ITINÉRAIRE DE PARIS A TAMAN
jUIN. A cinq heures un quart du matin, je pars dans la chaise de poste du comte Demidoff. Nous
arrivons à Senlis, chez un de ses amis, vieux hussard du 30 régiment, sous l’empire. Il nous reçoit à bras ouverts, nous montre toute sa maison depuis la cave au grenier; il ne nous fait grâce de rien. Ce brave soldat a la manie de la construction, il démolit pour reconstruire; c’est, du reste, une continuation naturelle de son ancien métier. Il est aussi amateur de peinture, et croit posséder des chefs-d’œuvre qu’il a payés fort cher, et qui, généralement, sont détestables. Nous fûmes rejoints par M. de Sainson et un ami du comte. Le vieux soldat nous donna un très-beau dîner. Nous terminons par une promenade dans la ville, où l’on trouve dès choses très-pittoresques. Nous partons à trois heures; à huit heures, nous arrivons à Meaux, ville entourée de fort belles collines. Nous y soupons et nous roulons ensuite toute la nuit.
Je ne me suis réveillé que le matin au relais d’Épernay; cette ville est bâtie entre deux côtes. Nous
arrivons à huit- heures un quart du matin à Châlons-sur-Marne, ville fort jolie pour un peintre. Elle a deux églises très-remarquables par la couleur et la forme. L’une d’elles devait avoir un fort beau portail, mais les figures en sont mutilées; elle a de beaux vitraux bien conservés. Nous ne faisons que déjeuner et partir; le temps est superbe, mais très-chaud. L’aspect des constructions commence à changer. Les maisons sont toutes en pierre blanche et recouvertes de tuiles à l’italienne. Les postes se succèdent avec rapidité. Nous passons à Saint-Dizier, fameux par ses combats de 1814. Là, nous commençons à voir des voitures attelées de bœufs; d’autres avec des bœufs et des chevaux ensemble. Les voitures de charbon de bois sont traînées par des chevaux et des ânes; d’autres sont chargées de planches et ont une forme particulière. Plus avant dans le pays, on voit un terrain rouge, c’est de la terre de minerai. Nous arrivons à Ligny. J’y ai vu en passant les ruines d’un ancien château fort, qui est dans une situation magnifique; il est environné d’eau, au bord de laquelle sont bâties des maisons d’une fort jolie couleur. Nous nous détournons pour aller chez un des amis de M. Demidoff, M. Muel, maître de forges à Abainville.
ï(5. Nous passons la journée chez M. Muel. Nous allons voir les forges, nous y passons la matinée
à examiner la manière dont le minerai s’exploite. Nous nous promenons toute la journée. Nous allons voir l’école des petits garçons et des petites filles.
I? Nous visitons le parc de M. Muel, qui est une conquête sur les marais qui entourent ses forges.
En revenant l’après-midi, il nous fit voir le tombeau de sa femme, qu’il a fait placer dans un endroit très-retiré;
il parut fort affecté en le voyant. Nous rentrâmes dîner, et le soir, nous allâmes voir couler la gueuse.
18 (Dimanche). — Nous quittons Abainville à cinq heures du matin. Nous nous arrêtons à Domrémy pour visiter la maison de Jeanne d’Arc. Il n’y reste rien de remarquable qu’une très-grande quantité de noms écrits sur les murs et une vieille armoire brisée par les Cosaques. Comme nous allions quitter la maison, on nous apporte un registre sur lequel nous écrivîmes nos noms. De là, nous relayons à Neufchâteau, ville bâtie au milieu d’une vallée et d’un joli effet. Nous dînons à Martinville, propriété de M. Desloges, dans laquelle il y a un jardin dont une partie est du temps de Louis XIV; le château est lui-même très-ancien. Nous passons à Charmes, et nous couchons à Épinal.
^ je vais visiter le parc de M. Doublet, beau-père de M. Muel. Dans ce parc est un vieux château
fort qui appartenait autrefois aux évêques de Metz. Il est entièrement bâti en grès rouge, comme presque toutes
les maisons des Vosges. 11 reste encore une partie du fossé sur lequel on a jeté un pont; le parc est
très-remarquable. Dans l’après-midi, je vais dessiner la Porte du Boudiou.
20 Nous partons le 20, à six heures trois quarts du matin, dans trois chaises de poste, pour traverser
les Vosges. Dans l’une, étaient M. X... et M. de Sainson; dans la seconde, deux amis de M. Demidoff; dans la troisième le comte et moi. C’est la première fois que je vois des montagnes, elles ne sont pas très-hautes, mais fort accidentées. Maintenant les maisons sont couvertes en petites pièces de bois imitant l’ardoise, et ont un ton gris chaud; les toits sont très-écrasés. On rencontre dans le pays beaucoup de débris granitiques. Nous passons à Girecourt Rambervillers, Saint-Dié, Gemaingoutte, Sainte-Marie-aux-Mines, Schlestadt, Benfeld, Saint-Ludan. Nous arrivons à Strasbourg à sept heures et demie du soir. Avant d’arriver à Strasbourg, nous traversâmes un petit village situé sur le versant d’une colline. Nous rencontrâmes un mariage. L’homme était passable, la femme affreuse, vêtue de noir avec un bonnet blanc, fichu de même, un ruban blanc au bras droit et un pied-bot. Ils étaient précédés par un gros tambour et une vingtaine de gamins qui couraient autour d eux en criant. En traversant la vallée, nous étions entourés de montagnes couvertes de sapins éclairés par un soleil brûlant;
une poussière très-fine nous aveuglait. L’essieu de la voiture de M. Desloges se brisa en entrant dans la première rue.
21. — Le matin, je cours à la cathédrale, qui est superbe de délicatesse et de légèreté; l’intérieur est vaste et imposant. Je visite la place du Marché et la caserne de la Finckmatt. Les costumes des paysans des environs sont très-bien. Nous partons à onze heures et demie. Nous traversons le Rhin sur un pont de bateaux. Il y a un factionnaire français d’un côté, et un factionnaire badois de l’autre. A l’instant, les mœurs et les costumes changent. Nous arrivons à trois heures à Baden. Les soldats ici sont plus raides que les nôtres, ils sont cependant fort bien tenus. En passant près de la douane, j’ai rencontré des paysans de la Forêt-Noire. La plupart ont dans cette saison un grand chapeau de paille, une veste blanche, une espèce de gilet comme un plastron sur la poitrine, une culotte de velours noir ou brun, des bretelles noires qui se croisent sur la poitrine, une cravate noire fort étroite, des bas de laine et de forts souliers. Les paysannes de ce côté ont pour coiffure un filet orné de rubans larges qui retombent sur le front, les cheveux en bandeaux, un corsage très-court, rouge, bleu ou noir, un ample jupon rouge bordé de noir, ou blanc bordé de bleu. Dans la ville, elles portent des bas et des souliers; dans la campagne, elles marchent pieds nus. Elles s’abritent du soleil par un très-grand chapeau de paille. C’est un superbe spectacle que de voir, dans les beaux jours, ces paysans conduisant de magnifiques attelages de bœufs. Baden est une ville bâtie entre des collines; elle renferme beaucoup d’hôtels meublés à l’usage des baigneurs.
Je dîne à la maison des bains appelée la Conversation. Elle est entourée d’avenues où l’on se promène ; le soir, on y prend des glaces. On y rencontre beaucoup d’étrangers riches et distingués, et un plus grand nombre qui cherchent à faire des dupes. Le soir, nous allons voir la roulette; plusieurs femmes y jouaient. Il y a, près de là, une salle de bal que l’on doit bientôt restaurer et agrandir. Le fourgon dans lequel sont mes effets n’étant pas arrivé, je me suis promené toute cette journée avec des habits d’emprunt. M. de Sainson était encore plus mal partagé que moi.
22. — Je vais prendre un bain d’eau minérale. Dans l’après-midi, nous allons visiter le vieux château situé à quelque distance de la ville sur une hauteur. De là, l’on a une vue magnifique, dont l’étendue peut avoir vingt lieues. La plaine immense est sillonnée par le Rhin, qui est majestueux. Le château sur lequel nous sommes est bien placé, mais je doute de son authenticité. D'abord, il est impossible de reconstruire en idée une seule pièce; les assises ne sont point posées convenablement, et le château n’est pas placé militairement, puisqu'il est dominé par une hauteur.
23. — Nous quittons Baden, à sept heures du matin. Nous passons à Rastadt, où nos plénipotentiaires furent assassinés, le 28 avril 1799. Nous sommes passés près du petit bois où cette scène eut lieu. Nous traversons Carlsruhe, nous y déjeunons. J’y ai vu la parade dans la cour du grand-duc; les troupes sont d’une raideur excessive. Nous arrivons le soir à Stuttgart, ville intéressante sous le rapport pittoresque. Les modes de Paris y sont en majorité, mais le costume des habitants de la campagne a beaucoup de caractère.
24. — Nous quittons Stuttgart à une heure trois quarts; à trois heures, nous passons à Esslingen (ce n’est pas là que fut tué Lannes). Le soir, nous traversons Geisüngen, où j’ai acheté un étui triple en os. Les voyageurs y sont assaillis par les femmes qui vendent ces sortes d’ouvrages. Nous courons la poste toute la nuit. Nous passons à Ulm. Pendant qu’on relaye, je vais visiter une place que j’avais aperçue de la voiture. Le clair de lune me fit entrevoir une grande église très-sombre, et près de là, une fontaine sur laquelle est un guerrier debout.
23. — A deux heures du matin, les chevaux partent et franchissent la barrière; nous nous trouvons en Bavière. Nous déjeunons à Augsbourg, ville un peu triste, mais jolie pour un peintre. Le soir, nous arrivons à Munich.
26. — Nous visitons la ville. Tout y respire l’aisance, les rues sont larges, les promenades magnifiques. Sur une des places, est une statue, en cuivre rouge, du dernier roi de Bavière. J’ai trouvé le musée un peu au-dessous de sa réputation. J’y ai surtout remarqué deux admirables esquisses de Rubens. Munich est d’un aspect agréable, mais un peu triste, comme toutes les villes d’Allemagne. Je dois citer soft beau parc, dans lequel on peut se promener à cheval et en voiture. Les troupes bavaroises sont très-bien tenues. Le lendemain, nous quittons Munich.
28. A trois heures du matin, nous nous arrêtons à Braunau, douane autrichienne. Pour éviter le retard
qu’occasionnerait la visite, M. Demidoff fait glisser une centaine de francs, par son valet de chambre, dans la main du douanier endormi. Nous passons à Unter Haag. Depuis Braunau, toutes les femmes portent un mouchoir noir lié derrière la tête, ou un chapeau haut, de forme tyrolienne. Elles vont généralement pieds nus, ainsi que les enfants. Quelques maisons, de ce côté, ressemblent à celles d’Orient.
29. Nous arrivons à sept heures du matin à Mœlk, sur le bord du Danube. 11 s’y trouve un très-beau
couvent bâti sur un rocher qui domine le fleuve. Les femmes portent une coiffure d’étoffe d’or ou d’argent en forme de casque, quelles recouvrent d’un fichu blanc ou de couleur, lié sous le menton. Vers cinq heures et demie, nous entrons dans Vienne. Nous traversons la grande promenade du faubourg, qui est couverte de monde et de voitures. Sur la chaussée sont placés, de distance en distance, des sergents portant une canne et chargés de la police des voitures. Nous nous logeons à l’hôtel de l’Impératrice.
30. — Après déjeuner, les membres de la commission scientifique : MM. le vicomte Du Ponceau; Huot, géologue ; Léveillé, botaniste ; Rousseau, naturaliste ; plus MM. Pochez et Bronner, secrétaires de M. Demidoff, viennent se réunir à nous. Ce jour-là, je me promène au Prater avec le comte.
Ier Juillet. — Nous dînons près de Schœnbrünn. Nous visitons la ménagerie et les jardins contigus à ce palais. J’ai trouvé ces établissements inférieurs à ceux de Paris. Nous parcourons le palais même de Schœnbrünn ; je n'ai pu voir que les fenêtres du duc de Reichstadt. Ce bâtiment est comme sont généralement toutes les maisons d'Allemagne, construit en briques recouvertes de plâtre. Nous allons aux montagnes russes, nous y descendons une vingtaine de fois. Ces deux jours de suite, j’ai employé mes matinées à visiter la cathédrale, l’intérieur surtout est magnifique. Elle renferme des ex-voto, dés tombeaux, dont l’un, exécuté en marbre rouge, a des ornements et des figures d’un fini parfait. Je pense que c’est le tombeau d’un ancien chevalier. Toutes les sculptures de l’église sont très-brunes. Elles forment un contraste frappant avec le reste de Vienne, qui tous les ans est régulièrement badigeonné de blanc. Les trottoirs sont au niveau des pavés.
2 . — Nous souhaitons la fête à M. Demidoff, et nous partons pour Pesth, sur un bateau chargé d’huile, de fromage et de Hongrois. Nous passons devant la fameuse île Lobau, qui est à notre gauche. Nous rencontrons de magnifiques paysages, à Theben, par exemple. Il y a un ancien fort bâti sur un rocher qui a plus de mille pieds d’élévation, et qui se trouve placé au confluent de la Morawa et du Danube. Nous n’avons eu qu’une demi-heure pour visiter ces ruines. Sur le bord, il reste une petite tour sur un rocher à pic. Nous y grimpâmes, M. Du Ponceau et moi; nous y écrivîmes nos noms, mais quand il fallut redescendre, nous fûmes fort embarrassés. Nous y parvînmes cependant, et nous rejoignîmes notre embarcation. Nous arrivons à Presbôurg, à six heures du soir. Nous allons dans une auberge où nous faisons préparer notre souper. En attendant, nous allons faire un tour dans la ville; nous passons par une petite rue qui mène au château. Je vis, dans une espèce de cabaret, une danse de femmes tsiganes. Elles étaient ivres et ressemblaient à des furies. Nous arrivâmes au château qui fut brûlé par les Autrichiens dans la campagne de 1809. Nous vîmes ensuite le quartier des Juifs, qui, en Allemagne, est toujours distinct du reste de la ville. Les costumes des Hongrois commencent à prendre un aspect singulier. Nous traversons le pont de bateaux, et nous nous trouvons sur une promenade dans le genre des Champs-Élysées. Une foule de voitures élégantes et de promeneurs, habillés selon les plus nouvelles modes de Paris, en revenaient, et formaient un contraste bizarre avec les paysans hongrois aux larges chapeaux, aux vastes pantalons et aux grandes vestes, conduisant pieds nus leurs chariots attelés de bœufs. Nous rentrâmes à l’auberge pour souper. Sur la fin du repas, il nous vint une troupe de musiciens tsiganes qui nous jouèrent des airs singuliers.
— Nous louâmes un petit bateau à deux rameurs; nous l’arrangeâmes nous-mêmes, et nous partîmes vers cinq heures du matin. A trois heures, nous déjeunons à Kézis ; il y avait là un cabaret pittoresque. Nous
accueillîmes dans notre bateau de pauvres chanteuses qui se rendaient à Pesth. (Sur une des îles du Danube,
avant d’arriver à Kézis, nous avions été voir des orpailleurs , ou laveurs d’or.) Nous partîmes, mais la nuit nous gagna; en outre, le vent et la pluie rendirent notre route plus difficile. Nous fûmes obligés de ramer chacun à notre tour. Enfin un de nos mariniers reconnut un endroit où nous pûmes débarquer : c’était Komorn. Nous laissâmes nos bagages dans le bateau sous la garde d’un marinier, et nous allâmes à la découverte d’une auberge que nous aperçûmes bientôt. Nous fîmes notre souper de concert avec notre hôte : le repas fut détestable, mais il fut cependant dévoré. Nous nous couchons dans de petites chambres que l’on nous avait préparées. Nous faisons placer nos chanteuses dans une chambre à part. Toute la nuit, nous fûmes tourmentés par les punaises, et cependant notre lit ne se composait que de planches et d’une couverture. Pendant notre souper, malgré
l’obscurité de la salle où nous étions, nous remarquâmes beaucoup de voyageurs qui étaient couchés sur les
tables.
4. __ Nous partons de Komorn à cinq heures du matin. Dans la journée, nous passons devant quelques villages, dans plusieurs desquels il y a des restes d’anciennes fortifications. Nous arrivons à Pesth, à six heures du soir. L’entrée de cette ville par le haut Danube est magnifique. Nous visitons rapidement les places publiques et le quartier des Juifs. Nous revenons traverser le pont de bateaux qui réunit Pesth à Bude, située sur la rive' droite du Danube. Il y a dans cette ville un quartier de Grecs, qui sont pour la plupart marchands de vin. On voulut nous faire payer en venant à Pesth par le pont; les paysans payent le droit de passage, et les nobles en
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sont affranchis. Nous revînmes dîner à l’hôtel. En général, ces deux villes sont fort sales; cela est dû, sans doute, à la grande quantité de Juifs qui les habitent.
1 . Nous partons à trois heures du matin sur un bateau à vapeur. Les rives du Danube, à plus de cinquante lieues au-dessous de Pesth, sont très-dépouillées. D’immenses parties ne sont pas habitées. Nous mouillons à Mohacz, pour prendre du charbon de terre. Les costumes des femmes commencent à se ressentir du voisinage de la Turquie. Plusieurs villages sont inondés. C’est un spectacle singulier que de voir le Danube courir pendant 1 espace d une a deux lieues de largeur à travers des bois, des prés et des champs cultivés.
6. Nous quittons Mohacz dans la journée; nous nous arrêtons devant Peterwardein. Nous allons voir la forteresse qui est magnifique; elle est située sur une hauteur et placée en amphithéâtre. En revenant sur le pont de bateaux pour rattraper le bateau à vapeur qui partait, une femme manqua de tomber à l’eau, dans la précipitation que Ion mit à entrer dans une embarcation, et en cet endroit le Danube est très-rapide. Le soir,' nous arrivons à Semlin, devant Belgrade ; il fait un beau clair de lune.
7- Je Vâis de bonne heure dans Semlin. On y rencontre des habitants singulièrement vêtus; j’achète là plusieurs costumes hongrois. Je reviens à bord vers huit heures; une demi-heure après nous partons. La journée n eut de remarquable que la rencontre que nous fîmes, près de la forteresse non habitée de Semendria, d’une barque remplie de femmes voilées et escortées sur le rivage par une cavalcade turque. Les voiles des femmes étaient arranges de manière a ne laisser voir que les yeux. Les cavaliers portaient le tarbouche; quelques-uns avaient par-dessous le haïk (espèce de voile blanc). Ils étaient tous armés de haches à long manche. Les femmes étaient assises mollement sur des coussins. 11 y avait trois hommes dans la barque, deux derrière et un devant. Le soir, nous arrivons à Drenkova; il y avait deux ou trois heures que nous étions dans les Karpathes. Nous descendîmes a terre. Ici les habitants sont habillés d’une façon particulière. Ils portent l’été des espèces de tuniques en toile blanche, ou blouses à larges manches, des pantalons aussi en toile blanche. Pour chaussures, ils ont des espadrilles, tressées en lanières de cuir. Ils ont aussi des vêtements de peaux de mouton. Je dessinai là un Vieux berger , nommé Mankosch Yourka, qui avait servi dans l’armée autrichienne, et s’était trouvé à la bataille de Marengo. Je dessinai aussi quelques Soldats des colonies militaires autrichiennes. Ils ont des postes très-rapprochés entre eux sur la gauche du Danube, pour s’opposer à tout débarquement qui ne se dirigerait pas vers une quarantaine.
8- — Nous partons de Drenkova à six heures du matin. Nous sommes sur le Tünde (courrier), petit bateau à voiles et à rames. Nous traversons les gorges superbes et sauvages des Karpathes. Toute la rive hongroise est bordée par un chemin de ronde, et, de distance en distance, l’on rencontre de petits postes servis par les colonies militaires. Nous rencontrons des brisants près d’Islaz. Nous marchons, la Servie à droite et la Transylvanie à gauche. Nous passons devant Milanova, petit village rebâti depuis cinq ans, autrefois Birniksa. La plupart des villages que nous voyons ont un aspect misérable. Ceux habités par des Grecs sont reconnaissables par un échafaudage qui supporte de petites cloches. Nous rencontrons sur notre gauche d’anciennes tours carrées placées en triangle rectangle. Deux sont ruinées, la troisième est réparée et occupée par un petit corps hongrois : cet endroit s’appelle Tricoulé. Nous nous arrêtons à neuf heures et demie à Grouturgo, pour nous rafraîchirnous visitons la grotte de Veterani. Sur la droite du Danube, on aperçoit encore les traces d’un chemin que l’on attribue aux Romains. Dans plusieurs endroits, on voit les trous où étaient placés les supports de la route extérieure, qui était en bois, quand celle taillée dans le roc n’était pas d'une largeur suffisante. Nous voyons ensuite une inscription romaine qui fait remonter sa construction au temps de Tibère. A une heure nous arrivons à Orsova, nous nous promenons dans la ville et aux environs. Nous voyons la quarantaine. Il y a quelques jolies choses à faire, surtout une Petite école de garçons que je rencontrai.
9. — Nous quittons Orsova à six heures du matin. Nous embarquons sur un bateau assez mal construit- -nous étions tous montés sur le toit. Nous avons la Valachie à gauche, la Servie à droite ; un peu plus loin la Bulgarie, à droite. A sept heures, nous arrivons à Skéla (Valachie, à gauche), après avoir passé les brisants qui étaient considérables. Les gardes de santé empêchent que l’on ne communique avec nos bateliers. Après le chargement de nos bagages à bord du bateau à vapeur l’ArgOj nous pûmes descendre dans Skéla. Les habitants paraissent malheureux. Les maisons y sont sales et mal bâties ; la plupart ne sont que des trous creusés dans la terre, surmontés d’une petite butte et d’une ouverture ou espèce de cheminée pour laisser échapper la fumée. Les costumes ont beaucoup de caractère; la population y est généralement belle. Nous allons voir un café qui ressemble assez à ceux que j’ai visités depuis en Crimée. C’est une maison couverte de chaume; elle est composée de deux pièces, dans l’une desquelles sont étendues des nattes pour s’asseoir et fumer. A l’extérieur est un abri couvert de branchages, et soutenu par des poteaux. Il y avait, près de là, de magnifiques attelages de bœufs. Nous allons voir Tchernecz, qui est à deux lieues. Pendant la route, nous sommes obligés de traverser à gué une petite rivière, car1 il n’y a pas de pont dans le pays. La ville est mal bâtie, mais très-pittoresque pour un
peintre II y a une grande rue où sont tous les marchands. Le devant des maisons est soutenu par des poteaux de bois formant galeries, sous lesquelles le public circule, et où sont placées les boutiques; mais tout cela est dans le’ plus mauvais état. Nous nous arrêtons dans la cour d'une maison, au bout de la ville, pour voir danser la Jok C’était, je crois, un cabaret. 11 y avait là des militaires valaques et des musiciens tsiganes. Ces derniers firent quelque 'difficulté pour faire danser les soldats, mais un sergent les persuada à grands coups de bâton; ce qui n’eut pas l'air de trop les fâcher, et la danse commença. C’est un piétinement sur eux-mêmes qu’ils accélèrent autant que possible, en faisant différents pas. Ils se tiennent tous par le milieu du corps ; le premier, qui était le sergent tenait un bâton. Il y avait là deux tsiganes superbes. On sent que toute la population valaque a été tenue longtemps dans l’esclavage, car elle paraît très-insouciante et sans dignité. La campagne est très-négligee, et cependant le terrain est fertile. On connaît la rapacité des pachas gouverneurs, à l’égard de ces populations, et comme celles-ci craignent toujours le retour de leurs oppresseurs, elles négligent les campagnes afin de paraître aussi pauvres que possible. En revenant de Tchernecz, des paysans s’avancèrent vers nous et se mirent a danser; ce qu’ils font toujours, lorsqu’ils sont réunis.
IO -Nous quittons Skéla à quatre heures du matin. La côte est très-dépouillée sur les deux rives du Danube. Vers le milieu de la journée, nous passons devant Widdin, qui parait bien fortifiée, et renferme 50,000 habitants et cinquante-cinq mosquées. Assiégée par les Russes, dans la dernière -guerre, un des minarets fut brise par un coud de canon. Le pays qui entoure cette ville est très-plat. Nous remorquons un bateau charge de charbon de terre et qui a menacé plusieurs fois de couler. Nous arrivons heureusement près d’un corps de garde bulgare, où sè trouve le dépôt, et nous l’y laissons. Quelques-unes de nos poules s’envolent, et tombent dans le Danube. A la nuit, nous passons devant Oreava (Bulgarie). La peste y est en ce moment; une partie des habitants s est retirée à deux lieues de là, et campe dans la plaine.
__ A quatre heures du matin, nous passons devant Systowa (Bulgarie). C’est dans cette ville que fut «innée la paix entre les Autrichiens et les Turcs. A cinq heures et demie, nous rencontrons une troupe d’environ deux cents pélicans blancs, et dans une petite île, à notre droite, des cigognes blanches, grises et noires. Nous passons devant Routschouk, qui est d’un aspect misérable. Vue du cote du fleuve, cette ville a une double enceinte fortifiée. Les Russes dans leur dernière guerre avec les Turcs jetèrent un pont de bateaux devant elle^ A huit heures nous arrivons à Giourjevo, nous débarquons, et nous attendons que les voitures du comte Demidoff ’e t mises à terre. Il fallut jusqu’à dix chevaux pour leur faire monter la berge. Je vais voir la ville que l’on S°‘ ce à rebâtir. Il y a sur la place une grande tour, construite à l’époque où les Turcs occupaient cette ville ; T de là sont des maisons ruinées. En sortant de l’autre côté de Giourjevo, c’est-à-dire au nord, je me trouve, Por hasard au milieu d’une foire qui offre un aspect très-curieux. C’est une immense réunion de paysans de r,„e« lès provinces valaques, parmi lesquels sont beaucoup de tsiganes ou bohémiens, Quel spectacle! Quelle été de scènes! On boit, on mange, on danse, on chante. 11 y a des marchands d’étoffes, de comestibles, des ™ des barbiers et tout cela ayant une physionomie, une gaieté qui entraînent. C’est un bruit, une confusion a Ca ’s s’v reconnaître. Là, est une danse bien animée, auprès d’un endroit où l’on égorge des moutons, dont les débris palpitants sont jetés sous les pieds des danseurs, ou bien des familles réunies sous des tentes font un repas ? . turnue Des tsiganes pendant ce temps leur chantent, d’un ton nasillard, des airs nationaux en s'accompagnant d inions 'de tambours de basque et de mandolines. Tout cela s’exécute au milieu des attelages de bœufs
1° de buffles et tout est empreint d’une couleur superbe. Les hommes et les femmes sont d’une belle nature, r « femmes 'sont simplement vêtues d’une grande chemise blanche à larges manches. Quelquefois elles portent ■ „n par-dessus lequel sont placées deux pièces d’étoffes carrées et brodées tout à l’entour, 1 une devant, T 11 derrière Ces pièces sont retenues par une ceinture ou par un cordon. Leurs cheveux sont tressés en Tins nattes 'couvertes de pièces d’or ou d’argent; un morceau d’étoffe blanche est rejeté en arrière de leur f-i fluand elles ne mettent pas de voile, elles ajustent des fleurs dans leurs cheveux, avec beaucoup de goût,
elles s’en font des couronnes. Elles mettent aussi du rouge pour ajouter à l’éclat de leur teint, ce qui leur
d“ Pair de bacchantes Elles vont pieds nus. Les hommes sont aussi très-simplement vêtus. Les uns portent rTonde chemise blanche de lin, avec une ceinture de couleur, un bonnet de peau de -mouton blanche ou noire.
R laissent passer quelques mèches de cheveux par derrière; tout le reste est rasé. D autres portent un large
chapeau rond, avec une sorte de cafetan de couleur, mais le plus souvent blanc.
En nous promenant, nous prenons le café à la manière turque, c’est-a-d,re avec le marc et sans sucre. Attirés par la musique bruyante qui sortait de dessous une tente, nous vîmes une danse valaque executee par de hommes et des femmes tsiganes. Les femmes étaient dune beaute parfaite et dansaient avec un laisser-aller su prenant Près de là, était leur camp, dont les tentes sont faites de couvertures brunes a larges raies noires vers le soir nous allâmes dans un café pour dîner, mais nous n’y trouvâmes que des glaces que Ion nous fit payer très-cher. Un Italien, correspondant du bateau à vapeur, voulut bien nous conduire a la quarantaine ou nou trouvâmes de quoi satisfaire notre appétit qui commençait à devenir «commode. Le dîner fut singulier,
mais quand l’on a faim, on n’y regarde pas de si près. Notre Italien nous ramena chez lui, où il nous offrit un abri pour la nuit, dans une grande salle où l’on avait déposé nos malles et nos paquets. Nous faisons un somme sur le foin, et vers minuit la poste arrive. Nous nous préparons à partir, mais le maître de poste refuse de prendre notre bagage. Nous disputons un peu, et nous restons à Giourjevo. Il est heureux, du reste, que nous ne soyons pas partis, car il est probable, d’après l’inspection des .attelages et des voitures, que la moitié au moins de nous et de nos bagages serait restée en route.
12. — Nous partons dans deux voitures de paysans dont les roues ne sont pas rondes; ce qui, toutes les secondes, nous donnait une secousse telle, qu’à la fin de la journée, plusieurs d’entre nous étaient moulus et prêts à cracher le sang. Les environs de Giourjevo sont plats, et cependant ils ont quelque chose de pittoresque qu’on ne saurait définir. Les troupeaux sont répandus dans la plaine; les moulins à vent ont six ailes larges et courtes. On rencontre des voitures remarquables par les attelages, que, du reste, nous avons déjà vus à Giourjevo. Plus l’on avance dans le pays, plus il est dépouillé; triste reste de la domination turque. Vers le milieu de la journée, nous passons dans un village où nous nous arrêtons quelques minutes. Devant une maison, à notre droite, une vingtaine de femmes valaques, assises à l’orientale et pressées l’une contre l’autre, écoutaient avec attention les chants et la musique de quelques tsiganes. Les routes sont très-belles, quand il fait beau. Cependant, il faut traverser des marais et des courants d’eau qui sont assez profonds pour que le voyageur placé dans la voiture soit très-mouillé. On jette des branches d’arbres, pour que l’on n’enfonce pas trop ; il serait, je crois, dangereux de passer la nuit par ces chemins. Nous traversons un autre village appelé Derestié. Nous vîmes encore des filles et des femmes écouter des chants tsiganes; elles ont l’air de prendre beaucoup de plaisir à les entendre. Nous entrâmes dans un cabaret, et nous fîmes chanter un petit tsigane avec son vieux père. La plupart des jeunes filles qui nous entouraient étaient belles et bien faites, vêtues très-simplement. Elles portaient toutes des fleurs dans les cheveux, ce qui est d’un effet charmant. A la nuit, nous passons par un autre village où nous nous embourbons ; il nous fallut descendre de voiture, nous avions de la boue par-dessus les genoux. J’allai me placer près d’une fontaine, où il vint plusieurs femmes puiser de l’eau. Nos voitures formaient le fond du tableau, le ciel était traversé par de larges lignes rouges; l’effet était très-beau. Quelques heures après, nous étions à la porte de Bukharest. On fit beaucoup de difficultés pour nous laisser entrer en ville; personne ne pouvait lire nos passe-ports, enfin un menuisier qu’on alla chercher et qui parlait un peu français expliqua comme il put qui nous étions au chef de poste, et nous entrâmes .
(Le journal de Raffet s’arrête ici. Il était rédigé d’après les notes que l’artiste prenait au jour le jour sur ses calepins. Il est probable que ces notes ne suivent pas exactement tout le voyage, mais on y trouve, sans doute, un récit plus Complet qu’ici. Les calepins qui servaient à Raffet pour ses notes et croquis appartenaient à M. Demidoff; ils ont été dispersés en 1870, à la vente de la galerie de San Donato. Leurs nouveaux possesseurs y trouveront assurément quelques détails curieux et inédits. Ces calepins sont difficiles à lire, car toutes les notes qu’ils contiennent ont été écrites au crayon et souvent en voiture, ce qui en rend la lecture incertaine. Nous ajoutons ici deux lettres que Raffet écrivit aux frères Gihaut à son retour de Russie.)
Mes chers Gihaut,
24 novembre 1837.
A l’instant où je vous écris, nous mouillons en rade de Marseille. Je m’empresse de vous donner de mes nouvelles. J’ai été si occupé pendant mon voyage qu’il m’a été impossible de vous écrire. Depuis que je ne vous ai vu, j’ai fait plus de 2 000 lieues. J’ai tâché autant que je l’ai pu de dessiner partout où je suis passé, et comme vous devez le penser, j’avais très-peu de temps à moi. J’ai vu une bonne partie de l’Allemagne, la Hongrie, la Valachie, la Moldavie, la Bessarabie, la Crimée, l’île de Taman qui se trouve près du Caucase, le Bosphore, Constantinople, Smyrne, Syra, Malte, Naples, Civita-Vecchia, Livourne et Marseille. J’ai assisté aux manœuvres du camp de Vosnessensk. J’ai deux fois été reçu par l’empereur de Russie, qui me connaissait, à ce qu’il paraît. Il m’a dit les choses les plus flatteuses de M. Charlet. Enfin, mes chers amis, depuis fort longtemps, je suis sans nouvelles de France. Je suis un peu fatigué de croquer. J’ai besoin de faire quelque chose de plus sérieux. J’ai appris, en passant à Syra, que les Français étaient entrés vainqueurs dans Constantine. Je vais profiter de ma quarantaine pour me procurer tous les renseignements sur l’expédition, et j’ajouterai six sujets à ceux que j’ai déjà faits. J’ai vu et dessiné des Arabes et des Bédouins. J’espère mettre plus de vérité dans mes dessins. Du reste, ils ne sont pas autrement que je les ai faits; il y a seulement plus de variété dans les physionomies...
P. S. Mon adresse est : à la quarantaine de Marseille. J’y resterai vingt-deux jours et quatre jours après je serai à Paris.
Mes chers amis Gihaut,
5 décembre 1837.
Vous devez avoir reçu une lettre de moi, il y a quelques jours, où je vous exprimais le désir de faire quelques sujets sur Constantine. Je pioche les journaux en ce moment pour me mettre bien au fait. J’ai rencontré à la quarantaine plusieurs officiers
qui avaient fait cette campagne, entre autres le chef d’escadron Richepance, qui m’a donné des renseignements, et qui doit m’en donner encore quand je serai à Paris.
Je viens de trouver une occasion pour me procurer quelques costumes à bon marché, mais quand on revient de voyage, la bourse est légère ! Je n’ai donc que ce qu’il me faut bien juste pour aller à Paris. Si vous pouviez me faire parvenir une centaine de francs, vous me feriez plaisir. Je dois sortir d’ici le 14. J’irai voir Toulon où j’ai quelques croquis à faire. Je partirai ensuite, et j’espère être à Paris le 19 ou 20. Faites-moi tenir des pierres prêtes, et dans la même grandeur que celles de Constantine. Je commencerai de suite, et si tout va comme je l’espère, je pourrai avoir terminé un petit cahier de six sujets pour le 20 janvier. Voici ce que je me propose de faire, et que je vous prie de ne pas communiquer, Marche sur Constantine (Frontispice), Mort du général Damrémont, l'Armée devant Constantine, Combat dans la nuit du 12 au i3, Assaut donné à la ville, Combats dans les rues, les Soldats ramènent au général Vallée et au duc de Nemours des drapeaux et des prisonniers, Retour. Il y a bien d’autres sujets, mais je crois que ce sont les principaux. J’ai déjà trouvé plusieurs d’entre eux. Je n’aurai donc qu’à exécuter aussitôt mon arrivée. Je brûle de faire un peu de lithographie ; il y a si longtemps que je n’en ai vu ni touché.
Mille amitiés.
Raffet.
Mon adresse est : A la quarantaine de Marseille, à la Galerie, chambre n° 7.
15 Janvier. — Retour à Paris, après le voyage en Russie. Dans le courant du mois, Henri IV à Ivry , aquarelle pour M. Furne, 100 fr.
Février. — Pour M. Furne, deux aquarelles, Jeanne d‘ Arc , Clovis et le Soldat , 200 fr. (Dans le même mois, Raffet lit un portrait et plusieurs croquis d’après le chef d’escadron Richepance, qui faisait partie de la colonne d’assaut, à la prise de Constantine.
Voici une lettre de cet officier adressée à Raffet, à propos de cet événement militaire.)
1 Vous devez trouver, sur le calque du petit plan, l’orientation de la ville; je crois me rappeler l’avoir indiquée par une flèche.
« Quant au drapeau du 47', je ne puis rien vous dire, à ce sujet, de positif ; mais je suis porté à croire qu’il ne pouvait être sur la brèche, puisque la première colonne, dont je faisais partie, n’était composée d’aucun homme de ce régiment, et vous savez que le drapeau ne marche qu’avec la partie la plus nombreuse.
« La tenue de M. le duc de Nemours était un frac bleu sans broderie aucune, pantalon garance, képi couvert d’une toile cirée.
« Au moment de l’arrivée de la seconde colonne sur la brèche, il y avait effectivement un drapeau, mais celui-ci avait été fait par un capitaine de zouaves, et planté par lui sur le rempart.
a Disposez de moi, je vous prie, Monsieur, je suis tout à vous.
« Baron de Richepance. »
(Voici d’autres notes, sur la prise de Constantine, qui doivent avoir été recueillies dans le courant de la conversation avec le baron de Richepance, alors que Raffet faisait son portrait et préparait son album sur l’important fait d’armes qu’il voulait retracer. Elles datent de ce même jpois de février, et conservent leur désordre primitif :)
« Constantine. Intérieur d’une maison défendue par les Arabes, et près de laquelle le colonel Leblanc a été tué. Batterie de brèche, 4 pièces, 3 de 24, 1 de 16. A gauche de la brèche, la compagnie de génie du capitaine Potier tiraillant avec les Arabes. Le haut de la brèche avait été garni de sacs de laine rayée, entremêlés de morceaux de bois, de chaînes de fer. Beaucoup de débris de maisons et de terrains. Près du colonel Combes, M. Froissard, chef de bataillon de la garde nationale (état-major). Képi toile cirée, pas de favoris, moustaches noires. Costume de la garde nationale d’Alger, pantalon bleu, bande rouge. Le colonel Combes, belle taille, 5; pouces, des favoris bruns, moustaches idem. Costume de Lamoricière, capote, par dessus un caban doublé de rouge, il était coiffé du tarbouche, le sabre, pantalon garance, sans bandes. Le colonel Combes sur la brèche fait battre la charge aux tambours de zouaves, avec un clairon du 2e léger ; le colonel Lamoricière une canne à la main, parlant au colonel Combes. Le capitaine du génie Potier, blessé à mort et soutenu par le capitaine Richepance. Le général Damrémont fut tué au moment où il regardait la place avec une longue vue. Le général Perregaux fut blessé en jetant son manteau sur le corps du général Damrémont ; le général Rulhières était près de lui; le duc de Nemours vint après. Le général Valée... petit, maigre, cheveux blancs et courts. Tenue, capote, pantalon bleu, képi bleu, épaulettes d’officier général, l’épée, le ruban rouge. Capitaine Potier, la capote du génie. Les aides de camp du général Rohault de Fleury avaient un frac. Général Rohault de Fleury, grand, le frac tout bleu, sans broderies, pantalon bleu, képi idem. Costume des officiers de zouaves, le képi, capote boutonnée droit, les épaulettes. En arrivant sur la brèche, le commandant Sérigny-fut englouti sous les décombres d’une maison, avec deux carabiniers de son régiment. Le capitaine Richepance, arrivé sur la brèche, ploya son manteau, prit le fusil d’un caporal des zouaves tué et ses cartouches... Le capitaine Potier supporté par le capitaine Richepance, sur la gauche, il faisait face à la brèche. A tout le monde, beaucoup de boue. Mort du
capitaine Leblanc ; Leblanc ne portait plus son burnous au moment de l’assaut. Abd-el-Kader poursuivi par les chasseurs de la division du général Lamoricière ; il tombe lui-même avec son cheval. »
(Cette dernière note, bien que mêlée à celles qui concernent la prise de Constantine, doit se rapporter à une autre année, et à une autre affaire. Lamoricière alors n’était que colonel, et Abd-el-Kader n’est jamais venu dans la province de Constantine.)
Mars. — Premier cahier de la Prise de Constantine , pour Gihaut, 1,200 fr. Pour M. Furne, Élection de Wamba , 100 fr., et retouché la Mort de saint Louis.
Avril. — Retouché le Peuple à la Convention.
Mai. — Retouché pour M. Pourrat, Guy Mannering, Quentin Dunvard , le Monastère , la Jolie Fille de Perth.
Juin. — Le deuxième cahier de Constantine, pour Gihaut, 1,200 fr. La Ruine de Sagonte , pour M. Furne 100 fr. Retouché le Cheval du Trompette et le Chien du Régiment , pour M. Decrouan.
Juillet. — Portrait de M. Scellier, lithographié, 300 fr. Pour M. Furne, Bataille du Guadalete , et la Saint-Barthélemy , 200 fr.
Août. — Livré à Gihaut, la Jok, danse valaque, 200 fr. Tombeau de Mariait, Crimée , 200 fr. Un Café à Kara-sou-Ba^ar , 200 fr. Cosaques d’escorte , à Taman, 200 fr. Un madjar , frontispice. Pour M. Furne, aquarelles. Abdallah et Abd-el-Rhaman, La tête d’Abd-el-Afi^ présentée à son père Mou\a, 200 fr. De plus Sertorius , 2 3 fr. Wamba, moine , 2j fr. Zeid, prisonnier , 2> fr.
Septembre. — Petit portrait à l’aquarelle pour M. Schlesinger, 100 fr. Retouché Un Trompette pour M. Decrouan. Portrait du comte de la Roche-Pouchin, chambellan du duc de Lucques.
Octobre. — Le 18 Brumaire , aquarelle, 130 fr., pour M. Pourrat. Bonaparte, croquis pour M. Decrouan. Pour M. Barba, Zifine , l’École de déclamation , aquarelle, 100 fr.
Novembre. — Pour M. Gihaut, lithographies : Frontispice, Voyageurs sur le bateau à vapeur. Orpailleurs, Hongrie, titre. Poste sur le Danube, 200 fr. Infanterie hongroise, 200 fr. Femmes d’un pacha, Danube, 200 fr. Bois pour M. de Sainson, Une Caravane, yo fr.
Décembre. — Lithographié pour M. Gihaut, Berger du Bannat, 200 fr. Colonies militaires, rive du Danube, 200 fr. École d’enfants hongrois, à Orsova , 200 fr.
Janvier. — Pour Barba, les Bonnes et les Tourlourous. 100 fr.
Mars. — Moustache. Une jeune fille èt un grand chien, 100 fr., pour Barba. Pour Gihaut, 20 livraison. Titre de la Valachie, Une Charrette de paysans vainques.
Avril. — Pour le Paul de Koch de Barba, Mœurs parisiennes, Un Homme à marier, 100 fr. Pour M. Gihaut, Tour de l’horloge à Giourjévo, et Barbier tsigane à Giourjévo , 400 fr.
Mai. — Terminé pour le voyage en Russie, trois lithographies, Foire de Giourjévo, Église de Saint-Georges à Bukharest, Chambre des Boyards à Bukharest, 600 fr. Dessiné chez moi des Arabes de Constantine.
Juillet. — Église grecque à Bukharest, Valachie, 200 fr.
Août. — Valachie , Passage du Bouséo, 200 fr.
Septembre. — Mœurs parisiennes, Mésaventures d’un Anglais, 100 fr., pour Barba. Livré à Gihaut, Infanterie défilant au pas de course, Valachie, 200 fr. Danse che{ le prince Ghika, 200 fr. , et Relai moldave , Titre.
Octobre. — Terminé les planches, Famille tsigane en voyage, Moldavie, 200 fr. Poste aux chevaux, Moldavie, 200 fr. 4" livraison, Télègue de poste , Titre de la Bessarabie.
Décembre. — Gihaut fait prendre la planche, Arrivée à Kicheneff , Bessarabie, 200 fr.
« C’est pendant cette même année que Raffet composa et dessina tous les bois pour le « Napoléon » de « Norvins, moins une vingtaine qui furent exécutés en 1838, en même temps que les affiches pour cette publication « de M. Furne. »
(Voici un compte qui indique la répartition des bois de ce livre, et leurs prix) :
82 grands dessins pour le Napoléon de Norvins à 100 fr., 49 à 30 fr., 49 frises à 30 fr., 49 fins de chapitres à 30 fr., 123 bois dans le texte à 30 fr. Total. 334 bois.
(Nous ne donnons ici que les titres des dessins qui ont été reproduits en héliogravure.)
i3 Vendémiaire. (N° 2.) Marche dans le désert , juillet 1738. (PI. 1, fig. 1.) Bataille des Pyramides. (PI. 1, fig. 2.) Bonaparte en Syrie. (PI. 1, fig. 3 .) Bataille de Sédiman. (PI. 1 , fig. 4.) Les trois Consuls. (PI. 2, fig. î.) Café, projet. (PI. 2, fig. 2.) Café. (PL 2, fig. 3.) Bonaparte à Anvers (PI. 2, fig. 4.) Bonaparte à la Malmaison. (PI. 2, fig. 3.) Aigle, études pour la tête du chapitre 24. (PI. 3, fig. 1, 2.) Le Couronnement. (PL 3, fig. 3.) Fête à l’occasion de l’achèvement du code civil. (PL 3, fig. 4.) Pont du Lech, projet. (PL 4, fig. 1.) Capitulation d’Ulm, projets. (PL 4, fig. 2, 3.) Entrevue de Tilsitt. (PL 3, fig. 1.) Garde impériale, Grenadiers. (PL 3, fig. 2.) Fourgon. (PL 3, fig. 3.) Lanciers à Somo-Sierra, projet. (PL 6, fig. 1.) Retour de Napoléon à Paris, i8:3, projet. (PL 6, fig. 2.)
Dragons d’Espagne à Nangis. (PL 7, fig. 1.) Napoléon à Montereau. (N° 3.)
Napoléon à Craonne, 7 mars 1814.
(PI. 7, fig. 2.)
icr à 10 Janvier. — Visité la chapelle ardente de Mgr. de Quélen, archevêque de Paris, exposé au couvent du Sacré-Cœur, et assisté à ses funérailles, à Notre-Dame. Travaillé pour Gihaut à la lithographie, Marchands israéliies à Odessa, 200 fr.
n-20 — Livré à Gihaut, la Halte d'une caravane moldave , 200 fr. — Le soir, du 12, nous apprenons que 200 à 300 personnes, au nombre desquelles étaient plusieurs gardes nationaux, se sont rendues chez MM. Laffitte et Arago pour demander la réforme électorale.
21 -ji — Pour Gihaut, Poste aux chevaux (Bessarabie), 200 fr. Composé pour M. de Bussy, le dessin, le 2 0 léger au combat d’Oued-Alleg.
(Les notes suivantes, trouvées sur une feuille de croquis, ont rapport à ce fait d’armes.)
Combat d’Oued-Alleg. — Au bord de la rivière, petits saules, lauriers-roses. — 100 cavaliers arabes, — 1,000 fantassins, 70 Arabes tués. — Français, 73 chasseurs ont chargé, 3 sont tombés; un gendarme maure tué. Le terrain est couvert d’herbes. Au fond, les montagnes des Doigts.
Ier à 10 Février. — Envoyé à M. de Bussy, son dessin d’Oued-Alleg ; reçu de lui, le Livre de prières d’Achmet, bey de Constantine, pris sur sa table, le jour de l’assaut. Terminé pour M. Barba, le Vieillard de la rue Mouffetard, 100 fr. Envoyé à Gihaut, la Vue d Yassy (Moldavie), et l’Église et la Tour des trois Saints, à Yassy, 400 fr.
11-20 — Composé des sujets pour .la Crimée, et terminé la Cour générale de la quarantaine de Skulani.
21-29 — Démission des ministres à cause du rejet de la loi d’apanage. Étudié l’anatomie du cheval. Terminé la Fontaine de Mariah , titre de la Crimée.
Ier à if Mars. — Fait, le Ier, un croquis d’après le petit Auguste. (PI. 8, fîg. 1.) — Commencé à peindre le cheval de M. E. Dessiné Six costumes militaires pour M. Marsaud. Terminé la pierre du Convoi militaire russe (Crimée), 200 fr. Été plusieurs fois au Salon.
16-31 — Je vais poser chez M. Roubaud. (Pour le portrait lithographié par Benjamin Roubaud dans la Galerie de la presse.) Fait deux bois pour M. Furne, Proclamation lue par des soldats , et Bonaparte et M“e du Colombier , 100 fr. Petit dessin pour M. Alès. Été aux élections de la garde nationale, je suis nommé souslieutenant. J’envoie à M. Demidoff un petit dessin à l’aquarelle, Café tatar , pour son jour de naissance. Lithographié le Château du comte W oron\off, à Aloupka, Crimée , 200 fr. Porté à M. Barba, le dessin du Jeune Homme charmant , 100 fr.
ier à if Avril — Été chez M. Charton pour tâcher d’avoir une vue de Mazagran, et composé un dessin sur ce sujet. Été aux élections des officiers de la garde nationale. Fait des croquis de Lions et d 'Arbres au Jardin des Plantes. Achevé de peindre un Cheval.
16-30 — Fait un nouveau croquis d’après Auguste, le 16. (N°4.) Terminé un petit bois pour M. Lerebours. Porté à M. Furne pour sa Bible, Daniel dans la fosse aux lions , aquarelle, ifo fr. Croquis à l’aquarelle, en deux séances, de la Petite Fille de Joseph, le modèle. Reconnaissance des officiers de la garde nationale.
ier à if Mai — Été voir quatre Abyssiniens que je dessine ; l’ün est en costume wahabite. Terminé le Portrait du comte Woromçoff, la Famille tatar e en voyage , et la Vue de la ville d’Yalta, 600 fr. Retouché pour M. Furne, Joseph vendu par ses frères. Le ministre de l’intérieur a lu ces jours-ci, à la Chambre, un projet de loi pour la translation des cendres de Napoléon. Préparé le .plan du Combat d' Oued-Alleg, pour la lithographie.
N° 4- 16-30. — Recommencé le Portrait du
comte Woron{off. Retouché pour M. Furne, le Frontispice du Napoléon , et la Mort de l’ archidiacre Lucien, oncle de Napoléon. Dessiné le Guerrier abyssinien et fait des études d’après ses compagnons. Terminé M. Mouton, pour Barba, 100 fr. Été porter à M. Demidoff quatre dessins de Costumes circassiens. Été chez M. Asseline, entendre la lecture du Ier chapitre de l’expédition des Bibans (Portes-de-Fer). (C’est à cette époque qu’eurent lieu les conventions pour la publication du livre sur l’Expédition commandée par le duc d’Orléans. Le texte, écrit par Nodier, fut accompagné de bois dessinés par Decamps, Dauzats et Raffet. M. Asseline, secrétaire des commandements de Mmo la duchesse d’Orléans avait la direction de l’ouvrage.)
icr à if Juin. — Porté à M. Demidoff, les deux derniers dessins de Costumes circassiens. Retouché Tobie pour la Bible de M. Furne. Travaillé tous les soirs à des compositions pour les Portes-de-Fer.
16-30 — Aquarelle de Job , pour M. Furne, i5ofr. Terminé la pierre de la Jeune Femme karaïme ( Crimée ) 200 fr. Terminé et porté à M. Lavoignat, le graveur, le bois des Prisonniers pour M. Furne, fo fr. (Ce bois appartient à l'Algérie ancienne et moderne de M. Galibert; c’est donc, sans doute, comme spécimen que ce bois aura été exécuté ou comme essai, car si les conventions pour l’exécution de cet ouvrage avaient eu lieu à cette époque, ce n’est que plus tard que le travail commença régulièrement.)
1" à ij Juillet. — Écrit pour MM. Dauzats et Decamps, les listes et patrons des bois du 1" chapitre des Portes-de-Fer, après m’être entendu avec eux sur ce qu’il y aurait à faire. Envoyé à M. Demidoff pour sa fête, la Famille la tare, aquarelle. Terminé la Vue de Tchoufout-Galeh (Crimée), 200 fr. Été chez le duc d'Orléans, qui me donne des détails sur la prise du col de Mouzaia.
16-31 — Envoyé la pierre du Bain tatar, salle de repos (Crimée), 200 fr. Été pour un costume de maréchal de camp chez le général Pajol. Le 28, j’avais été à huit heures du matin assister à la translation des morts de juillet à la colonne de la Bastille ; revenu vers cinq heures, j’y retournai quelque temps après pour voir les tentures. Petite émeute.
ier- 13 Août — Fait plusieurs Croquis de soldats au Luxembourg. Je termine pour M. Furne Ruth et Boo{, aquarelle, ijofr. Je retouche aussi pour lui une gravure, l'Ascension, 100 fr. Petit bois pour M. Bourdin. Achevé la planche de la Mosquée du palais des Khans , à Baghtcheh-Saraî (Crimée), 200 fr. Le 6, j’avais été à Notre-Dame, pour le sacre de Mgr Affre, archevêque de Paris. Ce jour-là eut lieu la nouvelle tentative de Louis-Napoléon, qui débarqua à Boulogne.
16-31 — Été chez M. E. Lami voir son tableau de Lafayette. Fait le Portrait de M. Desvaux. Remis à M. Furne le dessin du Jugement de Salomon, ijofr. Depuis quelques semaines ont lieu des coalitions d’ouvriers pour une augmentation de salaire, la diminution du travail et l’abolition du travail à la tâche. De graves désordres en sont résultés. Le 30, banquet pour la réforme électorale; 6,000 personnes se sont réunies à Châtillon. Au retour, un gendarme a été blessé à mort.
ier à ij Septembre. — Retouché pour M. Pourrat (Arthur et Lucy Asthon). Je fais un croquis d’après M. Desvaux, et je dessine sa Veste de chasseur d’Afrique. Fait poser plusieurs modèles. J’achève la lithographie des Tatars sortant de la mosquée, 200 fr. L’aquarelle de M. Furne est terminée, La\are ressuscité, 150 francs. Le 7, les troubles continuent; on a battu le rappel toute la journée, surtout l’après-midi; je passe la soirée en uniforme à la mairie, je fais quelques croquis. (PI. 8, fig. 2.) Le 8, on a voulu désarmer le poste de la rue Mauconseil.)
16-30. — Je passe une journée avec M. Lefebvre et les Abyssiniens, je fais des croquis d’après eux; le légiste me donne sa lyre. Je fais ensuite une esquisse à l’huile de l 'Écuyer. Je termine le deuxième bois des
Portes-de-Fer, État-major allant à Me^-er-Ghin. (N° j.) Je vais voir le tableau de M. Ingres, la Stratonice ; c’est admirable. Visite à M. Asseline ; le prince royal désire six lithographies sur les chasseurs d’Afrique. Été faire le portrait de M. Lefebvre. (M. Lefebvre était un officier de marine qui, chargé d'une mission en Abyssinie en 1839,40,41, 42, 43, avait amené en France en 1840 plusieurs personnages abyssiniens que Raffet vit assez souvent, et d’après lesquels il fit plusieurs croquis et études peintes. Vers la fin de l’année, M. Lefebvre retourna dans le même pays. Il y avait laissé plusieurs compagnons de voyage, entre autres un cousin de Raffet, médecin et naturaliste, nommé Petit, qui périt dévoré, dit-on, par un crocodile, en 1843, en traversant le Nil à la nage. Les collections et documents des voyageurs servirent à la publication d’un voyage en Abyssinie en 1843. On peut y voir plusieurs planches lithographiées d’après les dessins de Raffet. L’expédition était composée de MM. Théophile Lefebvre, lieutenant de vaisseau; A. Petit et Quartin-Dillon, médecins et naturalistes ; Vignaud, dessinateur.)
1 cr- 1 y Octobre. — Je porte chez Gihaut le Forgeron tsigane, fin de la 6° livraison, 200 fr. Grande
retouche pour M. Furne, Adam et Ève, jo fr. Je fais à l’aquarelle le Blason de la princesse Mathilde
Bonaparte, pour mettre en tête du Napoléon de Norvins, qui lui est destiné. Le prince Louis-Napoléon est
condamné à une détention perpétuelle dans une forteresse. Il est enfermé à Ham. Été voir le convoi du maréchal
Macdonald. Le soir du 6 , à l’Opéra , quelques individus ont demandé la Marseillaise. Il a été retiré 1,900,000 fr. de la caisse d’épargne. Aujourd’hui ij, on a tenté d’assassiner le roi à cinq heures et demie du soir, sur la place de la Concorde. L'assassin est un Marseillais, nommé Marius Darmès, quarante-trois ans.
16 à 31. — Été visiter l’endroit de la place de la Concorde d’où l’on a tiré sur le roi. Fait des études de Soldat d'Alger, d’après un modèle. Je vais chez M. Signol voir son tableau pour la Madeleine, et chez M. Paturle voir les Pêcheurs et autres tableaux de Léopold Robert. Fait des études de Plantes au cimetière du Montparnasse.
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icr- 1 î- Novembre. — Terminé le petit bois de l’Entrée à Oran (n° 6), et celui d’ Youssouf pour les Portes-de-Fer. Le prince royal me fait appeler pour me remettre un croquis de Mazagran. Il me prête des armes arabes. J’envoie à Gihaut la planche du Sculpteur tatar, 200 fr. Le 2, des individus ont encore parcouru le quartier, le soir, en chantant la Marseillaise. Le 11, on a tiré 63 coups de canon pour annoncer la naissance du duc de Chartres.
16-31. — Retouché la Cène , pour M. Fume. Terminé la pierre du Combat d’Oued- Alleg , 300 fr. Composé et exécuté l’affiche du Compagnon du tour de France , pour M. Perrotin.
1er"1 f Décembre. — Été à l’exposition de la rue du Gros-Chenet, et chez M. Marcotte, voir les Odalisques de M. Ingres ; magnifique. M. Furne vient chercher son aquarelle, David présente à Saiil la tête de Goliath , 130 fr. Fait Deux costumes de cour pour M"10 la princesse Demidoff. Je travaille au premier sujet fantastique sur Napoléon. Le 13, j’ai été de garde pour la translation des restes de Napoléon.
16-31. — Visité la chapelle ardente des Invalides, fait le croquis du Cercueil de Napoléon. Été au musée de Versailles, voir un portrait de l’Empereur. Porté à M. Furne le projet d’affiche de la Bible. Exécuté le Portrait de Napoléon , pour le prince Demidoff, et le Cortège du char funèbre pour la princesse. M. Dupré vient chercher le croquis de Hussard de la République , que j’ai fait pour lui, 60 fr.
1 cr- 1 y Janvier. — Terminé l'Affiche lithographiée pour la Bible de M. Furne, 30 fr. Je retouche Job, aussi pour lui, et je travaille aux Dragons d’Espagne que je veux lui donner. Je fais 4 croquis d’après Mustapha-ben- Bonnemain , jeune Français, kaïd d’une tribu, et maréchal des logis aux spahis de Constantine. Je vais chez lui faire son Portrait que je copie pour son frère.
16-31. — Je travaille à la pierre de la cérémonie du 1 3 décembre dernier ( Translation des cendres de Napoléon). Je compose pour M. Furne, Samson combattant les Philistins ; je le recommence, 130 fr. Je lui retouche Daniel. Je vais chez M. Feuchère, pour voir son projet de tombeau pour l’Empereur, et lui demander des renseignements sur le char.
Ier à 13 Février. — Lavoignat vient chercher le bois des Coulouglis de Tlemcen pour le prince royal, 130 fr. Je lui remets ensuite Mustapha et ses fils , 130 fr. (N°7.) Je termine la Grande Rue de Baghtcheh-Saral pour Gihaut, 200 fr.
16-28. — Je fais pour M. Perrotin le Portrait de Béranger , que je réduis, et six retouches. Pour M. Furne, dessin à la mine de plomb du /cr Prairial , 200 fr. Livré la pierre du Boucher tatar.
1 or- 1 5 Mars. — Terminé et remis à M. Hébert le bois, Mustapha-ben-Ismael , 230 fr. Fait un croquis de Napoléon pour M. Dumaine, qui vient le chercher. Visité aux Menus-Plaisirs, la copie de Saint-Pierre de Rome en ébénisterie. Porté à M. Burdet le 20 Juin 1792, mine de plomb pour M. Furne, 200 fr. Livré la Vue du port de Sébastopol , 200 fr.
16-31. — Été chez MM. Asseline et Dauzats, pour la lecture du 2e chapitre des Portes-de-Fer.
Terminé le bois de la Fantasia à Oran, 250 fr. (N° 8.) Je fais deux petits bois de Tirailleurs de Vincennes pour le prince royal, qui m’avait fait envoyer un soldat de Vincennes, 300 fr.
J’achève aussi la Course à Me\er-Ghin , 230 fr. Je vais déjeuner chez Decamps avec Dauzats ; on s’entend définitivement sur les prix des bois.
1 er- 1 y Avril. — Je retouche Esther pour M. Furne. J’assiste à un banquet phalanstérien.
16-30. — Retouche de Biot pour M. Furne; je remets pour lui à M. Burdet, la Mort de Bonchamp , 200 fr. J’achève le bois, Revue de la garde nationale à Alger, 230 fr. Été faire un croquis de Ruche au Jardin des Plantes, pour le journal de M. Dufraisse, la Ruche d’Isle-et-Drône.
Tr-i3 Mai. — Été aux Tuileries, à la revue des chasseurstirailleurs d’Afrique, et aux grandes manœuvres de Vincennes. La planche de l’Habitation tsigane ( Crimée J, est terminée, 200 fr. Je vais chez Hulmandell faire un essai de son procédé. Retouché Job pour M. Furne.
16-31. — Je vais voir le tableau de Bellangé, la bataille de Wagram. Je fais le Portrait de AI. de Rougemont , officier aux chasseurs d'Afrique. Pour le 2' chapitre d’Alger, je termine les bois : Karamoussa , 130 fr.; Gendarmes maures , 130 fr.; Yorg Mohammed, 130 fr.
1 er- 1 3 Juin. — Pour M. Furne, je fais un petit bois de l’histoire d’Espagne, Abubeker et Youssouf, 23 fr. Je lui fais aussi, les Massacres de septembre, 200 fr. Le portrait de Kald Amar est terminé, 1 30 fr. J’envoie la pierre de la Maison de paysans tatars (Crimée), 200 fr.
16-30. — Terminé le bois des Présents d Abd-el-Kader (n° 9), 130 fr. Je retouche une pierre pour M. Girard. Je retouche Jésus et Madeleine pour M. Furne. Je compose pour lui le dessin Judas Machabée, je le recommence, enfin je quitte l’aquarelle pour le faire à la mine de plomb, 130 fr. J envoie un petit dessin à M. Demidoff, pour sa fête (Jeune fille tatai e).
icr-i 3 Juillet.— Achevé les Juives au bal à Alger , i3ofr.; le Bal à Alger , 230 fr., et le Portrait de M. Lamoricière , 230 fr. (N° 10.) Retouché le Sacrifice d Abraham, et termine le i3 Vendémiaire pour M. Furne, 200 fr. Je vais voir la Vierge à l’hostie de M. Ingres; c’est très-bien.