‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 11 sur 70 · ÉGLISES D£ BOURGES · texte numérisé non relu

ÉGLISES D£ BOURGES

Pour donner à mes observations un otrdre chronologique, j'aurais dû tous entretenir plus tôt d'un fragment très remarcpable du^^' siècle, provenant de l'église de Saint-Ursin , détruite depuis plusieurs aimées ; c'est une porte bysantine très ornée qu'on a transportée à l'entrée du jardin de la Préfecture, tou^rès de la promenade de Séraucourt. Le tympan, contenu dans une archivolte cintrée, représente dans sa partie inférieure les douze mois de Tannée caractérisés, non par les signes du zodiaque, mais par les travaux ou les occupations qui leur correspondent ; les mois se suivent régulièrement de gauche à droite, mais février commence la série ; au milieu du tympan , on voit en bas-relief une chasse au sanglier , dont les figures offrent une correction et une vérité de mouvement qu'on ne s'attendrait pas à rencontrer dans une sculpture de cette époque: on dirait une copie d'un ^basrelief romain , et c'est peut-être en effet un basrelief antique, que l'artiste du xi® siècle aura pris pour modèle ; la composition a d'étonnants rapport;^ avec une chasse; antique, encastrée dans la façade de Téglise du Luc (Var). Plusieurs autres

petites compositions remplissent k haut du tym» )>an ; ce sont des grotesques , inspirés sans doate par les iabliaux et les contes populaires ; on y remarque par exemple le renard et la cigogne , uh renard traîné dans un char par des poules , etc. Sur Farchivolte et les piédroits serpente un rinceau de fort bon goût , et les fûts des colonnes engagées , curieusement guillochés, présentent une espèce d'enroulement de feuillages fantastiques, entremêlés d'animaux bizarre^; il est à remarquer qu'à l'exception des rinceaux et seulement dans la partie supérieure des piédroits , toutes ces scu^ tures n'ont point de saillie sur le nu de la porte , et se détachent sur un fond légèrement refof^é, en sorte qu'une règle appliquée sur le tympan ou sur les fiiits affleurerait tous les reliefe. Il est évident qu'avant de sculpter on commençait par bien dresser la pierre. Cette pratique, que j'ai déjà remarquée nombre de fois , parait constante dans la première époque de la sculpture bysantine. Les colonnes guillochées m'ont rappelé les colonnes antiques de la Porte-Noire à Besançon , décorées de la sorte ; mais , malgré tout mon respect pour l'antiquité, je n'hésite point à déclarer que les colonnes de Saint-Ursin sont infiniment plus élégantes , infiniment mieux travaillées que celles de l'arc-de-triomphe romain. Saint-Ursin fîit fondé en loia.

Les églises de Bourges , si l'on en excepte la cathédrale y n'offrent qu'un bien médiocre intérêt.

ÉGUSES DE BOURGES. 4»

Saint^Pierre-OuiUard jporte les traces de grandes et ndmbreuses réparations^ où tous les styles ont été étrangement confondus. Dans les parties les plus anciennes on trouve des piliers gothiques , mais encore bas et lourds, avec de grossiers chapi* teanx. La remarque que je faisais à Saiut«Étienne se confirme ici, c'est que Tomementation végétale du gothique fleuri est. inconnue à Bourges , et la transition est soudaine entre la première manière du xin® siècle , et le style flamboyant du xv®. '

Saint-Bonnet y du xv® siècle, n'a point de façade, ses piliers sans chapiteaux portent ime voûte assex hardie ; ce qu'il y a surtout à remarquer dans cette église , ce sont de beaux vitraux du xvi* siècle, très brillants et riches de couleur : quelques-uns se distinguent en outre par le mérite du dessin et de la composition. Les sujets sont en général tirés des légendes de saints. Je Us sur une fort belle verrière représentant la vie de saint Bonnet, le nom du donataire, Laurence Fauconnier, et le millésime 1 544- Il y a dans la chapelle des fonts baptismaux une cuve bysantine d'un assez beau travail , mais qu'on a malencontreusement peinte à l'huile. Je citerai enfin deux portraits fort bons , placés derrière la porte d'entrée, tous les deux d'un peintre nommé Boucher, natif de Bourges ; c'est le sien et celui de sa femme. U y a de la vérité dans les têtes , et le coloris ne manque pas de mérite ; si j'en juge par les costiunes, ces portraits dateraient du milieu du xvii* siècle.

Je termine cette aride nom^iclature d'églises par Notre-Dame , encore du xv^ siècle , où il &ut entrer, non pour son architecture qui n'offi*e aucun intérêt , mais pour un fort beau tableau représentant le Christ au. tombeau , dans la manière du Valentin , qui peut-être même est un ouvrage de ce maître.

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