‹ Notes diverses sur le Bas-CanadaChapitre 1 sur 6 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'Européen opprimé par l'arbitraire d'un maître arrogant, ruiné par les impôts, découragé, é* nerVé par l'absence absolue de la liberté, ou par son absence réelle pendant qu'on la proclame en théorie, jette les yeux sw l'Amérique, où les sources du bonheur public et privé sont alimentées par de libres constitutions et un esprit du peuple qui sait maintenir intactes ces institutions. Il contemple avec des sentimens de joie ces terres heureuses qui lui permettront un jour de jouir de la vie sans crainte d'être accusé par un mouchard ou maltraité par un tyran. ïl compare sa patrie, qui met des barrières à toute entreprise, qui tendrait à le rendra plus indépendant dans ses relations privées, de peur qu'il ne le devienne dans sa qualité de sujet ; car on abhorre jusqu'au titre de citoyen ; avec les pays de l'hémisphère occidental, où de province en province, d'état en état, aucune limite n'arrête son industrie. Il se voit obligé en Europe de se priver soi et sa famille du plus nécessaire pour contribuer au payement des intérêts d'une dette publique créée sans son intervention, qui ne sera jamais amortie ; pendant que l'Amérique n'a plus de dette et que le budget des dépenses d'un des empires les plus étendus du monde, ne s'élève pas à ce que dévore en Europe une seule branche de l'administration. Dans le Grand Duché de Bade p. e. qui formeiait à peine un comté' de la Pensilvanie, l'armée seule coûte plus que tout le mécanisme administratif des Etats-Unis. En lisant les rapports du bonheur de ces pays, il en vient à la conclusion qu'une finance sage, économique et bien réglée, est le premier élément du bonheur public; que le gouvernement ne doit jamais plus exiger que ce que requiert la nécessité la plus pressante. Entouré d'espions, de baïonnettes, de princes méprisables, de juges politiques, il jette le regard sur l'Amérique, et reconnait que le second élément du bonheur public est une constitution libre, défendue non par les satrapes d'un maître, mais par l'amour du peuple. Il est convaincu de rencontrer des citoyens heureux dans tout état, où le faible trouve dans la loi un défenseur assez redoutable pour faire trembler le puissant scélérat.

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Mais de quel pays de l' Amérique parle l'Européen avec tant d'enthousiasme ? Est-ce de l'Amérique Britannique? Ce n'est pas de l'Amérique Britannique. Ces provinces delà Grande- Bretagne sont donc bien décriées en Europe, où leur administration est en si mauvaise réputation, pour effrayer tout Européen du continent, qui cherche la liberté et la justice en Amérique ?

L'Européen, qui traverse l'Océan, cherche le principe qu'il ne retrouve pas chez soi, lo principe démocratique ou républicain. Ce principe ne s'accorde guère avec la monarchie qui domine sur le continent de l'Europe. Ainsi qu'en Amérique, il n'y a qu'une monarchie, le Brésil ; de même il n'y a en Europe qu'une république, la Suisse. Ces deux états sont déplacés. L'Européen veut se rendre compte de ce phénomène, et il se rappelle, qu'il eut son origine dans les jours du dix-huitième siècle, où le droit public fut entièrement change, où le principe monarchique fut de plus en plus limite ; que des états qui se formaient alors devaient nécessairement porter les couleurs de cette époque. Il se rappelle que la république la plus puissante de l'Amérique fut une Colonie Britannique, comme le Canada l'est encore aujouid'hui, et qu'une révolution, une guerre sanglante, terrible, inhumaine, sépara ces pays de la Grande-Bretagne. C'est là une des raisons les plus puissante.*, pour que l'Européen ne dirige pas ses pas vers ce pays : car sous le rapport de la fertilité, de la situation favorable au commerce et aux arts de l'industrie, sous celui des ressources naturelles, les provinces Britanniques l'emportent peut-être sur plusieurs étuts de l'Union.

Dans ces notes écrites surtout pour éclairer les Canadiens sur leurs griefs et leurs torts, pour ouvrir les yeux des Bretons libéraux, impartiaux et honnêtes sur le gouvernement Colonial de leur empire, l'Européen du continent d< mêlera peut-être les causes de la révolution qui créa les Etats- Unis du Nord. Il se convaincra peut-être que ce ne fut m la taxe sur le ÙV, ni l'acte du timbre qui l'a produite. De pareilles choses ne font pas plus une révolution que le decrêi de la convention ne fut Ja cause des horreurs de St. Domingue, ou 411e celui de Bayonne ne sépara l'Amérique

du Sud de l'Espagne. Des événemens de cette nature ont des causes plus importantes. Les révolutions de l'Amérique avaient le germe de leur existence, d'un côté dans lo développement des ressources coloniales, et d'autre part dans la politique vicieuse et fausse de3 cabinets de St. Jame^, des Tuilleries et de Madrid. Un système de mauvaise administration l'a fructifiée, et les événemens accidentels n'ont fait que les accélérer. La cause première c'est la nature des choses, la nécessité absolue, c'est l'histoire de ce pay^.

En Amérique, je l'ai déjà dit, l'Européen cherche et a toujours cherché des principes qu'il regrettait de ne pas rencontrer en Europe, la liberté civile et religieuse. Les milliers d'Anglais qui ont d'abord peuplé la Virginie, se sauvèrent devant le fanatisme religieux, qui les empêcha d'adorer Dieu en Angleterre selon leur conscience ; ils s'enfuirent d'un pays, où la loi sans force réelle ne put protéger le faible contre le puissant, où l'opulence fut un moyen de se soustraire aux injustices, aux vexations, au mépris du fort ; ils abandonnèrent un peys où l'on établit en principe légal l'étrange prétention de se moquer des lois de l'équité et de la justice, parce qu'une longue suite d'ayeux en ont violé les droits. Qui amena tant de colons en Amérique sous Jacques I ? Ne fut-ce pas le premier mouvement de disaflection qui se manifesta en Angleterre contre l'idée extravagante qu'eût le monarque de sa puissance royale et divine? Dites si Massachussetts, la Nouvelle Hampshire, Rhode Island et Connecticut, ne doivent pas leurs premiers colons à ce mouvement? Et qui souleva ces mêmes pays dans une époque encore reculée, quand leur population était encore si mince ? Le despotisme de Charles II le fit. Il voulut y limiter la liberté du commerce ; il leur défendit le commerce des pelleteries, des bois do construction, du tabac, avec d'autres nations que celle de la Grande-Bretagne ; il essaya de les priver du droit de régler leurs finances ; il voulut annuller, au moins corrompre leur représentation. La révolte de 1677, ne put être conjurée que par l'exécution de Nathaniel Bacon ; celle de 1689, ne finit pas par une séparation de la Mère-Patrie, que parce que le despotique Jacques II déchut du trône. Ce fut envain que les ministres anglais tentèrent la destruction des garanties des libertés Coloniales, l'anéantissement des municipalités élus par le peuple, du jury, cette puissante égide de la liberté. En vain essayat-on d'établir en Amérique l'hiérarchie et l'aristocratie anglaise : ces plantes n'y ont jamais profité, elles n'y profiteront jamais. L'Angleterre qui s'obstine encore aujourd'hui à vouloir législater pour les Colonies, qui ont des législatures, a perdu ses plus belles possessions pour soutenir ce principe. Elle ne lés a pas sacrifiées sans avoir été avertie. Déjà en 1707, l'assemblée do New-York déclara, que c'était une violation de la prospérité du peuple, que de vouloir régler les finances des Colonies. La perte de ce vaste et beau pays, qui forme maintenant les Etats-Uni:-', a-t-elle instruit le gouvernement Britannique ? Lisez les pages suivantes. Vous en jugerez par les faits.

La Grande-Bretagne a le mérite inestimable d'avoir donné à ses colonies des institutions qui devaient nécessairement former un caractère national énergique et noble. Mais le gouvernement exécutif de la Grande-Bretagne a toujours oublié nue ces institutions et ce caractère ne se soumettent pas plus à l'arbitraire ou au mépris de la mêre-patrie qu'aux armes de l'étranger. En dépit des avantages que l'Angleterre offrit aux colonies, en dépit de tous les mérites qu'elle s'était acquis, la seule prohibition du commerce avec d'autres nations que celle de la métropole, et le monopole que les sujets nés dans la Grande-Bretagne exerçaient dans les colonies, durent rendre la connexion avec elle plus oppressive à mesure que la population augmentait et que l'industrie s'anknaiî. Au lieu de lâcher la bride, l'Angleterre la ressèra, en s'effbrçant plus que jamais de ruiner ouvertement ou sourdement toute espèce de fabrique qui s'y établît. Pendant la guerre septennale les lois prohibitives n'avaient pas été exécutées avec beaucoup de rigueur ; on avait cajolé les colons, on leur avait montré de la confiance — le danger passé, le gouvernement ingrat resserra les chaines, ce qui vexa d'autant plus, qu'on n'en avait plus l'habitude depuis longtemps. Pour comble de folie le gouvernement exigea que les Américains contribuassent à l'amortissement de !a dette anglaise. L'aveugle Grenville fit rigoureusement exécuter les lois contre la contrebande par des bâtimens anglais ; il réussit à faire passer dans le Parlement Impérial un acte qui élevait les droits sur les marchandises étrangères de cinq pour cent et l'acte du timbre. Que firent les colons ? Us repoussèrent les lois et opposèrent à la tyrannie britannique cette force inerte, qui est si ruineuse au commerce et surtout au monopole : le peuple des colonies n'acheta plus de produits anglais. Voyez alors le ministère Bockingham recommander l'acte du timbre en déclarant comme l'a dernièrement fait Lerd Brçugham, l'indigna successeur du noble Henry Brougham, que l'Angleterre a le droit dg lég-sUter

pour les colonies dont elle est la souveraine ; et voyez le peuple de Rhodelsland faire brûler cet acte par le bourreau. Rappelez-vous des mesures de Lord North, pour favoriser le monopole du thé de la compagnie des Indes, et pour faire entrer dans le tiésor anglais le surplus du revenu des droits sur cet article, et voyez la résolution du peuple de ne plus boire de thé, de ne pas seulement en permettre l'importation et vous comprendrez, pourquoi l'émigré du continent de l'Europe et même de la Grande-Bretagne, qui connaît la longue histoire des torts nnglnis vis-à-vis des colonies d'alors, évite les plaines fertiles des Canadas pour s'établir dans les Etats-Unis, même s'il ne trouve pas tant d'entraves d'office à son établissement. Mais le gouvernement britannique a-t-il profité des leçons terribles que la révolution américaine lui a données ! Vous en jugerez par les faits que vous trouverez consignés dans ces pages.

Je publierai peut-être mes observations sur les Etats-Unis ; mais ce ne sera qu'après y avoir encore une fois résidé pendant un ou deux ans ; car tout y marche à pas de géant, et ce que j'ai vu hier pourrait facilement se trouver contredit parce que je verrais demain. Les écrivains anglais les ont calomniés : personne ne les croit. Quant à moi, je ne voudrais pas les flatter et cependant en dire la vérité — tâche plus difficile qu'on ne pense. Je dois d'abord parler du Bas-Canada où je suis fiixé, ou des liens de famille m'ont réuni au peuple du pays plus fermement que ne le fesaient déjà notre langue et nos mœurs communes.

Au Nord du 45e. degré (latit. sept.) il s'étend un vaste espace de terre jusqu'au 52e. degré de la même latitude ; borné au nord par le fleuve Albany qui le sépare du nouveau Sud-Waîes, par la baie d'Hudson, la rivière Stude, par lequel il est séparé de la province de Maine Orientale, et le reste de Rupertsland et de Labrador. Le détroit de Belle-Île le sépare de la Terre-Neuve, dont la pointe Septentrionale s'étend jusqu'ici, et forme une partie du golfe Si. Laurent, sa limite Orientale avec le Nouveau-Brunswick et l'Etat de Maine, qui réclame encore un district du Bas-Canada, vû que la sage diplomatie n'a pas daigné s'expliquer plus clairement sur les limites de ce pays lors du traité de Gand. La ligne du 45e. degré fait la limite du Bas-Canada du côté du Sud jusqu'à la rivière Saint-Laurent, qui continue de séparer l'Etat de New- York et le Haut-Canada jusqu'au tec Ontario. Le voyageur qui voudrait suivre, la ligne qui sépare l'Amérique Britannique de la Républicaine, traversera le lac dans sa longueur jusqu'à Newark, d'où il se met en chemin pour la chûte de Niagara, pour prendre ensuite la route du lac Erié jusqu'au Détroit, dans les Etats-Unis, où se trouve encore une Colonie Fraçaise. En suivant le fleuve Ste. Claire, il parviendra au lac Huron, qui foi me une partie des limites Occidentales et Méridionales du Haut-Canada. L'Ottawa et l'Abbittibbée qui tombe dans la baie d'Hudson, séparent les deux provinces qui formèrent jadis la Nouvelle France, cédée à l'Angleterre par Louis XV, la honte de son siècle.

Ce pays fut découvert en 1534, par Jacques Cartier, de St. Malo. Les voyages de découverte furent à la mode au siècle d'Elizabeth et de François f. Cet intrépide navigateur fit plusieurs voyages et tâcha de convaincre le Roi libertin de l'importance de ces pays; mais il suffit d'avoir fait ce que faisaient les autres monarques ; il avait équippe quelques vaisseaux pour parcourir les mers à la découverte de nouvelles terres. Tirer du profit de ces pays, ce fut une chose dont une cour si licencieuse ne put jamais s'occuper. Au lieu d'établir le Canada pour s'assurer la navigation du golfe St. Laurent, et la pêche sur la côte de Terre-Neuve, on fit de vains efforts pour s'emparer de la Floride, qu'on fut forcé de quitter presqu'aussitôt qu'on l'eut conquise. Depuis, le Canada fit donné en proie à des marchands pour l'exploiter à leur manière et Dieu sait, si un pays peut tomber en de plus mauvaises mains. Cependant la persécution des Huguenots en France, auiait peuplé les forêts de ces vastes terres ; mais les Rois de France ont toujours été perfides. On avait garanti à Pierre Dugard et à ses coreligionnaires, le libre exercice de leur religion en Amérique, et pour ne pas céder à l'Angleterre sous le rapport de la folie et du fanatisme (l'Irlande) on leur fit la condition d'établir le catholicisme parmi les siuvages. Mais cette anomalie ne suffit pas au directeur des consciences à Versailles, et Dugard fut la même année privé de ses lettres patentes. Une autre entreprise de ce genre se termina d'une manière encore plus funeste. Depuis, le monopole a dominé en Canada jusqu'à la cession. Les ministres Français conçurent à la vérité le plan hardi d'envelopper les possessions Britanniques en Améreque d'une chaîne de colonies Françaises, qui commencerait aux grands lacs et s'étendrait d'un côté jusqu'à l'Océan Atlantique, de

l'autre prcsqu'uu golfo du Mexique. On voulut les resserrer dans de plu3 étroites limitas. Mail pour exécuter un tel plan, le ministère Français n'avait ni les forces physiques, ni l'énergie nécessaire : on n'exécute pas un pareil projet avec une poignée de troupes, avec peu de colons mécoatens et une bande de ino nopolsseurs, qui savent bien piller un pays, non pas îe défendre.

Pour la France ces colonies n'avaient qu'une valeur négative, celle de servir à harasser les Anglais dans leurs possessions Américaines. Enfin la guerre s'alluma dans ces parages ; les troupes Françaises furent bravos, mais peu nombreuses, la trahison fréquente, et le Canada fut pris en 1760, et cédé en 1763 à des conditions dont j'aurai à m'occuper particulièrement.

Quiconque s'imaginerait qu'en Angleterre on connaisse ce pays mieux qu'on ne le connaissait en France ew 1759, et même aujourd'hui, se tromperait. Des Anglais ont écrit sur cette province, mais l'ouvrage de MacGregor excepté, leurs productions ne sont pas précisément marquées au coin de la vérité. Dans les dernières années, il faut chercher la cause des faux rapports dans le désir de l'aristocratie anglaise et des parj/isses de se débarrasser de leurs pauvres en les induisant à se faire mener dans ces pays, et d'un autre côté dans ia crainte du gouvernement de voir une émigration d'Européens continentaux se diriger de ce côté. De la le grand nombre de brochures qui circulent parmi le bas peuple en Angleterre, ainsi qu'en Irlande, auquel on décrit le Canada comme un autre Eldorade ; et delà le peu d'ouvrages qui pourraient éclairer l'Europe sur sa véritable situation. Si les Européens continentaux connaissaient les ressources du Canada, ils ne l'éviteraient peut-être que parce qu'ils ne voudraient pas se soustraire au joug qui pèse sur eux dans leur patrie pour rencontrer le despotisme colonial en Amérique, pendant qu'à peu de dislance ils peuvent jouir de tous les avantages de la liberté. L'étendue de la Nouvelle Fiance est au-delà de 140,000 lieues carrées. Le climat du pays est dur, de longs hivers succèdent à de courts, mais très chauds étés. Cependant il change à mesure que les forêts sont abattues, et en 1831 le thermomètre ne descendit même à Québec pas au-delà de 30 ° de Fahrenheit ; pendant que dix années auparavant il descendit jusqu'à 50 ° . Le climat de ce pays ressemble beaucoup à celui de quelques cantons Allemands de la Suisse ; surtout à celui de St. Gall et de la Thurgovie. Une chaîne considérable de montagnes entre la province sous le 48e. degré de latitude, et le parcourt d'abord de l'ouest à l'est depuis le 83e. au 78e. degré longitude de Greenwich : elle prend ensuite la direction du Sud-Ouest au Nord-Ouest. Le pays entre elle et la Baie d'Hudson est peu connu excepté aux chasseurs, qui en font une description favorable. Le climat du Canada est très salubre, et les hivers surtout se destinguent par une atmosphère libre de parties électriques. On ne connaît pas les maladies qui périodiquement dépeuplent les côtes des Etats-Unis. Le sol est en général très fertile ; mais il n'est cultivé jusqu'à présent que sur les grandes' rivières. Au delà de cette lisière, des forêts immenses couvrent la surface de la terre. J'ai devant moi le rapport des explorateurs, qui par ordre de la Chambre d'assemblée ont parcouru le pays entre le St. Maurice et l'Ottawa, dont un extrait ne sera pas sans intérêts pour l'agriculteur éclaire et le naturaliste. Les explorateurs devaient partir le 26 juin 1829 des T rois-Rivières, pour profiter de la belle saison dans leur excursion. L'orgueil rustique d'un d'eux, qui ne voulait pas recevoir des ordres, quoiqu'il fût incapable d'en donner, ratarda l'expédition de plusieurs semaines. Elle se termina le 25 octobre. Les explorateurs faisaient leurs voyages presque toujours à pied et quelquefois en canot. Nous devons donc supposer que leurs observations ne furent pas si étendues qu'elles auraient pu l'être sans la folie d'un des compagnons. Cependant au milieu des autres occupations prescrites par leurs instructions, ils ont ramassé 66 différentes espèces de minéraux, parmi lesquels le fer occupe la première place. Ils ont fait une collection de 117 plantes et arbustes; ils ont observé 31 espèces d'arbres forestiers, 3 espèces d'érables (acer sacchannum, eriocarpum, rubrum, coccinum et striatum,) 4 espèces de bouleaux, 1 d'aune (betula alba, lenta* papyracea, alnus, lutea,)

1 charme à fleur de houblon (carpynus ostrya,) 1 hêtre (fagus silvestris,) 2 frênes (fraxinus sambueifolia et americanus,) 4 pins (pinus rubrum, strobus, balsamifera et rupestris,) 1 cèdre (cupressus thyoïdes,) 1 cèdre nain (thuya occidentalis,) 1 mélèze (laryx americana,) 3 sapins (abies canadensis, nigra et alba,') 1 noyer (inglans,) 2 peupliers (populus tremuioîdes et balsamifera,)

2 chênes (quercus rubra et alba,) 1 tilleul (tilia americana) et 1 orme (ulmus). L'agriculteur Européen jugera si un désert, tel qu'on décrit le Canada, peut produire une telle variété de végétaux an moins de 60 lieues d'espace. Ces explorateurs y ont observé 32 espèces d'oiseaux, 12 familles de quadrupèdes différentes, parmi lesquels l'ours, le castor, le loutre, le rat-musqué, le vison oc-

cupent la première place. Parmi les 11 espèces de poissons qu'ils ont vues, oti remarque la truite saumonnée, la carpe, le brochet, l'anguille. C'est dommage que de pareilles expéditions ne soient pas plus fréquentes ; les sciences naturelles y gagneraient autant que le pays en général.

Ce qui dès le premier abord frappe l'observateur en Canada, c'est cette immense communication qu'offrent ses eaux avec les pays les plus éloignés. Les Etats-Unis ont fait des efforts inouïs pour ouvrir de pareilles voies au commerce entre le golfe du Mexique et les grands lacs du Nord. Dans le Canada la natute offre sous ce rapport des moyens si faciles et si fréquens, que l'homme n'a que très peu d'efforts à faire pour en profiter. La nature elle-même a tracé les plans ; l'art n'a qu'à y mettre la dernière main pour achever son œuvre. Le Saint-Laurent est navigable depuis le grand golfe jusqu'à Montréal même pour de très grands vaisseaux ; un peu plus haut, il reçoit l'Ottawa ou la Grande Rivière, qui ainsi que presque tous les autres fleuves a un catacière par lequel il se distingue de toutes les Rivières de l'ancien et du nouveau monde. C'est une chaîne de lacs profonds, unis par des chûtes ou des rapides de peu d'étendue, que l'art pourrait facilement soumettre à la volonté humaine et ainsi ouvrir un chemin jusqu'à l'extrémité Nord-est du Lac Huron, qui communique avec les autres grands lacs. La Rivière française, le St. Maurice et le Saguenay offrent les mêmes avantages. Le Richelieu sera déjà sous peu d'une très grande importance ; car il racourcira par le Canal de Chamblyle transport des marchandises américaines destinées à être envoyées en Euiope par la voie de Québec, qui n'auront plus à se rendre à Montréal dès que cette Rivière sera devenue navigable. Entre le 45me. et le 48 me. degré de latitude septentrionale et le 93me. et le 97 me. de longitude occidentale on rencontre un rapprochement de sources de grands fleuves qu'on ne rencontre nulle part ailleurs sur tout le globe tertestre. Les sources des trois plus grandes rivières de la terre s',y trouvent, et aucune sur une montagne élevée. Le Mississipi et plusieurs fleuves de son domaine sortent des mêmes marais qui nourrissent le Nelson et le St. Laurent. Les Indiens et les marchands se rendent d'une de ces rivières dans l'autre sans rencontrer la moitié des difficultés, qui s'opposent à la navigation là où ces fleuves sont devenus d'énormes rivières. . C'est à ces pays qu'il était réservé de prouver que la nature n'a pas besoin de placer de hautes montagnes entre deux océans pour les nourrir.

Le Bas- Canada dont je m'occuperai particulièrement est divisé en quatre districts: celui de Montréal, qui selon le recensement de 1831 à 49280 maisons, sans y comprendre celles qu'on construisait alors ; 31727 piopriétaires de biens-fonds, 16931 non-propriétaires, en tout 290050 habitans, dont 21952 appartiennent à l'Eglise d'Angleterre établie par une loi du parlement; 10192 de l'Eglise réformée (d'Ecosse) 6044 méthodistes, 7001 presbytériens dissidens de l'église d'Ecosse, 2180 baptistes, 85 juifs, 944 qui suivent d'autres sectes protestantes et 229293 catholiques romains. Or les protestans sont aux catholiques comme 48233 à 229293 ou à peu près comme 1 : 5: mais l'église établie par la loi est aux autres protestans comme 21952 à 48233 ou comme 1 : 3. De toute cette population 28229 familles sont des agriculteurs propriétaires, qui emploient 5175 personnes sur leurs terres. Le commerce et les arts de l'industrie occupent 1240 familles et 504 personnes sont a la charge des communes.

Le District de Québec a 23306 maisons, 17215 propriétaires de biens-fonds, 6429 non propriétaires, en tout 1519S5 habitansdont 7858 protestans de l'église d'Angleterre, 2887 de l'Eglise d'Ecosse, 591 méthodistes, 437 dissidens de l'église réformée, 91 baptistes, 3 juifs, 61 protestans d'autres dénominations, en tout 11925 protestans et 119809 catholiques romains. Oi ici les protestans sont aux catholiques comme 1 : 10 et l'église de par la loi aux autres protestans presque comme 1:2. De toute cette population 12467 familles cultivent la terre et y emploient 1669 domestiques. Le commerce et les arts de l'industrie engagent 764 familles et 689 individus vivent des aumônes des communes.

Le District des Trois-Rivières a 9677 maisons, 7653 propriétaires de biens-fonds, 1930 nonpropriétaires ; en tout 56570 ames, dont 2724 de l'Eglise d'Angleterre, 494 de l'Eglise d'Ecosse, 370 méthodistes, 335 dissidens de l'Eglise réformée, 195 baptistes, 19 juifs, 4388 protestans d'autres dénominations ; en tout 8501 protestans et 47786 catholiques romains. Dans ce District les protestan» sont donc aux catholiques comme 1 :6 et l'Eglise d'Angleterre aux autres congrégations

protestantes comme 1 : 4. De cette population 95G2 familles cultivent la terre et y emploient 428 personnes ; 489 familles se rouent au commerce et aux arts de l'industrie et 79 individus eub&iatent <ies aumônes.

Le district de Gaspé a 1832 maisons, 1276 propriétaires de biensfondj, 458 non-propriétaires, en tout 13312 ames, dont 2086 sont de l'église d'Angleterre, 1496 de l'église d'Ecosse, 14 méthodistes, 38 dissidens de l'église réformée et 184 protestans d'autres dénominations ; en tout 3318 protestans et 6684 Catholiques Romains. Or dans ce district les protestans sont aux catholiques a peu près comme 1 : 2 et l'église de par la loi du Parlement aux autres protestans comme 1 : 3. De cette population 466 familles occupent des fermes et y emploient 330 domestiques, 10 familles se vouent au commerce ou aux arts de l'industrie, 10 personnes sont maintenues par les aumônes.

En général nous trouvons dans 'e Bas-Canada de 1831 : maisons 83985 ; propriétaires de biensfonds 57891, non-propriétaires 25, 208; en tout 511917 ames ; dont 34620 épiscopaliens d'Angleterre, 15069 réformistes, 7019 méthodistes, 7811 dissidens de l'église ieformée, 2461 bapùstes, 107 juifs, 5577 protestans d'autres dénominations ou en tout 78557 protestans et 403472 catholiques romains. Donc les protestans dans le Bas-Canada sont aux catholiques comme 1 : 6 et les épiscopaliens aux autres protestans comme 1 : 3. J'ai dû établir ces rapports, pareequ'ils sont importans non seulement à la statistique, mais à la politique du pays, à son administration, à son bonheur et à ses malheurs. De toute la population de la province 50824 familles s'occupent d'agriculture et y emploient 7602 domestiques, rapport très important, si on le compare avec celui qui existe en Europe entre les maitres et les engagés, rapport qui parle plus en faveur de la population de ce pays que ne le feraient les panégiriques d'un poète, ou les déclamations d'un rhéteur. 2503 familles vivent du commerce ou des arts de l'industrie, et 1282 individus vivent d'aumônes, autre rapport intéressant, qui démontre la supériorité morale des peuples actuels de l'Amérique sur ceux de l'Europe.

Jo crois utile d'ajouter ici quelques tables analitiques de la population du Bas-Canada rédidigées d'après le recensement de 1831. Je dois nourtant observer à l'égard de ce document qu'il est quelquefois inexact, en ce que la population canadienne d'origine française n'y est pas portée à sa véritable valeur. J'ai vu beaucoup d'officiers de recensement, qui m'en ont indiqué la cause, digne d'être citée, mais peu honorable au gouvernement Français, dont l'oppression est encore après 73 ans présente à la mémoire! du peuple. « Les habitans craignant que le recensement aurait tôt ou tard, comme du temps des Français, des taxes dans sa suite, se refusèren' de répondre aux questions ; il y en eut, qui s'enfuirent de leurs maisons à l'approche des officiers, que les femmes reçurent avec des injures. Ceux-ci se virent obligés de poursuivre devant les cours de justice et si enfin ils réussissaient à ob enir des réponses, le nombre des membres de la famille, la quantité des produits etc. furent indiqués au dessous de leur état réel.» Le financier trouvera de quoi réfléchir en lisant ce fait et même le très Hon. M. Stanley trouvera peut-être de quoi désespéier- s'il a l'idée de rétablir son Irlande en Canada.

TaMeau Comparatif de l9etènd.Me et de la population

de la Province»

En parcourant l'excellent ouvrage de Mr. Bouchette la première table de son tableau statistique intéresse sous beaucoup de rapports. Si l'on pense que dans les comtés et même dans les districts, pris séparément, W n'y a aucune administration inférieure des finances et j'ose même dire de la police, on ne peut deviner, quels ont été les principes qui ont présidé a la subdivision de la province. Il paraîtrait que i'on peut dire du ministère britannique qui la lit ce que l'on reprocha à celui de l'Espagne a l'égard de ses anciennes colonies, qu'il était dépourvu de tous les matériaux nécessaires pour un travail si important, que par conséquent il lui était et peut-être est impossible de saisir le détail de l'administration du pays.

Comparons les données que nous offre l'ouvrage dé Pindéfatigable Arpenteur Général, queje ne crois pas flatter en le nommant le père de la statistique des possessions britanniques en Amérique.

La province du Bas-Canada est divisée en quatre districts, qui selon leur étendue occupent les places suivantes : —

Distiict de Québec 127,949 milles anglaises de 69 au degré,

District de Montréal 54,802 „ „ „

District des Trois-Rivières 15,823 „ „ ■ ,,

District de Gaspé 7,389 „ „ „

Quant à la population (d'après le dernier recensement) ces districts offrent le tableau suivant : District de Montréal 290,050 ames

District de Québec 151,985 ames

District des Trois-Rivières 56,570 ames District de Gaspé 13,312 ames.

Cette disproportion se manifeste encore d'une manière plus frappante dans les comtés. Je suivrai la méthode que j'ai tantôt adoptée et l'on trouvera dans le district de Québec :

Le comté de Saguenay d'une étendue de 75,030 milles anglaises y compris l'Isle aux Coudre3 et Anticosti.

Le Comté de

Québec d'une

étendue de

milles angl

Rimousky

Port-neuf

n ii

Montmorenci

ii >i

Kamouraska

t ! il t;tl* •

L'Islet

il l»

Beauce

Il II

Bellechasse

Il 1»

Mégantic

Il 1»

Lotbinière

Il 7»

Dorchester

Il II

Orléans

Pendantque la population de

ce district présente le tableau suivant :

Le comté de

Québec

habitans

Kamouraska

ii «

Bellechasse

L'Islet

»» ii

Port-neuf

ii i»

Dorchester

ii i>

Le Comté do Beauca

habitans

Rimousky Lotbinière

Saguenay

Orléans

Montmorency

Mégantic

Le district de

Montréal a 19 comtes classés selon l'étendue comme il

Le Comté d'Ottawa,

milles

anglaises

Berthier

'1»'lffVri

L'Assomption

Terrebonne

ti . )f H .

Deux-Montagnes

ShefTord

Beauharnais

Stanstead

St. Hyacinthe

Rouville

Richelieu

Missisqui

Vaudreuil

Lachenaye

it

Acadie

Laprairie

Chambly

Verchères

Montréal

Selon la population la classification est la suivante :

Le Comté de Montréal

ames

Deux-Montagnes

Berthier

Laprairie

Rouville

Beauharnais

Terrebonne

Richelieu

Chambly

St. Hyacinthe

Vaudreuil

L'Assomption

Verchères

Acadie

it

Stanstead,

Lachesnaye

Missisqui

ShefTord

Ottawa

Le district des Trois-Rivières se classe selon l'étendue de la manière suivante

Le comté de St. Maurice a 9,810 mi

„ Sherbrooke „ 2,786

„ Drummond „ 1,674

„ Champlain, „ 783

Nicolet „ 487

„ Yamaska „ 283

les anglaises.

Mais selon la population, les comtés se suivent ainsi : Le comté de St. Maurice a 16,909 habitans.

„ Nicolet „ 12,504 „

„ Yamaska „ 9,496 „

„ Sherbrooke „ 7,104 „

„ Champlain „ 6,991 „

„ Drummond „ 3,566 „ Le district de Gaspé a 2 comtés, classés selon l'étendue : Le comté de Bonaventure a 4,108 milles anglaises.

„ Gaspé „ 3,281 „ „ Selon la population :

Le comté de Bonaventure a 8,309 ames.

„ Gaspé „ 5,003 „

La comparaison de ces deux tableaux nous fournit le troisième.

Le District de Montréal

a 5 habitans par mille carrée ou 15 par lieue carrée de 25 an

Tiois-Rivières „

Gaspé presque „

>:.. IIP

"Tir'

Québec „

Dans la subdivision des Comtés

on s'aperçoit dans le district de Montréal

que

le comté

compris la ville de Montréal a 106 ames par

mille

carrée

ou 318 par lieue carrée et le comté sans

ville de Montréal

82 ames. par m. car. ou 246 par lieue carrée.

Le Comté de

Laprairie

Chambly

Verchères

L'Acadie

Richelieu

Rouville

Vaudreuil

St. Hyacinthe

Lachesnaye

Missisqui

Beauharnais

Stanstead

ShefTord

' Vf ■* s

Terrebonne

itt& ! • "

Deux-Montagnes

L'Assomption

Berthier

„ L'Ottawa

Dans le district des l rois-Kiviéres :

Le Comte de Yamaska

par m. c. ou 100 par

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