‹ Notes d'un musicien en voyageChapitre 22 sur 29 · AU NIAGARA · texte numérisé non relu

AU NIAGARA

PULMANN GARS

Quelle belle roate que celle qui conduit de New-York au Niagara. Jusqu'à Albany surtout le paysage est merveilleux. On longe l'admirable rivière d'Hudson. Je cherche dans mes souvenirs à quel fleuve d'Europe je pourrais comparer ce fleuve américain. Il y a des endroits qui me rappellent les plus beaux passages du Rhin. Il en est d'autres qui dépassent en grandeur et en charme tout ce que j'avais pu voir jusqu'alors.

Le voyage s'effectue du reste dans des condi-

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tions excellentes. Les pulmann-cars sont une institution précieuse. Être en chemin de fer» et n'avoir aucun des inconvénients des chemins de fer ; voilà le grand problème réalisé par ces wagons merveilleux. On n'est pas parqué, comme chez nous, dans des compartiments étroits, ni exposé au fourmillement qui vous passe dans les jambes après quelques heures d'immobilité. On n'a pas à craindre l'ankylose des membres fatigués par une position trop longtemps conservée.

Dans le train américain, vous pouvez marcher, arpenter les wagons les uns après les autres depuis le fourgon des bagages jusqu'au tampon d'arrière. Quand vous êtes fatigué de la promenade, vous trouvez pour vous reposer un salon élégant et d'excellents fauteuils. Vous avez à votre portée tout ce qui rend la vie agréable. Je ne saurais mieux résumer mon admiration pour les chemins de fer améri-

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cains, qu'en disant qu'ils sont en réalité: un berceau à roulettes.

Par exemple, je n'aime pas beaucoup cette cloche permanente qui vous suit pendant tout le trajef&vec son glas funèbre, mais c'est peutêtre une habitude à prendre.

' Du reste il ne faut pas avoir l'oreille trèsdélicate quand on voyage en Amérique. On est ^continuellement persécuté par des sons fâcheux. Ainsi, à Utica, où nous nous arrêtons quelques minutes pour le lunch, je vois — et j'entends, hélas ! -^ un grand Nègre qui frappait sur un tam-tam. Évidemment il devait jouer des airs h lui, car il frappait' tantôt fort, tantôt avec une vitesse étonnante, tantôt avec une lenteur mesurée. Il mettait dans son jeu, je ne dirai pas des nuances, mais des intentions.

J'oubliai de luncber pour examiner ce musicien qui m'intriguait beaucoup. Pendant son der-

nier morceau, car pour lui ce devait être un

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morceau, je fus tout yeux et tout oreilles. Il commença par un fortissimo à tous rendre sourd, car il était vigoureux, ce Nègre, et il n'y allait pas de main morte. Après ce brillant début, sa musique continua un decrescendo^ arriva au ptano, puis au j^tanmmo, puis.... au silence.

Au même instant le train s'ébranlait, j'eus à peine le temps de mettre un pied sur la marche que déjà il filait à toute vapeur.

Nous arrivons à Albany, oir Ton s'arrête pour dîner. Devant le restaurant d' Albany, je trouve un autre grand diable de Nè'gre, à peu près pareil à l'autre et qui jouait également du tam-tam.

— On en met donc partout, pensai-je. Voilà un pays où Ton aime furieusement le tam-tam.

Ventre affamé n'a pas d'oreilles, dit un de no« proverbes. Je suis désolé de m'inscrire en faux contre un dicton recueilli par la sagesse des

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