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LES PASTELLISTES A L'EXPOSITION

Les pasteUîstes sont des nouveaux venus; leur Société date d'une époque rapprochée, et, malgré les noms connus qui fîgT2rent dans leurs rangSj le public mondain les ignore; la mode, marrame des Aquarellistes, n'a pas encore étendu sur eux sa baguette magique.

Aussi leur pavillon, d'un goût étrange, disons-le eu passant, est-il un peu délaissé, surtout par ce temps de trains de plaisir- Comme" disait dernièrement une jeune femme empanachée, hésitant devant le tourniquet, après un coup d'œil jeté à l'intérieur ; « Oh! ce o*estrien, C *est des pein in res / . . • »

Le public plus lettré est moins franc, il ne dit rien; mais il n'ira aux Pastellistes que quand cela sera chic d'y aller-

Voilà un bien long préliminaire pour vous annoncer, cher lecteur, que je viens de l'exposition des Pastellistes français, qu'elle m'a paru des plus attrayantes et vous engager à lui faire une courte visite.

Les exposants s'appellent : Puvis deChavannes^ Besnard, Ed. Yen, Montenard, Lhermitte, Gervex, etc. Donc, si tous n'ont pas réussi, leurs fautes mêmes sont intéressantes, et le contenu de cette fantas* tîque construction de confiserie frelatée dédommage amplement roeil de rimpression désagréable produite par le contenant.

C'est le portrait qui domine, naturellement. Le paysage est l'exception, et comme toute exception, qui, nous dit-on, doit confirmer la règle, il semblerait n'être là que pour établir en thèse générale que le pastel n'est pas son fait.

Il est bien certain que les envois de M. Ed. Yen sont de premier ordre; mais au point de vue de l'effet, c'est de la peinture à Thuile sous verre ; procédé pour procédé, le résultat étant le même^ pourquoi le pastel, plus fragile?

La même observation s'applique à M. Montenard ; à part une pleine mer d'une légèreté et d'un vaporeux exquis, qui est vraiment un pastel, ses paysages sont des desseins au crayo» de couleur. M. Nozal est le seul, à mon avis, qui, dans ce genre, ait demandé au procédé

tout ce qu'il pouvait donner, mais rien que cela ; je noterai en particulier une marine, une vue d'Étretat, fine àTextrême.

Les envois de M. Duez n'ont d'importance à aucun point de vue.

Il me souvient d'un temps où Mme Madeleine Lemaire faisait des J|

fleurs remarquables; c'était avant l'illustration de Tabbé Constantin; depuis ce funeste succès, elle produit des petites femmes Directoire insupportables. D'une de ces petites femmes, elle a fait un g^rand portrait. Madame Lemaire, donnez-nous donc de ces belles fleurs que vous fartes si bien ! 1

Ce que j'ai dit des paysages de M. E. Yon, je le répéterai des portraits de M. E, Lévy, de M. Dubufe fils, de M. Gervex, de M- Thcvenot, surtout de M. Thévenot. A des degrés différents, ce sont des oeuvres de valeur réelle; mais l'emploi de pastel n'y est justifié que par la recherche de la difficulté vaincue.

Cette réserve faite, je dirai que la jeune fille en rouge de M, E, Lévy, et la dame poudrée de M. Dubufe fils ont beaucoup de charme ; que M- Thévenot a des qualités de couleur et de relief, particalièreT ment dans une tète de chantre fort expressive, et que les portraits de M- GerTi^ex, plats, froids, secs sont parfaitement désagréables.

M- Jean Beraud, lui aussi, a fait deux portraits, l'un très peu flatté de Mie D*-*( une artiste bien connue; l'autre beaucoup trop flatté de M- Coquelia aîné ; si tant est que ce soit flatter son modèle que de régulariser ses traits au détriment de l'expression de sa physionomie. Sont"Ce des portraits que les figures jaunes de M. P. Hclleu et les figures vertes de M. Blanchç? Certes, il y a là une dépense de talent très réelle; mais il faudrait pourtant sortir un peu de la chlorose, de la névrose et de l'anémie; sans tomber dans les bergères pleurant le trépas d une colombe, ne pourrait-on nous montrer d'autres figures que celles des pensionnaires du docteur Charcpt?

Les deux études magistrales de M. Puvis de Chavannes surprennent le public non artiste par un côté assez inattendu, le coloris. J'ai entendu des réflexions énormes à ce sujet : en fait, ce sont des dessins merveilleux et de merveilleux pastels.

C'est un fâcheux voisinage pour Mme Marie Cazin, dont les études semblent destinées à un musée de tératologie. Rien de plus étrange que ces têtes déformées affectant toutes les formes géométriques connues, plantées, Dieu sait comme! sur des corps b^tis. Dieu sait com-

ment ! le tout figé dans un fond gris jaune, où une tache verte sur une tache blanche qui sont un arbre au bord de Teau prétendent donner Tillusion d'un paysage !

M- Lhermite, qui fait les fusains remarquables que Ton sait, en a envoyé quelques-uns aux Pastellistes, après les avoir légèrement relevés de couleur pour rentrer dans le programme de la Société, Je oe veux pas supposer qu'il ait cru envoyer des pastels.

Des pastels, en voici, et rien ne peut leur être comparé dans le genre ; ce sont ceux de M. Besnard.

Si les aquarelles de ce peintre sont estimées à leur valeur par beaucoup, beaucoup également n'en comprennent pas la puissance et la poésie profonde ; je crois que personne ne pourrait résister au charme de ses pastels. Ils sont assez nombreux, tous variés, tous supérieurs. Le plus important est une étude de femme accroupie au pied d'un fauteuil de jonc. Le ton général est d'un velouté extraordinaire ; cela semble vraiment peint sur de la peau de pêche avec la poussière de l'aile des papillons. Les chairs sont transparentes et fermes à la fois; je ne sais quoi d'indéfini dans la forme donne l'illusion de la vie ; le fond lui-même irisé de nuances d'une douceur infinie semble de nacre, mais de cette nacre vivante dont est fait le ventre des petits poissons* Le ILYWP siècle qui est 1 âge d'or du pastel n'a rien d'aussi parfait.

Je signalerai du même une femme flottant à mi-corps dans un flot éclairé de façon curieuse.

Conclusion : il faut rendre visite aux Pastellistes, ne serait-ce que

pour Besnard, c'est un régal de délicats.

E. BalysiS-

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