VIII PRÉFACE
ractère de vérité plutôt que par leur nouveauté et leur abondance. Il en ressort, à notre avis, que M. du Tralage avait Molière en haute estime et qu*il devait l'avoir connu personnellement. Ces notes renferment aussi de piquantes révélations sur les acteurs contemporains de notre grand comique. Elles étaient éparses dans le recueil original, et il a fallu les en extraire, de côté et d'autre, pour les condenser, pour ainsi dire, sous trois titres qui forment trois divisions, se rapportant au théâtre pendant la seconde moitié du XVI P siècle : La Comédie Française, la Comédie- Italienne et l'Opéra. On aura ainsi tout ce que M, du Tralage a écrit ou recueilli sur l'histoire des théâtres en France.
P. L. Jacob, bibliophile.
U S' Molière commença à jouer la ^comédie à Boupdeaux en 1644 ou 45.
iM. d'Espernon estoit pour lors gouiverneur de Guienne. Il estîmoît cet acteur, qui lui paroissoit avoir de Tesprit : la suite a fait voir qu'il ne se trompoit pas. Lorsque le roy estoit le plus amoureux de M"« de La Vallière, il la vouloit régaler de temps en temps de quelque nouveau spectacle : c'est pourquoi il pressoit extrêmement Molière, quitravailloit nuit et jour, et, dès qu*une scène estoit composée, il Tenvoyoit aussitost à Facteur ou à Tactrice qui la devoit représenter, pour l'apprendre par cœur. Cest une merveille comment il n'y a pas plus de deffauts dans ces pièces, eu égard à la précipitation avec laquelle elles ont esté faites. Tout
autre que Molière y auroit échoué; mais il avoit un art de donner de l'agrément aux moindres choses, parce qu'il les plaçoit avec esprit.
Molière estant mort, on choisit pour jouer ses rolles de comique le 5"^ Rosimond, que Ton tira de la troupe du Marais, à Paris. Après lui, le S' Raisin le jeune, autrement le petit Molière, lui a succédé et a plû à tout le monde. Depuis sa mort, on n a trouvé personne qui put bien jouer tous ses rolles. On en a donné quelquesuns au S' Guérin, mari de la veuve de Molière. On est content de lui dans les rolles de l'Avare et du Grondeur, D'autres ont esté donnés au S' de La Toriliere, qui plait fort. On a pris un nouveau comique, d'une troupe de campagne :
on rappelle du Mont. Il a environ quarante ans. Il joue d'une manière trop rustique, brusque, et qui n'est bonne qu'au village. Il n'y a rien de fin ni de spirituel , comme avoit Raisin, dans son jeu. On sera obligé de s'en passer, faute de mieux. Le bon homme du Perier, avec son air doucet, a joué pendant quelque temps le rôle de George Dandin et d'autres, mais le parterre l'a tant sifflé qu'il a esté obligé de quitter la partie et de laisser faire cela à La Toriliere.
Le S' de La Toriliere, que l'on estime tant aujourd'hui, cstoit autrefois un pauvre acteur. * Son père, qui estoit un des principaux de l'hostel de Bourgogne, fit ce qu'il put pour le faire
mettre dans la troupe. Il joua plusieurs roUes et ne plut pas. C'est pourquoi il fut obligé d'aller apprendre son mestier avec des comédiens de campagne. Maintenant il est les délices du parterre : une pièce n'est pas bonne s'il n'y paroit. Tous les autres tremblent devant le parterre et craignent les sifflets, et lui, au contraire, gourmande le parterre, fait trouver beaucoup de choses bonnes qu'on ne souffriroît pas dans un autre. Son vray nom est Le Noir, sieur de La Toriliere ; sa propre sœur est la femme du sieur Dancourt. Pour faire plaisir à ses amis qui ont de l'argent, il a rendu sa sœur traitable pour leur accorder des faveurs : il aime les plaisirs et la bonne chère. Sa femme, Colombine, la principale actrice des comédiens italiens, et fille du deffunt Arlequin, est fort ménagère, comme son père et sa mère; mais La Toriliere dépensera en un jour ou deux ce que sa femme aura épargné en un mois. Il est à craindre que les excès qu'il fait ne le tuent, comme il est arrivé au S' Raisin, qui est mort jeune par ses débauches.
Les comédiens de campagne gastent quelquefois de bons acteurs, témoin mademoiselle Bellonde, femme du S' Le Comte : elle est née à Paris, cependant elle a un accent provincial approchant du gascon, dont elle n'a pu se deffaire estant retournée à Paris, parce qu'elle avoit contracté ce deffaut en la compagnie des comédiens de
campagne. M' de Corneille Tavoit choisie pour jouer les premiers rolles de ses tragédies, et M™« de Champmeslé avoit ceux des pièces de M' Racine : présentement elle est à la pension ; elle ne peut plus jouer, à cause de ses infirmitez, qui proviennent d'une fausse couche qu'elle fît il y a quelques années.
Le S' Le Comte, son mari, est un fort honeste homme; il est le trésorier de la troupe françoise. Méchant acteur dans le sérieux, on le souffre dans le comique pour faire des rolles de conseiller, de commissaire, de gentilhomme de campagne, gardeur de dindons. Il n'a pas la mémoire heureuse, et ne songe pas toujours à ce qu'il fait. Ses distractions continuelles sont la marque de son petit génie, qui ne s'applique pas et qui est sans vivacité.
Mademoiselle du Clos, ou Chasteauneuf, est une grosse fille qui se porte bien, aimant la joye. L'on dit qu'elle sait accorder Venus et Bacchus ; elle est assez bien faite, la peau fort blanche ; elle chante un peu, mais sa voix n'est pas très forte. Si elle continue à engraisser, on ne la pourra souffrir dans quelques années. C'est une actrice de génie médiocre. Elle n'a point la timidité de M™« Clavelle. — Aussi, dit-on qu'elle (M"»« Clavelle?) a plus d'expérience, en octobre 1695.
Le S' Angelo (c'est le docteur Balouardo de la Comédie italienne à Paris, 1690) m'a dit qu'il avoit veu à Parme une pièce de théâtre ou opéra fort extraordinaire. Le machiniste fit, par le moyen de quelques roulettes, retirer tout le par- .terresousTamphithéatre: le parterre étoit chargé de plus de mille personnes. Il y avoit, entre autres, le duc de Parme et toute sa cour. Personne n'en receut aucune incommodité. Les musiciens, qui étoknt dans Torchestre au devant du théâtre, furent, par une machine, mis au dessous du théâtre ; après cela, tout le parterre fut inondé de sept pieds d'eau environ , et il y eut un combat naval à la manière romaine. Cela fait, les combattants sortirent de leurs vaisseaux et montèrent sur des escaliers que le machiniste fît sortir aux deux costez du théâtre, et ils firent un nouveau combat sur terre en cadence, et l'eau sortit du parterre, et tout fut remis aussitost en son premier estât, sans incommodité des spectateurs. Il n'y eut que vingt-quatre Suisses employez pour cette machine.
Il a veu une autre machine très extraordinaire, dans un opéra de Venise. Lorsque Ton fut prest de commencer, on leva la toille à demi, qui ne laissoit voir que les murailles de la salle, sans
aucun théâtre. Un acteur vint faire un compliment à l'assemblée, disant qu'on ne pouvoit représenter, ce jour-là, par la faute du machiniste, qui à l'heure qu'il estoit n'avoit pas même eu soucy de faire dresser un théâtre, et il promet que Ton rendra l'argent. Et cependant il descendit d'en haut un théâtre magnifique. Aussitost on acheva de lever la toille, et le bruit cessa. Il y eut en peu de temps cinq décorations différentes. Cette machine est du S' , que
Lulli avoit fait venir pour les opéras de Paris et qui fit la belle machine du Triomphe de l'Amour. Il seroit resté en France si le S' Lulli lui avoit voulu donner cinq mille livres tous les ans; mais Lulli ne voulut pas aller au delà de mille escus. Depuis ce temps-là on n'a pas eu de machines singulières à l'Opéra. On dit que ce machiniste a deux deffauts considérables : l'un^ qu'il n'est jamais content de ce qu'il fait, et lorsqu'une machine semble preste, il la fait rompre, ce qui augmente la dépense, etc. ; l'autre, c'est qu'il ne sait pas donner les lumières comme il fout.
Le S' Angelo a veu aussi à Venise une machine surprenante. Le théâtre representoit diverses pyramides et d'autres monumens de victoires à l'honneur de Scipion. Les Furies sortent de l'enfer, renversent tout, et le théâtre ne paroit plus représenter qu'un amas de ruines. Les
loges, qui auparavant représentoient une architecture agréable, changent tout à coup et semblent estre ensevelies dans des débris; le parterre tremble comme si c'étoit un tremblement de terre véritable. A la première représentation, il se fit un cri épouvantable de tous les spectateurs, qui ne s'attendoient à rien de semblable ; ils croyoient que la salle alloit abismer : personne n'en fut incommodé.
A Naples, on aime tellement la comédie que la plupart des artisans épargnent sur leur manger pour avoir de quoi aller à la comédie et avoir ppur acheter du tabac.
La comédie de Jason, qui fut jouée par les comédiens italiens à l'hostel de Bourgogne, à Paris, Tan 167., est de M. de Fatouville. Il y avoit à la fin une machine surprenante de plusieurs cascades et de quarante jets d'eau naturelle de diverses hauteurs. M. de Fatouville en donna la pensée, mais le S' Angelo a fait exécuter la chose. Cela a cousté au moins cinq cens pistoles à la troupe, qui a beaucoup gagné là-dessus.
Le S' Angelo m'avoit dit, quelque temps auparavant, que le S' Molière, qui étoit de ses amis, l'ayant un jour rencontré dans le jardin du Palais-Royal, après avoir parlé 'de nouvelles de théâtre et d'autres, le S' Angelo lui dit qu'il avoit veu représenter en italien, à Naples, une
pièce intitulée le Misanthrope, et qneV on dewroit traitter ce sujet. Il lui en rapporta tout le sujet, et même quelques endroits particuliers qui lui avoient paru remarquables, et, entre autres, le caractère d'un homme de cour fainéant qui s'amuse à cracher dans un puis pour y faire des ronds. Molière Técouta avec beaucoup d'attention, et, quinze jours après, le S' Ângelo fut surpris de voir, dans l'affiche des comédiens françois où étoit Molière, qu'ils promettoient le Misan-thropCy comédie de M. de Molière; et trois semaines en tout, au plus tard un mois après, on représenta cette pièce. Je lui répondis là-dessus qu^il n'estoit pas possible qu'une aussi belle pièce que celle-là, en cinq actes, et dont les vers sont fort beaux, eût esté faite en aussi peu de temps. Il me répondit là-dessus que cela paroissoit incroyable, mais qu'il n'en doutoit point, parce qu'il le savait d'original, et que tout ce qu'il . venoit de me dire estoit très véritable, n'ayant aucun intérest en cette pièce pour déguiser la vérité.
Molière estimoit fort Scaramouche pour ses manières naturelles; il le voyoit jouer fort souvent et il lui a servi à former les meilleurs acteurs de sa troupe.
Les comédiens italiens faisoient autrefois leurs pièces eux-mêmes, lorsqu'elles estoient entièrement italiennes. Un d*entre eux^ comme le docteur, ou Cynthio, ou Scaramouche, faisoit en gros le sujet de la pièce, distribuoit les actes et les scènes, puis chaque acteur en particulier composoit son rôle.
Les deux troupes de comédiens françois à Paris ayant eu ordre de se joindre ensemble, ceux de Thostel de Bourgogne ont cédé leur lieu aux Italiens et jouent tous les jours sur le théâtre du faubourg Saint- Germain. (Mercure galant, aoust 1680, page 332.)
Les comédiens françois à Paris ont receu deux nouveaux acteurs, le S' Roselie et le S' Sevigné, en avril 1688, à la place du S' de La Tuillerie, qui estoît mort quelque temps auparavant. Je leur ai veu représenter le Polyeucte de M. de Corneille, où ils furent applaudis d'une grande assemblée. Roselie jouoit le rôle de Polyeucte, et Sevigné representoit Severe, à la place de Baron. Depuis ce temps, le S' de Sevigné, accablé de dettes, a quitté la troupe. On l'a vu à Mons, joint à une troupe de campagne. Il n'est point regretté.
Le S' du Croisy estoit de la troupe françoise
de Molière. Il y avoit certains rolles où il estoit original, entre autres celui de Tartuffe, où il avoit esté instruit par son grand maistre : je veux dire Molière, auteur de la pièce. Quelque temps après la mort de Molière, estant goûteux, il se retira à Conflans-Sainte- Honorine, qui est un bourg près de Paris, où il avoit une maison. Ses amis Ty alloient voir. Il y vescut en fort honneste homme, se faisant aimer de tout le monde, et entre autres du curé, qui le regardoit comme un de ses meilleurs paroissiens. Il y mourut, et le curé en fut si fort touché qu'il n'eut pas le courage de Penterrer, et il pria un autre curé de ses amis de faire les cérémonies à sa place, à ce que m'a dit M. Guillet de Saint- George en octobre 1695. Il avoit une fille qui a épousé le fils du S' Poisson. Elle s*est retirée aussi de la troupe ; elle avoit quelquefois de la peine à éviter les sifflets du parterre.
Le vrai nom du S' de La Grange, comédien françois, estoit Beauvarlet, natif d'Amiens en Picardie. Il avoit un frère, et, voyant tous deux qu'ils avoient un tuteur qui les chicanoit, ils se firent comédiens en différentes troupes. Après la mort du tuteur, le frère de La Grange quitta la comédie et vint prendre le soin de son bien. Pour ce qui est du S' de La Grange, il est mort comédien à Paris.
Ceux qui font bien des vers françois écrivent bien aussi en prose. On en peut voir des exemples dans les discours et les préfaces qui sont dans les ouvrages de M" Corneille, Racine, Molière, etc. Mais il y en a, qui écrivent bien en prose, qui ne sçavent point faire des vers, comme M. d'Ablancourt, M. Arnauld, le père Bouhours, etc. Il seroit difficile de rendre raison de^cela, si ce n'est que la nature a partagé différemment les hommes, comme les animaux :
le paon a un très beau plumage, mais il ne chante pas comme le rossignol.
Les anciens sont fort grossiers dans leurs amours : il n'y a point de délicatesse ni de sentimens tendres et passionnez; ils débutent par une fille grosse. Il n'y a qu'à lire les comédies de Plaute et de Térenee. Leur Jupiter n'estoit amoureux d'une belle qu'autant de temps qu'il en falloit pour lui faire un enfant : il ne se piquoit point de constance. A peine l'enfant estoitilvenu, qu'il avoit une nouvelle maistresse. Il n'y a qu'à lire les Métamorphoses d'Ovide. Dans V Amphitryon de Molière, l'amour d'un amant et celui d'un mari y sont traitez d'une manière bien différente, mais en mesme temps ingénieuse, spirituelle et vraisemblable. Les anciens
12 tHÉATRE FRANÇAIS
ne connoissoient point ces finesses. Comparez V Amphitryon de Plaute et celui de Molière, et par là vous jugerez du goust différent de ces deux auteurs, et combien les manières des siècles où ils ont vécu estoient différentes. Il y a des choses admirables sur Tamour et l'ambition dans les pièces de Corneille et de Racine. C'est en vain qu'on chercheroit quelque chose de semblable dans tous les poètes anciens, grecs et latins : ils ne sont abondants que sur les moralitez. Les chœurs de leurs tragédies en sont composez; ce sont proprement des hors-d' œuvre ou des lieux communs, qui nous ennuyeroient bien. Je voudrois bien que M. Racine ou M. de Longepierre, deux grands admirateurs des Grecs et qui font bien des vers en notre langue, voulussent chacun traduire fidellement et en vers françois une pièce d'Euripide et de Sophocle. Qu'ils prennent la plus belle, mais qu'ils soient fidelles à conserver les pensées et les expressions les* plus considérables de leurs œuvres; que Ton donne cela à jouer aux meilleurs acteurs qu'ils pourront choisir : je leur garantis qu'ils feront siffler tout le parterre, ou tout au moins qu'il bâillera et s'ennuyera beaucoup; l'on n'y reviendra pas deux fois. Ils me diront que Sophocle et Euripide ont des beautez qui ne se peuvent exprimer en notre langue, et je leur répondrai que je ne veux point esti-
THlêATRE FRANÇAIS iS
mer un auteur dont les beautez sont ineffables et invisibles. J'ai lieu de croire qu'il sont entestez de Tantiquariat, et qu'ils ne veulent passer pour admirateurs sans raison de ces auteurs que pour paroître sçavans aux yeux du peuple, qui admire ordinairement ce qu'il n'entend pas.
Le père de Vitry, jésuite au collège à Paris, est le maitre du fonds de librairie du S' Barbin, libraire à Paris. Il a ses chefs de magasin, et c'est avec lui que les libraires négotient. Il a un garçon pour cela, qui remplit les mémoires.
Lorsque le S' Barbin en a besoin, il les prend par compte,, fait des billets pour la valeur payable au porteur, etc.
Il y a d'honestes gens dans toutes les conditions, mais ordinairement en petit nombre.
Quoyque les comédiens soyent décriez parmy certains caffars, il est certain néanmoins que de mon temps, c'est à dire depuis vingt-cinq ou trente ans, il y en a eu, et même il y en a en-
core, qui vivoient bien, régulièrement et même chrestiennement, sçavoîr :
Le S' Molière;
Le S' de La Grange et sa femme;
Le S' Deviller;
Le S' Poisson le père et sa femme ;
Le S' Beauval et sa femme;
Le S' Fioridor;
Le S' Raisin Faîne;
M"*« Raisin, femme du S' Raisin le cadet, autrement' M"« de Longchamp;
Arlequin défunt, sa femme Aularia, et ses deux iilles, Isabelle etColombine;
Le S' Michel Fracasani ou Polichinelle;
Le S' Pierrot ;
Le S' Beaumavielle, à TOpéra;
Le S' Beauchamp, qui composoit autrefois les danses de l'Opéra.
Les principaux débauchez ont esté ou sont encore :
Le S' Baron, grand joueur et satyre ordinaire des jolies femmes;
La femme dé Molière, entretenue à diverses fois par des gens de qualité et séparée de son mari;
THEATRE FRANÇAIS l5
Le S' Champmesléet sa femme, séparez Tun de l'autre par leur débauche. La femme estoit grosse de son galant et sa servante estoit grosse du S' Champmeslé en mesme temps. Il y auroit de quoy faire un gros livre de leurs aventures amoureuses.
M. le maréchal de Grammont disoit, des tragédies de M. Corneille, « qu'il mérite d'être conservé dans le cabinet des roys ». Pensée qui revient à celle du philosophe Platon, qui ne recommande point d'autre livre au tyran Denis, pour apprendre la politique, que la comédie d'Aristophane intitulée les Nues.
[Nouvelles de la République des lettres, may 1684, article 7, page 286.)
Sur le Père Maimbourg, jésuite, ET Molière, comédien.
Un dévot disoit en colère, En parlant de Tartuffe et de Vauteur Molière : c C'est bien à luy de copier
l6 THEATRE FRANÇAIS
Les sermons qui se font en chaire,
Pour en divertir son parterre ! — Paix! lui dis-Je, dévot! Il a droit de prescher.
Car c'est un droit de représaille
Que vous ne sauries^ empescher.
Ne croye![ pas que je vous raille.
Je vais le faire voir aussi clair que le jour, Et, si vous neferme^ les yeux à la lumière, Vous verre![ que Maimbourg a copié Molière,
Et que, par un juste retour,
Molière a copie Maimbourg.
Sur la mort de la belle du Parc,
COMÉDIENNE A PaRIS.
épiTAPHE.
Cy gist la charmante du Parc, Qui faisoit dans nos cœurs tant d'amoureuses brèches. L'on voyoit dans ses yeux l'Amour avec son arc
Nous décocher ses flesches.
Mais enfin ces beaux yeux, ces trônes de l'Amour, Tout vainqueurs qu'ils étoient, sont vaincus à leur tour.
Autre.
Cy gist une beauté que l'on regrette fort :
Que si la Mort, cette cruelle.
Avoit pu seulement regarder cette belle,
Et qu'elle eût eu des yeux pour elle, Nous ne plaindrions pas son sort.
Car sans doute l'Amour auroit vaincu la Mort.
Autre.
Çy gist une Hélène nouvelle, Qui fit brûler tout le monde pour elle.
Elle pourroit embra^^er son tombeau, N'étoit qu'on y jette de Veau.
Autre.
Cy gist une Hélène seconde, Qui/aisoit brûler tout le monde.
Tout le monde, selon la parole de Dieu,
Craignoit de brûler par le feu ; Mais, grâces à la mort qui Va si bien esteinte, Du péril par le feu nous n'avons plus de crainte.
Autre.
Cette merveille du théâtre, Qui gaignoit tous les cœurs, et nous ravissait tous, Dont chacun estoit idolâtre.
N'est plus maintenant parmy nous :
Car les dieux, transporte:^ et d'amour et d'envie. Jaloux de notre bien, nous l'ont enfin ravie.
l8 THÉÂTRE FRANÇAIS
Autre.
Celle qui gagnait tous les cœurs.
Qui charmait nas esprits, nas yeux et nos oreilles. Cette merveille des merpeilles.
Malgré tous ses charmes vainqueurs.
Est maintenant le sujet de nos pleurs.
Autre.
D'abord qu'on la voyait paraître.
Nous sentions dans nos cœurs certaine flamme naitre,
Que le silence exprime mieux.
Che:( nous, nous n'estions plus les maistres : Elle savait si bien cet art ingénieux
, D'entrer par le cœur dans les yeux
Que cet art paraissait en elle
Comme une chose naturelle.
Et nous nous estimions heureux
D'estre brûles^ de si beaux feux.
Et de mourir enfin d'une cause si belle.
Autre.
Elle est morte, enfin, elle est morte, Cette charmante et funeste beauté !
Elle estait à nas yeux une divinité^
Qui triomphait de Vame la plus forte.
Mais, malgré ses appas et toute sa fierté,
Enfin elle a subi cette nécessité :
THEATRE FRANÇAIS IQ
Elle est morte, enfin, elle est morte, Cette charmante et funeste beauté !
Le Procès comique.
De la belle Dupin la Molière jalouse
Luy fit, pour l'exclure, un procès.
Bien des gens partage:( prenoient leurs intérests,
Etfaisoient du bruit comme dou^e.
D'abord Thémis se déclara
Pour la veuve contre l'épouse,
Et pour jamais les sépara.
De ce beau jugement, qui trompa mainte attente^
La Dupin se porte appellante,
Malgré l'amende et ccetera.
« // faut, dit-elle, il faut qu'enfin je me contente,
Et, arrive ce qu'il pourra.
Le Parlement en parlera, i L'Oracle souverain qui règne et qui gouverne Ce que dit, ce que fait l'Oracle subalterne, Met l'appellation et sentence au néant.
En emendant et corrigeant
( Voyant dans ces belles parties Différentes beautés^, mais si bien assorties)^
Ordonne que doresnavant
Elles seront ensemble unies.
Si mieux pourtant on aime [en termes fort exprès
L'arrêt fait cette alternative.
En cas qu'on veuille l'exclusive) Donner à ceux exclus, pendant quatre ans complets.
Pour leur indemnité, dommages interests, Chacun cinq cens escus, et leur faire partage
Des droits et des emolumens
Qu^on a perceus pendant le temps Qu'a duré la querelle et ce comique orage,
Comme aussi leur faire raison
Et leur rendre à proportion Ce que sur chacun d'eux on a pris de finance Pour certains payemens, pour certaine dépence,
Dont on juge que les exclus
Ne doivent point être tenus :
Ce qu'on sera tenu d'opter dedans l'octave;
Autrement, les huit jours passe^.
L'option référée à Dauvilliers le brave.
A l'égard des despens, on les a compenses^.
POLYMENE.
Epigramme sur le Palais de la justice A l'occasion du procès des coucédiens.
Quel mélange, quelle harmonie !
Rien de pareil vit-on jamais?
Le Palais à la ComédiCy Et la Comédie au Palais.
Sur la cause des comédiens portée
A LA GrAND'ChAMBRE.