CHAPELLE OCTOGONE
DU FAUBOORG DE t'AlGUlirCE.
On donne communément le nom de temple de Diane à un petit bâtiment octogone , situé dans
le faubourg de FAiguille , et dont l'admimstration municipale du Puy vient de faire récemmeni; l'acquisition. Sa forme inusitée a pu seule accréditer son origine romaine y mais «un examen attentif prouve que c'a été Mae chapelle chrétienne , bâtie sur up plan dont le xi^ et le xiif siècle offrent plus d'un exemple, et dont la cathédrale d'Aix-la-Chapelle est un des types les plus anciens et les mieux conservés. L'octogone du Puy, d'environ i a pieds cle diamètre, est flanqué à l'intérieur de colonnes qui en garnissent les angles xentrants. Sur le côté qui regarde TEst, se détache en saillie une petite apside qui ne laisse pas de doute sur la destination reHgieuse de Fédifice. A l'opposite est l'entrée principale; une autre porte enfin s'ouvçe au Nord. Une voûte à huit pans ^vec une ouverture â son sommet, singularité dont je ne m'explique pas le motif, couvre l'octogone. Autrefois, je le suppose^ toutes les parois étaient décorées à l'intérieur de peinturés à fresque, mais elles ont disparu avec le temps , et il ne reste plus sur les murailles qu'un ciment très fin , préparation ordinaire pour recevoir les couleurs. A l'extérieur, chaque face de L'octogone présente une arcade figurée avec une archivolte quelquefois festonnée qui s'appuie stfr deux longues cplonnettes. Les archivoltes en général, composées de claveaux noirs et blancs, alternant ensemble , tranchent sur l'appareil des pendentifs réticulé et composé de pierres uniformément noires. Sur chaque face une fenêtre étroite.
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A droite et à gauche de Tapside on observera que ces fenêtre n'occupent pas le milieu de l'arcade ; ' on a craintsans doute que trop rapprochées de Tapside, elles ne reçussent pas assez de jour.
La porte principale , celle deirOuest, est surmontée d'une large archivolte , à claveaux noirs et blancs. Le tympan qu'elle renferme offre le même système de décoration; des cercles noirs, tangents les uns aux autres, s'y détachent sur un fond blanc (i). Au milieu d'un linteau monolithe, en forme de fronton , on remarque une croix grecque sculptée, et, de chaque côté de cette croix., deux cercles qui diminuent de diamètre, proportionnellement au rétrécissement du linteau. Les deux derniers cercles, à droite et à gauche, qui se détachent de la pierre en très bas relief, ressemblent à des boules aplaties. Des deux- autres, l'un est divisé par une courbe qui figure un croissant ; l'autre contient un cercle intérieur , tous les deux d'une saillie légère. Je décris minutieusement ces ornements, que je ne prétends d'ailleurs nullement expliquer , parce qu'ils ont paru à quelques archéologues une représentation des différentes phases de la lune , d'où ils ont conclu que l'octogone était un temple de Diane. On peut admettre l'explication sans doute, mais la conclusion semble forcée , et c'est donner beaucoup
(x) Le tympan de la porte Nord est orné dans le même goût; seulement les incrustations noires *y figurent des étoiles.
trop d'importance ^ ces détails , que supposer d'après ce seul fait l'existence d'un temple païen. Bien plus ^ ces emblèmes ont fait négliger complètement aux observateurs des indices beaucoup plus sûrs , et qui fixent même l'origine de l'octogone. L'appareil y régulier, en moellons, le style de l'ornementation générale , la forme dès chapiteaux ne peuvent s'appliquer qu'à une chapelle bysantine.
Ces chapiteaux en particulier, ornés de rinceaux ou de crochets, et les soubassements, très bizarres et très variés des colonnettes extérieures , me semblent appartenir à une époque déjà avancée de l'architecture bysantine; et en les supposant du commencement du xii® siècle , je pense leur donner la date la plus ancienne qui soit compatible avec leur caractère.
Pour tout ornement extérieur, l'apside n'a que quelques corbeaux , assez grossièrement sculptés , autour de son toit, d'ailleurs aucune apparence d'incrustations semblables à celles qui décorent les autres faces de l'édifice.
Les Templiers, dit-on, avaient des propiriétés dans le faubourg de l'Aiguille. Probablement cette chapelle en faisait partie, car on sait que beaucoup de leurs églises avaient la forme octogone. L'oratoire des Templiers, dans l'arsenal de Metz, offre les plus grands rapports avec la chapelle du Puy , et ne s'en distingue guère que par l'allongement de son apside.
SAINT-LAURENT. Mi
SAIÇIT-LAURENT.
Cftte église I Cependant autrefois 4'uii couvent de dominicains y et située dans la partie basse de la ville , se fait rei9arquer par soii architecture gothique* Au Sud de la Loire^ les éghses gothiques sont rare^, et dans le Yelay elles paraissent comme une importation étrangère. Celle-ci , surtout, bâtie au xxY® siècle , montre combien l'art gothique eût de peine à se naturaliser dans cette province. Sa forme es^t celle d'une basilique à trois apsides , correspondant à autant de ne£}. i:ies pilier^ qui les. séparent se composent de cojkuanettea groupées, surmontées de chapiteaux dont les corbeilles, éci* 3ées et remarquablement basses, ne présentent ni la finesse de sculpture , ni la variété dans les fbcmM végétales, qu'on rencontre à la même époque dan& les édifices du Nord de la France. Couverts de monstres , de rinceaux et de caprices bi^sarres , la plupart attestent encore l'attachement des artistes aux types bysantins; quelques-ims même pourraient donner lieu à des méprisas, si, à coté de leurs ornements historiés , on ne voyait ces feuilles larges et frisées, qui caractérisent parfaitement les derniers temps de l'art gothique. Â 1a base d'un de ces piliers, on lit Vipscription suivante en lettres onciales renversées , sans doute pour la plus
l^i^ande commodité du lecteur : « Enfan MCCCXL j^istfaicte ce..*. »
Les fenêtres , très étroites ^ n'ont qu'un seul meneau ; point d'arcs-boutants ; 'mais des contrdPorts épais et saillants ; nulle ornementation intérieure, si ce n'est quelques peintures effacées et barbouillées de badigeon. '
La porte principale , actuelle , au Sud et à Feu' trée de la nef, est décorée ayec plu^ de richesse que de goût. C'est , à mon avis , une additibn qui n'est pas antérieure au milieu du xv^ siècle. On y remarquera des voussures remplies d'anges bouf* fis, à chevelure flottant sur les tempes, pl^u^és chacun sous im dais très minutieusement refouillé, wet qui A« manque ni de grâce ni d'élégance. A mon sentiment , ces dais valent infiniment mieux que tout le reste des sculptures.
Depuis peu , Von vient de restaurer et de rétablir , dans une chapelle au Nord de l'église , le monument élevé à la mémoire du connétable Du Guesclin , autrefois placé dans le chœur. Cette restauration^ exécutée avec beaucoup de soin, fait honneur à M. Eynac , curé de Saint-Laurent, qui l'a dirigée lui-même. On a respecté scrupuleuse* ment l'ordonnance ancienne du mausolée , qui se compose d'un soubassement carré portant la statue du connétable , dans une niche ornée de figurines, de clochetons, etc. Tous les détails de sculptui^e échappés aux Vandales ont été replacés dans leur ordre , et le reste fidèlement copié d'à-
près des dessins de l'ancien tombeau. Toutefois , il est une addition fâcheuse que je dois signaler; c'est un casque d'un'e forme beaucoup trop moderne j sculpté dans l'intérieur de la niche. Il ressemble malheureusement aux casques de carton que portent les figurants de nos petits théâtres. Des peintures et des dorures, assez sagement distribuées , complètent cette restauration. La statue du connétable , de grandeur naturelle , avait été mutilée par les briseurs d'images ; sans doute ils prenaient pour un saint le chef des grandes compagnies qui avait rançonné un pape. Heureusement, im moule existait de la tête du héros, et l'on s'en est servi pour la restaurer. Cette statue passait pour le portrait le plus authentique du connétable. Ses traits , durs et fortement marqués, expriment l'énergie et l'obstination, et l'on pourrait prendre ce masque comme un type très caractéristique djes physionomies bretonnes. Du Guesclin était petit; mais la largeur de ses épaules indique la vigueur et la force. Couché sur le dos et les mains jointes en prière, il est revêtu d'une armure complète, moins le casque, qu'on ne donnait qu'aux chevaliers morts sur le champ de bataille. Sa large ceinture d'honneur attachée fort bas , au-dessous des hanches, soutient une dague et l'épée de connétable.
Après sa mort devant Châteauneuf de Randon , son corps fut déposé quelque temps à Saint-Laurent où la reconnaissance des habitants du Velay lui
éleva ce totnbeau ^ mais ses entrailles seulement y furent enfermées; son cœur fut envoyé à Dinant, et son torps à Saint*Denis. Dans Finscriptidn, Forthographe de son nom ne s'accorde ni- avec èelle de Dinant, ni avec celle de la Charte de don Henri au musée de Rennes. Au Puy on rappelle Claihin , à Dinant Gléaquin , à Rennes , Claquin. Gléaquin me paraît conserver davantage Tétymologie armoricaine. I^u Guesclin , le moins probable de tous ces noms , est, et sera le seul populaire (i).
FONTAINB DES FARCES.
Au bas de la montée qui mène à la cathédrale , on voit une fontaine construite ou rétablie avec les débris d'un petit monument auquel se rattache ime tradition curieuse , rapportée par le F. Théodore« En i Sso j un juif avait assassiné un enfant de chœur de la cathédrale , irrité de l'entendre chanter la naissance du Sauveur ; et l'ayant enterré secrètement, il se croyait certain de l'impunité, lorsque le dimanche des Rameaux, l'enfant de choeur, miraculeusement ressuscité , se mêla tout d'un coup à la procession^ qui passait devant la
(i) Cy gîst très noble he et Taillant messire Bertrand ClaikiD» conte de Longueville > iadis connestable de France, qui trespassa Tan mil CGC LXXX et le XIII jour de jui.