‹ Notes diverses sur le Bas-Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 17 · DE LA VIE SOCIALE · texte numérisé non relu

DE LA VIE SOCIALE

Multa pstantibus Drsunt multa : benè est cui deus obtulit Parc quod satis est manu.

- Herot. III, Od, 11,

Je devrais platôt dire, que je me propose de parler de la vie insociale

en Canada : car ce qu'on appelle societé ailleurs, n'existe pas ici. Toute la population du Bas-

Canada se divise en Fran-

+ €t si par cornexion et relation sociale vous entendez quelque chose de plus qu’une soirée calonniante, un bal où lon parade en nouvelles ro

bes—vous devrez convenir avec moi, que ces parties de la, société au Canada sont séparées l’une de l’autre comme l’étaient jadis les Castes de l'Egypte ou plutôt comme les Neri et Bianchi à Flo-

Les Canadiens français ont un trait de caractère en: commun. sions d’un Anglais, qui en parlait en 1812, c’ést-à-dira dans les tem

militaire, si souvent signalé avant leur connexion avec la Grande-Bretagne, a éclaté toutes les fois que le danger s'est ‘enouvelé ; et Ce même dévouement au roi et à léur pays, qui a animé leurs péres à faire des actions de gloire, ne manque pas dansilés fils. Le génie, les habitudes et Ja ma: nière de vivre des Canadiens français, les préparent à la vie militaire, Ils aiment le mouvement, la pompe et la parade : ils vivent avec peu, ct engagés dans des entreprises difficiles, ils supportent avec une admirable fortitude, les plus grandes fatigues, ».*

Je me servirai des expresps du danger : « Leur esprit

Les Canadiens français se! subdivisent en gens del’ancienne et

es premiers ont toute lurbanité et les aimables qualités de: leur père du sièclé de Louis XIV $ ajoutez-y pourtant une grande dose de bonhommie que l’ex-métropole n’a jamais eue. Au milieu

d’eux sans doute vous n’altaquerez pas impunément l’ancien: régi gravité ni orgueil ni présomption. On y observe cette pureté de mœurs, cet honneur réel, cette veritable hospitalité et cette pe, en Angleterre et dans les villes des Etats voisins n les livres. Il y a dans toutes les classes de la société Canadienne un gr français ; vous l’observerez jusque dans leurs ridicules, dans ce désir de savoir, si l’on a rencontré en Frence, un hameau qui portait tel ou tel nom, si l’on Vous prie de dire si les modes Canadiennes ressemb!°nt en quelque manière aux modes de Paris—— mais c’est l'attachement d’un fils émancipé envers son pére inconsiencieux qu’il ne peut pas s’empêcher d’aimer, quoiqu'il ne puisse plus le res- Pecter, vQ qu’il l’a abandonné dans l'enfance même à la merci des elémens et à la pitié des loups du désert. C’est un attachement social ; le gouvernement de Louis XV a rompu tous les liens

e parle on trouve ce que l’on régime, adniiratrices du bon vieux teni»s : cette ancienne amabilité et bouhommie avec la franchise plus mâle et les Connaissances plus utiles du tems moderne.

Les Canadiens de la nouvelle école sont une gent entièrement différente : vifs, cherchant l’ins-

truction, un peu têtes chaudes, un peu moins polis, mais plus francs, mébprisant tous ces petits riens, qui rerdaient la société des salons si charmante. Ils sont presqu’exclusivement occupés dela politique de leur pays. Je n’ai jamais rencontré d'hommes plus disposés à se soumettre à Ja justice et à la raison ; ni Personnes plus résolues à résister a l'oppression et à l’arrogance des maîtres. Ces gens-ci seront les fermes soutiens d’un Gouvernement Juste, qui leur vient de l'Angleterre ;

* The Resources of the Canadas, or sketches of the physical an! moral means which Great-Britain and heer celonies will succesfully employ in securing those valuable Provinces &e, by a querist, Québec, 1813.

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inais le ministère dans Downing Street ferait bien de ne pas s’obstiner à leur envoyer des hommes incapables ou malhonnêtes, qui perpétuent les abus et l'oppression.

Le peuple de la Campagne; les habitans, comme on les désigne ordinairement, sort en effet des hommes d’une bonhommie à toute épreuve, intelligens et aimables. Ils forment un singulier contraste avec l’émigré anglais ou écossais à la mine sournoise &t aux manières repoussantes. Ils ne sont pas inf’liis— mais de cela je parlerai dans un autre endroit. Partout où les Canadiens n’ont pas été corrompus par le voisinage des villes, ou la li: Je la population britannique, il est impossible de trouver des gens plus honnêtes ou plus doux. Mais il arrive tous les ans des cargaisons d’emigrés, c’est-à-dire le prupérisme ‘exilé de là Grande-Bretagne, qui leur apporte toute la civilisation de la métropole: ruses, débauches, quertlies; et je crains cette contagion plus que la perte de toute autre chose. Il n’est guère possible de mieux qualifier cette classe respectable de la société Canadienne, que ne l’a fait un enuemi acharné de la cause de ce peuple. « En général, dit-il, les Canadiens de la Campagne sont très religieux, paisibles, sauf lorsque leurs droits de propriété sont en danger ; ils sont honnêtes, hospitaliers, polis, penétrans et nullement susceptibles de cet enthousiasme d'émotions, qui emportent trop souvent la multitude, si on l’excite avec adresse. On ne doit pas craindre qu'ils voudraient jamais dévier du sentier de Ja loyauté. » +

Il est remarquable que l’auteur écrit ces mots dans un cuvrage panégyrique de l'administration de Sir James Craig et du Comte Dalhousie, qui représentait le pays dans un état approchant dela sédition.

J'ai aussi observé que les Canadiens sont généralement un peuple religieux, dévoués à leur clergé, tolérans envers les protestans, mais se méfiant de quiconque n’est pas de leur église. Ils tiennent à la conservation de leurs anciennes coutumes, lois, institutions, et de leur langue, On doit regretter, que la Grande-Bretagne ait presque toujours un ministère des colonies, si rarfaitement ignorant du véritable état des choses dans ces provinces, qu’elle ne puisse profiter de pareilles dispositions, afin d’assurer la fidelité des Colunies. Si jamais on avait une autre guerre avec les Etats- Unis, je suis certain que ceux-ci en tireraient avantage, sûrs que les Canadiens ne youdraient jamais rien avoir à faire avec l’union sans avoir une garantie de leur nationalité. Mais si le système de folle oppression, qu’exercent les delégues du pouvoir Britanaique dans cette colonie, continue, je crains que les Etats-Unis ne puissent bientôt prendie possession de la rive droite du St. Laurent, sans qu’un Canadien se lève, puurles en chasser, pourvu qu’on leur garantisse Jeur natonalité.

Si je vois l’indignation générale quise manifeste dans la Grande Bretagne contre le monstre du Nord, le Czar Nicolas, surtout pour vouloir extirper jusqu’à la langue du brave peuple polonais, ma confiance dans le peuple anglais se ranime plus que jamais ; je suis heureux d’observer que le crime commis par les gouvernemens y est abhorré. Mais que dois-je dire si je vois les favoris du gouvernement local reprocher au Parlement Impérial d’avoir permis aux Canadiens de parler leur langue, d'exercer leur religion, d'être jugés selon leurs lois ; si je vois qu'on recommande des mesures comme les suivantes : « si les Canadiens veulent jour des bienfaits de la constitution, ils doivent s’en montrer dignes, en lui sacrifiant leurs anciennes mœurs : la première ehose requise devrait être l’acquisition de la langue de l'empire auquel ils appartiennent ; on pourrait leur donner vingt ans p. e. pour l’anprendre et après cette époque, aucun Canadien, ne sachant pas la: langne anglaise, ne serait admissible à aucune place publique. En étendant cette mesure jusqu'aux officiers de milice, le peuple de la campagne même aurait été forcé de fréquenter les écoles anglaises et alors on pourrait facilement introduire les lois anglaises. Il n’y uurait plus de légistes pour administrer la justice selon les lois françaises. » fl est digne de remarquer que l’auteur qui parle ainsi était FRancars— mais non il était émigré. $ Mais il ne faut pas croire que ce serait seule ment les vues d’un vil tranger qui se vend à qui le paie, ou à qui flatte sa haine contre sa propre nation: mais non. C’est le juge, appelé à administrer ces lois françaises, qui met en pratique ce qu’un flatteur lui recomman-

F M. le Chevalier R. D’Estimauville dans son pamphlet : A Cursory view of the local, social, moral and political state nfthe colons of Lower Canada, Québec, Thos, Cary & Co. 1899,

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Juge, appelé à administrer ces lois françaises, qui met en pratique ce qu’un flatteur lui recomman- ; de. En 1825 le juge Bowen renvoya des causes portées devant lui à Kamouraska « parce que l’or- 4 dre (le writ) était en Français au lieu d’être en Anglais. Le juge Kerr en fit autant au circuit de Ste. Marie, et il paraît que les juges, principalement ceux de Québec, ont cru, qu’il fût juste de juger une personne sans la mettre à portée de se défendre, sans qu’il puisse savoir qu'il est assigné et devant quel tribunal il l’est. Ilew vrai que le gouvernement n’a pas commis les cruautés de Ni-

colas, qui envoie des enfans polonais dans ses armées pour avoir osé parler la langue de leurs ! "s pères—mais qu'on donne un peu plus de latitude à des gouverneurs du genre d’Haldimand, Sir à James Craig, Lord Dalhousie, et je crois pouvoir y ajouter le nom du gouverneur actuel, Lord Ayl- î & mer—et PAngleterre n’aura bientôt plus de reproche à faire à l’Autocrate. Les méprisables flat- ë à, teurs de ses ministres en firent autant et plus. : | to La plus grande partie de la population Anglaise du Canada proprement dite est telle que je ‘| “ii puis la caractériser en peu de mots : 4 loi BCE ; Ÿ sa Non raggioniam di loro, pero guarda e passa. | de Ven parlons pas, mais regarde-les et va ton chemin, à Dane. 3 l 2 Pauvre John Bull! jamais la France dans le temps de vos haines n’a donné le jour à de plus 4 I cd grands calomniateurs de ton noble caractère, que ne le sont les faux fils de l'Angleterre établis dans les 1 dl colonies. Un gentilhomme, une dame anglais seront toujours Pornement de toute la société ; mais Ü Pa un Mr. Jourdain, une précieuse ridicule (comparez Molière)—qu’en faire ? rire et les mébpriser. o Quant aux agens du gouvérnement— quiconque a vu la vieille Éurope sait ce que c’est qu’une gi- fon rouette ; aujourd’hui Tory, demain Whig, après radical, et encore tory et sujet loyal et enfin ami de fé la république. L’agent d’un ministère est ordinairement un être, qu’on ne sait pus où classer ou dont P - Linnée n’a pas parlé dans histoire naturelle des bipèdes. Se plaindre de pareilles gens serait une ae injustice. duit Les Ecossais forment une autre branche de la population du Canada, Je ne puis pas dire ro que j'aime les Écossais ; ils sont durs, « transplantés de leur pays natal, ils sont teujours un peuple au séparé de celui qui les reçoit. En A ngleterre ainsi qu’en Canada, ils s'aiment cordialement eux- su mêmes, et détestent tout aussi cordialement leur prochain. » Mais on ne peut pas nier qu’ils ne soient FE instruits, actifs, industrieux. Ils aiment et cherchent le pouvoir partout, jusque dans le cercle rétré- d Ju ci de l’amusement. Ils sont de grands égoïstes ; quelle que soit la condition d’un Ecossais, ses pal manières sont froides et déplaisantes, sa hauteur dans la fortune est rebutante ; mais ils possèdent 2 À en général une supériorité réelle, qu’ils doivent à l’éducation et qui crée en eux ce caractère hau- : . tain, pendant que leurs voisins ne sont que d’insolens singes de ceux qui les surpassent, Vous pouvez nes ne pas aimer l’Ecossais dans la vie sociale, mais vous ne le mépriserez jamais, f Quant aux ‘28 Ecossais dans la vie publique, j'aurai occasion d’en parler. ; Fan Les Irlandais..…...ils ont beaucoup de fautes que je déteste ; mais ils ont quitté le sol paternel \ Et. pour échapper à une persécution insupportable, à une Oppression sans égale dans l’histoire du monde. EE ‘ b Ilssont si braves, si intrépides, ils ont tant d’esprit—je dois les aimer malgré moi, et si je ris quel- En = quefois de leurs coqs à l’âne (bulls) je ne puis m'empêcher d'admirer leur bonne humeur et leur EE esprit jusque dans lèurs folies. ñ FL ‘ vern La caractéristique la plus vraie des Ecossais, que j'aie jamais lue, est celle qu’en donne Junius dans la pré- d face de ses lettres : “ Nous devons connaître les Ecossais dans la vie privée et y observer les principes de leurs actions envers nous ct entre eux ; la prudence caractéristique, la nationalité égoiste, le sourire indéfatigable, l’as- a siduité persévérante, l’aveu continuel d’un ressentiment discret et modéré. Sile moment n’était pas trop impor- iln ce tant pour faire une expérience, il ne serait peut-être pas mal de se confier un peu dans leur intégrité,” SE dé de 174 iubabi 1775,

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