AGONIE
nerveuses, en reniflant, avec une peur obscure des choses de la mort dont ils frémissent, comme s'ils en sentaient le souffle pénétrer au plus profond de leur chair mortelle...
Et tremblants ils s'écartent de la chamelle grise, abandonnée sur le bord de la piste déserte, comme la coque d'une barque échouée sur la grève...
Marché
Le marché de Beni-Ounif, tous les matins.
Devant les cagnas basses du bureau arabe, une vingtaine de ksouriens et de Figuiguiens, vêtus de laine terreuse, accroupis devant des chiffons étalés. Des burnous en grosse laine avec de longues franges autour du capuchon, des peaux de filali U), des paniers d'œufs, des tas d'oignons et de navets, des peaux de chevreaux pleines de beurre ou de goudron, des régimes de dattes dorées, des paquets de laine teinte en rouge, en vert, en violet : c'est tout.
Autour, des spahis, des mohkazni, des ordonnances, des Espagnols, se pressent et marchandent. Encore apeurés et fermés, les gens de l'Ouest répondent par des monosyllabes, la tête courbée farouchement.
L'appât du gain commence à les attirer, pourtant, et ils s'habituent peu à peu au calme et à la sécurité inaccoutumés.
(1) Peaux de chèvres tannées et teintes en rouge au Tafilalet.