COMMERCE DE LA VILLE
Le commerce des toilles est le meilleur à Rouen. Tous les dix-huit mois il en sort bien pour [F]Espagne trois mil quatre ou cinq cens balots, chaque balot vaut près de 800 1. 1.
Celles de Rouen sont les meilleures ; on les aime mieux aux Indes où on les porte, parce qu'elles ne s'attachent pas si tost à la peau et ne se pourrissent pas.
(1) Peut-être Louis de Pardé, prieur des consuls en 1675.
Ce qui diminue ce commerce, c'est que l'on en fait en Silésie, en Allemagne ; quoy qu'elles ne soient pas si bonnes et que l'on les donne à bon marché et qu'il se fit une compagnie en 1662, dont estoient Funereau ?, Simonet, Pocquelin, Boislevé, et d'autres qui en achetèrent pour 1 ,800,000 1. t. et qui en remplirent le pays, ce qui en diminua le prix, les quels y perdirent beaucoup et aussy que pour gagner l'on ne les faisoit pas si bonnes. Il faut les faire faire de bonne fabrique et observer les règlemens affin de conserver la réputation.
L'on porte ces toilles à Cadix en Espagne, qui est à l'embouchure de la rivière qui va à Séville, et Ton les porte aux Indes, ou bien l'on les vend à Cadix. L'on a bien 1 5 ou 20 pour cent quand on les porte à Cadix, et peut-estre cent pour cent quand on les porte aux Indes. A Cadix il y a des gens qui sont des espèces de matelots ou bateliers qui portent l'argent qui vient de ces toilles dans les vaisseaux et sont gens fidèles.
L'on envoyé aussy des toilles d'argent et tabis et l'on en remporte de l'argent.
Il reviendra peut-estre en France, de la flotte des galions qui est revenue en 1670, 5 ou 6 millions. Cette flotte de gallions a aporté y 5 millions.
Le principal commerce de la dite ville est par commission, laquelle ne sert guerres plus que de passage, les fournitures s'y prenant ailleurs à cause de quelques droits quy s'y payent dont les provinces voisinnes sont exemptes.
Les espiceries pour Paris et Lyon s'y acheptent en plus grande partie. Un droit de cinquante sols pour chaque cent de sucre, tant brû que raffiné, a empesché une bonne partie de ce commerce qui sert de liaison à celuy de l'espicerie.
Ce droit a donné lieu aux marchands de Paris de faire entrer les sucres par Saint-Valéry en Picardie et touttes les espiceries qu'ils tirent d'Hollande, et, quoy que les droits considérables establis sur les sucres raffinez pour empescher que les estrangers en aportassent, en ayent interrompu le port, ce lieu de Saint- Valéry s'est conservé pour le reste des espiceries, par la facilité des commis de la douane, qui ne sont pas si exacts que chez nous, ce qui perpétue ce passage au détriment de cette ville.
Ceux de Lion ont trouvé une autre voye pour le transport de leurs fines[? | marchandises d'Amsterdam, comme espiceries et toilles de cotton, qu'ils font remonster le Rhin et entrer par Genève. Le seul moyen de faire reprendre le cours au commerce de cette ville est de suprimer le dit droit de cinquante sols sur le sucre et des huit pour cent sur les savons d'Alican que les autres provinces ne payent pas.
La draperie n'a pas de débit à cause du manque d'argent dans le plat pays. Les façonniers sont chargez de marchandises prestes et ne trouvent point d'achepteurs. Ce commerce est de grande conséquence pour cette ville à cause du grand nombre de pauvres ouvriers qui y sont occupez; il n'y peut estre remédié que par le débit des grains.
Les principaux commissionnaires de cette ville sont hollandois, peu d'angiois et portugais ; ils font bien moins d'affaires que cy-devant et il ne vient plus tant de navires estrangers que les années précédentes.
NOMBRE DES PRINCIPAUX OUVRIERS DE LA VILLE ET FAUXBOURGS DE ROUEN ET BANLIEUE
Drapiers drapans, au nombre de cent-quarante maistres ou maîtresses qui employent plus de douze mil ouvriers
tant tisserans, peigneurs, tourneurs [tondeurs], fileurs et fileuses.
Drapiers drapans, au bourg de Dernétal dans la banlieue, au nombre de cent trente maistres qui employént plus de huit mil ouvriers.
Les telliers, dans la ville et fauxbourgs,ont quinze cent mestiers montez; chaque mestier occupe six ouvriers et un compagnon ; partie travaillent en toilles, futaines et coutils et l'autre partie en droguets de fil et laine, bouracans et autres estoffes légères ; ils occupent plus de dix mille personnes.
Tanneurs, au nombre de cinquante maistres, deux cens cinquante à trois cens ouvriers. Depuis quelques années, cette manufacture a diminué, tant en cette ville qu'en toutte la province, à cause de la liberté que Ton donne au cuir tanné venant des pays estrangers, ce qu'on empeschoit cy-devant.
Corroyeurs aprestans les cuirs tannez pour estre mis en ouvrage par les cordonniers et carrossiers au nombre de quatre-vingts maistres et cent cinquante compagnons. Le mestier a diminué d'ouvriers à proportion de [des] tanneurs.
Peigners travaillans en peignes de corne, buys, bois et yvoire, au nombre de deux cens cinquante maistres et huit cens ouvriers ; il s'enlève grand nombre des dits peignes de buys pour Espagne.
TARIF OU MÉMOIRE DES SOMMES QUI SE LEVENT AU PROFFIT DE SA MAJESTÉ SUR LES VINS, BOISSONS ET AUTRES DENRÉES ENTRANS DANS LA DITE VILLE.