‹ Notes d'un musicien en voyageChapitre 10 sur 29 · LES · texte numérisé non relu

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L'Amérique est bien le pays des libertés.

On n'y peut creuser un trou sans déranger toute la hiérarchie gouvernementale; mais en revanche, on y circule librement, on s*y marie librement, on y mange librement. Par exemple, il y a une restriction bien triste à constater au milieu de cette abondance de libertés, c'est qu'on n'y boit pas tous les jours librement.

Un dimanche, après avoir conduit mon orchestre avec chaleur, par une température sénégalienne, je me précipite dans un bar, —

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en français, une buvette. Je demande un verre de bière.

Le maître de rétablissement me regarde d'un air triste :

— Impossible, monsieur, je n'ai plus de garçons.

— Gomment? vous! Qu'avez- vous donc fait de votre nombreux personnel ?

— Tous mes garçons sont en prison pour avoir voulu servir des clients malgré la défense formelle.

— Il est défendu de boire le dimanche?

— Expressément défendu.

— Je vais bien voir cela.

Je cours à Thâtel Brunswick et je commande bravement i

— Un sherry-cobler.

— Je regrette, monsieur, d'être obligé de vous refuser ; mais le bar est fermé, et pour cause. Tous mes garçons sont arrêtés.

— Mais, je meurs de soif.

— La seule chose qu'il nous soit permis de servir, c'est un soda.

Et c'était partout comme cela dans la ville de New-York. Ce dimanche-là, on a coffré trois cents garçons qui avaient osé porter des rafraîchissements aux clients. Bienheureux encore qu'on n'ait pas arrêté du même coup lès clients qui avaient assez demandé à boire !

Quelle singulière liberté !

En Amérique, on n'a pas non plus le droit de se pendre.

Un ivrogne se pend. C'est un maladroit. Il se pend mal puisqu'au bout de quelques heures on le fait revenir à la vie. Dès qu'il a reprisses sens, on le traîne chez le juge qui le condamne à six mois de prison. Ordinairement, c'est trois mois. On a doublé la dose en faveur de celui-là parce qu'il y avait' récidive ; È la troisième fois, on le condamnerait à mort.

Pour s'Oler la vie, il faut une autorisation préalable du gouverneur.

Les Nègres ont été émancipés. La belle et pompeuse réforme 1 Les bons noirs sont libres, archilibres. Vous allez voir coihment.

Les cars et autres voitures publiques leur sont interdits. Dans les théâtres, ils ne sont admis sous aucun prétexte. Et ils ne sont reçus dans les restaurants qu'à la condition de servir. Ainsi vous voyez :

Liberté^ Éffalite\ Fraternité.

Vous croyez peut-être que les nègres sont seuls à n'avoir pas toutes les libertés désirables : erreur.

L'hôtelier du Cataract-Hôtel à Niagara a fait insérer dans les principaux journaux une note ainsi conçue :

9 Étant dans un pays parfaitement libre^ ayant » le droit de faire chez moi ce qui me plait^ je » décrète :

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» ARTIGLE^UMQUE

» A partir d'aujourd'hui^ les juifs sont exclus » de mon hôtel, t

Il n'est peat-étre pas inutile d'ajouter que cet hôtelier libéral a été forcé au bout de deux ans de céder son établissement pour cause de mauvaises affaires.

Quand je fus arrivé à Philadelphie, je profitai du premier dimanche que j'eus de libre pour me rendre à l'exposition. Je trouvai le palais fermé.

Il était défendu aux exposants de mettre leurs produits en montre le dimanche. Le soir, la fantaisie me prit d'aller au théâtre. Ah! bien oui 1 Fermé, le théâtre, fermés aussi les concerts — tout comme à New-York.

Le seul jour de la semaine qui appartienne au travailleur est le dimanche. Il pourrait profiter de ces quelques heures de relâche pour

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s'instraire oa se distraire, pour se perfectionner dans son métier en regardant les beaux produits exposés par les plus grands industriels des d^ux mondes: l'exposition est fermée. Il pourraitencore profiter du dimanche pour se délasser l'esprit en assistant à la représentation de quelque bonne pièce. C'est précisément ce jour-là qu'on ferme tout, les expositions, le théâtre et le concert. Si quelque chose est respectable, c'est certes l'ouvrier. Après son rude labeur de la semaine, il a besoin du repos moral de l'esprit. S'il sort avec sa famille, il ne peutméme passe désaltérer avec une bouteille de bière. Aussi que fait-il? Tandis que sa femme et ses enfants vont à l'église ou à la promenade, il reste chez lui, en tête-à-tête avec une bouteille de whiskey.

La liberté du travail, de l'invention et de Texploitation est énorme dans ce pays. Les inconvénients qui en résultent sont énormes aussi.

Lorsqu'une idée traverse le cerveau d'un

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Américain, elle est vite mise en pratique. Je citerai poar exemple le développement si rapide des cars qai ont détrôné les omnibus en un rien de temps. Maintenant les cars sont tout à fait à la mode. Il y a des tramways partout. La largeur des rues ne permettant plus d'installer de nouveaux rails sur le sol, un inventeur a imaginé de construire des chemins de fer aériens. Belle idée qu'il s'est empressé de réaliser.

Voici ce qu'on raconte à ce propos.

Une dame, qui venait d'acheter Un charmant petit hôtel dans Broad ways, part pour la campagne et revient au bout de cinq ou six mois s'installer définitivement dans sa nouvelle demeure. Elle arrive pendant la nuit, dort d'un profond sommeil. Le lendemain matin des roulements de tonnerres, des sifiQements effroyables la réveillent, elle court à sa fenêtre,

Belle sans ornement, dans le simple appareil D'une beauté qu'on Tient d'arracher au sommeil.

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Et que voit elle? un train qui passe à toute vitesse devant elle. Des têtes de voyageurs curieux à toutes les portières.

La dame s'évanouit. >

En revenant à elle, sa première idée, avant même de fermer la fenêtre, fut d'envoyer chercher son avocat et d'intenter un gros procès à la nouvelle compagnie. La maison qu'elle avait achetée deux cent mille dollars ne valait plus que le quart de cette somme; mais elle avait la liberté de la revendre.

II y a un jour où l'on jouit en Amérique d'une liberté illimitée, c'est le 4 juillet, l'anniversaire de l'indépendance.

Tout est permis ce jour-là, et. Dieu sait comment on profite de cette latitude. J'ai conservé un numéro du Courrier des États-Unis qui donne des détails curieux sur cette mémorable journée. Laissant de côté un grand nombre d'acci- . dents d'un intérêt secondaire, j'arrive immédia-

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tement au chapitre des accidents sérieux.

L'article intitulé : le Revers de la médaille commence ainsi :

c Les premiers rapports ne nous avaient donné qu'un aperçu très-incomplet des malheurs ou accidents arrivés à New-York.

Une jeune fille de dix-neuf ans, Mary Henley, du n^26i, Seizième rue, se promenait dans la Huitième avenue avec deux de ses amies. Près de la Vingt-deuxième rue, des fire crackers ont été lancés, comme le veut la coutume, sur les promeneuses. Elles n'y ont pas prêté attention, et ce n'est qu'après avoir marché encore la distance d'un c brock » environ que Mary Henley a senti qu'elle brûlait; ses vêtements étaient en feu. Affolée de douleur, elle s'est mise à courir, flambant des pieds à la télé. Il a fallu plusieurs hommes pour maintenir la pauvre jeune fille, tant ses horribles douleurs la faisaient se débattre avec énergie. Les flammes ont été étouffées,

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mais il était trop tard; le corps de Mary Henley a'était plus qu'une plaie yiye.

Pendant Texhibition pyrotechnique au parc du City HalU une bombe a fait explosion au milieu d'un groupe de spectateurs, dont cinq ont été blessés, trois dangereusement.

Nous ayons enfin sous les yeux une liste de quarante-neuf personnes — enfants pour la plupart — qui ont été blessés le jour ou le soir du 4 juillet. Les unsont perdu un œil, les autres une main, ceux-ci ont eu une côte enfoncée, ceux-là ont eu le yisage ou d'autres portions du corps brûlés. Quelques-uns se sont blessés euxmêmes en maniant des armes à feu, ou en faisant partir des pétards, ou en tombant de toits ou de fenêtres ; mais les neuf-dixièmes au moins doivent leurs blessures à des coups de pistolet tirés c par quelqu'un qui est resté inconnu ». La charité commande de croire que la plupart de ces inconnus ont simplement été maladroits.

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Ces faits désastreux ne sont pas particuliers à la ville de New-York. Toutes les grandes Tilles des États ont vu se produire des faits semblables.

A Washington où c la fête du centenaire a été célébrée avec très-peu d'éclat » — qu'estce que cela aurait été si la fête avait été plus brillante? — Télément i rowdy » a fait grand tapage et, avant la nuit, quatre assassinats étaient commis^tous étaient lerésultatde l'ivresse. Beaucoup de personnes ont visité la tombe de Washington, à Mount Vernon; malheureusement, ce lieu sacré n'a pas été exempt de désordres et d'effusion de sang. Plusieurs ivrognes se sont battus à coups de couteau. Personne n'a été arrêté, t

Au tour de Philadelphie maintenant :

€ — La journée du 4 juillet a été funeste pour Philadelphie. Indépendamment de l'incendie dont nous parlons ailleurs, et dans lequel

quatre personnes ont trouvé la mort, cette YÎlle a eu une conflagration ruineuse causée par Timprudence avec laquelle il est de tradition de manier les armes à feu. Des jeunes gens tiraient des coups de canon près du chantier de bois de construction de Gollins et compagnie, au pied de Laurel street. L'étoupe servant de bourre a été lancée sur des bardeaux et y a mis le feu. Tel a été le commencement d'un incendie qui a causé pour 250,000 dollars de dégâts et fait une masse de ruines du quartier compris entre le côté est de l'avenue Delaware et le bord de l'eau, et entre Laurel et Shackamaxon slreets.

Nous avons calculé que le prix total de chaque coup de canon était d'environ un quart de million de dollars, retombant pour la plus grande part sur diverses compagnies d'assurances. »

On peut juger d'après ces quelques extraits du nombre considérable d'accidents, d'incen-

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dies, de morts, qui se produisent le 4 juillet sur toute rétendue des États.

Quanta moi, j'avoue que ces excès me font grandement apprécier nos détestables gouvernements qui prohibent carrément les libertés qui mettent la vie des citoyens en danger; et qui nous feront protéger par nos braves gendarmes. J*ai vu ce qu'était la liberté illimitée. Je préfère nos sergents de ville.

Voici la note comique après le drame, bien que ce dernier incident soit raconté très-sérieusement par un journal américain.

Pour donner une idée des résultats que Ton peut obtenir avec le système de la liberté tel qu'on le pratiqq^ en Amérique, je copie textuellement un fait-divers que je viens de lire dans la Presse libre de Détroit.

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c La féie de rindépendance a été célébrée avec beaucoup d'éclat à Détroit. Tous les citoyens ont payé de leur personne en cette occasion. Pour ne citer qu'un exemple, voici ce qui est arrivé à la famille Hamerlin^rune des mieux posées de l'État.

A six heures du matin, le chef de cette famille, voulant fixer un drapeau à la fenêtre du deuxième étage de sa maison est tombé dans la rue. Une chute malheureuse I II a cassé trois pots de fleurs et une de ses côtes. Gela a été le commencement d'une série de désordres indescriptibles. En effet, pendant que Tes voisins entonnaient dans le gosier du blessé de la limonade et du cognac, et que les médecins se disputaient le malade tombé du ciel, le tout avec des hurrahs en faveur de l'indépendance, madame Hamerlin compliqua la situation en dégringolant dans l'escalier de service. La pauvre femnue voulait empêcher son fils Johnnyde faire éclater

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des pétards -dans le four. Elle ne s'est rien cassé, heureusement, mais après sra chute le souffle lui a manqué pour crier: t Vive l'Indépendance » .

Le père et la mère étant hors de service, les petits Hamerlin ont profité de la circonstance. John, furieux de ne pouvoir tirer son feu d'artifice dans le four, a imaginé de se fourrer des pétards partout: deux dans les mains et un dans la bouche. Une étincelle et voilà les>trois pétards qui prennent feu à la fois. Embrasèment général. Le pauvre John a le palais brûlé. Il devra rester bouche close pendant longtemps.

Le fils cadet s'amuse à enflammer des traînées de poudre. Il se grille les mains. Renonçant au dur métier d'artificier, il sort pour tâcher d'oublier ses souffranccfs... Le soir, on frappe à la porte de la maison Hamerlin.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

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— C'est votre fils que je vous ramène. Il est dans un triste état, un trou à la jambe.

On couche le fils.

Reste la fille. Celle-là n'a rien eu de bien intéressant. Un gamin qui passait près d'elle Ta seulement atteinte à l'oreille droite avec une torpille, et un monsieur étranger à la maison lui a tiré un coup de fusil si près de l'oreille gauche qu'elle en est restée sourde.

Dans un mois la famille Hamerlin sera remise à neuf. Il n'y paraîtra plus. Du reste il ne faut pas croire que les victimes de Détroit soient dans la désolation. Au contraire.

M. Hamerlin nous a dit de la meilleure foi du monde :

— Avoir fêlé l'Indépendance avec éclat comme nous l'avons fait, cela vaut bien 10,000 dollars !

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Une des manies chères aux Américains consiste à se grouper et à fonder des sociétés à propos de tout et à propos de rien, sous n'importe quel nom. Tout prétexte est bon. Aussi les corparations abondent-elles aux États-Unis. Il faudrait un volume pour les énumérer toutes. Parmi les plus importantes on cite la société de tempérance, la société de la loge maçonnique, celle des old fellows^ (les vieux garçons), celle des hommes gras, celle des hommes maigres, celle de la grande République, etc., etc.

J'en passe et des meilleures.

Il suffit d'une simple autorisation du maire

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ponr qu'une société qui a envie de faire une sortie pour une manifestation quelconque envahisse les rues et se répande triomphalement dans la ville. L'association qui sort a droit à^ tous les égards, à tous les respects. Omnibus, cars, voitures particulières, piétons, tout doit s'arrêter sur son passage. Couper une manifestation est un acte répréhensible.

J'ai assisté à quelques promenades de sociétés, et j'ai pu voir que, dans le défilé, les insignes honorifiques, les décorations, les rubans de toutes couleurs, lesécharpes de toutes nuances et même les panaches louaient un très-grand rôle. Les Américains aiment beaucoup cela.

Gomme le gouvernement n'a encore institué aucun ordre, ils remédient à cette lacune en se décorant eux-mêmes. On m'a cité des régiments qui, pendant la guerre de la sécession, avaient créé des décorations qu'ils se sont mutuellement décernées.

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Les sociétés américaines^ qai sortent à tont bout de champ, ont pensé qu'il importait à leur dignité dé faire quelque bruit dans le monde. Aussi ont-elles, pour la plupart, des musiques ou des fanfares militaires. — Mais quelle musique !

J'ai TU à Philadelphie une de ces sociétés en promenade. Drapeaux, bannières, costumes, chars, tout cela est réglé comme une marche dans une féerie avec un luxe décoratif étonnant et souvent de bon goût dans chaque bande militaire qui accompagne les différents groupes de la 'promenade. Il y avait bien une douzaine de musiciens qui tracassaient des pistons et des trombones et qui marchaient à la queue sur deux rangs très-espaces. Le chef d'orchestre s'était placé au milieu et jouait de la clarinette. Derrière lui venaient le triangle, le tambour et la grosse caisse. Jugez quelle harmonie étrange l'accouplement de ces

La publicité de celte grosse caisse m'amène à dire un mot de la réclame telle qu'elle est comprise et pratiquée aux États-Unis.

On sait bien que les Américains sont grands amateurs d'annonces; mais il faut avoir parcouru leur pays, visité les grandes villes, les plus petites bourgades et même les sites les plus sauvages, pour savoir jusqu'à quel point ils poussent leur passion.

J'ai rencontré, un jour, à New- York, deux geunes gens qui se promenaient bras dessus, bras dessous. On leur avait attaché, avec des épingles, une pancarte sur le dos.

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GREAT SALE OF SERViNG MACHINES BROADTgfAT N^

Était-ce une plaisanterie? Ces messieurs voyageaient-ils sérieusement pour leur maison ? Je pencherais plutôt pour cette dernière hypothèse. Quoi qu'il en soit, tous les passants se retournaient, riaient,^et regardaient l'affiche. Le marchand avait atteint son but.

On trouve des annonces partout et de tous les genres. Il n'y a pas de drapeau pendu à une fenêtre qui ne soit déGguré par une réclame.

Les rues sont, çà et là, surmontées d'arcs-detriomphe qui n'ont d'autre but que de donner avisde ventes prochaines. Lesmurssont tapissés d'affiches d'une grandeur inouïe. Les marchands de moutarde font graver leur nom et leur adresse sur le pavé des rues. Il pleut des prospectus dans les omnibus et dans les voitures, sans compter les placards pendus à l'intérieur.-

LA RÉCLAME - i27

Sozodont !.. voilà un mot que j'ai vu partout et dont j'ipore' encore le sens. — C'est certainement une annnonce. Un Américain aurait demandé ce que cela voulait dire. Mais, ' en véritable Français, je ne m'y suis pas intéressé à ce point-là.

Cependant, en chemin de fer, j'ai lu machinalement sur un poteau du télégraphe les mots suivants : Only cure for rheunuUism. Seul remède contre le rhumatisme. Ni plus ni moins. Était-ce parce que je connais des gens affligés de ce mal ou à cause de Tétrangeté de Tan-

nonce, je n'en sais rien, mais je me mis malgré moi à guetter les poteaux. Un kilomètre plus loin je la revis, mais toujours sans le nom de l'auteur; plus loin le même phénomène se produisit, et ainsi de suite pendant une dizaine de kilomètres. Au onzième, je lus à ma grande joie le nom de l'individu et son adresse. J'ai failli aller acheter sa drogue en descendant du train !

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Décidément raononcier américain joue sar la cervelle humaine comme un musicien sur son piano.

La nuit, on annonce au gaz, à la lumière électrique, au pétrole. 11 n'est pas jusqu'à la lanterne magique qui ne soit devenue un instrument de publicité. ~

Des hommes se promènent, enfermés dans des baraques de papier, illuminéesàrintérieur et portant des inscriptions sur leurs quatre faces.

Un cheval de car tombe de fatigue après avoir traîné cinquante personnes pendant toute la journée, — vite un gamin s'élance et lui colle une affiche sur le nez :

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