‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 13 sur 70 · PALAIS DU DUC JBAN · texte numérisé non relu

PALAIS DU DUC JBAN

n sert aujourd'hui de prison , et cette destina-' tion, comme on peut penser, lui a fait perdre presque tout son caractère. Ses murs , bâtis à g^rand appareil d'une remarquable précision et renforcés d'énormes contreforts, lui donnent l'apparence d'une forteresse. Lies caves très profondes du même palais ont servi long-temps de salpetrière, sans qu'une destination si nuisible en général à toute construction ait paru altérer sensiblement la solidité des voûtes; il est vrai qu'elles ont une épais-" seur extraordinaire. Construites en plein cintre, appuyées sur des murs énormes, elles forment deux souterrains parallèles,- qui communiquent par plusieurs portes en cintre surbaissé. Je les crois du xii® siècle. La forme de ces portes peut rendre mon opinion suspecte; cependant on en trouve dans le moyen-âge des exemples encore plus anciens, comme à Saint-Gilles, et dans la crypte de Montmajour.

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ABBÀYÇ DE PLBtNPIED.

fPlemupes.J

L'église 9 qui, de tous les bâtiments de l'ancieti monastère, est le seul qui mérite d'être mentionné, rappdUe par quelques-uns de ses détails l'archi*tecture bysantine du Poitou. Sa forme représente une croix latine terminée par trois apsides. Sur la ^ Êiçade , toute nue d'ailleurs , s'élèvent de larges contreforts peu saillants. Ty remarque , au milieu d'un appareil petit , mais régulier , des chaînes de grosses pierres de taille intercalées symétriqu&> mràt. C'est la première fois que j'c^iserve une disposition semblable, et je suis tenté de croire que toute la façade a été restaurée ou plutôt r6^ construite à une époque assez moderne. Ailleurs l'appareil est très confiis et même grossier; les apsides pourtant font exception et sont bâties en moellons par assises sensiblement uniformes. La porte d'entrée est moderne , sans ornementation. l)e même que dans la plupart des églises bysantines d'une date reculée , les contreforts latéraux sont larges, mais peu saillants. Ça et là ils ont été remplacés à différentes époques par des arq^-boutants.

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Toute romementation extérieure se réunit , sur le chevet de l'église , sur les murs orientaux du transsept, surtout autour de l'apside centrale. D'ailleurs le motif est partout le même. C'est une arcature appliquée , continue , en plein cintre^ portant sur des colonnes interrompues assez régulièrement de quatre en quatre par un pilastre. Les chapiteaux sont riches et variés, le plus grand nombre historiés. On voit aussi beaucoup de fûts capricieusement guillochés. Le plus bizarre, au milieu de l'apside centrale , représente quatre torsades verticdes , réunies par un nœud. Les modillons o£fr6nt moins de variété , et la plupart se composent d'une suite de cylindres étages horizontalement les uns au-dessus des autres , ayant leur axe parallèle à la muraille sur laquelle ils sont appliqués. Nous verrons bientôt cette forme devenir presque constante en Auvergne. Déjà il faut noter comme une singularité , que parmi ces modillons il n'y a pas une seule tête sculptée. Une moulure en damier accompagne l'archivolte de toutes les fenêtres du chevet et des apsides.

Le clocher , qui s'élève au milieu du transsept, est fort bas et me semble inachevé. Je soupçonne d'ailleurs qu'il a été reconstruit au xiii^ siècle ; car l'arcature ogivale figurée sur ses fisices diffère essentiellement de celle que je viens de décrire.

L'intérieur de l'église donnera lieu à peu d'observations. Deux rangées de piUers la divisent en trois nefs. A droite et à gauche les collatéraux se

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terminent aux deux apsides latérales et ne circulait point autour du chœur , que ferme l'apâide principale. A l'entrée de la nef, le narthex n'est accusé y comme d^ns beaucoup d'églises , que par ^ une légère différence dans la forme des piliers. En ce point leur plan figurerait un carré flanqué sur ses faces de colonnes engagées. Dans le reste de la nef les colonnes manquent du côté qui regarde les collatéraux^

Toutes les arcades , de même que les fenêtres primitives , sont en plein cintre , et le petit nombre des baies ogivales qu^on peut observer, portent toutes les marques d'une reconstruction. Les voûtes n'existent {>lus , à l'exception de celle du collatéral Sud, encore *est-elle fort endommagée. Hle m'a paru grossièrement exécutée , d'arêtes, sans nervures et fort épaisse , en un mot elle a les caractères des plus anciennes voûtes du moyenâge: * .

Beaucoup de variété dans la forme des chapiteaux. Oh en voit dont la corbeille est presque nue avec ces volutes très courtes, si communes au XI* siècle dans le Poitou ; d'autres, historiés , représentent des monstres ; quelques-uns sont ornés de feuillages bizarres ou de rinceaux. Il y en a peu , même dans le chœur, qui se fassent remarquer par leyr exécution ; les corbeilles sont presque toutes de hauteur inégale ; mais tous les tailloirs ont la même forme. Ils sont fort ép^ia, carrés, et leurs angles inférieurs abattus forment un large biseau.

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J'ai observé , dans une petite arcature appliquéeie long des coUatéraux, quelques ccdonnes annelées, qui ii'cHit y aiu lieu de base, qu'une espèce de boule aplatie dépassant à peine l'aplomb du fut.

On descend aujourd'hui dans la crypte par un ^iscalier qui s'ouvre à l'extérieur de l'église ; mais autrefois il y avait deux entrées, aboutissant l'une et l'autre -daos \m collatéraux. La forme de cette chapelle souterraine est un hémicycle qui occupe le dessous de l'apûde prkicipale. Quatre colonnes au centre reçoivent les retombées d'une voûte d'à; rétes. Au pied des escaliers, deux petites chambres de forme irrégulière servent en quelque &çon de vestibule à la chapelle. Au fond de celle-ci, à l'Ouest , débouchent deux €ouloirs très étroits de longueur inégale. On remarque dans un de ces couloirs un renfoncement latéral , profond d'un, mètre à peu près. Peut«etre ces pass£^ges étroits conduisaient-ils à un caveau funéraire; peut-être, comme dans quelques cryptes de l'Alsace, servaient-ils d'ossuaire&

Les colonnes au centre de la chapelle sont courtes et cylindriques, avec des anneaia irrégulièrement espacés sur le fût. Leur chapiteau n'est qu'un bloc carré, dont les faces portent des cannelures triangulaires. Les colonnes n'ont point de base , et s'implantent perpendiculairement sur le dé.

L'abbaye de Pleinpied fut fondé en 1080 par Richard, archevêque de Bourges, dont la statue

ABBAYE m. PLÈINPIED. Si

se voit' daos l'un des collatéraux. Autrefois elle était placée sur son tombeau qui depuis loog^ temps n'existe plus. Je crois d'ailleurs la ataJtue postérieure au xii® siècle.

A l'extérieur des murs de l'église^ surtout 4^ côté du Nord, on voit un grand nombre d'inscri|H tiens funéraires, la plupart en lettres si bizarrement ornées , et de plus tellement rongéei^ par le temps, qu'il est fort difficile d^ les lire. L'une de ces pierres sépulcrales e^ surmontée d'un petit bas-relief exécuté avec une finesse extraordinaire qui représente une figure nimbée, du ventre de laquelle sort une autre figure beaucoup plus petite. Les deux têtes sont brisées. Pour ceux qui connaissent les sujets favoris des sculpteurs du moyen-âge , cela veut dire une ame dans le sein d'Abraham,, probablement celle du personnage enterré dans ce lieu. Au-dessus du bas-relief on lit ces mots : PATER ABRAHAM; puis sur l'encadrement un nom que je n'ai jamais pu déchiffrer, avec ces mots... Sacerdos et canon. Sci M....- (i). L'église de Plein-rPied était dédiée à Saint-Martin; voilà donc le ton)beau d'un de ses chanoines. L'artiste s'est étudié à grouper les lettres, et à les orner de la manière la plus fantastique , comme s'il eût cherché à proposer une énigme à tous les lecteurs futurs. 3'ai cru remarquer, tant dans la forme de ces caractères que dans le travail du bas-

(i) Le reste de rinscrîption est elïacé.

relief 9 une prétention d'antiquité que contredi- , sent beaucoup de petits détails trop minutieux et trop incertains pour que je les discute ici; mais mon impression est que ce morceau remarquable est d'une date assez moderne^ peut-être de la fin du XIV* siècle.

Récemment restaurée à llntérieur , l'église de Mehun n'ofîre plus qu'un bien médiocre intérêt ; seulement quelques modillons assez grossiers autour des apsides prouvent que sa construction remonte à l'époque bysantine. Un porche très élevé sur un escarpement en face de. l'Yèvre, m'a paru une addition du xiii^ siècle. Je regrette de n'avoir pu pénétrer dans la crypte , qui m'a semblé assez vaste ; elle sert aujourd'hui de magasin , et on la loue, je crois, à des particuliers. Très près de l'église , on voit les ruines d'un château où mourut Charles Vn en 1 46 1 . Il n'en reste debout aujourd'hui que deux tours fort délabrées , mais encore très hautes , couronnées de mâchicoulis eh ogive trilobée. L'Yèvre coule sous les murs du château du côté du couchant ; au Sud , un petit ruisseau qui vient s'y jeter formait une défense naturelle que Ton a crue insuffisante; car sur ce

point il existait une fortification particulière dopt les murs s'élevaient au bord même du ruisseau dans un terrain beaucoup plus bas que le plateau de rochers occupé par le corps de la place.. Au moyen de profondes excavations, à l'Est et au Nord y on a complètement isolé le château, et de la ville , on n'y pouvait arriver que par^un pont jeté sur cette tranchée, remplie peut-être autrefois par les eaux de l'Yèvre,

La principale entrée est k l'Est ; le poiit subsiste encore entre deux tours rasées aujourd'hui; du côté opposé il y avait une autre entrée, ou bien une poterne donnant sur la rivière.

A l'intérieur du château des substnictions confuses indiquent seules les logements d'habitation, et l'on voit que la cour devait être extrêmement petite. Vu la hauteur des murs, c'était une espèce de puits. Il existe quelques salles dans les tours dont j'ai parlé, mais souvent réparées depuis Charles YII : du moins leurs cheminées, bien que très vastes , m'ont paru sensiblement postérieures à son époque. Les voûtes sont bien exécutées , et renforcées de nervures prismatiques très saillantes. Telle était la solidité de la maçonnerie, que de grands pans de murs renversés sont tombés sans se séparer en fragments; leurs énormes débris couvrent les bords du ruisseau , et de loin pn les prendrait pour des masses de rochers. Au-delà de ce ruisseau on distingue les ruines d'un petit ouvrage avancé ; une autre redoute paraît avoir défendu les ap-

proches, du pont. — La seule circonstance qui dis» tingue le château de Mehun de la plupart des forteresses du moyen-âge, c'est qu'û ne paraît pas avoir eu de donjon à proprement parler; car l'enceinte qu'occupe le sommet du plateau est trop considérable pour qu'on lui donne ce nom , et les ouvrages qui bordent le ruisseau ne sont qu'accessoires et probablement postérieurs au reste.

On m'avait parlé à Bourges de monuments celtiques fort, curieux , découverts dans les environs de Mehun, entre autres d'un dolmen et d'un cromlec'h considérable, nommé la pierre du Leu ou *du loup ; j'avais un grand désir de les visiter, le crçmlec'h surtout, car je n'ai encore vu en FraQce aucun de ces groupes circulaires de pierres levées ; malheureusement je ne trouvai que désappointe* ment dans cette excursion. Les blés étaient hauts , je n'avais pu me procurer un guide, et il me fut impossible de découvrir le dolmen qui , me dit-on, existe près du canal dans un lieu bas, circonstance assez rare. Quant à la pierre du Leu, je la trouvai facilement ; mais, en la voyant, plus de cromlec'h ; c'est une roche siliceuse de quatre pieds de haut sur sept de long, placée très certainement par la nature au milieu d'une plaine toute semée de roches semblables , dispersées ça et là sans aucun ordre; il faut une prodigieuse imagination pour voir là un ouvrage des hommes. Ces méprises , au reste, ne sont pas rares chez les personnes qui ne connaissent les monuments celtiques que par les

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