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ches devaient décrire une parabole sous le toit dont les longues poutres, formant chevrons, étaient bardées de fer. On nous montrait les lames de fer déchiquetées par les flèches, et les flèches elles-mêmes, enfoncées dans le bois lorsque les archers les avaient mal dirigées.
L'exposition nous attirait encore, de temps en temps, bien qu'il n'y eût plus rien, pour nous, à acheter. Un magnifique objet excitait notre convoitise mais, malgré des oflres brillantes, nous ne pûmes arriver à l'obtenir. C'était une armoire en laque noir appartenant à S. M. le Mikado. Ce meuble de cinq pieds environ de hauteur, ouvrait par deux portes s'abattant. Sur l'une était le cheval blanc sacré, sur l'autre, un Kougué jouant de la flûte. Sur Fun des côtés du meuble un coq, sur l'autre un paon. Ces quatre décors, de la plus belle qualité de laque que j'aie vue avec des épaisseurs de plusieurs
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centimètres d'or dans lequel l'artiste ayût ciselé des détails d'une grande finesse.
C'était vraiment un objet rare, une pièce unique peut«être. En interrogeant les uns et les autres on finit par nous désigner l'habile artiste qui l'avait fait et l'on nous condmsit à sa, demeure: mais lorsque nous l'interrogeâmes à ce sujets il nous répondit qu'il n'était que l'élève du vieillard qui avait produit ce chef-d'œuvre et nous affirma que son maître y avait travaillé plus de trente ans de sa vie. C'était une commande d'un prince de Satsuma, qui l'avait ofiert au Mikado, Ce merveilleux objet ne remontait donc comme ancienneté^ qu'aux premières années de notre siècle.
Chez notre bon ami japonais^ en repassant un jour, dans nos diverses promenades, nous trouvâmes une armure fort intéressante et très complète. Le casque tout incrusté d'or et d'argent d'uu très
beau travail rappelait les travaux italiens du XVI* siècle» il avait plutôt la forme persane que japonaise.
L'armure était formée de petites plaques, imitant les écailles de poisson» chacune d'elles incrustée d'argent» Fétoffe sur laquelle avaient été appliquées ces écailles, conservait encore quelques traces du riche dessin qui l'avait autrefois ornée, mais elle était en très mauvais état.
J'achetai celte armure ifil^ francs, influencé sans doute par le racontar du marchand qui la faisait remonter à Taiko- Sama et m'affirmait qu'il l'avait achetée d'un membre de la famille de ce prince.
Avec cette pièce, j'acquis deux très beaux sabres, c'està-dire le sabre et le poignard. Les fourreaux en laque aventuriné d'or aux armes de Tokugawa» les gardes représentant sur ckacudo des singes traînant un chapelet de crânes humains. Ces gardes ne portaient aucune
signature mais elles étaient fort bien ciselées. Nous avions fait de grands achats, chez cet aimable marchand et n'avions pu obtenir la fameuse boîte de laque d'orc[ue mon ami avait autrefois laissée chez lui, il la possédait encore, mais il s'entêtait à son prix. Gomme nous ne devions plus revenir chez lui, le moment de notre départ apprckshânt, nous la marchandâmes encore et montions déjà dans nos voitures sans être arrivés à nos fins, lorsque le marchand nous dit : Vous avez été si aimables et vous avez acheté tant que je vous la laisse à mon prix coûtant, 100 rios, et immédiatement nous lui payâlmes ses cinq cents francs, heureux de notre réussite.
Une journée toute entière fut employée à courir le qu'artier des marchands et fabricants de poterie et de faïence qui demeurent tous dans deux longues rues sinueuses et raides aboutissant au temple
NOTES D'UN UnLOTEUR
de « Kyo Midzu t. Ce temple, très célèbre et très visité, est bâti sur le sommet d'une colline, mais, d*un côté seulement, il s'appuie sur le sol ; de l'autre, il est sur pilotis d'environ 150 pieds de hauteur. C'est sur la vérandab, du côté . des pilotis, que les Japonais venaient autrefois consulter l'augure. Munis d'un parasol ouvert, ils se lançaient dans le vide ;• s'ils arrivaient sur le sol encore vivants, un brillant avenir leur était réservé, dans le cas contraire, ils n'avalent plus besoin des biens de ce monde. Aiqourd'bui, une grande balustrade en bambous protège la vie des fanatiques qui seraient tentés d*în* terroger l'avenir.
Chez un des marchands de faïence de l'une des deux rues où nous étions entrés pour fureter,, l'étalage n'annonçant rien de bon, je mis la main sur , une petite boîte qui, ouverte, me laissa, admirer une ravissante petite assiette de vrai Satsuma
à deux petites anses, formés de ceps de vignes; les bords sont légèrement festonnés, le centre décoré de ccilles dans les blés. Le vieux marchand qui Favait achetée depuis longtemps à ^n offider du prince de Satsuma, ne voulait pas s'en défaire. Cet objet servait de modèle pour les décorateurs de son atelier. Pour le tenter et l'engafger à me céder son assiette, je lui fis un achat assez important de ses vases modernes dont j'aurais toujours, à Paris, l'écoulement facile; et, après avoir essuyé un vrai pleur, le vieillard se sépara de son assiette, aujourd'hui encore la propriété de mon frère qui n'a jamais voulu la vendre.
Pendant trois jours, nous avons visité les boutiques d'étoffes et les monts-depiété de Kioto, achetant des foukousas, des ceintures de velours épiuglé, de velours broché, de soi^, de brocatelie, des robes de satin brodé> parmi lesquelles
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deax extraordinaires nous furent Tendues avec la boîte de laque noir aux armes du mikado dans laquelle elles étaient conserrées. L'une, fond rouge^ représentant une hutte sur le bord de la mer et des pécheurs allumant un feu; l'autre sur fond bleu ciel, représentant les courses de chevaux à Kioto. C'est en fiiisant ces derniers achats que nous sommes entrés dans un magnifique temple^ autrefois habité par le Taîkoun^ lorsqu'il résidait à KiotOy aujourd'hui ouvert à tout venant pour une exposition de kakémonos, peu intéressante pour nous^ car la plupart de ces peintures sont des caractères chinois, des sentences, des proverbes sur la calligraphie desquels s'extasient les lettrés japonais, mais qui ne sont pour nous que lettres mortes. Il y a aussi quelques peintures, représentations d'idoles de l'Olympe bouddhique, rappelant les œuvres des primitife, mais s^ans attrait pour nous. Ce
qui nous arrête un instant, c'est Farchitecture intérieure des immenses salles du palaiSy ce sont des platonds à caisson dont chacun est orné d'un éventail peint sur un fond de gouache, malheureusement, le jour est si rare et les plafonds si élevés qu'il est presque impossible de juger à une si grande hauteur; l'effet d^ensemble est harmonieux.
Au temps où le Taïkoun habitait ce palais, ce devait être un séjour agréable.
Nous avons maintenant tout vu, tout visité à Kioto; et, bien qu'à regret, il nous faut songer à quitter cette ville de plaisir et de joie. Nous ne devons pas perdre de vue que nous sommes au Japon pour affaires et, qu'en France, on nous attend avec impatience, tant pour nous revoir que pour voir ce que nous rapporterons, car rien ne partira avant nous pour l'Europe, nos achats nous accompagneront. Aussi, après un jour tout entier de repos, nous mettons-nous en route pour Osaka.