COMPTE RENDU
L'Assemblée générale de la Société de Saint-Jean a eu lieu le 17 mars 1903, à 1 Institut catholique de Paris, sous la présidence de Mgr Péchenard, recteur de linstitut. Etaient présents :
N. N. S S. Péchenard et Graffin.
MM. E. Azambre,G. Balleyguier, Baudrillart, L. Béranger, G. Berger, abbé A. Bouillet, Amédée Buffet, L Castex, G.Claude, Delamarre, de Mondiaux, L. Delbeke, P.-Hippolyte Flandrin, C. Fuinel, J. Girard, G.Girardot, André Girodie, C. Lameire, T. Laumonnerie, Ernest Laurent, M. Lambert, Louis-Noël, G. Michel, H. Pinta, Poulain, P. G. Rigaud, Marcel Rouillard, A. Richardière, Rauline, J. Saliez, Thédenat. C. Theunissen, P. Verdier, F. de Villenoisy.
Etaient excusés :
MM. Delasalle, Lefebvre et Vincent- Darasse.
A 5 h 1/4, Mgr Péchenard déclare la séance ouverte. Après avoir assuré qu'il est heureux de mettre à la disposition de la Société de Saint-Jean les locaux de l'institut catholique, il donne la parole à M. l'abbé Bouillet, Président de la Société qui lit l'allocution suivante :
Monseigneur,
Messieurs et chers Confrères,
L'année qui vient de s'écouler a été marquée pour la Société de Saint- Jean par plusieurs événements dont nous avons le droit et le devoir de nous réjouir.
N'est-ce pas une joie de pouvoir tout d'abord constater que
durant ce temps nous n'avons eu à déplorer la mort d'aucun de nos membres titulaires, et que je n'ai le pénible devoir de vous retracer la carrière d'aucun confrère disparu ? Souhaitons qu'il en soit longtemps ainsi, et que pendant de longues années encore, aucune perte ne vienne entraver l'œuvre de recrutement à laquelle nous apportons tous nos efforts.
Je ne puis malheureusement, Messieurs, faire la même constatation à tous les degrés de notre hiérarchie.
Nous avons perdu trois de nos membres honoraires : Madame la Comtesse de Menthon ; — M. Nolleval, de Paris ; — M. l'abbé Bouxin, auteur d'une monographie estimée de la cathédrale de Laon.
Deux abonnés de notre Revue nous ont aussi été enlevés : Madame Ida de Bonnaud, à La Bourdette (Gironde), Tune de nos plus anciennes abonnées, — et M. Mertiau, à Reims.
A quelque titre que ces disparus tenaient à notre Société, chacun d'eux apportait à l'œuvre commune sa part de dévouement et d'activité. La mort, au lieu de briser les liens de confraternité qui nous unissaient à eux, les a resserrés encore davantage en nous imposant le devoir de charité chrétienne de prier pour eux. Nous n'y faillirons pas.
Messieurs, la Société de Saint-Jean, comme toute société bien organisée, a une constitution et cette constitution, contrairement à ce qui se voit ailleurs, peut quelquefois être sujette à révision, et ne s'y refuse pas. Dans leur première rédaction, qui remonte à 1878, nos statuts limitaient à soixante-douze le nombre des membres titulaires, . en l'honneur, paraît-il, des soixante-douze premiers disciples de Notre-Seigneur. Que serait devenue, je vous le demande, l'œuvre du Christ, si ce nombre eût dû rester stationnaire durant les siècles ? Nous avons voulu, nous aussi, avoir la possibilité d'élargir nos cadres et de nous multiplier. Sans avoir la prétention de porter notre programme jusqu'aux extrémités du monde, nous avons désiré pouvoir appeler à nous tous ceux dont la bonne volonté et le dévouement contribueraient à l'accomplissement de l'œuvre pour laquelle nous sommes groupés. Un décret
du Président de la République, en date du 26 ocjobre 1901, en effaçant le nombre fatidique, a renversé toute barrière, et nous permet de nous recruter désormais sans compter. Nous pouvons maintenant tendre la main et ouvrir nos rangs aux artistes chrétiens : ils trouveront dans notre Société l'appui moral et la confraternité qui secondent puissamment l'essor des grandes conceptions et aussi l'accomplissement des nobles et hautes pensées.
Depuis le commencement de 1902, nous avons inscrit sur nos listes sept nouveaux membres titulaires ; ce sont, dans Tordre de leur admission : MM.
Saluez, peintre ; — André Mestrallet, peintre ; — Ernest Laurent, peintre ; — de Villenoisy, archéologue, du Cabinet des Médailles à la Bibliothèque nationale; — Rauline, architecte; — Gustave Michel, sculpteur ; — l'abbé Thédenat, archéologue, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Il serait déplacé, n'est-il pas vrai, de faire l'éloge de ces nouveaux confrères. Les suffrages qui les ont appelés à siéger parmi nous ont été inspirés par l'assurance que leurs sentiments religieux sont en conformité avec les nôtres, et que leur talent artistique et leur compétence scientifique honoreront grandement la Société de Saint- Jean.
Les] rangs de nos membres honoraires se sont ouverts à MM. le chanoine Henri Sauvé, maître des cérémonies de la cathédrale de Laval, jusqu'alors simple abonné des Notes d'Art et d'Archéologie : — l'abbé Baudrillart, professeur à l'Institut Catholique et lauréat de l'Institut de France ; — le comte Florian de Kergorlay, correspondant de la Société nationale des Antiquaires de France.
C'est en visitant notre très récente Exposition, que M. le comte de Kergorlay a été touché de la grâce qui Ta conduit vers nous, et je me félicite de m'être rencontré à point pour recevoir son adhésion.
D'autres, Messieurs, vous diront, et ici même et dans notre Revue, quels efforts féconds a suscité la préparation pourtant rapide de cette Exposition, — notre cinquième — et combien honorable en a été la tenue. Je souscris dès à présent aux éloges mérités qu'on adressera sans doute à ceux de nos confrères qui
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ont contribué .par le choix de leurs œuvres au succès de cette manifestation, ainsi qu'aux invités qui ont répondu avec empressement à notre appel.
Mais vous me reprochiez avec raison, et je me reprocherais aussi de ne pas adresser publiquement vos remerciements et les miens à la Commission qui a surveillé, assuré et mené à bonne fin la préparation de notre Exposition, sans que son activité se soit lassée un seul instant. Je dois, cependant, sans faire injure à personne, une mention plus spéciale à deux de ces membres : notre aimable et cher vice-président, M. Flandrin, à qui en revient l'idée première, et notre sympatique confrère M. Adrien Duthoit, membre du Conseil, qui a présidé avec un dévouement infatigable à l'installation matérielle; on avait plaisir à y retrouver partout la marque de son talent si délicat.
Je sens, Messieurs, que je prendrais goût au devoir agréable de louer des concours dont mieux que personne je sens le prix. Permettez-moi donc d'adresser encore mes remerciements à deux autres de nos confrères.
M. Richardière a bien voulu assumer les fonctions de Secrétaire principal de la Société de Saint- Jean. Notre confrère de la première heure, M. Vincent Darasse, avait rempli cette charge, — avec quelle abnégation et quelle compétence, vous vous en souvenez — jusqu'au jour où ses forces défaillantes nous imposèrent le devoir pénible d'en accepter la résignation. Son successeur s'est mis à l'œuvre avec l'ardeur d'un néophyte — l'expression est de lui-même, et elle est juste — , mais d'un néophyte qui voudra, j'en ai l'assurance, ménager ses forces afin de nous continuer longtemps un concours avisé et fécond.
M. de Villenoisy, mon confrère de la Société des Antiquaires de France, a pris en main la direction des Notes d'Art et d'Archéologie alors que son prédécesseur, M. Emile Eude, naviguait vers l'Extrême-Orient où l'ont suivi nos sympathiques regrets, et d'où il nous a fait parvenir la preuve qu'un peu de son cœur est resté avec nous. Secondé par M. André Girodie, un secrétaire de rédaction toujours actif, M. de Villenoisy saura maintenir notre Revue à la place déjà honorable qu'elle occupe parmi les publications similaires, et en faire l'organe autorisé des principes
et des doctrines qui composent le patrimoine de la Société de Saint- Jean.
Avais-je raison, Messieurs, de dire, en commençant que Tannée écoulée nous a apporté quelques joies ? Ces joies doivent nous être d'autant plus sensibles que depuis longtemps nous ne connaissions plus guère que les épreuves, et que notre activité, plus réelle que certains ne voulaient l'admettre, était réduite à lutter pour la vie. Grâce à Dieu, les ténèbres semblent se dissiper, et nous commençons à entrevoir la lumière.
Est-ce à dire que les anciens eussent marqué cette annnée d'un caillou blanc ? Un dernier fait va peut-être décider la conviction des plus hésitants.
J'aurais mauvaise grâce, Monseigneur, à vous souhaiter la bienvenue dans une maison qui est la vôtre. Ce serait renverser les rôles et méconnaître nos devoirs. Aussi bien ai-je l'obligation infiniment agréable de vous exprimer notre gratitude pour l'accueil si bienveillant que vous avez réservé aux mandataires de la Société de Saint-Jean, pour l'empressement flatteur avec lequel vous avez accepté de présider notre séance de ce jour, pour l'hospitalité précieuse que vous avez bien voulu nous assurer dans l'avenir. Grâce à vous, nous pouvons célébrer aujourd'hui la fin d'une phase trop longtemps vagabonde de notre existence. Nous sommes heureux de vous en exprimer hautement notre profonde reconnaissance, et de vous assurer que nous sommes fiers de voir le nom de notre Société uni désormais, dans une mesure si petite soit-elle, à celui de l'Institut catholique de Paris. De tels auspices seront pour nous le. plus puissant des encouragements. C'est à vous, Monseigneur, que nous en serons redevables. Aussi, désireux de répondre dès maintenant autant que nous le pouvons à la faveur dont nous sommes l'objet de votre part, notre Conseil serait heureux de vous voir accepter le titre le plus élevé que nous puissions offrir à nos bienfaiteurs, celui de Membre d'honneur de la Société de Saint- Jean. (Applaudissements).
Monseigneur, ces applaudissements ratifient pleinement la proposition que je suis heureux de vous adresser.
A chaque jour suffit sa peine. J'estime que les statuts d'une
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société, qui répondent aux besoins d'aujourd'hui, ne sauraient être considérés comme définitifs et immuables ; il faut qu'ils puissent être modifiés selon les besoins des temps et adaptés aux nécessités imposées par les circonstances. Un jour viendra, j'en ai la confiance, où la constitution de la Société de Saint-Jean, révisée de nouveau, permettra à ses membres de travailler dans la mesure de leurs forces et de concert avec l'Institut catholique, à l'enseignement de l'art et au développement de ses manifestations dans le domaine éclairé par les lumières de la foi.
Peut-être est-il permis d'espérer qu'alors une aube nouvelle luira pour l'art chrétien. Affranchi des interprétations inspirées par le seul caprice ou par la seule fantaisie ; soumis aux enseignements dont l'Eglise est la seule dépositaire autorisée ; respectueux des prescriptions liturgiques que l'autorité légitime a formulées, et aussi des traditions iconographiques et symboliques que les siècles ont consacrées ; soucieux de ne pas introduire dans le temple de Dieu des œuvres capables de le déshonorer ; recherchant dans l'expression de la beauté humaine ce qu'elle offre de plus élevé et de plus digne de la main divine qui l'a façonnée, l'art chrétien reprendra alors la mission qu'il n'aurait jamais dû abdiquer. Mission admirable et glorieuse qui répond au programme de notre Société comme aux désirs de ceux qui en ont posé les fondements et aux aspirations de ceux qui la composent à l'heure présente.
Heureux serions-nous, Monseigneur, si, placés désormais par votre haute bienveillance à l'abri des inquiétudes matérielles et des préoccupations du lendemain, nous perdions insensiblement le souvenir amer des jours passés ! Heureux serions-nous de nous dévouer corps et àme à la réalisation sereine de notre devise dans ce qu'elle a de plus divinement élevé et de plus foncièrement chrétien : Pulchritudinis studium habentes. Ayons avant tout le culte de la véritable beauté !
Après cette lecture. Mgr Péchenard assure la Société qu'il accepte avec plaisir le titre de Membre d'honneur qui vient de lui être conféré. En termes affectueux et bienveillants, il exprime le désir, qu'il a depuis longtemps formé, de pouvoir organiser un jour à l'Institut catholique un enseignement des Beaux-Arts. 11 espère que le concours de la Société de Saint-Jean lui serait, en ce cas, d'une grande utilité.
SUPPLÉMENT AUX « NOTES d'àRT HT D 'ARCHÉOLOGIE »
Sur l'invitation du Président, M. A. Richardière, Secrétaire principal, donne lecture du Rapport annuel.
Monseigneur, Messieurs,
En prenant la parole, pour la première fois, à notre assemblée générale, comme secrétaire de la Société de St-Jean, ma pensée va tout d'abord, vers celui qui plusieurs années a occupé, — vous savez avec quel zèle et quel dévouement — les fonctions que vous venez de me confier. La maladie l'oblige au repos; faisons des vœux pour son rétablissement, et adressons-lui l'expression de notre bien sincère reconnaissance, pour les services si nombreux qu'il a rendus à notre Société.
Ce rapport contiendra très probablement des erreurs, des omissions, des lacunes; mais, contrairement à l'habitude, je ne vous adresse pas des excuses, mais des reproches, d'avoir confié à mon inexpérience le soin de parler des travaux de notre Société. Je suis, depuis peu, votre secrétaire, et je ne faisais pas partie du Conseil l'année 1902. Tout autre eût donc résumé mieux que je ne puis le faire, la vie de la Société de St-Jean, durant l'année qui vient de s'écouler.
Notre Société a tenu ses réunions mensuelles, ses réunions du Conseil, ses Assemblées générales, régulièrement, comme les années précédentes. Le début de l'année a plutôt manqué d'activité ; attribuons cette attitude au calme qui précède presque toujours les grandes actions, car la fin de l'année au contraire a marqué notre activité.
Vous vous rappelez, qu'à la suite d'un concours, notre confrère Déchin, avait été chargé de l'exécution d'une statue de Jeanne d'Arc, destinée à l'Eglise de Chinon. Cette statue est terminée à la satisfaction de tout le monde, et prendra place dans l'Eglise de Chinon, lorsque le procès de béatification de Jeanne d'Arc sera terminé. Il ne nous reste plus qu'à remercier Monsieur le curé de Chinon, qui, pour le choix d'un artiste, s'est adressé à la Société de St-Jean.
Nous avons mis à l'étude, sur la proposition de M. Christophe, et sur l'initiative de M. Arcos, un projet d'exposition à Lourdes. Lors de notre assemblée de décembre, la Société a accepté de
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participer collectivement à cette exposition, aux frais individuels des exposants. Ce vœu a été transmis à M. Arcos qui nous a promis de se mettre en rapport avec la Société des Amis des Arts de Pau, et de lui présenter la proposition de la Société de StJean. La question en est là. Les efforts de la Commission que vous avez nommée et composée de MM. Balleyguier, de Richemont, Rouillard et Theunissen, tendront à la faire aboutir.
Notre promenade annuelle a eu lieu le i5 Juin. Nous avons visité les Eglise de Rueil, de Bougival, de Louveciennes, le domaine de la Malmaison et les restes du château de Marly. Notre confrère Fuinel a retracé tout le charme et l'intérêt de cette promenade, dans nos Notes d'Art et d'Archéologie de juin et de juillet. Je ne puis que vous engager à lire son récit si bien rédigé, au cas où vous ne l'auriez déjà fait. Permettez-moi, seulement, d'insister sur l'agrément et l'utilité de ces promenades. Ellles sont une excellente et trop rare occasion, pour nos sociétaires, en passant une journée ensemble, deresserer l'union indispensable entre tous les membres d'une société.
Le fait le plus important de Tannée, a été l'organisation de notre cinquième exposition dont la clôture vient d'avoir lieu. Décidée un peu tard, à la fin de décembre, elle a pu aboutir cependant grâce au dévouement de nos commissaires.
De nombreuses réunions les ont occupés jusqu'au i er Mars; quelques-uns d'entre eux ont donné, sans compter, leur peine et leur temps. C'est ainsi que notre ami Duthoit a passé plus de huit jours consécutifs, du matin au soir, rue des S* s -Pères, organisant, disposant, accrochant vos œuvres, tantôt seul, tantôt avec Flandrin, Girard, Berger, Delbeke, Azambre, Rigaud et d'autres que j'oublie certainement. Ils ont droit à notre reconnaissance.
Je remercie encore, au nom de la Société, les exposants qui, par leur talent ont assuré le succès de notre exposition.
La plume autorisée de notre confrère Leroux-Cesbron rendra compte des œuvres; je constate seulement que le nombre des visiteurs a été de cent dix-sept.
Nous vous donnons rendez-vous à l'année prochaine. Préparons-nous, dès maintenant, à cette future exposition, tâchons de
faire mieux encore, et surtout, affirmons notre but en exposant principalement des œuvres d'art religieux.
La publication de nos images s'est continuée, mais la vente a subi un fléchissement. Notre Trésorier vous le dira avec la précision des chiffres. Nous ne pouvons, à notre regret, signaler aucune édition nouvelle, mais seulement, l'achèvement des formalités concernant la publication de l'image de sainte Solanges.
Notre confrère Girodie, Secrétaire des Notes d'Art et d'Archéologie, vous parlera de notre Revue, mais je dois adresser les remerciements de la Société à M. de Villenoisy, notre nouveau Directeur, qui a bien voulu prendre la succession de notre confrère Eude, retenu en Chine. Que tous les collaborateurs de cette Revue reçoivent aussi l'expression de notre gratitude.
Messieurs, si notre Société est organisée et bien administrée et fait face, malgré nos faibles ressources, aux dépenses les plus urgentes, nous le devons, tout particulièrement, à notre bureau auquel incombe la peine. Notre Président, nos Vice-Présidents, les Secrétaires sortants et notre Trésorier ne se ménagent pas, il est juste que nous les remercions de tout ce qu'ils ont fait dans l'intérêt général.'
Messieurs, je dois à présent indiquer le programme de nos travaux pour l'avenir et tout particulièrement pour l'année en cours. Mais, auparavant, jetons un regard en arrière, mesurons le chemin parcouru et celui qui nous reste à parcourir.
Fondée, en 1872, sur l'initiative d'hommes généreux, qui constataient, avec peine, la décadence de l'art religieux, et qui voyaient, avec regret, l'insouciance des catholiques à l'égard de toute culture artistique, la Société de Saint-Jean a groupé des artistes, des archéologues, des écrivains d'art, tous convaincus qu'il est d'un grand intérêt, pour le catholicisme, de ne pas rester en arrière d'un mouvement intellectuel quel qu'il soit.
Nous pensons, avec les fondateurs de notre Société, qu'il ne faut pas que s'accrédite l'opinion, que la religion catholique est bonne seulement pour les ignorants.
En ce qui concerne la Société de Saint-Jean, il faut prouver aux adversaires de la foi, que dans notre monde moderne, l'art et le catholicisme ne s'excluent pas.
En 1878, la Société de Saint-Jean était reconnue d'utilité publique. Vers cette époque, elle décernait une médaille d'or à l'élève de l'Ecole des Beaux-Arts qui, par ses travaux honorait l'art chrétien.
Notre Société a eu des ateliers où l'enseignement de la peinture et de l'architecture était donné. Nous avions aussi des cours : géologie, mathématiques, histoire; des conférences sur l'an et l'archéologie, des séances où les chefs-d'œuvre de la peinture et de la musique se prêtaient un mutuel appui, des expositions.
Messieurs, ce passé évoque le souvenir de R. P. Clair, qui, pendant tant d'années, s'est donné à notre Société.
Différentes circonstances et, avouons-le, notre manque de persévérance ont ralenti notre élan; enfin, des entreprises malheureuses ont failli donner le dernier coup à notre Société. Heureusement, il nous restait un groupe de Sociétaires fidèles. Grâce au dévouement, à la prudence de notre bureau et de nos conseillers, grâce à vous, Messieurs, qui avez gardé confiance en notre Société, les années difficiles prennent fin.
Nous pouvons et nous devons, à présent, prendre un nouvel essor.
Nous adressons donc un pressant appel à tous nos Sociétaires; nous leur demandons d'être plus dévoués, plus zélés que jamais à l'égard de notre Société. Il faut aussi qu'entre nous s'établisse plus d'intimité; que par notre bonne entente et nos efforts réunis, nous aboutissions à un résultat efficace. Notre Société est composée d'archéologues, d'artistes, d'écrivains d'art; je voudrais qu'à l'issue de nos réunions, lorsque les questions administratives ont été réglées, des conversations s'établissent — je ne dis pas des conférences demandant une préparation — de simples causeries, sur les sujets qui nous occupent et nous intéressent plus particulièrement. C'est ainsi que chacun ferait profiter ses auditeurs de ses connaissances spéciales : l'archéologue enseignerait à l'artiste l'histoire des arts du passé, le résultat des fouilles récentes, les règles de la liturgie. Les artistes, tout en profitant de l'érudition des archéo-
logues, communiqueraient à ceux-ci les tendances esthétiques de notre école moderne.
Je ne saurais mieux faire que de rappeler ici le passage suivant de l'allocution de M. l'abbé Bouillet, notre président, à notre assemblée générale de 1901 :
« Comment donner à ces séances l'intérêt qui nous y attirera et la cordialité qui nous rapprochera davantage? Je parcourais tout dernièrement d'anciens comptes-rendus, rédigés à l'époque où ceux-là même composaient la Société qui avaient eu la pensée et l'honneur de la créer, et qui en incarnaient encore l'esprit et l'inspiration. Le baron d'Avril présidait alors, avec l'autorité de l'érudition et la séduction de la courtoisie; dans les réunions siégeait déjà celui que nous saluons respectueusement aujourd'hui comme notre patriarche, le vénérable M. Michel ; les membres les plus assidus portaient des noms dont la plupart ont laissé dans le domaine des arts une trace lumineuse. On se réunissait alors chaque semaine. Après la lecture du procès-verbal de la séance précédente, on procédait au dépouillement de la correspondance, puis à la présentation des hommages offerts à la bibliothèque de la Société. Ensuite ceux des membres qui s'étaient fait inscrire entretenaient la réunion, soit du livre d'art qui venait de paraître, soit de la récente découverte artistique, soit des monuments étudiés au cours d'un voyage, soit d'une exposition en cours, soit d'une audition de musique religieuse. On entendait des lectures portant sur des questions d'esthétique, d'archéologie ou d'histoire des Beaux-Arts, des rapports sur les concours organisés par la Société, ou sur les oeuvres religieuses exposées au Salon. N'at-on pas vu, le 17 juin i883, à la suite d'un de ces rapports, la Société de Saint-Jean — je dis bien : la Société de Saint-Jean — décerner à M. Chartran une médaille d'or pour son tableau : Vision de Saint- François d'Assise? C'était l'âge d'or de notre Société.
ce Messieurs, cet âge d'or, j'aurais l'ambition de le voir renaître, et je ne crois pas la chose impossible. Je vois la réalisation de ce rêve dans la fidélité à l'esprit qui a présidé autrefois à la création de la Société de Saint-Jean. Je voudrais que les traditions laissées
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par nos devanciers, rajeunies par l'infusion d'une sève nouvelle, fussent reprises avec fermeté et décision. »
Il faut aussi, Messieurs, nous bien pénétrer de l'Esprit de notre Société. Cette phrase de notre petite circulaire, le résume admirablement, à mon avis : « Profondément respectueux des règles de la foi, de la morale et de la liturgie catholique, les membres de la Société visent à affranchir Part et surtout l'art religieux, des interprétations capricieuses ou vulgaires qui le profanent comme du mercantilisme qui l'avilit. »
Rappelons ce que nous disait le R. P. Clair qui aimait tant notre Société : « Vous ne devez pas être seulement des artistes faisant de l'art chrétien, vous devez être des chrétiens faisant de Part. » Avec sa largeur d'esprit le R. P. Clair comprenait que les artistes ne pouvaient faire exclusivement des œuvres d'art religieux, mais il nous demandait, qu'à toutes nos œuvres, quelles qu'elles fussent, on reconnût la marque du chrétien.
Nous regrettons que les circonstances ne nous permettent pas de nous consacrer exclusivement à l'art religieux. Pour atteindre ce résultat désiré, il nous faudrait l'aide de ceux qui s'intéressent à l'art chrétien, et particulièrement, de ceux qui ont l'occasion de faire exécuter des œuvres religieuses.
Nous leur adressons un pressant appel.
S'il est bon de demander aux autres de nous aider, il est mieux encore de mettre en pratique le proverbe : « Aide-toi, le ciel t'aidera»; il s'applique tout particulièrement à nous. Ainsi, nous publions des images, mais la quantité en est trop restreinte; il ne faut pas que l'année s'achève sans que nous en ayons augmenté le nombre. Notre éditeur a le privilège d'accepter ou de refuser en premier choix, les images que nous lui proposons de reproduire; mais, en cas de refus, nous pouvons chercher un autre éditeur. Envoyez-nous donc des œuvres et nous chercherons à les faire éditer. La question sera mise à l'étude d'ici peu; elle est de celles qui nous occuperont en premier lieu. J'ai parlé des images, mais ce qui précède s'applique aussi bien aux médailles.
Nous aurons notre promenade annuelle, vers la fin de mai ou le commencement de juin. Il est déjà question de visiter soit Chartres, soit Mantes.
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L'exposition de Lourdes nous occupera encore; enfin, nous devons, dès maintenant, préparer des œuvres pour notre exposition de 1904.
L'administration de nos Notes d'Art et d'Archéologie ne me contredira pas si je vous demande, à tous, de lui faire parvenir des dessins, des clichés et des articles.
Messieurs, les temps paraissent peu favorables à la production de l'art chrétien; c'est vrai. Mais l'histoire nous apprend que la persécution ne dure pas, et que le catholicisme renaît plus vivant après l'épreuve. Recueillons-nous donc, en ce moment, et soyons prêts, lorsque l'heure sonnera, à contribuer par nos œuvres, à la gloire du catholicisme.
M. G Berger, Trésorier, fait ensuite connaître la situation financière. Grâce à la gestion prudente qui est son œuvre, il est possible d'entrevoir l'essor que notre activité pourra bientôt recevoir. On ne saurait trop l'en féliciter.
Enfin, M. André Girodie, secrétaire des Notes d'Art et d'Archéologie, fait, en ces termes, le résumé des travaux de la Revue durant l'année 1902 :
Monseigneur, Messieurs et Chers Confrères,
Il aurait appartenu à M. Vincent-Darasse de rendre compte, devant votre Assemblée générale, des travaux des Notes d'Art et d'Archéologie, notre revue. Une cruelle maladie l'éloigné momentanément de nous. Il m'est agréable d'espérer que, la santé revenue, M. Vincent-Darasse reprendra, parmi nous, la place qu'il y occupa, de longues années durant, avec une activité et une courtoisie qui nous furent à tous si précieuses.
Votre Conseil, usant d'indulgence à mon égard, a bien voulu me confier, aux Notes d'Art et d'Archéologie, le poste laissé vacant par M. Vincent-Darasse. Je ne sais si je dois le remercier davantage de l'honneur qu'il me fit que du soin qu'il prit de confier la direction de notre revue à M. de Villenoisy, de la Bibliothèque Nationale.
M. Emile Eude, son prédécesseur, avait donné aux Notes d'Art et d'Archéologie une allure très éclectique. Elle était l'écho des leçons d'art qu'il professait, avec tant de compétence, à l'Institut catholique où nous voici réunis. Son chagrin fut vif lorsqu'il dut nous quitter, vers la fin de l'année dernière, laissant à d'autres,
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moins autorisés que lui, l'œuvre de sa science et de son activité. Cependant, tout s'est arrangé à merveille et me fait croire que les inquiétudes de M. Emile Eude eussent été dissipées s'il avait prévu le Directeur qui devait lui succéder. J'en [prends à témoin les études publiées, en 1896, par la Revue des Arts décoratifs, sur l'architecture en fer, dans lesquelles M. de Villenoisy nous montra quelle passion de la vie moderne, quel souci des destins de notre art français se cachait sous l'appellation, de correspondant de la Société des Antiquaires de France.
En 1902, Monseigneur, Messieurs et chers confrères, nous nous sommes efforcés de réaliser le programme que vous réclamiez de nous. Les questions artistiques ont été l'objet de tous nos soins; nous les avons attentivement notées, suivies et discutées. M. Louis Chassevent nous parla des Salons de Peinture (Champs- Elysées et Champ-de-Mars). M. Emile Eude et votre serviteur firent de même, et de leur mieux, pour les Salons d'Architecture et les Salons de Sculpture. A propos de l'Exposition de Claude Lorrain, ouverte à Londres, en 1902, M. Louis Dimier, l'auteur d'un beau travail sur le Primatice, voulut bien étudier, chez nous, Claude Lorrain et l'ancienne école du paysage. L'Exposition des Primitifs flamands de Bruges, permit à notre confrère, M. Paul-Hippolyte Flandrin de nous donner ses impressions.
D'autre part, à l'occasion de deux deuils qui frappèrent le monde de l'art religieux, M. Henry Jouin, le savant secrétaire de l'Ecole des Beaux-Arts, rendit hommage au peintre-verrier Léon Tournel, et M. Paul-Hippolyte Flandrin nous retraça l'existence de Paul-Emile Sautai, cette belle figure d'artiste chrétien qui fut notre ami et l'ami de notre œuvre.
Parmi les travaux ressortissant à l'histoire de l'art que vous demandez avec une insistance que nous ne saurions trop louer, il convient de citer le bel article de M. Rouillard : D'Angers à Bougival, via Bruxelles, qui nous permit d'insister, et sur la question de l'imitation étroite du style des siècles passés, et sur les résultats que doivent obtenir, dans un autre ordre d'idées,
la science d'un architecte, comme M. Magne, servie par le talent d'un statuaire, comme M. de Saint-Marceaux.
A l'occasion d'une statue du frère Beusquet, de la Compagnie de Jésus, que vous avez vue au Salon de 1902, M. Henri Chérot, rédacteur aux Etudes, voulut se souvenir, à notre intention, d'un type aux yeux fermés, sujet un peu sévère, mais auquel il sait donner le charme de l'érudition. Il confronta donc le moulage fait au lit de mort du visage de la Bienheureuse Jeanne de Lestonnac avec le travail de l'artiste.
La question Jehan Fouquet est à l'ordre du jour depuis l'ouverture, au public, des galeries du Palais de Chantilly. Notre aimable confrère, M. Keller, l'a fort bien présentée dans son Jehan Fouquet et le manuscrit au XV* siècle, pour l'illustration duquel il nous donna de précieux dessins.
Enfin, ouvrant la série des enquêtes que nous voulons consacrer aux musées de Province et en particulier aux musées d'artistes, comme les musées Jean Gigoux, de Besançon, et Léon Bonnat, de Bayonne, M. Camille Gramaccini nous décrivit le Musée Henri Dupuis, de Saint-Omer.
Cela fait un lot important de notes d'art qui, nous l'espérons, auront dû trouver grâce devant vous. Je m'en voudrais de passer sous silence, les Chroniques dans lesquelles M. Vincent-Darasse étudia le mouvement musical de l'année et les copieuses notes bibliographiques publiées par M. l'abbé Bouillet, notre président, sur YŒuvre de Charles Dufraine, sur Michel Colombe et la Sculpture de son temps et, par divers auteurs, sur la Cathédrale de Saint-Bavon, de G and, sur Venise, et sur la question des Martin Schôngauer, de Colmar, d'après un ouvrage de l'érudit M. André Waltz, conservateur du Musée de cette ville.
En matière d'archéologie, nous avons été plus discrets. Plaise à Dieu que votre collaboration nous permette, l'an prochain, d'exprimer encore ce regret! Peut-être MM. Flandrin, Rouillard et Keller ont-ils des émules? Qu'ils se nomment sans tarder, leurs travaux seront les bienvenus ! Nous ne nous interdirons pas la publication des travaux d'archéologie, persuadés que le passé doit
SUPPLÉMENT AUX « NOTES b'ART KT d' ARCHÉOLOGIE »
guider le présent et éduquer l'avenir, mais nous établirons entre l'an et l'archéologie, une harmonie qui, de tous temps, aurait dû exister.
Qu'il nous soit permis, toutefois, d'insister sur la remarquable étude de feu Maxe-Werly, membre de Tune de ces sociétés de l'Est de la France où nous comptons tant de sympathies. Je veux parler de Y Iconographie de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge que nous avons publiée avec un avant-propos que voulut bien écrire, à notre intention, l'éminent M. de Barthélémy, de l'Institut. Sans parler de la piquante notice de M . Emile Eude : En Rouergue, pays que M. l'abbé Bouillet, notre président, nous apprit à aimer avec sa Sainte Foy, vierge et martyre^ ne devonsnous pas souhaiter nombre de travaux de la valeur documentaire de celui que M. le chanoine Eugène Mliller publia dans les Notes d'Art et d 'Archéologie, sous le titre de Notes sur deux verrières du xu é siècle. Si barbares que ces verrières aient paru à certains, leur charme n'a pas échappé à ceux de nos membres qui professent l'art du vitrail : le peintre-verrier Théo. Laumonnerie entre autres, en de beaux dessins qui accompagnaient l'article, nous permit de mettre en relief le style archaïque de ces deux verrières. Didron lui-même eut applaudi !
Deux autres travaux ont également été destinés aux méditations de nos membres titulaires. Aux architectes, nous pouvions dédier les Recherches sur V origine de quelques églises romanes, de notre correspondant M . Joseph Mallat ; aux décorateurs, la Fête de la Canonisation de Saint Jean de la Croix, célébrée à Lille, le 24 août 1727, d'un autre correspondant — et des plus digne de ce titre — M. A. de Meunynck.
En nos douze numéros, nous avons analysé 25 ouvrages importants et suivi, fascicule par fascicule, 21 périodiques d'art, d'histoire et d'archéologie. Nos rubriques Notes de Province et de l'Etranger ont été régulièrement pourvues de texte pour onze d'entre elles : souhaitons que cette assiduité se généralise chez les membres correspondants auxquels incombe ce devoir.
Nos illustrations ont reproduit un grand nombre de vos œuvres, tant à l'occasion des Salons de 1902 que dans l'étude que nous consacrions à vos Travaux pendant l'année 1901. Il nous
eut été agréable de multiplier ces illustrations si la perspective de notre Exposition, qui vient de se terminer, ne nous avait obligé à lésiner un peu sur le prix qu'elles nous coûtaient et, si possible, à réserver pour le compte « Exposition » le boni du compte « Notes d'Art et d'Archéologie ». Nous avons la certitude que nul de vous ne se plaindra de cette parcimonie.
Nous avons publié, comme d'usage, les procès-verbaux de vos séances. Ils ne sont pas les moindres titres que notre revue peut revendiquer aux yeux des étrangers à notre œuvre.
Grâce à la plume élégante de notre confrère, M. Charles Fuinel, nous avons décrit la traditionnelle excursion que vous avez faite Tan dernier à Marly-le-Roi, Louveciennes, Bougival, la Malmaison et Rueil. Enfin, le Calendrier du mois vous signala, en temps utile, les livres à lire, les expositions à visiter, les mille faits qui nous parurent dignes de votre attention.
Mes chers confrères, en terminant, permettez-nous de vous recommander tout particulièrement les colonnes des Notes d'Art et d'Archéologie. Les remplir, chaque mois, est une tâche fort pénible si les articles font défaut et, même avec de nombreux travaux en cartons — ce qui n'est pas le cas, hélas! — quand nous songeons aux critiques que Ton peut nous faire, dès que nous nous écartons de notre ligne de conduite : parler d'art ancien et d'art moderne, atteindre un but très précis de pédagogie artistique religieuse.
En cela et pour cela votre aide nous est nécessaire. Il ne suffit pas de nous donner la photographie de vos oeuvres tous les ans, au Salon ; il faut encore nous confier vos idées, vos critiques, vos impressions d'art, faire des Notes d'Art et d'Archéologie la tribune exclusive de vos opinions.
Laissez-nous croire, mes chers confrères, que notre voix ne retentira pas dans le désert !
La séance est levée à 6 h. 1/4.
IS2I-0}. — Imprimerie François DUCLOZ, Moûtiers (Savoie)
TABLE DES MATIERES
ACTES DE LA SOCIETE DE SAINT-JEAN
Assemblée générale. Supplément hors Excursions.
texte 1 à 1 7 ' Exposition
Compte-rendus des séances . 15, 37. 69, 274