Revue des Deux-Mondes, 15 octobre
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soire. Si on s’attache aux causes premières, le sujet s’élève ; les dangers de la polémique mesquine disparaissent, la critique dès lors a toute liberté ; elle sait bien du reste que les deux formes d’esprit dont elle étudie quelques-unes des manifestations particulières ont une égale valeur pour le progrès de la haute culture intellectuelle.
Quand on est tenté de nous déprécier dans l’ordre de l’érudition, on oublie que trois des sciences modernes les plus importantes sont nées dans des chaires françaises. Le temps présent doit à Eugène Burnouf la connaissance du zend, et par là en grande partie l’étude comparée des langues indo-européennes. Abel Rémusat et Stanislas Julien ont été les premiers sinologues de ce siècle. Dans l’intelligence de l’égyptologie, personne n’a surpassé M. de Rougé, qui recueillait lui-même l’héritage de Champollion *. Ainsi, là où il fallait créer, où les qualités ordinaires ne suffisaient pas, comme si la noblesse du but eût stimulé le génie français, il a montré que ces
1. Les lecteurs de la Bevue n’ont pas oublié une récente étude consacrée à Auguste Mariette par M. Desjardins.
belles recherches étaient faites pour le passionner. De même autrefois l’archéologie et la paléographie ont eu en Montfaucon et en Mabillon des maîtres qui ont instruit l’Europe. Dans l’histoire des études orientales, personne ne nous conteste une place d’honneur ; l’Institut s’est souvenu des devoirs que lui imposaient de glorieuses traditions quand il a décidé de publier le Corpus des inscriptions sémitiques. La merveilleuse patience qui a été longtemps le privilège des bénédictins s’est retrouvée de nos jours chez quelques-uns de nos érudits ; nous avons vu commencer et s’achever sous nos yeux, parles efforts d’un seul homme, telle tâche si étendue qu’elle semblait demander plusieurs existences. La France a en si haute estime les recherches savantes que nulle nation ne les a plus constamment associées à ses entreprises extérieures. Il n’est guère besoin de rappeler longuement que dans les hautes études, à toutes les époques, aux grands maîtres étrangers nous avons presque toujours pu opposer les nôtres. Ce n’est pas là un fait qui soit mis en doute ; mais il nous vient parfois d’outre-Rhin une sorte d’éloge très particulier qui ne nous déplaît pas. M. Théodore Mommsen, en apprenant coup sur coup plusieurs découvertes dues à nos érudits, disait récemment : « Il faut avouer que
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ces Français ont un pacte avec la bonne chance. » L’activité, la passion dé ce qui est important et neuf, un esprit juste et décidé, ne sont-ils pour rien dans ces fortunes dignes d’estime? Il on est de la science comme de la vie : le hasard n’y fait pas seul les heureux.
Si on met en parallèle les hautes qualités, celles qui sont le privilège de quelques-uns et qui font faire à nos connaissances par des coups de génie des progrès éclatants, la France n’a rien à envier à l’Allemagne ; elle peut même dire avec quelque fierté que nous avons précédé dans cette carrière ceux qui sont aujourd’hui nos rivaux, que plus souvent qu’eux nous avons eji ces intuitions imprévues d’où naissent les grandes découvertes. L’opinion est faite, et depuis longtemps, sur tous ces points ; ce qu’il convient de comparer, ce sont moins les mérites de premier ordre que les méthodes suivies par la foule des esprits laborieux et le nombre même des ouvriers. La supériorité propre à chacune des deux nations est alors facile à définir. Il s’en faut qu’elles aient au même degré d’une part l’intelligence nette et sûre d’elle-même, le don de voir la vérité et de la faire comprendre, de l’autre cette organisation et cette continuité de travail qui, dans ces études, sont une si heureuse condilion de progrès.
ü se publie en Allemagne beaucoup plus de livres d’érudition qu’en France. Ils ont presque toujours un mérite, l’abondance des informations. L’auteur sait tout ce qui a été dit avant lui et le rappelle ; il expose l’état de la question, ou plutôt nous permet de le connaître, si nous sommes attentifs et studieux. — On ne lit pas d’ordinaire un livre allemand, on l’étudie. — L’usage des documents originaux, la critique des textes anciens y est de règle. Ces ouvrages citent de première main, et soumettent le passage auquel ils renvoient à une sérieuse analyse. L’ordre, la clarté, sont des mérites qu’il faut rarement leur demander. Sous l’abondance des faits, l’éci’ivain est accablé ; il se reconnaît avec peine au milieu des matériaux qu’il a réunis : il entasse plus qu il ne bâtit. L’important pour lui se distingue mal dé l’accessoire; il ne s’occupe guère de la juste proportion que doivent avoir les différentes parties de son œuvre. Il est tel livre allemand qu’il faut refaire pour le bien comprendre : nous lui cherchons un titre qui résume la pensée principale ; nous divisons l’ouvrage en chapitres ; nous mettons ces chapitres dans l’ordre où ils s’éclairent les uns les autres : alors seulement nous pouvons lire avec fruit les démonstrations et porter un jugement. Combien ce travail n’a-t-il pas été
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imposé souvent à beaucoup d’entre nous! Voici, par exemple, les Commentationes epigraphicæ de M. Neubauer. — L’ouvrage n’a pas d’introduction ; l’auteur n’indique nulle part le sujet qu’il traite. Nous lisons les premières pages : nous croyons qu’il se propose seulement de restituer quelques inscriptions ; les pages suivantes ne nous éclairent pas encore; nous passons d’un problème de détail à d’autres questions en apparence aussi peu importantes. Ce volume est pourtant d’une grande valeur; il est le meilleur travail que nous ayons sur la partie jusqu’ici la plus obscure de la chronologie athénienne. Il était si facile, semble-t-il, d’annoncer le sujet, la méthode, en quelques mots de préface, de suivre pour toutes ces observations l’ordre du temps. 11 faut trois mois au savant le mieux préparé pour reconnaître que M. Neubauer a fait une œuvre vraiment utile.
D’autres fois, l’abondance des documents rapportés et des digressions nous fait perdre le sens même du sujet; nous ne savons plus où nous conduit l’auteur, il l’ignore lui-même. 11 arrive que de tout un gros volume nous ne retenons qu’un catalogue de faits ou de monuments ; nous n’avons pas aperçu l’idée importante, celle qui fait le mérite du livre; elle était cachée dans une
note, au bas d’une page, au milieu de vingt remarques indifférentes. Ces ouvrages représentent, pour nous, l’état du travail avant que nous commencions à le composer, alors qu’il est encore à l’état brut et informe. La villa Albani possède un bas-relief de petites proportions qui représente l’apothéose d’Hercule; M. Stephanilui consacre un volume de deux cents pages in-4°, imprimées en caractères très fins, pleines de faits, surchargées de notes; il ne dit rien de ce monument qui ne soit connu. Cependant, quand on est familier avec cet ouvrage, qui a pris rang dans la science, on y trouve sur plusieurs sujets beaucoup à apprendre ; on reconnaît que l’auteur a une vaste érudition. Quiconque s’occupe de ces études peut citer un grand nombre de faits de ce genre. Telle est même la foule des exemples qui se présentent, qu’il serait difficile de choisir entre eux. Ce qui est plus grave, c’est que les maîtres de la science se défendent mal de ces défauts; nous les retrouvons jusque dans les œuvres de Gerhai’d, de Panofka, de Welcker. Ottfried Müller lui-même n’en est pas exempt. Les Allemands s’étonnent que nous puissions avec facilité exposer une question, montrer nettement le pour et le contre et conclure. Si nous faisions des manuels érudits, ils reconnaissent que nous les
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ferions mieux qu’eux. Pour les sciences physiques et naturelles, ils ont traduit et donné à leurs élèves beaucoup de nos livres élémentaires qui sont devenus classiques dans leurs écoles; ils désespéraient de trouver une forme d’exposition qui se prêtât mieux à l’enseignement *.
Nous croirions volontiers que les enquêtes minutieuses de nos voisins ne doivent avoir que des conclusions certaines. Ce sage pays est aussi celui du paradoxe. Dès qu’il faut s’élever à une idée générale, on se demande à quoi, sert cette accumulation de faits. Il semble qu’au milieu de ces documents mal classés l’écrivain fatigué se forme une opinion en un instant, et plie ensuite la foule des preuves qu’il a réunies dans le sens d’une thèse trop vite choisie. S’il est sûr de luimême, c’est sur le détail; là, dans un sujet restreint, il excelle. Il a aussi un mérite hors ligne pour les rapprochements matériels qui éclairent un fait par un fait. Aucune qualité n’a contribué davantage aux progrès des sciences philologiques, de l’épigraphie, de la chronologie. M. Théodore Mommsen a vécu dans l’étude des choses de Rome ; ses recherches sur des questions spéciales, ses gi’ands recueils épigraphiques, l’ont
i. Tels sont les ouvrages de Cauchy, Lacroix, Navier, Duliamel, Pouillet, Gauot, Régnault.
mis au premier rang de l’érudition contemporaine. Quand il a voulu écrire une histoire suivie, VHistoire romaine^ il semble qu’il se soit accordé quelques jours de distraction pendant lesquels il avait le plaisir de ne plus s’imposer ni précision ni rigueur. Ses compatriotes l’ont jugé sévèrement. L’esprit de système, l’imagination, l’hypothèse, les passions personnelles à l’auteur, les choquent dans ce livre. Si l’ouvrage a les charmes d’un roman, il en a les incertitudes et les caprices. Chaque fois que l’auteur allemand aborde un sujet où les faits ne sont pas tout, nous ne pouvons plus avoir en lui qu’une confiance médiocre. Le tact et la mesure le garderaient du moins de trop grands périls, mais ces qualités ne sont pas de celles qu’il estime.
L’appareil érudit, qui est de rigueur en Allemagne, ne doit pas nous faire illusion. Le plus souvent l’écrivain n’est pi’écis que dans un ordre de questions ; un historien, par exemple, cite presque toujours les monuments d’art avec une surprenante négligence; l’archéologue donne des dessins inexacts qui faussent le caractère et le sens des œuvres qu’il étudie. En ouvrant ces livi’es compacts, d’autant plus respectés qu’ils sont plus mystérieux, nous sommes tout d’abord saisis d’une sorte d’humilité; nous vénérons
d’avauce la vérité cachée dans les arcanes do ce lourd et sombre édifice. La question, pensonsnous, a été traitée définitivement. Regardez-y de près; sur leur terrain même, dans les recherches de faits, ces auteurs impeccables ont souvent péché ; que de fautes n’ont-ils pas commises, si nous parlons du goût, qui, dans les choses de l’antiquité, est une partie de la science; de l’intuition, à laquelle il faut tant demander; du bon sens, qui résout les difficultés avec une vraisemblance voisine de la certitude! Ne nous laissons pas intimider par le ton trop résolu des affirmations, par cette façon, passée démodé chez nous, de frapper à droite et à gauche sur ses devanciers. Cette critique, dépourvue de nuance et parfois brutale, ne s’attaque pas seulement aux ouvrages étrangers ; les Allemands s’en servent entre eux, ils y trouvent plaisir. Il faut y voir un reste des mœurs rudes d’autrefois, beaucoup plus que la mésestime réfléchie de leurs adversaires. Cette gravité acerbe est souvent aussi un artifice de guerre ; elle ne cache pas moins de défauts que la politesse et la modération françaises.
Le savant qui dédaigne la langue, l’ordre, la clarté, se prive d’auxiliaires précieux. 11 commence par ne pas être compris des autres ; il arrive à ne plus se comprendre lui-même : il
marche au milieu des ténèbres et à l’aventure. Ses recherches deviennent bientôt une habitude et une manie plutôt qu’une occupation intelligente; il perd ce sentiment profond qui est l’âme de la bonne érudition, la passion de servir à la science générale. Par là s’expliquent les jugements sévères portés sur les érudits, les reproches qu’on leur a faits de s’arrêter à de vaines curiosités ; que sera-ce si, au-dessus des applications toutes spéciales de l’esprit à des questions particulières, nous considérons le lien qui rattache chaque science à l’étude de la vie morale ? Là est la noblesse de ces connaissances ; pour y servir utilement, il faut être lettré et philosophe. Cette conviction, qui est générale en France, se trouve rarement en Allemagne. Il est étrange que le savant se croie autorisé à parler d’histoire et de poésie, de ce qui a été senti et pensé, s’il n’est pas persuadé que la rudesse et la banalité de la langue sont un voile épais qui cache à tous les yeux les contours et les formes, non seulement des idées, mais des faits. L’exactitude, — cette qualité que l’érudition prise, et à juste titre, plus que nulle autre, — est impossible, si le style ne se plie pas sous vos mains à toutes les nuances de la vérité. Les ouvrages bien écrits sont les seuls qui aient une complète valeur scientifique.
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Les graves défauts de l’érudition allemande sont incontestables ; à chacun d’eux nous pourrions opposer les qualités qui nous sont propres. Nos voisins le reconnaissent; ils savent les lenteurs, les imperfections, les périls qui doivent leur inspirer une perpétuelle défiance ; mais aux critiques de cet ordre ils répondent : « La France, si bien douée, néglige trop de former de bons ouvriers, qui dans ces études arriveraient au vrai talent ; contente des services que lui rendent des esprits de premier ordre, elle oublie parfois combien sont rares les soldats qui suivent ces chefs d’élite. >> Ce reproche mérite toute notre attention. Beaucoup des élèves, d’Eugène Burnouf étaient des étrangers ; la plupart d’entre eux ne sont venus s’instruire chez nous que pour retourner ensuite dans leur pays. Le plus illustre de tous, M. Max Millier, a maintes fois témoigné de sa reconnaissance pour celui qu’il a toujours appelé son maître. Il n’y a pas encore longtemps, à certains cours du Collège de France, on comptait plus d’Allemands que de Français. Des hommes de génie ont à peine laissé un ou deux disciples parmi leurs compatriotes. De la sorte il arrive qu’à la mort d’un professeur illustre on est tenté de supprimer la chaire ou tout au moins de la transformer, faute d’un successeur désigné
par son talent. La destinée du maître français est trop souvent de s’isoler dans sa gloire.
La supériorité du nombre des travailleurs bien disciplinés constitue pour l’Allemagne un avantage dont les conséquences sont faciles à montrer. Nous comparons non pas les talents, mais les moyens de recherches; ces moyens sont plus sûrs et plus faciles chez nos voisins que chez nous. Si aride que soit une tâche, — et il en est beaucoup de très arides, — on sait à qui la demander au delà du Rhin. Quand, il y a plus de trente ans, un éditeur de Paris voulut publier à nouveau les auteurs grecs, en revoyant les textes d’après les meilleurs manuscrits, en les accompagnant de traductions latines et d’index, il s’adressa d’abord à ses compatriotes. L’œuvre entière a été faite sous les auspices de l’État; mais, deux volumes exceptés, tous ces ouvrages ont paru parles soins des professeurs de Leipzig, de Bonn et de leurs collègues. Le même éditeur a réimprimé le Thésaurus de Henri Estienne. Notre pays s’honore à juste titre de cette entreprise monumentale; les hellénistes allemands y ont presque seuls contribué. Un livre très français, publié par un écrivain qui connaît bien l’Allemagne, mais qui sait dire ce que valent nos qualités nationales, nous donne des chiffres d’autant plus instructifs qu’ils
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onl été réunis longtemps avant les préoccupations du temps présent *. Dans une période de dix ans, de 18S7 à 1867, M. Vinet remarque que l’Allemagne a publié cent quatre-vingt-dix-sept traités consacrés à la grammaire grecque; la seule année 1867 a produit quatre-vingt-sept ouvrages critiques sur les écrivains grecs. En moins d’un siècle, Pindare a été commenté deux cent quatre fois. Quiconque s’occupe de ces études sait que sur toute question les livres allemands sont d’ordinaire dix fois plus nombreux que les livres français. Récemment, un jeune professeur fut curieux de faire la liste des ouvrages allemands qui traitent du sénat romain : il en trouva plus de deux cents. Combien en pourrions-nous citer en France?
Nous n’avons guère que trois ou quatre recueils qui soient réservés à l’érudition classique; toutes les villes d’université en Allemagne possèdent le leur. La raison en est simple : ni les rédacteurs ni le public ne font défaut. Ceux qui composent en France des travaux sur des sujets peu familiei-s au public comptent bien qu’ils trouveront surtout des acheteurs au delà du Rhin. Un pays
1. h'Ari et l'Archéologie, livre d’un érudit qui est un excellent humaniste, d’un antiquaire qui a le sens de l’art, de la mythologie et des poètes.
qui écrit beaucoup et lit davantage doit avoir des moyens parfaits d’information bibliographique,; l’Allemagne sait jour par jour tout ce qui s’imprime en Europe; elle publie chaque année, dans tous les ordres de sciences, des répertoires qui sont excellents. Presque rien ne.lui échappe; peu s’en faut qu’elle ne connaisse la France mieux que nous-mêmes; elle a le génie de l’enquête, des index, des tables analytiques, des résumés complets et précis. Ce goût si général de l’étude a des conséquences plus sérieuses. L’Allemagne a rendu familières chez elle des sciences qui chez nous sont le privilège de quelques-uns. Elle possède de bons philologues par centaines. L’archéologie, qui en France passe encore pour un luxe d’amateurs éclairés, est estimée des Allemands comme il convient ils l’ont admise dans l’enseignement classique; ils savent que c’est là une science précise qui interroge les monuments et les œuvres d’art au même titre que la littérature étudie les prosateurs et les poètes, pour retrouver les formes de la pensée antique. L’Allemagne compte au moins vingt-deux chaires réservées à cet enseignement ; nous en avons deux en France. 11 n’y a pas de connaissance de la plastique grecque et romaine sans musée de moulages. Chaque université possède le sien, et
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tous ont des catalogues qui sont les histoires de l’iirt les plus simples et les plus sûres. Depuis longtemps, des hommes d’une haute autorité, — il suffit de rappeler M. Yitet, — demandent en vain cette création peu coûteuse et si utile ; M. Ravaisson y insistait dernièrement ici même *. La mythologie hellénique est restée une science allemande malgré les tentatives, entreprises chez nous par quelques esprits d’élite qui n’ont pas eu de disciples. — Ce n’est un secret pour personne que, dans les grandes hibliothèques de l’Europe, les nationaux qui étudient les manuscrits, c’est-àdire les sources, sont d’ordinaire moins nombreux que les Allemands. On peut voir ce qui en est dans les salles de la rue Richelieu, surtout pour les ouvrages grecs et latins. Cette année, au Vatican, on comptait tous les matins dix Allemands pour deux Français, et ce n’était pas nous qui avions toujours le privilège de copier les documents relatifs à notre propre histoire. Quand au sortir de l’école un jeune homme veut se consacrer à une des parties de l’érudition classique, c’est aux manuels allemands qu’il faut l’adresser; que serait l’archéologie sans les livres d’Ottfried Müller et de vingt autres? Où apprendre l’épigra-