Cela est souvent trop vrai
Passions cruellement indulgent a luy même celuy qui satisfait ses passions nourrit le germe de ses malheurs et fait couler dans ces veines cette liqueur de feu qui les brûle ^
la sage médiocrité ne va ni déguenillée ni parée d'un habit d'or
il sembloit que les plaisirs eussent pris de nouvelles ailes pour aller plus vite et que le soleil précipita la course de ces chevaux
les passions s'agitent sans cesse ne font que s'élever et se précipiter
les passions se disputent un cœur tel que les vents ou les vagues se disputent les débris d'un naufrage qu'ils rendent enfin au rivage
un homme aussitost qu'il éteint sa passion ne jouit point de sa tranquillité le foudre après être tombé sur une montagne en fait encor longtemps fumerie faîte
les conquerans ont enchaînés les peuples le luxe a retressi les fleuves mais il n'y a que la sagesse qui enchaîne les passions qui conserve leur violence dans des prisons et dans le cœur des infortunés accablés sous les chaînes
tel qu'on voit des chiens se disputer entre eux les morceaux du 2 cerf qu'il ont force et qu'ils déchirent ainsy les passions se disputent l'une a l'autre le cœur
l'homme qui a beaucoup de passions a la fois 3 n'en a au-
1. Helvetius est beaucoup trop «sagace», suivant le mot de Diderot, ♦pour croire que le bonheur consiste à satisfaire sans frein ses passions. Mais est-ce un motif, s'il convient de raisonner avec elles, pour vouloir les supprimer? Cela, d'ailleurs, est impossible. Elles sont intimement associées à la vie.