‹ Notes d'un condamné politiqueChapitre 31 sur 62 · LES CONDAMNES · texte numérisé non relu

LES CONDAMNES

Nous étions donc en cellules, deux à deux ; nous 'demeurâmes ainsi séquestrés pendant quelques jours, durant lesquels un excellent homme du nom de Lesiége, accusé politique lui même, mais peu compromis, faisait cuire nos aliments, dans le corridor qui séparait nos cellules et qu’il habitait. Bientôt il nous ■fut permis de nous réunir dans ce corridor, depuis les dix heures du matin jusqu’à quatre heures de l’aprèsmidi : ce fut, comme on peut l’imaginer, une grande consolation pour nous et quelque chose dont notre -santé avait besoin.

Nous ne conservions pas grand espoir d’un sursis, 'les scènes dont nous avions été témoins étaient de nature à nous faire abandonner doute espérance ; mais quelle est la position, si désespérée qu’elle soit, qui puisse déraciner entièrement du cœur de l’homme l’espoir ou l'illusion ?

D’après ce que nos avocats .avaient qm apprendre.

nous étions, bien que réunis tous ensemble dans la meme sentence de mort, classés dans les notes des Juges dans l’ordre suivant de culpabilité. 1°. De Lorimier, 2° J. B. Brien, 3° Joseph Dumouchel, 4° Toussaint Roclion, 5° F. X. Prieur, 6° Jos Wattier, 7° Jean Laberge, 8° Gabriel Chèvrefils, 9 Jacques Goyette, 10° Louis Dumouchel, 11° F. X Touchette.

Pendant le cours de notre procès, un de mes généreux défenseurs, M. Kart, m’avait dit qu’il tenait de bonne source que des personnes influentes avaient présenté une pétition à son Excellence l’Administrateur Sir John Colborne, me recommandant personnellement à la clémence royale dont il était dépositaire comme représentant le souverain. Cette requête était due, me dit-on, aux efforts et aux sollicitations des excellentes dames de la famille Ellice, qui voulaient bien ainsi reconnaître les bons procédés que j’avais eu pour elles, alors que chef de troupe dans le village de Beauharnais.

Mon père et ma mère vinrent de nouveau me voir dans les premiers jour de Février. Après les instants donnés à l'effusion des sentiments de la nature en pareilles circonstances, je parlai à mes parents de ma mort, en leur disant qu’il fallait être prêts pour le pire. Je voulais leur épargner, le cas échéant de mon exécution, les terribles scènes qui précèdent l’ascension de l’échafaud, et je leur dis que je désirais leur dire

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le dernier adieu la veille du jour qui serait fixé.

Je leur appris que les autorités remettaient aux

familles les corps des exécutés, et je les priai de vouloir bien déposer mes restes dans le cimetière de ma paroisse natale, à l’ombre de l’église où le baptême m’a fait chrétien et où j’ai fait ma première communion. A ces paroles adressées à mes bons parents, ma mère répondit, d’une voix assurée, que je^ne mourrais pas sur l’échafaud : — u Prions la Sainte Yierge, elle te sauvera, me dit-elle”.... Un instant après, nos larmes et nos embrassements, à tous trois, mettaient tin à cette visite.

Que de scènes de ce genre et de plus déchirantes encore n’ont pas vu ces murs de la prison du Pied-du Courant. Tous mes compagnons de captivité et de condamnation étaient pères de familles, à l’exception de deux. Les femmes et les enfants venaient voir ceux que la main du bourreau allait bientôt, en toute probabilité, arracher à leur affection. . . .Tout cela se passait sous nos yeux ; nos peines comme notre condamnation étaient presque communes entre nous. De toutes les pauvres femmes des condamnés Madame De Lorimier est celle qui m’inspirait le plus de pitié : c’était comme un pressentiment, et puis, cette pauvre famille, en perdant son chef, perdait tout moyen d’existence. Notre malheureux ami parlait chaque fois à sa femme de sa pauvreté, il cherchait à trouver quelque moyen à lui suggérer pour pouvoir élever ses

enfants, et, dans l’impossibilité de trouver ce moyen sous des formes saisissables, il finissait toujours par lui dire : — “ La Divine Providence ne t’abandonnera pas. ”

Le 12 Février, deux des messieurs du Séminaire de Saint Sulpice vinrent nous rendre visite, sur les finit heures du soir. Ils venaient, à cette fieure avancée, nous communiquer la nouvelle qu’ils avaient apprise, savoir : que les autorités avaient fait une commande de sept cercueils. . .Ils venaient surtout nous exhorter à offrir à Dieu, de bon cœur, le sacrifice d’une vie périssable, pour obtenir la faveur d’une existence éternelle de bonheur. Ces bons messieurs demeurèrent une heure dans la prison, conversant des choses d’en haut et priant de temps à autre, puis il prirent congé de nous en nous bénissant.

Les premiers delà liste que j’ai donnée plus haut allaient donc être exécutés, nous nous en tenions alors comme assurés, et j’étais du nombre. Je crois pouvoir dire que cette perspective me trouvait calme et résigné : en prenant les armes au mois de Novembre, je ne me faisais point d’illusion sur les dangers de toutes sortes auxquels je m’exposais et, depuis, je m’étais familiarisé avec l’idée de mourir sur l’échafaud, au point que la question n’était plus pour moi qu’une question de temps.

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Dans le silence de ma cellule, et de la nuit, après le départ des bons prêtres, je m’entretins avec mon Dieu pendant quelques heures, puis je me couchai et dormis jusqu’au matin d’un profond et tranquille sommeil ; car tout n’est pas tristesse et terreur dans l’aspect de la mort pour un chrétien. Comment pourrait-il en être autrement, pour celui qui nourrit son esprit et son cœur des magnifiques promesses faites à ceux à qui leur foi permet de dire : “ J’ai espéré en vous Seigneur, et je ne serai pas confondu. ” Telles étaient mes pensées, et j’e:i suis certain celles de mes compagnons, entre les bras secourables de l’Eglise qui nous préparait au passage d’une vie de misère à une vie glorieuse par les soins di ses ministres.

La communication qui nous avait été faite le soir par les bons prêtres l’avait été individuellement et dans nos cachots ; le lendemain matin à dix heures, heure de notre réunion dans le corridor, ce fut une scène touchante que celle de notre entrevue : ceux qui se croyaient maintenant exempts de l’écliafaud se montraient plus affligés que nous qui nous attendions à mourir bientôt. N’eut été la pensée des êtres chéris que les condamnés laissaient sur la terre, je crois vraiment qu’il y aurait eu une véritable joie tranquille à se sentir ainsi sur le bord du tombeau et sur le seuil de l’éternité.

Des amis vinrent nous rendre visite et nous dire

qu’il était bruit que les exécutions devaient avoir lieu Te vendredi suivant au matin, nous étions alors au mercredi ; mais nous n’avions encore reçu aucune7 notification officielle sur notre sort. Nous étions tous des condamnés à mort, les moments de notre existence* appartenaient au bon plaisir de Sir John Colborne, voilà tout ce que nous -savions^

 trois heures de l’après-midi, le guichetier vint nous dire que les trois juges-avocats venaient d’entrer au Bureau du Geôlier : ils venaient signifier, aux victimes choisies pour le' gibet, que le jour de leur exécution était fixé au vendredi prochain. C’était un peu plus qu'un jour d'avis !

Quelques- instants apres, la porte de notre prison s’ouvrit et le geôlier, s’arrêtant au milieu de la porte ouverte par son aide, appela “ Charles Hindenlang ! " Celui-ci, répondant à l’appel, sortit de l’appartement dont la porte fut refermée sur nous. Charles Hindenlang était un jeune français protestant, ayant eu du service militaire et qui, des Etats-Unis où il se trouvait temporairement, avait par enthousiasme joint le mouvement insurrectionnel dans le Bas-Canada.

Environ dix minutes après, la porte s’ouvrit de nom

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mi

veau et le geôlier appela : “ Chevalier de Lorimier ”7 Celui-ci sortit avec les gardiens et la porte se referma 'iine seconde fois.

Une troisième fois la porte s’ou'vrit, j’étais occupé* -au fond de la salle à faire cuire quelque ehose dans une casserole, je m’entendis appeler. Laissant là mon ustensile, je me rendis auprès du geôlier, en disant à mes compagnons : — “ C’est mon tour ” ! mais le geôlier me dit en anglais : — “ Ce n’est pas vous que ■u j’ai appelé, c’est M. Lepailleur, et c’est simplement pour lui remettre des provisions que lui envoient ses a parents. ”

Nos deux malheureux compagnons, De Lorimier et Hindenlang, revinrent "bientôt vers nous, et nous dirent en entrant dans le groupe ému que nous avions formé pour les recevoir : — “ Réjouissez-vous, nous sommes u les deux seules victimes choisies dans cette section^ mais il j en a trois autres, prises dans les autres a parties de la prison, ce sont Rémi Narbonne, u François Nicolas et Amable Baunais. ”

Il v avait en ce moment, au milieu de nous, deux

dames parentes de l’infortuné De Lorimier, sa sœur et sa cousine, accompagnées d’un monsieur de la famille : ces pauvres dames fondaient en larmes. La victime les consolait par des paroles angéliques pleines

de foi et de résignation. — “ Mon sacrifice est fait, ■“ disait-il, et j’ai l’espoir d’aller voir mon Dieu ; une seule chose assombrit mes derniers moments c’est la u pensée du dénuement de ma femme et de mes “ enfants ; mais je les confie à la Divine Providence.”

Le pauvre Hindenlang, à qui sa religion n’inspirait pas les mêmes sentiments qu’à de Lorimier, était loin d’offrir, dans ses paroles et dans son maintien, un •spectacle aussi digne et aussi consolant. Il était facile de voir que la pensée de la vie future agitait son âme ; ne sachant à quoi s’attacher pour envisager sans -défaillance cette immense perspective, il en appelait à son courage personnel, très grand sans doute. Mais qu’il était facile de voir que cette appui n’est qu’un fragile roseau ! Pour s’étourdir et se donner une contenance, il affectait une indifférence stoïque et, de lemps à autre, une folle gaieté, ,peu de mise dans de pareilles cisconstances.

Que nous l’avons plaint, en le voyant ainsi marcher vers cet avenir qui, heureux ou malheureux, ne doit Jamais avoir de fin ! Un instant nous avons eu l’espoir de le voir entrer dans le sein de l’Eglise et mourir en emportant le pardon de ceux qui ont reçu mission de lier et de délier sur la terre et pour le Ciel ; notre espoir a été trompé. Il s’est contenté d’admirer ce que la religion catholique produisait sur ses compagnons d’infortune ; mais le courage moral qui répond à la •grâce lui a manqué pour les imiter.

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Vers les six heures du soir, les guichetiers vinrent nous dire qu’il fallait entrer dans nos cachots, nos visiteurs se retirèrent alors la douleur dans le cœur. J’ai déjà dit que nous étions deux par deux : le compagnon de cachot de De Lorimier avait été, jusque là, le Dr. Brien ; dans ce moment, celui-ci vint me prier de vouloir bien changer de cellule, disant qu’il ne se sentait pas la force de partager le cachot de la victime.

Ah ! c’est que, voyez-vo-us, il y avait un remord dans la conscience de ce malheureux qui avait obtenu un demi pardon au prix honteux de la délation, comme nous l’apprîmes plus tard. On conçoit, en effet, quel voisinage ce devait être pour lui que celui de cet homme qu’il avait trahi, de cet homme qui allait mourir dans le sein de l’honneur et la paix de son Dieu !

Je devins donc le compagnon de cellule de Chevalier dé Lorimier. Le soir, son confesseur vint le voir et demeura seul avec lui pendant une heure, durant laquelle je me retirai dans le corridor. En sortant de ce sublime tête à tête du chrétien répentant avec l’homme du pardon, De Lorimier était calme, sa figure semblait même respirer une douce gaieté. ETous fûmes de nouveau renfermés ensemble : je priai avec lui une partie de la nuit, puis nous nous endormîmes paisiblement l’un à côté de i’autre.

Le matin je le trouvai tranquille et repose ; il pria longtemps, puis il me parla longuement de sa femme et de ses enfants, il les confiait à la Providence : c’est à peine si je pouvais répondre à sa parole si touchante, si résignée, si chrétienne, tant l'émotion me dominait.

Lorsque les cellules furent ouvertes, le matin à l’heure ordinaire de dix heures, tous les regards se tournèrent, avec un intérêt mêlé de tristesse, vers les deux victimes que le jeune Guillaume Lévêque, compagnon de cachot d’Hindenlang, et moi compagnon de Lorimier, .conduisîmes par le bras vers les groupes discrètement formés de nos camarades d’infortune. De Lorimier était résigné et digne, ITindenlang courageux et bruyant. Je préparai quelque chose pour notre déjeuner ; mais De Lorimier mangea peu. Il se promenait d’un pas mesuré dans le corridor et souvent nous parlait de sa femme qui devait le venir visiter dans l’après midi ; il redoutait cette entrevue pour son infortunée compagne.

Yers les trois heures de l’après-midi Madame de Lorimier, accompagnée de la sœur et de la cousine de son mari, et conduite par un M. de Lorimier cousin du condamné, entrèrent dans notre logement. Madame de Lorimier portait sur sa figure une expression de douleur à fendre le cœur, mais elle ne pleurait pas: ses deux compagnes fondaient en larmes.

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Nous avions pris des arrangements pour donner, à nos deux malheureux amis, un dîner d’adieu. La table chargée de mets préparés, sur notre ordre, par le geôlier, avait été placée dans une pièce située près de la porte et qui donnait sur le corridor. A quatre heures on se mit à table, Hindenlang présidait au banquet. De Lorimier n’occupa pas le siège qui lui était réservé ; mais il vint prendre avec nous un verre de vin. Pendant le repas, il se promenait dans le corridor ayant Madame de Lorimier au bras ; les autres membres de sa famille occupaient des sièges, tantôt dans sa cellule, tantôt dans le corridor : les dames, de temps à autre, prodiguaient à la malheureuse épouse des caresses de consolation.

Il régnait à notre table une certaine gaieté triste qu’Hindenlang, pour sa part, faisait quelquefois bruyante. Pendant ces instants de récréation, furent admis, par les autorités de la prison, six curieux, parmi lesquels, me dit-on, se trouvait le rédacteur du journal “ The Herald ” ; Ils se tinrent en dedans, près de la porte, visiblement étonnés de l’aspect de cette scène. Après s’être fait indiquer ceux qui devait le lendemain monter sur l'échafaud, ils se retirèrent sans mot dire.

Un instant après, on vint nous dire que Madame de Lorimier venait de perdre connaissance : elle gisait en ce moment, dans un état de complet évanouissement, dans le cachot de son mari.

Le confesseur de De Lorimier vint au commencement de la soirée et passa quelque temps seul avec lui dans sa cellule ; puis il dit “ courage ” aux deux victimes, offrit quelques paroles de consolations chrétiennes à Madame de Lorimier et prit congé de tous.

On nous avait laissés, les deux condamnés M. Levêque et moi, en dehors de nos cellules plus longtemps que d’ordinaire ; à dix heures le geôlier vint nous dire qu’il fallait entrer. C’était le moment que ce pauvre de Lorimier redoutait tant, et que, nous aussi, nous voyions venir avec un déchirement de cœur. Quelques parents et amis étaient venus s’ajouter aux trois personnes de la famille qui accompagnaient Madame de Lorimier et qui devaient être chargées de la pénible mais charitable mission de la reconduire en ville.

La pauvre jeune femme allait donc dire à son mari un éternel adieu ! A la suite de bien des hésitations, des sanglots et des larmes, elle se jeta à son col et s’évanouit de nouveau. De Lorimier la souleva dans ses bras et, la tenant comme un enfant qu’on va déposer dans son berceau, il se dirigea vers la porte, les yeux attachés sur cette figure agonisante de la compagne de sa vie : arrivé sur le seuil, il déposa un baiser sur le front décoloré de sa femme et la remit entre les bras de ses parents, en leur recommandant d’en avoir

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tous les soins possibles. . . et la porte se referma sur nous.

De Lorimier me dit, en regagnant l'entrée de notre cachot : — “ Le plus fort coup est donné !”. . . Il était ferme, mais pâle comme la mort.

Il passa une partie de la nuit en prières et à écrire une lettre qui était comme son testament politique (*) ; puis, selon qu’on le lui avait recommandé, il se coucha. Je veillai près de lui : il dormit à peu près trois heures fort tranquillement.

(*) Voici cette lettre noble et touchante ; mais qui se ressent de l’exaltation des sentiments dominants de l’époque et de ses espérances irréalisables.

r Prison de Montréal,

\ 14 Février 1839 à 11 heures du soir.

Le public et mes amis en particulier, attendent peut-être une déclaration sincère de mes sentiments ; à l’heure fatale qui doit nous séparer de la terre les opinions sont toujours regardées et reçues avec plus d’impartialité. L’homme chrétien se dépouille en ce moment du voile qui a obscurci beaucoup de ses actions, pour se laisser voir en plein jour ; l’intérêt et les passions expirent avec ses dépouilles mortelles. Pour ma part à la veille de rendre mon esprit à son créateur je désire faire connaître ce que je ressens et ce que je pense. Je ne prendrais pas ce parti, si je ne craignais qu’on ne représentât mes sentiments sous un faux jour, on sait que le mort ne parle plus, et la même raison d’état qui me fait expier sur l’échafaud ma conduite politique pourrai'. bien forger des contes à mon sujet. J’ai le temps et le désir de prévenir de telles fabrications et je le fais d’une manière vraie et solennelle à mon heure dernière, non pas sur l’échafaud environné d’une foule stupide et insatiable de sang, mais dans le silence et les réflexions du cachot. Je meurs sans

Vers les sept heures (Vendredi 15 Février 1839), son confesseur arriva : il venait lui apporter le Saint- Viatique et devait attendre pour raccompagner à l’échafaud. Le condamné reçut la divine communion avec ferveur dans son cachot, où il demeura jusqu’à huit heures en action de o;râce avec son confesseur. Le

«Ta

temps était venu pour De Lorimier de se préparer à marcher au supplice, le prêtre ee retira pour quelque temps : ce fut moi qui aidai mon malheureux ami à faire sa toilette de victime. . .. Gomme ie lui fixais au cou une petite cravate blanche, il me dit : — u laissez u l’espace nécessaire pour placer la corde. ” Les larmes me partirent en torrents des yeux, en recevant de lui une pareille recommandation.

■remords, je ne désirais que !e bien de mon pays dans l’insurrection et l’indépendance, mes vues et mes actions étaient sincères et n’ont été entachées d’aucun des crimes qui déshonorent l’humanité, et qui ne sout eue trop communs dans l'effervescence des passions décharnées. Depuis fY à 18 ans, j’ai pris une part active dans presque toutes les mesures populaires et toujours avec conviction et sincérité. Mes efforts ont ôté pour l’indépendance de mes compatriotes, nous avons été malheureux jusqu’à, ce jour. La mort a déjà décimé plusieurs de mes collaborateurs. Beaucoup gémissent Sans les fers, un plus grand nombre sur la terre d’exil avec leurs propriétés détruites, leurs familles abandonnées sans ressources aux rigueurs d’nn hiver canadien. Malgré tant d’infortunes mon cœur entretient encore du courage et des espérances pour l’avenir, mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres, un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent. Voilà ce qui me remplit de joie, quand tout est désolation et douleur autour de moi. Les plains de mon pays se cicatriseront après les malheurs de l’anarchie d’une révolution sanglante. Le paisible canadien verra renaître le bonheur et la liberté sur le S. Laurent, tout concourt à ce but, les exécutions mêmes, le sang et les larmes versés sur l’autel de la liberté arrosent aujourd’hui les racines de l’arbre qui fera flotter le drapeau marque des deux étoiles des Canadas Je laisse des enfants qui n’ont pour /héritage que le souvenir de mes malheurs. Pauvres Orphelins, c’est «tous que je plains, c’est vous que la main ensanglantée et arbitrais®

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Aussitôt que sa toilette fut terminée, De Lorimier sortit du cachot et, s'adressant à tous les prisonniers,, leur demanda de dire en commun la prière du matin. Ce fut lui meme qui la, fit d'une voix haute, ferme et hien accentuée. A l’invitation de De Lorimier, Hindenlang,. qui jusque là était resté dans sa cellule, err sortit et se joignit à nous, pour assister à la prière : il 11e se mit pas à genoux comme les autres ; mais il se tint tout le temps debout la tête inclinée en avant et les mains jointes sur la poitrine. Oh! comme nous le plaignîmes alors, et comme nous remerciâmes Dieu de nous avoir fait la grâce d'appartenir à son Eglise sainte !

de la loi martiale frappe par ma mort. Vous n’aurez pas connu les douceurs et les avantages d'embrasser votre père aux jours d’allégresse, aux jours de fêtes Quand votre raison vous permettrade réfléchir, vous verrez votre père qui a expié sur le gibet desactions qui ont immortalisé d’autres hommes plus heureux. Le crime de votre père est dans l’irréussite, si le succès eût accompagné ses tentatives, on eut honore ses actions d’une mention honorable.. u Le crime fait la honte et non pas l’échafaud. 7' Des hommes d’un mérite supérieur au mien m’ont battu la triste carrière qui me resteà parcourir de la prison obscure au gibet. Pauvies en&ints vous n’aurez plus qu'une mère tendre et désolée pour maintien ; si ma mort et mes sacrifices vous réduisent à l’indigence, demandez quelque fois en mon nom, je ne fus jamais insensible aux malheurs de l’infortune. Quand à vous mes compatriotes, peuple, mon exécution et celle de mes compatriotes d’éehafaud vous sont utiles £ Puissent-elles vous; démontrer ce que vous devez attendre du Gouvernement Anglais... Je n'ai plus que quelques heures à vivre, et j’ai voulu partager ce temps précieux entre mes- devoirs religieux et ceux dus à mes compatriotes ; pour eux je meurs sur le gibet et de la mort infâme du meurtrier, pour eux je me sépare de mes jeunes enfants et de mon épouse sans autre appui, et pour eux je meurs en m’écriant vive le b liberté, vive V indépendance.

Chevalier de Lorimier...

A la suite de la prière les deux condamnés prirent îine tasse de café.

J’avais demandé à nos infortunés amis de me laisser comme souvenir quelque cliose venant directement d’eux, ce fut alors que chacun me remit une mèche de ses cheveux ; ceux de De Lorimier étaient contenusdans un billet dont voici la copie.

u Prison de Montréal,

« 15 Février 1839.

“ Cher Prieur,

“ Vous me demandez un mot pour souvenir: cher ami, que voulez que je vous écrive, je parts pour l’échafaud. Soyez courageux et je meurs votre ami.

“ Adieu.

Chevalier ©e Lorimier. ”

Hindenlang avait écrit le matin quelques lignes dont il nous laissa copie, c’était l’allocution qu’il devait faire au publie témoin de son supplice (*). Cette composition était bien l’expression de sa nature

(*) Voici la copie exact® du feuillet qui fut donné par Hindenlang à ses compagnons de prison.

“ Sur l’éckafand dressé par la main des hommes, je déclare que je u meurs avec la conviction d’avoir rempli dignement mon devoir, “ l’arrêt qui m’a frappé est injuste, je pardonne de bon cœur à ceux “ qui l’ont porté. La cause pour laquelle on me sacrifie est noble et “ grande, j’en suis fier et ne crains pas la mort. Le sang versé sera u lavé par du sahg, que la responsabilité en retombe sur ceux qui la u méritent. Canadiens mon dernier adieu est ce vieux en de la u France : vive la liberté, vive la liberté, vive la liberté.

“ Telles sont les dernières paroles que je prononcerai sur l’échau faud avant de mourir.

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