peintures ne pouvaient échapper à une destruction à délai plus ou ' moins bref, si Ton n'y portait remède. A une époque de mauvais goût, on trouve plus expéditif de supprimer, au lieu de restaurer, et si les églises furent donc repeintes, ce fut tout uniment en blanc. Ce procédé d'ailleurs avait, au temps qui le mit en œuvre, Tavantage pour lors très apprécié de couvrir d'un hideux linceul des formes archéologiques alors passées de mode, le style ogival étant devenu synonyme de gothique, et celui-ci tombé dans le discrédit.
C*est pour être revenu de ces préjugés contre le style ogival que
u Ce fait est hors de doute : les anciens comptes d'églises, les histoires des gildes de peintres et d^autres documents le prouvent à révidenct.
Notea d*Art. 15 juin 1890. — N» 4.
yo NOTES d'art et d'archéologir
le goût de nos contemporains mieux avisés répudie le badigeon de la génération précédente. Aussi que de zèle déployé pour faire tomber sous les coups patients du grattoir le plâtras de chaux qui recouvrait partout les murailles, les colonnes, les chapiteaux et les voûtes! Malheureusement, avec le badigeon disparurent aussi trop souvent les restes derniers et précieux d'une riche polychromie (i) l Et la conséquence, c'est que de blanches nos églises devinrent rouges! La brique occupe, en effet, le premier rang en Belgique parmi les matériaux de construction. L'humble fermier la laisse nue dans son étable; mais le riche propriétaire a bien soin dans ses salons de la faire habilement disparaître sous l'abondance de l'or et le chatoiement des couleurs.
Toutefois évitons de médire de la brique : elle est d'un charmant effet et d'une fraîcheur joyeuse dans les voûtes nouvellement restaurées, où elle se mélange harmonieusement avec la pierre blanche des nervures. Mais, pour être archéologue, faut-il s'enflammer d'un égal enthousiasme pour ces immenses murailles rouges que forment le tran^ sept et les bas côtés, et qui ne donnent d'autre illusion que celle d'un puissant four à briques?
Ce sont, d'une part, les souvenirs du passé dont il demeure d'irrécusables traces, de l'autre, le singulier effet obtenu par certaines restaurations qui ont porté naguère à l'ordre du jour des congrès archéologiques la question de la polychromie religieuse. En France, cette question paraîtra sans doute oiseuse, car personne ne trouve à critiquer la décoration de la Sainte- Chapelle à Paris, ni à faire des reproches à Flandrin pour avoir créé des chefs-d'œuvre à Saint-Germain des Prés et à Saint- Vincent de Paul.
La question fut introduite au Congrès de Bruges en 1887, pour être aussitôt remise au prochain Congrès qui devait se tenir à Charleroy au mois d'août 1888. Toutefois à Bruges fut émis et adopté le vœu « de voir conserver dans les églises les restes de polychromie qu'on y retrouve (2) » . ,
A Charleroi, la polychromie des édifices du culte eut donc tous les honneurs de la discussion : discussion longue et serrée s'il en futi Avant tout, l'accord s'établit sur le sens à donner au mot polychromie
1. Nous pourrions multiplier les exemples : contenton»-nous de signaler la chose pour la collégiale des saints Michel et Gudule à Bruxelles.