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Arrêté du 5 novembre

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pas trouvé place : par exemple, le sanscrit, les antiquités, les langues sémitiques, le celtique, etc.

Un décret de 1883, adopté parle conseil supérieur, a autorisé les cours libres danslesFacultés. Cette nouveauté est très récente ; cependant il a été pi’ofessé cette année trois cours libres à la Faculté des lettres de Paris et au total 10 cours libres dans toute la France. Cette mesure doit permettre à quiconque a du talent d’en donner la jireuve, appeler les maîtres de l’enseignement secondaire à s’essayer dans les Facultés. Comme les grades ne sont pas indispensables, tout savant qui a négligé de les prendre peut cependant montrer ce qu’il vaut et faire profiter les élèves de ses connaissances. Nous avions déjà les Facultés libres ; maintenant l’Université de l’État ouvre elle-même ses salles de cours à la concurrence et à la variété des doctrines. S’il nous était permis d’exprimer un regret à l’égard des institutions qui ont été créées au nom de la loi du 12 juillet 1873 sur la liberté de l’enseignement, nous dirions que leurs maîtres et leurs élèves ont apporté un trop faible contingent au progrès de la science.

C’est également M. Waddington qui a donné des élèves réguliers aux Facultés des sciences et des lettres par l’institution de 300 bourses de

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 289 licence *, auxquelles M. Fei’iy a ajouté 200bourses d’agrégation. Auprès des boursiers sont venus prendre place les élèves libres dont le nombre va croissant, C’est ainsi qu’a été constituée la population scolaire dont nous avons donné le chiffre plus haut. Ce sont aussi ces élèves qui, par leur présence, ont modifié les caractères de l’enseignement; maintenant il s’adresse à eux et au public, au lieu qu’autrcfois il était surtout donné pour les simples auditeurs.

Dans les Facultés de médecine, les études ont été réglées en 1878 de manière à faire une large place aux exercices pratiques de chimie, de physique, d’histoire naturelle, de physiologie et d’histologie, sans rien enlever à l’anatomie, à la médecine opératoire et surtout à la clinique qui a toujours été une des parties éminentes de notre éducation médicale. L’histoire du droit, le droit international privé ont reçu une place importante dans la scolarité juridique, en raison de cette vérité reconnue de tous que l’histoire, la philosophie et les comparaisons avec les institutions étrangères ne peuvent avoir qu’une action heureuse dans cet ordre d’étndes. Les parties facultatives du doctorat ont été modifiées de manière

1. Loi de finances du 29 décembre 1876. Il y a aujourd’hui 350 bourses, dont 60 pour la médecine et la pharmacie.

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que cet examen laissât une place plus grande à la liberté des vocations et exigeât des études plus personnelles. Des mesures ont été prises pour qu’il constituât, quand les candidats le désireraient, une sérieuse épreuve administrative. — On s’est efforcé de rapprocher la médecine des sciences, le droit des lettres.

La loi du 27 février 1880, proposée et soutenue par M. Jules Ferry, en reconstituant le conseil supéi’ieur, en a fait une assemblée où toutes les parties de l’enseignement soiit représentées par des membres élus. Ce corps délibère sur toutes les questions pédagogiques. Les conseils académiques, qui sont pour chaque académie ce qu’est le conseil supérieur pour l’Université tout entière, discutent avant cette haute assemblée les mesures qui sont à l’état de projet ; lés Facultés ont été consultées auparavant, de sorte que le corps enseignant est seul maître des méthodes et de tous les changements qu’elles peuvent comporter.

Si modestes que soient ces améliorations, elles font, croyons-nous, honneur au gouvernement qui en a eu l’initiative ou qui les a encouragées.

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Dans cet ordre de réformes modestes, il est facile de voir des changements utiles et des progrès dont il est bon de se préoccuper.

Tout d’abord il faut achever l’œuvre de la reconstruction des bâtiments. Pour terminer cette entreprise et pour améliorer l’outillage qui ne mérite pas moins de sollicitude que les locaux, il faut encore que l’État consacre à cet objet 40 millions répartis en un certain nombre d’annuités. Après les grands sacrifices qu’ont faits les villes, en particulier Paris, Lyon, Bordeau.x, Montpellier, Marseille, Grenoble, on ne doit jias compter que les municipalités concourent pour plus de moitié aux nouvelles constructions. Il y a lieu aussi de remarquer que, par suite de diverses mesures financières récentes dont il est inutile d’expliquer ici le mécanisme, la somme inscrite au budget pour cet objet n’est plus que de 460,000 francs, anxquels ne viendront plus s’adjoindre de reliquats comme cela a eu lieu jusqu’à ce jour. De ces 460,000 francs, on doit retrancher 200,000 francs pour les dépenses courantes, les réparations et les améliorations jour-

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iialières de çeu d’importance. C’est donc en réalité un budget de 260,000 francs que le ministère peut consacrer aux grandes constructions chaque année. De plus, sur les 18 millions promis par l’État depuis 1879, il s’en faut que tout soit payé. Avec le crédit annuel de 260,000 francs, il serait impossible d’acquitter les dettes contractées.

Dans ces conditions, pour beaucoup de bons esprits *, la seule mesure pratique consiste à faire participer les établissements d’enseignement supérieur à la caisse créée pour subvenir aux constructions des maisons d’écoles et des lycées, caisse qui deviendrait commune aux trois services de l’instruction publique et dont le titre devrait être modifié. Elle serait divisée en trois sections répondant à ces trois services.

Il suffirait, en ce qui concerne l’enseignement supérieur, d’annuités assurées de 4 millions durant dix années. Cette dépense est insignifiante, si l’on considère les sommes qu’exigent l’enseignement primaire et l’enseignement secondaire ^

1. Cette mesure a été proposée par M. Bertlielot. Voir Revue internationale de l'Enseignement, 15 avril 1883, et le journal le Temps, 15 mars 1883.

2. Pour le personnel aussi, les augmentations nécessaires à l’enseignement supérieur seront toujours moins élevées que celles qu'exigeront les deux autres enseignements, ce qu'a très bien montré M. Roche, rapportent du dernier budget de l'in struction publique :

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Les crédits qui ont été ouverts pour subventions aux lycées et collèges de garçons ou de filles, depuis la création de la caisse, se sont élevés à 98,600,000 francs.

La caisse des prêts à 4 0/0 durant trente années, remboursement compris, pour avances aux villes, a reçu 75 millions; le total des dotations pour l’enseignement secondaire a donc été de 173 millions.

Les crédits mis à la disposition de l’enseignement primaire pour constructions depuis 1878 sont de 340 millions, dont 150 millions pour subventions et 190 millions pour avances sous forme de prêts.

On estime que les constructions des lycées et collèges coûteront encore 80 millions, et celles des écoles primaires 716 millions. C’est dans ces prévisions considérables qu’il importe de réserver la place de l’enseignement supéi’ieur, dont les exigences sont relativement très modestes.

« Sur les aupinentations faites depuis 1810, l’instruction primaire a pris 82 millions, ayant été portée de 8 millions à 90 millions, c’est-à-dire que les dépenses pour l'instruction primaire ont été multipliées par U, tandis que celles de l’enseignement secondaire, portées de 3 millions et demi à 16,832,900 francs, ont été multipliées par 5, et celles de l’enseignement supérieur, source de toute science et de tout progrès, ayant été portées de 4,215,521 francs à 11,540,355 francs, ont été seulement un peu plus que doublées.' »

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En effet, en acceptant les données actuelles qui portent à i milliard 400 millions les crédits nécessaires pour les constructions et l’outillage que réclame le service de l’instruction publique à tous les degrés, il suffirait d’un peu plus du quatorzième de cette somme pour que l’enseignement supérieur fût pourvu des moyens de travail qui lui sont indispensables. Si cette somme ne lui est pas donnée, les sacrifices considérables qn’ont faits les Chambres pour multiplier le personnel, créer les bourses, enrichir les bibliothèques et les collections, seront en grande partie inutiles. Les pouvoirs publics doivent aussi'remarquer qu’ils ont mis le budget ordinaire en état de suffire pour longtemps aux besoins journaliers de l’enseignement; qu’il ne reste plus qu’à achever la tâche en terminant l’œuvre des constructions, et que cette dernière dépense, une fois faite, ne se renouvellera plus.

Les liens qui unissent l’enseignement supérieur et l’enseignement secondaire ne sont pas assez étroits. Une grande partie du corps enseignant des collèges et des lycées n’a pas suivi les cours des Facultés. Dans les lycées, les principaux maîtres qui sont agrégés viennent de l’École normale; grâce aux conférences de cette école, ils ont reçu une instruction élevée ; mais ceux qui

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 295 n’ont pas cette origine se sont le plus souvent formés eux-mémesj et ne sont venus aux Facultés que pour y subir les examens; ils n’ont pas connu du tout la vie universitaire. Dans les collèges, le mal est plus grand ; il n’y a, en moyenne, que deux licenciés es lettres et un licencié es sciences par établissement; les autres maîtres sont de simples bacheliers ou des instituteurs. Le moment viendra où tout professeur sera un ancien élève ou de l’École normale ou des Facultés. Ce jour-là, un grand progrès sera accompli, les professeurs auront tous au moins entrevu ce qu’est une méthode supérieure ; ils en feront profiter leurs élèves, qui, eux-mêmes, arriveront aux Facultés mieux préparés. Cette préparation des étudiants est aujourd’hui insuffisante ; la faiblesse des recrues tient moins aux changements introduits dans l’enseignement secondaire en 1880 qu’à la médiocre instruction des maîtres. Il faudra un certain nombre d’années pour remédier à ce mal ; on doit tenir compte des situations acquises et de la nécessité où l’on est d’attendre les retraites. Quand cette réforme aura été possible, il ne faudra pas cesser de rapprocher encore de plus en plus l’enseignement secondaire de l’enseignement supérieur. Ce qui sera fait dans ce sens profitera à l’Université tout entière et au pays.

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Avant 1789, les rapports étaient continuels entre la Faculté des arts et les collèges qui en dépendaient. Ce fait nous avertit que rapprocher les deux ordres d’enseignement ne suffit pas, que cette réforme serait même dangereuse si d’autres préoccupations n’étaient pas toujours présentes à l’esprit des maîtres. 11 faudrait craindre de faire de l’enseignement supérieur une instruction secondaire d’un degré un peu plus élevé. Le remède à ce mal est dans l’importance attachée aux travaux personnels et originaux, dans l’introduction d’enseignements variés qui maintiennent toujours actif le souci des rechei’ches scientifiques et des études qui n’ont pas d’utilité professionnelle immédiate. Les Facultés sont des corps enseignants, mais aussi des établissements de production scientifique; la manière dont elles remplissent ce second devoir est même la seule garantie qu’elles s’acquitteront convenablement du pi-emier. La part de fatigue donnée à la vulgarisation de la science doit être d’autant moins grande que les maîtres sont plus sûrs d’eux-mêmes, et par suite il doit leur rester du temps pour des recherches originales. C’est par ces recherches et ce talent qu’ils garderont sur leurs anciens élèves une véritable autorité et qu’ils formeront, au sens le plus noble du mot, des écoles.

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Des vingt-deux universités de l’empire d’Allemagne, il n’en est pas une seule où les connaissances extraclassiques ne soient largement représentées; on enseigne les langues sémitiques et le sanscrit dans des villes de 13,000 âmes. L’histoire de l’art et l’archéologie figurent partout sur les programmes, au lieu que nous avons en province quatre chaires d’antiquités seulement. Les langues romanes, qui sont en grande partie françaises, n’ont que trois chaires en dehors de Paris ; elles en ont au moins vingt en Allemagne. Nos Facultés des lettres ne sont pas habituées à ces enseignements, qui n’ont jamais eu de place chez elles; elles peuvent craindre, en les acceptant, de changer de caractère. L’introduction, à la Sorbonne, d’études qu’on est habitué à voir dans d’autres établissements, paraît être une sorte de confusion des genres, tant il est difficile de rien faire à Paris, pour constituer une université, qui ne porte atteinte à de longs usages ou à des droits acquis. En province, les professeurs craignent de n’avoir pas d’étudiants; de telles nouveautés ne rencontrent pas d’auditoires tout préparés.

Comme toutes les études sont largement représentées à Paris, bien qu’elles n’aient pas de lien commun qui les réunisse, ce n’est pas lâ

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qu’il faut surtout se préoccuper de donner aux maîtres et aux élèves une haute notion de l’enseignement supérieur par des cours étrangers aux programmes classiques : c'est en province. La création des places, pourvu qu’elles soient bien occupées dès la première fois, suscitera les vocations ; puis les auditoires ne manqueront pas tant qu’on le redoute ; de récents exemples peuvent nous rassurer. Au pis aller, le maître professera pour un ou deux élèves et fera des travaux personnels ; ce s.era déjà un service suffisant l'endu au pays. L’étude des sciences les plus désintéressées aura pour résultat de développer le goût des recherches originales, même chez ceux qui se renferment dans le domaine classique. Quelles que soient les difficultés qu’il faut prévoir et qui sont nombreuses, on ne peut concevoir l’existence d’universités provinciales, si on ne les suppose pas animées par l’idée et la passion de la science ; la science est même la seule force qui puisse les créer et les maintenir. En dehors de ce principe, on ne saurait imaginer que la juxtaposition de cours plus ou moins secondaires ; on peut décréter administrativement une telle réforme, mais on ne fera rien de vivant.

Nous manquons encore en France, surtout pour les lettres, d’une littérature pédagogique

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 299 suffisante; par là, il faut entendre les ouvrages qui servent aux études et ceux qui discutent les méthodes. Toutes les sciences comportent des manuels où les sujets sont énumérés dans l’ordre naturel, où l’état de chaque question est clairement exposé avec l’indication des livres qui permettent de les étudier par soi-même et d’aller plus loin. De tels guides déchargent l’enseignement du maître d’une foule de notions qu’il devra sans cela reprendre chaque année; il peut s’en remettre à eux, s’assurer que les étudiants en profitent, les commenter quand il est nécessaire, et le plus souvent par des exercices pratiques leur montrer la méthode en action. Nous nous servons des manuels de nos voisins; il importe que nous en ayons à nous, et cela pour toutes les parties de la philologie et de l’histoire, rédigés selon nos habitudes d’esprit, avec le caractère d’originalité que nous saurons leur donner.

Une très bonne revue pédagogique est publiée par la Société de l’Enseignement supérieur. Un pays qui peut suffire à la vie de seize universités doit avoir plus d’un recueil de ce genre. La pédagogie de l’enseignement supérieur a été très négligée en France, par cette raison que les Facultés des sciences et des lettres formaient à peine des élèves. Ces questions ont maintenant beau-

coup plus d’importance ; on en voit l’intérêt immédiat. Quatre cours de pédagogie créés récemment ont eu du succès ; ils ont réuni des auditeurs empruntés aux trois ordres d’enseignement.

Nous pouvons espérer que ces sujets seront discutés dans l’université plus fréquemment qu’au-, trefois et avec plus de précision; le ton de prédication morale que nous avons vu y dominer longtemps, l’éloquence et la distinction dont les professeurs y faisaient preuve, sont des qualités dignes de toute estime ; il est pourtant possible d’y faire aussi une place à d’autres préoccupations, à l’exemple de ce que nous voyons dans les pays étrangers. La psychologie de l’éducation, l’examen des rapports que doivent avoir entre eux les divers ordres d’enseignement, la recherche des meilleures méthodes et, par-dessus tout, la théorie de l’instruction et de l’éducation nationales : tels sont quelques-uns des sujets sur lesquels il est à souhaiter qu’il s’établisse d’importantes discussions. Les partisans des anciennes doctrines sont heureusement encore nombreux; ils ont toute facilité pour faire valoir leurs raisons ; la vivacité des polémiques pourra seule assurer le triomphe de la vérité. Les réformateurs devraient estimer que leur œuvre n’a rien de durable si elle n’était combat-

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 301 tue; les controverses seules forment l’opinion eu assurant le succès des idées justes.

Les études de cette nature ne comportent pas toujours des dissertations ex professa; la pédagogie s’enseigne par l’exemple aussi bien que par des préceptes, surtout quand on s’adresse à des élèves déjà formés, comme sont ceux des Facultés. Nous pouvons donc rapprocher des Revues spéciales sur ces matières celles que les Facultés publieront pour donner des modèles de recherches originales dans les différents ordres d’études. L’initiative est venue de la Faculté des lettres de Bordeaux, qui s’est bientôt associé celle de Toulouse ; Lyon a marché dans la même voie ; Alger publie un bulletin spécial consacré à l’Afrique; Clermont et Poitiers, des bulletins qui s’adressent directement aux élèves ; Douai, un journal rédigé par les étudiants. Ces créations sont la preuve d’une véritable activité d’esprit, d’urT souci sérieux des devoirs que les Facultés ont à remplir. Nous craindrions de voir se multiplier ces essais, si le nombre des travailleurs devait rester le meme ; mais il doit s’augmenter tous les jours et, par suite, il lui faut des moyens de publicité. De plus, les bulletins qui existent sont loin d’avoir tous encore les caractères de rigueur et d’exactitude auxquels ils doivent prétendre. La vie scientifi-

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que des Facultés de province ne pourra se développer que si ces recueils se multiplient et se perfectionnent. S’habituer à tout imprimer à Paris, c’est abandonner la très légitime prétention que la province doit avoir de posséder des œuvres qui soient à elle et de prouver sa valeur par des faits *.

La décentralisation intellectuelle est certainement une des préoccupations les plus vives et les plus justes de quiconque ale souci non seulement des études, mais des intérêts généraux du pays. Les sujets encore inexplorés de travaux abondent dans toute la France, et beaucoup sont différents selon les régions. Ce qui manque d’ordinaire à ceux qui veulent les traiter, c’est la méthode : ils n’ont pu l’apprendre ; de là, de si grands efforts pour de si faibles résultats. La philologie, l’histoire, l’archéologie ne s’abordent pas avec les faibles secours que donne l’enseignement secondaire ; il y faut une autre prépai’ation, que l’enseignement supérieur seul peut donner, et ce qui est vrai des lettres ne l’est pas moins des sciences. Cette décentralisation en province est encore très faible ; d’une façon générale, les travàux qu’on y

i. Nous no partons pas de diverses Revues publiées en province sur les questions de médecine et de sciences, parce que, dans cet ordre, notre pénurie a toujours été moindre que pour les lettres.

SUR l’enseignement supérieur en FRANCE 303 fait, si l’on excepte ceux qui procèdent de la discipline de l’École des chartes et des autres écoles spéciales qui sont à Paris, n’ont pas une valeur suffisante : ils rie créent pas un mouvement d’études ; ils reçoivent trop peu d’éloges des juges autorisés pour que le goût s’en répande. Ceux qui s’y livrent se donnent beaucoup de peine et se découragent. On peut légitimement espérer qu’avec le temps les Facultés susciteront autour d’elles beaucoup de travaux qui tous seront au moins corrects. Nous avons à regarder vers le passé qui a connu, il y a seulement deux siècles, une décentralisation féconde. Depuis la Renaissance, le mal a toujours été en s’aggravant; il appartient à la démocratie moderne de revenir sur l’œuvre de Louis XIV et de la Révolution, Les jeunes gens qui ont le rare privilège de pouvoir ne penser qu’à cultiver leur esprit, sans aucun souci de carrière, profiteront-ils, plus qu’autrefois, des bienfaits qui leur sont acquis? Les trop grandes illusions dans ce sens seraient téméraires. 11 semble que les avantages de la fortune condamnent ceux qui se les voient assul’és à ne pas en tirer le plus grand profit qu’ils y puissent trouver, celui d’être les premiers dans leur pays par le ti'avail de l’esprit et les connaissances. Cependant, il est permis de croire que le

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jour où de grandes facilités leur seront offertes par la dispersion de la science en province, ils n’y seront pas tous indifférents. Un progrès dans ce sens aurait une salutaire influence sur l’état social de la nation tout entière.

Cette vie intellectuelle, en dehors d’un ou deux grands centres, si nécessaire aux progrès de la science et au bien public, rencontre de très sérieux obstacles dans la centralisation politique. On le verra à l’étranger dans les pays où l’unité administrative se forme depuis quelques années. Dans l’ancienne Europe, chaque province avait son université, d’autant plus florissante qu’elle appartenait à un pays plus indépendant. Il s’élevait entre elles des rivalités naturelles ; les princes et les villes servaient leurs propres intérêts en favorisant ces corporations savantes ; elles étaient des moyens de propagande, d’action morale, même de prédication politique. Dans les États unifiés, ces stimulants si forts font défaut. La question est de savoir si la démocratie trouvera pour les universités des principes de vie différents de ceux que le passé a connus. On peut se figurer les villes luttant pour ces privilèges de gloire, d’éclat littéraire et scientifique ; si elles ne le font pas, il reste à espérer que ces institutions mêmes rivaliseront entre elles; mais le

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modérateur dont elles dépendent, c’est-à-dire l’État, faisant profession d’équité pour tous, n’a pas de raison de favoriser le Midi plutôt que le Nord. Par son esprit même de justice, il ne peut encourager certaines prétentions plutôt que d’autres qu’en manquant à cette impartialité, toujours un peu indifférente, qui est sa raison d’être.

Le problème se pose, comme on le voit, dans des conditions que l’Europe n’a pas connues avant , la formation de l’unité dans les principaux États ; ces conditions sont toutes nouvelles et elles créent de singulières difficultés. Les pays qui ont hérité d’institutions provinciales florissantes les verront vivre assez longtemps en vertu de la force acquise, et cependant sentiront bientôt combien l’avenir diffère à cet égard du passé. Les États qui n’ont pas reçu par héritage de tels établissements éprouveront beaucoup de peine à les créer*.

Parmi ceux qu’occupent ces problèmes, beaucoup pensent qu’il n’y a d’autre moyen d’arriver au succès que l’association des provinces et des villes à là vie des universités et une grande indé-

1. Sur ces difficultés, voir la remarquable étude de M.Lî Les universités allemandes et les universités françaises. — lions d’enseignement national. In-18 Jésus, broché : 3 (A. Colin et C", éditeurs).

fr. SO

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pendance laissée à ces corps ; les villes auraient ainsi des motifs de faire mieux les unes que les autres et donneraient dans une certaine mesure des caractères originaux aux établissements qu’elles favoriseraient ; les corps savants connaîtraient ce principe fécond de progrès que donne la responsabilité. La force qui fait la décentralisation ne peut être cherchée qu’en dehoi’s du pouvoir central. C’est une pure fiction que d’imaginer une administration supérieure, entourée, dans la capitale, où tout le monde veut venir, des plus larges ressources intellectuelles et décrétant l’intensité de vie que la science et l’étude auront sur chaque point du territoire. Tout ce qu’elle peut faire, c’est de renoncer à une grande part de son autorité pour que ceux qui recueilleront ce qu’elle abandonne en tirent profit, sachent s’organiser et marcher en avant.

C’est d’après ces principes que M. Waddington, en 1876, étudia un projet qui devait reconstituer en France des universités, les unes tout à, fait complètes comprenant toutes les Facultés, les autres remplaçant les Facultés de médecine par les écoles préparatoires ou de plein exercice. Chaque université, devenue personne civile, s’administrait elle-même par des chefs élus; l’action

SÜR l’enseignement supérieur en FRANCE 307 de l’Etat se réduisait à un simple contrôle. Ce projet, qui fut ajourné alors, a été repris par M. Ferry qui en a soumis les parties principales à la discussion des Facultés. La question est des plus graves, et il serait téméraire de dire quand il sera possible de la résoudre d’une façop pratique ; mais l’opinion s’en préoccupe ; les professeurs l’étudient; le travail même d’un si grand nombre d’esprit généreux et instruits est le meilleur motif que nous ayons de penser qu’il sera possible avant peu de faire dans cette voie un pas décisif

Un grand nombre des mesures de détail qu’a prises l’administration sont visiblement inspirées par le désir qu’elle a de voir dans chaque centre les Facultés réunies se rendant de mutuels services et s’administrant elles-mêmes.

La difficulté de ces problèmes ne doit permettre aucun découragement ; l’avenir trouvera sa voie. Le tout, croyons-nous, est de ne jamais se départir de deux principes : 1“ Ne rien réformer dans l’Université qu’avec l’avis même du corps enseignant, qui prendra de plus en plus le sentiment de l’influence prépondérante qu’il doit avoir sur ses destinées ; 2“ Se bien persuader que l’ave-

I. Voir à ce sujet l’opinion de M. Bréal : Mxcursions pédagogiques, 2» édition, préface.

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