G. MASSON, ÉDITEUR
120, boulevard Saint-Germain
AVANT-PROPOS
J’ai longtemps hésite à publier ces Notes et Observations de médecine légale.
Les publications de ce genre sont rares. La médecine légale n’étant pas une carrière, les fonctions d’expert sont peu recherchées. Quant au médecinlégiste ordinairement chargé des expertises judiciaires, ses multiples occupations professionnelles ne lui laissent guère le temps de colliger de nombreux rapports, de faire des relevés statistiques et d’écrire un livre, d’un intérêt limité, et qui n’aura forcément qu’un nombre restreint de lecteurs.
N’y a-t-il pas lieu de le regretter? Des documents instructifs à divers titres sont inutilisés. Que de matériaux perdus? Si chaque expert voulait bien apporter — pour l’instruction de tous — ses observations, simples ou complexes, normales ou exceptionnelles, il y aurait profit pour la science et pour la justice.
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Aussi je me décide à rassembler et produire les faits médico-légaux qui ont été soumis à mon examen.
Le médecin-légiste — celui surtout que les circonstances improvisent et surprennent — a besoin de termes de comparaison. Sans doute chaque expertise a ses particularités et n’est jamais absolument identique à une autre expertise ; elle a son cachet et il est permis de dire que chaque cas est nouveau, au moins par quelque point. Mais si l’expert, toujours appelé à s’occuper d’individualités, doit serrer de près son observation et ne conclure que sur ce qu’il voit, il trouvera cependant dans la lecture de faits analogues, dans leur discussion et jusque dans les réserves qu’ils comportent, un appui et un guide.
Lorsqu’en 1871, à la mort du docteur Daviers, directeur de l’École de Médecine d’Angers, médecinlégiste d’une valeur incontestée et de haute autorité, le Parquet me fit l’honneur de me confier des missions judiciaires, étais-je mieux préparé qu’un autre confrère à recueillir cette succession ?
En aucune façon.
Je ne veux pas, à cette occasion, faire la critique de l’organisation de l’enseignement et de la pratique de la médecine légale en France — à cette époque
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surtout. Je me borne à dire que j’ai dû travailler beaucoup, acquérir l’expérience, lutter contre des difficultés toujours renaissantes, résoudre des questions imprévues dont on ne trouve pas la solution dans les meilleurs ouvrages de médecine légale ; j’aurais été heureux souvent de pouvoir faire une étude comparative d’observations analogues.
L’étudiant d’aujourd’hui est-il mieux préparé à ce rôle d’expert ? Assurément. Du moins il peut l’être, grâce à l’enseignement pratique organisé à la Morgue par l’éminent doyen de la Faculté de Médecine de Paris. Mais il n’en profite pas toujours ; il termine ses études ; tout le presse ; la famille est impatiente, les postes s’offrent à son besoin d’activité ; il prépare hâtivement le quatrième examen de doctorat, travaille seul, ouvre un Traité de médecine légale, quand il ne se borne pas à un Manuel, et n’emporte, pour tout bagage médico-légal, que des connaissances vagues et insuffisantes ; souvent il n’a même pas assisté à une autopsie judiciaire.
L’étudiant ne devrait cependant pas oublier qu’il ne pourra pas toujours — une fois docteur — se soustraire à une expertise et décliner un mandat en cas de flagrant délit. Qu’il le veuille ou non, il lui
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faudra — expert de hasard — faire les constatations nécessaires, répondre ^ le scalpel à la main — aux questions pressantes du juge d’instruction, rédiger un rapport, formuler des conclusions et les défendre aux assises devant le jury.
C’est parce que, au début de ma carrière médicolégale, j’ai rencontré de sérieuses difficultés et des embarras inattendus, que j’écris ces notes et publie ces observations. Faute de mieux, elles témoignent de la multiplicité des questions soumises à la sagacité de l’expert. Qu’on ne se méprenne pas sur ma pensée? En relatant ou résumant de nombreux rapports, je n’ai pas la prétention de les présenter comme des modèles. Ce sont des faits et des documents médicaux. Rien de plus. L’étudiant des Écoles préparatoires de médecine, que des motifs impérieux obligent trop souvent à hâter le terme de ses études, peut y trouver encore une invitation à ne pas rester étranger aux notions essentielles de la médecine légale et à se mettre en mesure, pour sa considération même, de satisfaire aux réquisitions judiciaires. Après tout, le magistrat nous honore en nous confiant cette délicate et grande mission d’expert.
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Cette première publication sur les Attentats aux mœurs sera suivie de notes et de rapports sur les Attentats à la reproduction, les Blessures, les Asphyxies, les Empoisonnements, \’Aliénation mentale, etc.
Ce travail résume et analyse une pratique médicolégale de vingt-quatre années.
Angers, 3 o août iSyd.