DISCUSSIONS DIVERSES ET CONCOURS
La lettre de F. Bastiat que nous venons de citer, suivie de plusieurs lettres de M. Carey, devint en 1851 l’objet de deux discussions à la Société d’Économie politique et de plusieurs
* Il y a dans Ricardo de courtes phrases énonçant des propositions amenées par des liypothèses et suivies des démonstrations et des explications qui y sont relatives. Si on isole ces phrases, on n’a pas ce que Ricardo a voulu dire; — or, c’est là ce qui est arrivé à beaucoup de ceux qui ont voulu ou se servir de l’autorité de Ricardo ou diriger des attaques contre lui.
Mais il est juste de citer à la décharge de ces écrivains une appréciation de Rossi qui dit en parlant de la théorie de la rente de Ricardo (8« leçon) : « Cette belle théorie a été mise en lumière, entre autres, par Ricardo, auquel cependant on peut reprocher les répugnances qu’elle a rencontrées dans l’esprit d’un grand nombre d’économistes, surtout en France. Esprit éminent et le premier des économistes après Smith, Ricardo n’a pas toujours apporté dans l’exposition de ses idées toute la clarté désirable; il a quelquefois abusé du langage et sacrilié la clarté à des formes concises et abstraites, dont la rigueur n’est qu’apparente.»
-Voir notre volume intitulé ; Du principe de population, etc., in-18, chez Guillaumin et Garnier frères.
communications au Journal des Économistes, dont l’auteur était alors rédacteur en chef, par MM. de Molinari, A. Clément, Boulowski, A. Cherbuliez, Arrivabenne, etc., favorables aux idées de Ricardo. Cette discussion a en outre produit deux volumes spécialement consacrés à la question do la Rente et à celles qui s’y rattachent, l’un de M. R. de FontenaiS qui a défendu les idées de M. Carey et de Basliat, auxquelles il cherche à rattacher Ch. Dunoyer, et l’autre de M. le colonel Matthieu Wolkoff *, qui, tout en défendant Ricardo, a voulu prendre une position plus éclectique. Ceux qui reliront toute cette polémique nouvelle s'apercevront que la confusion des termes y joue un grand rôle et qu’au fond beaucoup de difficultés proviennent de là.
MM. Rodbertus * et Wirth * ont défendu, en Allemagne, en partie la thèse de M. Carey. M. F. Ferrara, professeur à l’université de Turin, a fait une remarquable mais trop louangeuse dissertation sur les idées émises par l’économiste américain sur la Rente et les conséquences qu’il en tire pour la distribution de la richesse ®.
Parmi les économistes qui ont exposé des vues plus ou moins analogues à Ricardo, il faut citer: James Mill, Florez Estrada, Rossi, MM. Mac-Culloch, Senior, John Stuart Mill, Guillaume Roscher *, de Thünen. Nous venons de nommer
' Du revenu fonder. Paris, Guillaumin, 1854, in-18.
* Opuscule sur la rente foncière. Paris, Guillaumin, 1854, in-8. (Voir aussi, dans un ouvrage plus récent du même ; J^ectures d’ Économie politique rationnelle, in-18, Guillaumin, 1801.
^Sociale Briefe. Berlin 1851, p. 197 etsuiv.
* Gründzuge der Naliofiat OEkonomie (Précis, etc.), Cologne, 1856.
<> Biblioteca delV economista, introduction du tome XIII, 1853, contenant la traduction des Principels de Carey et de Hac-Culloch : — V. aussi l’introduction du tome XII, contenant les Harmonies de Bastiat, les Principles de M. Mill, les Éléments de M. Joseph Garnier, 1851, Turin, chez Pomba.
On trouve dans les Principles de M. Uosclier, professeur à l’université de Leipzig, récemment traduits et annotés par M. Wolowski, de nombreuses et savantes indications bibliographiques sur ce sujet comme sur les autres — M. Wolowski a en outre mis & la lin du volume le résumé
DESl)ISCDSSIONS RÉCERTES RELATIVES A LA RENTE DD SOL. 527
ceux des membres de la Société d’Économio politique qui ont produit des opinions analogues à l’occasion d’un débat sur celte question.
Nous avons dit que les idées de Ricardo étaient celles de Malthus et du docteur West (p. 519). Quant à J. B. Say, on voit, par son Cours complet et sa correspondance, qu’il y avait de la confusion à cet égard dans son esprit : car il ne parle pas du rôle de la terre avec sa lucidité ordinaire.
Celle polémique a amené la section d’économie politique de l’Académie des sciences morales et poliliques é faire de la question de la rente foncière un sujet du prix. Ce concours, provoqué par le livre de Bastiat, proposé pour 1855 a été remis à 1857. La question avait été ainsi formulée : « Rechercber et exposer: l"les causes qui ont permis à la terre de rendre, — outre la portion du produit nécessaire pour couvrir les frais de la culture, — un excédent qui se convertît en rente ou fermage ; 2" les causes qui déterminent le taux plus ou moins élevé des rentes ou fermages. »
Cet énoncé semble indiquer que la Rente et le Fermage sont identiques, tandis que le Fermage peut être égal à la Rente, plus grand ou plus petit qu’elle*. Mais nous n’avons point à nous arrêter sur ce point, notre intention étant seulement de donner le résultat et l’esprit du concours.
Sur cinq mémoires présentés au concours, M. H. Passy, rapporteur, a signalé comme méritant le prix celui de M. P. A. Boutron, agrégé de l’université. A en juger par la lecture de ce rapport, car le travail de M. Boutron n’a pas, ù notre connaissance, été publié, le mémoire couronné n’est qu’un dé-
d’un travail de M. le professeur Schutz de Tubingue, sur la rente des propriétaires et le conflit apparent de leur intérêt avec celui des autres classes de la société, publié dans la Zeitschrift, etc , de Tubinguc, et rappelant l’opinion de divers auteurs allemands. — Mao-Culloch (Pn«cip/r*) et Rossi [Cours) ont exposé ces questions avec une grande clarté; M. de Thünen (Isolirtes-slaat, 2" vol. ISftO), avec une précision mathématique.
* V. Traité d’Éconumie politique, 5'éd., chap. xxii, § 5.
vc'loppement des idées dites de Ricardo qui sont conformes à la nature des choses. L’auteur du rapport lui-méine est aussi dans la même voie.
!tf. Passy, dans sa conclusion, signale l’esprit de ce mémoire en disant : « Ce que l’Académie voulait avant tout, c’était un examen approfondi de l’origine des causes de la rente foncière ; l’auteur a rempli fort habilement cette partie essentielle de sa tâche. La plupart des économistes ne s'étaient occupés de la rente que comme d’un fait particulier à la terre, et de là, dans les opinions, des divergences et des incertitudes. En démontrant que, duc à la disparité des dons que la nature répartit aux personnes aussi bien qu’aux choses de l’ordre matériel, la rente se produit dans tous les modes possibles de l’activité humaine ; l’auteur a réussi à mettre en pleine lumière une de ces vérités dont la puissance ne larde pas à dégager les sciences d’embarras qui en ralentissaient la marche »... et plus haut : « si ce n'est pas la première fois que cette vérité est énoncée, c'est la première fois qu’elle est généralisée avec tant d’assurance et de décision*. »
Nous voudrions amender celte proposition en ce sens, que si c’est la première fois que celte vérité ait été l’objet d’une élude aussi détaillée et aussi étendue, nous l'avions trouvée fort clairement énoncée dans le Cours de Rossi, et rappelée dans la discussion qui eut lieu en 1851 au sein de la Société d’économie politique. Nous l’avons consignée dans notre traité, à partir de l’édition de 1856* et dans la 1*^ édition de notre Abrégé^. Nous en parlions ici môme dans la première édition de cette note en 1858.
* V. le Journal de» Economittes, do juin 1838, tome XVIII, 2^ série, p. 405.
* V. p. 410, 3* éd. et alinea 795 * de la 5*.
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IV. —LES EXPOSITIONS NATIONALLS ET UNIVERSELLES DES PRODUITS DE L’INDUSTRIE.
I. Coup d'œil liistorique. — II. Utilité des expositions; — elles remplacent les foires; — objections qui leur sont adressées; — résultats industriels et economiques. — 111. Indication dos Prix sur les produits.
— IV. Résultats politiques et moraux. — V. Organisation des exposi-
— tions; — Fonctions des Jurys.
g 1. — Coup d'œil liifi(ori(|ue.
Les expositions des produits de l’indtislricsonlun grand fait économique, un des grands traits caractéristiques de ce siècle, auquel ont particulièrement pris part la France et l’Angleteire.
En 1756, la Société des arts de Londres qui, un siècle plus tard, devait prendre une si grande part à la première Exposition universelle de 1851 , proposa des prix pour les plus beaux produits de diverses industries, telles que les tapis, les poteries, les porcelaines, etc., et fit une exposition des objets destinés au concours; c’était à proprement parler une exposition artistique, en imitation de celles qui avaient lieu en France pour les tableaux, dessins et sculptures. En 1798, après le rétablissement de la tranquillité en France, le gouvernement imagina de faire, sous forme d’exposition, une espèce de solennité industrielle, à laquelle ne prirent part que cent dix exposants. Cette exhibition imprévue n’était qu’une fête de circonstance improvisée pour célébrer l'anniversaire de la République. On continua les deux années suivantes, sous le ministère de Chaptal, et le nombre des exposants doubla et quintupla.
La quatrième exposition de 1806 fut un concours presque européen; les différentes villes de la France d’alors exposèrent; on compta plus de HOO exposants venus de la Belgique, de la Suisse, de l’ilalie. Les préoccupations militaires ne permirent plus au gouvernement de songera ce genre de manifestation que la Restauration reprit en 1819, 1825 et 1827. A ces trois époques le nombre des exposants, exclusivement fran-
çais, et de la France réduite à ses proportions d’avant 80, ne dépassa guère celui de l’exposition de 1806.
Après la Révolution de Juillet, un grand élan fut donné à ces solennités : l’industrie française avait fait de notables progrès que constatait l’exposition de 1834, qui compta près de 2300 exposants. Les usines s’étaient multipliées et agrandies, les machines perfectionnées; les frais de production avaient diminué; plusieurs arts nouveaux avaient pris naissance. En 1859, en 1844, mêmes constatations : le nombre des exposants était arrivé à 5400 et à 4000. On remarquait à ce dernier concours le perfectionnement des machines-outils, et le nombre des machines agricoles*. — L’exposition de 1844 eut lieu dans des circonstances très-favorables. La France (et avec elle l’Europej avait l’esprit calme; elle songeait uniquement à développer ses moyens de production, à augmenter ses voies de communication, à multiplier ses échanges ; elle croyait que le temps de la guerre étrangère et de la politique stérile ôtait passé. A cette époque, bien que le socialisme eût déjà poussé de larges ramifications dans les classes ouvrières, il conservait le caractère pacifique qu’il perdit plus tard. Alors les partisans des divers systèmes prêchaient l’horreur des moyens violents, la stérilité des formes politiques, et ne se doutaient guère qu’ils auraient une si rapide influence sur l’esprit des masses’.
L’exposition de 1849 ne s’ouvrit pas sous de pareils auspices. L’industrie venait de traverser près de trois années calamiteuses, pendant lesquelles s’étaient succédé plusieurs grands fléai\ÿ : en 1846-47, les inondations de la Loire, la disette, la crise financière résultant de l’engoument pour les chemins de fer; en 1848, la révolution politique, la guerre civile, les illusions du socialisme, suivis en 1849 des frayeurs réactionnaires, de
* V. pour plus dfi dclaits sur cette exposUion caractéristique cl les précédentes, notre coup d vCil sur l'exposition des produits de l’industrie française en 18ti, lu-ocliure 'in-S° et Journal £conomti/es, juillet ISit. - V. plus haut notice sur le Socialisme, p. 450.
LES EXPOSITIOSS KATIOS.VLES ET ÜSIVERSELLES. 551
|a crainic d’une conflagration Européenne : le tout concurremment avec le choléra ! Cependant l'empressement des exposants fut gl’and ; ils furent encore plus nombreux qu’en 1 844', et l’ensemble des produits témoignaient de progrès notables. Le magnifique outillage qui avait frappé l’attention à l’exposition précédente, revenait avec de grandes améliorations ; il en était de même des locomotives et des grands mécanismes, pivots de la production, ainsi que des autres branches de l’industrie. A l’imitation de la Belgique et à la demande des agronomes*, l’agriculture obtenait une place d’honneur. Aux expositions précédentes, on n’admettait que les charrues, les mécaniques et les outils agricoles; les produits de la culture étaient repoussés, et on ne pouvait les introduire que par subterfuge ; la circulaire ministérielle excluait positivement les boissons, et il n’était nullement question des bestiaux. En 1849, au contraire, appel fut fait aux producteurs agricoles de toute espèce : On admit les vins, les bestiaux, les céréales, les légumes, les fruits, les fleurs, etc.
Ce fut la dernière exposition exclusivement nationale.
Cette institution avait été successivement imitée après 1859, à Bruxelles, à Vienne, à Berlin et plus tard à Berne, à Madrid et même à Constantinople (en 1865), etc. L’Italie libérale aspirait à une exposilion^ialionale comme manifestation unitaire et patriotique. Ce mouvement ne sc fit pas sentir en Angleterre ; le gouvernement n’ayant pris aucune initiative, les exhibitions industrielles conservèrent le caractère local et spécial : telles ont été quelques expositions à Birmingham (depuis 1820), à Manchester, etc. La Ligue sc servit des expositions comme moyen financier en 1845 à Manchester, en 1845 à Londres dansCoveiit-Gardcn. La Société des arts dont nous avons mentionné l’inilialivc en 1756, faisait, il y a vingt ans, des efforts
' Nombre des exposans : 110 en 1798, — 220 en 1801, — 540 on 1802, — 1422 en 1800, — 1002 en 1819, — 1018 en 1825,— 1795 en 1827, — 2117 cnl834. — 2581 en 1850,- 5919 en 1811. — 4500 on 1819, y compris les e, lisants agricoles, mais non compris les Iiorliculleur.s.
* Qui se réunissaient en congres agricole, tous les ans, depuis 1811.
SÛTES ET PETITS TRAITÉS
pour arriver à des expositions publiques analogues à celles qui avaient lieu périodiquement en France; en 1844 elle s’adressait au gouvernement dans ce but. Ses sollicitations furent renouvelées en 1848; le prince Albert, président de la société, consentit à prendre la direction d’un comité spécial, et soumit un projet au ministère; mais il fut de nouveau décidé que l’État n’avait pas à intervenir, en vertu de ce principe que les taxes ne sont pas faites pour défrayer une solennité qui doit profiter aux exposants et aux visiteurs, lesquels doivent dés lors faire les frais de l’entreprise. Néanmoins 1a Société qui avait organisé en 1847 une exposition sur une petite échelle, persista dans son projet, et s’occupa d’un projet d’exposition nationale pour 1851. Mais bientôt le projet s’agrandit encore, et on vit surgir en 1849 la pensée d’une exposition universelle, agitée en France et tout à fait conforme à la doctrine de liberté commerciale qui venait de triompher avec éclat.
En France, les publicistes économistes do la presse quotidienne chargés des comptes rendus des expositions' avaient quelquefoisformuléledésidératum d’une exposition ouverte aux productions de tous les pays, et l'idée avait eu assez d’écho, avec l’impulsion générale de 1848, pourque le ministre du commerce, M. Buffet, membre de la Société d’économie politique, consultât sur ce point important les chambres de commerce dont le plus grand nombre dominé par les préjugés protectionistes et des influences manufacturières répondit dans un soES délavorable à l’admission des produit étrangers. Le gouvei neineiit n’était, à cette époque, ni assez convaincu, ni assez fort pour dominer l'opposilion protectioniste, et l’exposition de 1819 l.it exclusivement nationale; mais elle contribua à fortifier l’idée d’exposition universelle qui surgit aussi du sein du Congrès de la paix*, lequel fut tenu celte même année à Paris,
• MM M. Clicvalier, Wolowski, de Molinari, Coquelin, Louis Leclerc, Biaise (des Vosges', Théodore Fix, .loseph Garnier, etc.
' --> 2i août 18i9 dans la salle Sainte-Cécile, organise par M. Henry
par l’inilialivc de la Société des amis de la paix de î.ondres.
L’illustre chef de la Ligue de Manchester qui avait obtenu les réformes dites de Robert Peel, fut un des éminens orateurs de ce congrès; il visita les galeries de l’exposition, et repassa, ainsi que d’autres hommes importants, le détroit avec l’idée d’une exposition universelle, comme dernier coup à porter à l’esprit protectionste, et comme argument péremptoire en faveur de la liberté commerciale et du rapprochement des peuples. Toutefois, on homme habile, et pour ne pas compromettre le succès de ce projet, il conseilla à ses amis d’éviter de donner une signification libre-échangiste à l’entreprise, et de laisser toute initiative publique au prince Albert agissant à la tète d’une société artistique, et s’inspirant des sentiments libéraux qu’on lui connaissait.
Le prince Albert, au nom delà Société des arts, sollicita la formation d’une commission royale dans laquelle on fit entrer les plus notables promoteurs du projet; d’autre part un conseil exécutif, composé de quatre membres choisis parle conseil de la Société des arts, procéda, sans le secours financier du gouvernement, à l’organisation et à la réalisation de cette solennité qui aura été un des plus grands faits de ce siècle.
L’an d’après, il fut organisé une exposition universelle à New-York, qui fut bien loin d’avoir l’importance et l’éclat de celle de Londres; mais en 1853, l’exposition de Paris eut encore plus que celle de 1851 le caractère universel et international, à cause de la situation de la France. Londres a vu se renouveler la niêine solennité en 1862, et la deuxième exposition universelle en France doit avoir lieu eul867.
11 n’y aura plus désormais d’expositions exclusivement nationales; mais il y aura peut-être encore, avec avantage, des expositions régionales.
Hicliard, socrélaire de ta société dos amis do la paix, Etilui Durritl du Massacliusscts et Josopli Garnior, socrélaire do la Société d’éconoinie politique.
NOTES ET PETITS TPAITÉS
§ II.— Cfililé dcft csposUions.— Réponse aux objections qui leur
sont adressées. — Résultats industriels et économiques.
A la suite d’une discussion au sein de la Société d’économie politique sur rulilité des expositions, un des plus illustres membres de celte société, Ch. Dunoycr, nous écrivait' :
« Il me semble, mon cher M. Garnier, que l’usage des expositions ne s’explique que par noire goût pour la décoration, pour le faste, pour tout ce qui a un caractère théâtral, et que le seul objet que le gouvernement se propose, c’est de satisfaire ce goût national assez vain, et surtout de faire plaisir (aux frais des contribuables) à un certain nombre de manufacturiers qui trouvent dans les expositions une occasion de se faire voir dans leur plus belle toilette, de s’étaler aux yeux du public, de jeter de la poudre aux yeux, d’obtenir des médailles et de vendre quelques marchandises. Mais, quant à l’utilité réelle, elle me frappe médiocrement. Les vraies expositions sont celles qui se font dans les foires, les marchés, les boutiques, non pas dans ce qu’on appelle la montre (c’est là l’exposition trompeuse), mais dans l’intérieur, là où sont présentées les marchandises vraiment en vente et où l’on connaît les prix réels. Les autres expositions, celles dont nous nous occupions à notre dernière réunion, sont quelque chose de peu sincère et de peu recommandable, quelque chose comme la montre cl\a réclame. L’unique avantage que j’y trouve, c’est d’y rencontrer réunis des échantillons d’une multitude de choses, mais des échantillons qui ne donnent qu’une idée médiocrement juste des industries qui viennent étaler leurs produits, et qui ne font guère connaître le prix de rien. Au surplus, c’est là une simple impression, une impression générale, et non, encore une fois, une opinion sur une question que je n’ai peut-être pas suffisamment approfondie. »
Celte lettre résume parfaitement les objections qui ont été •
* Juillet 1849.
faites et qu’on peut faire aux expositions. Comme l’honorable écononiisle qui l’a écrite, je pense que l’amour du faste, des manifestations théâtrales a beaucoup poussé les exposants et le gouvernement, ainsi que (comme je l’ai dit plus haut) le désir des médailles, le besoin de se faire valoir aux yeux du consommateur, le désir de provoquer la vente; mais il y a autre chose dans les expositions, comme je compte le dire plus loin. J’avoue que l’exhibition la plus véridique, la plus réelle est celle de la foire, du marché et de l’intérieur de la boutique, où s’établit le prix do vente. Mais il est juste de reconnaître que l'on peut acheter la montre, et qu’en admettant, ce qui n’est pas toujours vrai, une différence entre l’étalage et les marchandises des magasins, on peut juger de ces dernières par l’étalage; de sorte que, s'il est bien vrai que l'exposant ne produise que ce qu’il sait faire de mieux, ses échantillons n’en donnent pas moins une idée très-approximative de sa fabrication courante. Examinez, par exemple, des verreries, des cristalleries, les pièces entières apportées par les fabricants de tissus, les innombrables articles des arts parisiens, les machines et les appareils de toute espèce qui se montrent au grand complet, et vous serez obligé d’admettre qu’en général les échantillons exposés donnent une idée juste des industries qui les ont produits.
Si ces meubles sont bien sculptés, s’ils sont montés avec goût, n’est-ce pas une preuve que le fabricant a l’intelligence de son métier? Si ce formidable outil-machine est bien organisé pour fonctionner ; si vous pouvez vous assurer qu’il travaille chez Calla, Decoster ou tout autre, ne représente-t-il pas parfaitement tous les moyens semblables qu’utilise l’industrie? Ne pouvez-vous pas lire sur cette collection des produits chimiques, que le fabricant épure, affine, prépare avec intelligence? Assurément les industries font toilette et prennent leurs habits neufs pour assister à la solennité organisée pour les faire briller; tout comme les invités d’une fête s’y rendent avec des habits plus beaux que les habits ordinaires, avec un plus grand nombre d’atours ; mais, pour l’observateur attentif.
KOTES ET PETITS TRAITÉS
celle préparalion facilite peut-êlre encore rapprèciution exacte des mœurs et de l’aisance générale d’une populalion.
Admettons que rensemble des produits de l’exposition est supérieur à la fabrication courante, vous n’en avez pas moins, en les étudiant, une idée vraie de ce que l’industrie peut faire quand elle s’en donne la peine, quand elle compose; et comme les efforts ont été les mômes et que la toilette est générale dans l’exposition, et aussi aux expositions précédentes, vous avez partout la même valeur relative, et vous pouvez établir vos comparaisons en parfaite connaissance de cause. Si maintenant vous admettez, ce qui est encore vrai, que la plupart des juges du concours sauront, par la connaissance qu'ils ont des produits usuels dans certaines industries, déterminer le rapport qu'il y a entre ces produits usuels et ceux plus soignés de l’exposition, n’est-il pas évident que, par l’exposition, ils pourront se faire une idée très-exacte de la force actuelle des industries qui se produisent au grand jour?
Je ne veux pas nier, avec cette toilette générale dont nous venons de parler, les tours de force, les subterfuges, effets du charlatanisme; mais cesinconvénients ont presque disparu avec les premières expositions. Aujourd’hui les industriels sont retenus dans la limite du possible, du vrai, du courant, par le contrôle du jury, par celui des confrères, par celui des principaux acheteurs, qui tous contribuent à réduire à leur juste valeur les choses qui leur sont montrées. J’ajouterai que les tours de force ne sont jamais à dédaigner dans une exposition, pas plus, en général, que les idées qui n'ont point d’application; car ce qui ne sert pas aujourd hui servira demain, lorsqu’une autre idée sans application sera venue se réunir à l’idée précédente pour produire un utile accouplement. Ce qui était tour de force en 1819 passe aujourd’hui pour chose courante.
Nous avons répondu, ce nous semble, aux diverses objections formulées contre les grandes exhibitions quinquennales des produits de l’industrie; qu’il nous soit pernus maintenant
d’insister sur leur utilité directe et sur le profit que l’industrie et le pays peuvent en retirer. Quant à nous, l’exposition nous apparaît comme une grande école industrielle et mutuelle pour les producteurs de toute espèce, pour les négociants, pour le public consommateur, pour les artistes, ün dit que les voyages, l’examen des fabriques voisines, lointaines et étrangères, sont capables d’instruire, et on reproche avec raison à nos fabricants de ne pas savoir ce que font leurs collègues ou leurs concurrents : eh bien ! un jour d’étude dans une galerie à l'exposition équivaut à bien des voyages, évite bien des dépenses, économise bien du temps. Or, cette étude est des plus fructueuses, puisque les types sont rapprochés, que les comparaisons sont faciles; que, non loin du produit perfectionné, on trouve souvent l’outil, l’appareil, le mécanisme à l’aide duquel on l’obtient : et cette galerie des machines ne sert pas seulement à faire valoir les constructeurs, à les instruire réciproquement; elle sert aussi à éclairer les manufacturiers et les fabricants en tout genre qui ont chez eux des engins et des appareils fonctionnant pour leur production.
Nous disons donc que l’exposition est une école mutuelle pour tous les producteurs, non-seulement de même genre entre eux, mais de genre différent entre eux. Kn effet, le fabricant de draps peut profiter d’une heureuse idée d’un fabricant de tissus quelconque; le fabricant de cristaux, d’un procédé de fabricant de poteries ou d’une production de genre encore plus éloigné. Et cela est surtout vrai des artistes en général, de celte variété de producteurs qui se préoccupe de rharmonie des formes, et peut appliquer à une machine ce qu’il a étudié dans un meuble, à un meuble ce qu’il a étudié dans une machine.
De même que l’exposition est une école féconde pour les chefs, elle l’est également pour les ouvriers. La Chambre de commerce de Lyon l’a compris, en envoyant à Paris, à ses frais, douze chefs d’ateliers, contre-maîtres ou ouvriers, pour visiter les salles des Champs-Elysées. Celte heureuse initiative aura
NOTES ET PETITS THAITÉS
probablement des imitateurs*. Enfin, l’enseignement de l’exposition est utile et fécond pour les vendeurs et le public en général, qui prend à ces exhibitions une idée générale de la force productive du pays, conserve un souvenir admiratif des belles productions qui l’ont frappé, épure son goût et exerce ensuite sur la consommation une action qui contribue indirectement au perfectionnement de l’industrie* .
Ces remarques étaient faites à propos des expositions nationales; elles s’appliquent avec plus de force aux expositions universelles.
Notre iljustre correspon-dant parlait des fov'es comme ex. positions naturelles ; mais les grandes foires s’en vont.
Avant le perfectionnement des voies de communication et des moyens de crédit, les foires étaient le mode employé par les producteurs des djversos contrées pour opérer les échanges. Aujourd’hui trois foires seules, en Europe, ont conservé un certain caractère de grandeur, celles de Nijni-Novogorod, de Leipzig et de Beaucaire ; elles peuvent donner une idée de ce qu’était autrefois le commerce du monde. Elles forment un bazar temporaire de toutes sortes de produits, et ont en cela de l’analogie avec les expositions.
Mais dans ces foires, la vente ou l’achat, le commerce est le but unique de la réunion ; tandis que le caractère des Expositions industrielles est le concours, la comparaison des moyens de produire, et celle des produits obtenus, etenfin la gloire recueillie par les exposants, dans cette lutte d’adresse, de science et d’art. Le but final est bien celui que se proposaient les approvisionneurs des foires, la vente des objets fabriqués, la réalisation de bénéfices légiliines; mais ici, appeFest fait à Ions et c’est à cette multiplicité même de produits que ne requiert pas le marché du lieu où se tient l’exposition, qu’est dû le caractère plus large de ces solennités.
< Elle en a eu aux expositions universelles d<^ t851,18.‘i5, 18(52.
- Extrait d’un article inséré dans le Journal (les Économistes, numéro de juillet 18H5
Le progrès des voies de communication a fait remplacer les foires par les magasins et les boutiques des villes, qui fonctionnent comme des foires permanentes, 'pour les habitants des campagnes et des centres plus éloignés.
■ Comme les foires, les expositions universelles activent le mouvement des échanges, créent des relations, provoquent les transactions, facilitent les débouchés; — bien plus que les foires, elles rapprochent les producteurs entre eux et les consommateurs des producteurs, les populations des divers pays, pour lesquelles elles deviennent un enseignement réciproque.
Les partisans de la liberté commerciale, "puisant des arguments victorieux et d’ordre pratique dans les expositions nationales, faisaient ressortir : le développement des indu.stries indigènes; la possibilité par elles de soutenir la lutte avec les industries des autres'pays; les avantages de ces concours pour les progrès dans la production et les débouchés.
Les expositions universelles sont venues contîrmer toutes ces assertions, faire évanouir dans l’esprit des uns, atténuer dans l’esprit des autres les frayeurs de la concurrence des industries similaires de l’étranger; elles sont donc encore, plus que les expositions nationales, des congrès favorables à la liberté commerciale; comme aussi il faut dire que la possibilité de les établir a été une conséquence de la propagande libre échangiste en Angleterre. L’Lxposition de 1851 eût été impossible avant les prédications de la Ligue et les réformes de Robert Peel. D’autre part, le traité de 1860 eût été plus difficile pour le gouvernement français, si l’opinion publique n’avait pas été éclairée et assurée par les expositions de 1851 et de 1855, et si cette dernière n’avait pas notamment fait ressortir ce qu’il y avait d’absurde et d'odieux dans le système des prohibitions. « Les législations douanières, disait le prince Napoléon en 1 855, doivent subir cl elles subissent déjà de grandes modifications sous l’influence des expositions universelles; elles tendent à la substitution des droits fiscaux aux droits
protecteurs perpétuels. En France, le principe do la suppression de la prohibition est un fait acquis, et on ne peutnier qu'il y ait un progès utile à abaisser les droits sur les matières premières pour mettre nos fabricants sur un pied d’égalité avec ceux de l’étranger. » (Rapport à l’Empereur.)
§ III. — KésiiKala économique*, iiuliliqiiea et moraux tleo expooitiona univeraellea.— I.ea expoaitiona univeraelies, la guerre et la paix.
Tous les hommes ont lieu de se réjouir de ce grand fait déjà inscrit dansFliistoire^ : Exposition universelle de l’industrie de tous les peuples, à Londres, en 1851 .
Mais entre tous ceux qui ont le droit le plus de se réjouir, ce sont les amis de la paix, ceux qui se sont donné la mission d’appeler avec instance l’attention publique de tous les pays sur la nécessité, rutililé, la possibilité de faire disparaître, des rapports internationaux, cette exécrable, celte désastreuse, celte extravagante pratique de la guerre.
La guerre tue le génie des inventions ou en fait dévier la puissance vers les combinaisons du mal.
La guerre tarit les sources où s’alimente le grand fleuve du Capital, ce Nil de l’industrie, et sème partout sur son passage la désolation et la misère.
La guerre isole les nations, les bloque chez elles, les atrophie.
La guerre désassocie, désagrège, démoralise, dissout la grande famille humaine.
Et tout cela par d’atroces procédés : la dévastation des récoltes, l’incendie des cités, le meurtre des populations en masse, le sacrilège et la profanation de tout ce que la nature, la religion, la morale, nous portent à aimer, à honorer, à respeclar.
' Écrit en 1851, sur la demande de la Société des amis delà paix de Londres et distribué (en français et en anglais) par les soins de cette société, aux visiteurs du palais de Hyde-l’ai k.
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C’est, au contraire, par la paix que s’opère la mystérieuse fécondation des intelligences, que se produit l’éclosion des idées nouvelles dont l’application aide riiuiiianilé à s’avancer dans la voie du progrès.
C’est par la paix que l’épargne est possible, que le capital se forme cl s’augmente, que le travail s’accroît, que les salaires s’élèvent, que la misère diminue, que les travailleurs s’émancipent, que le nivean de la moralité humaine monte.
C’est par la paix que les nations travaillent les unes pour les antres; qu’elles échangent des quantités toujours croissantes de produits, de services, d’idées ; qu’elles se partagent de plus en plus les avantages réciproques qui résultent de la situation de leur climat, de leurs aptitudes, et qu’elles arrivent à la pratique de la fraternité possible.
Et bien ! les expositions universelles aideront puissamment à diminuer les chances de la guerre, et à développer les avantages de la paix dont elle est elle-même une si imposante manifestation.
Qui eût dit, il y a peu d’années encore, lorsque l’Angleterre et la France s’absorbaient dans une pensée de destruction réciproque, que viendrait si tôt le jour où ces deux nations assisteraient à un concours aussi grandiose, aussi fécond, et si exclusivement pacifique? ‘
Par le fait de l’exposition, des milliers d’hommes de tous les pays, choisis parmi les plus actifs, les plus laborieux, les plus entreprenants, les plus influents, se seront rencontrés, connus, appréciés. Les besoins d’affaires, de plaisirs, de curiosité, d’instruction, auront amené un grand échange de connaissances, d’idées, de sentiments. Or, la loi des phénomènes sociaux étant, comme celle des phénomènes célestes, une loi d’harmonie, la résultante générale de celte affluence sera l’accroissement du sentiment de concorde. Ces Anglais, ces Français, ces Américains, ces Allemands, ces Russes, ces Italiens, ces Espagnols, ces hommes du Nord, du Sud, de l’Est, de l'Ouest, habitant au delà ou en deçà de l’Océan, seront un peu moins
NOTES ET PETITS TnAITÉS.
Anglais, Américains, Allemands, Italiens, Espagnols, Russes, etc., et un peu plus hommes; ils se sentiront un peu plus membres de la grande famille, un peu plus égaux, un peu plus solidaires, c’est-à dire un peu plus utiles et indispensables les uns aux autres.
Cette noble pensée, si promptement réalisée par l’esprit d’association, et si magnifiquement traduite par le palais de Ilyde-Park, restera comme un immense trait-d’union tracé, vers le milieu du dix-neuvième siècle, entre tous les peuples.
Depuis longtemps on reconnaît que le commerce, en amenant des croisements d’intérêts et le rapprocbement des hommes, est favorable au progrès des mœurs et de la civilisation. Les expositions universelles produisent ces résultats si désirables, pour ainsi dire, sur une très-grande échelle, et par un procédé à la fois simple et perfectionné. Combien peu d’hommes ont le temps, l’argent et l’occasion nécessaires pour se transporter dans divers pays et y visiter diverses branches de production! Avec l’aide du congrès de Hyde-Park, en quelques jours, avec une petite dépense, des milliers et des milliers d’hommes, savants, artistes, industriels, administrateurs, hommes d’État, producteurs et négociants en tout genre, feront un voyage Instructif sur de nombreux points de tous les continents, et pourront revenir chez eux avec le bénéfice d’une série de voyages. Cela est incontesté au point de vue du progrès des mœurs et des sentiments pacifiques parmi les hommes. Cela est encore vrai au point de vue du progrès de l’industrie.
Une exposition des produits de l’industrie, c’est comme une immense école mutuelle des producteurs entre eux, ouvriers et fabricants, non-seulement des producteurs de même genre, mais aussi des producteurs d’industries différentes. Dans chaque vitrine il y a de bonnes idées à prendre, tant pour la manière de facturer les produits que pour la forme plus ou moins artistique qu’il y a à leur donner. C’est encore un enseignement utile et fécond entre les vendeurs et les consoin-
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LES FAPOSITIOSS «ATIOSALES ET DKIVEnSELLEb. 543
malciirs, qui apprennent à connaître tout ce que l’industrie a fait pour satisfaire leurs besoins ou leurs plaisirs, se familiarisent avec les belles productions, et exercent ensuite sur les producteur une action contribuant directement et indirectement à l’activité et au perfectionnement de l’industrie.
Ces avantages sont les mêmes d’un peuple à l’autre. Lorsqu’il y a eu, en 1849, une exposition des produits à Paris, l’avantage qui en est résulté s’est réparti sur les consommateurs et les producteurs de Paris, de Lyon, et de la France entière. Lorsqu’il y a eu, la même année, une exposition à Birmingham, l’avantage qui en est résulté s'est réparti sur les consoimnateurs et les producteurs de toute l’Angleterre. Ln 1851, l’immense résultat de l’exposition de Hyde-Park profitera à tous les producteurs et à tous les consommateurs de l’Lurope et du monde entier, juste dans la mesure du nombre des représentants que chaque pays pourra compter.
Ici j’entends les critiques des adversaires de cette grande manifestation, qui ont exhalé leurs plaintes simultanément en France et en Angleterre.
En Angleterre, ils ont dit ; Vous voulez que nous nous montrions aux Belges, aux Prussiens, aux Français, surtout aux Français si fins et si habiles; notre industrie sera bientôt primée par celle du continent ! .
En France, ils disaient, juste au môme moment : Vous ne voyez donc pas que les Anglais nous attirent à Hyde-Park pour copier nos produits, découvrir nos procédés et se passer de nous !
Il est évident que les Français vont beaucoup s’instruire à l’école de l’Angleterre; il est encore évident que les Anglais vont beaucoup s’instruire à l’école de la France; — il est encore évident que les autres vont beaucoup s’instruire à ces deux écoles, et réciproquement; mais il est évident que Français et Anglais, et autres, seront bien plus perfectionnés après qu’avant ; qu’ils pourront bien plus, après qu’avant, produire
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oii NOTES ET rtTlTS TRAITÉS.
à do meilleures conditions, échanger plus de produits, alimenter plus de relations, faire travailler plus d’ouvriers, participer encore davantage aux richesses naturelles, aux avantages du climat, aux aptitudes les uns des autres. 11 est évident que la consommation va s’en trouver à la fois plus intelligente et plus active; il est évident que les poltrons prendront courage; que les routiniers ouvriront les yeux ; que les véritables causes de la prospérité des nations vont être mieux aperçues ; que les entraves mercantiles seront plus efficacement combattues; qu’une certaine série d’arguments ébréchés et fêlés de la restriction devra être abandonnée ; qu’un grand enseignement aura lieu, et que la lumière sera faite!
Mais, vous dit on encore, vous parlez de paix dans tout ceci, tandis que l’Kxposition, transportant l’ancienne rivalité des peuples sur le terrain de l’industrie, c’est la gderre qui va sortir de Hyde-Park.
Ceci est un sophisme.
La GUERRE, c’est bien positivement, sans figure de langage, l’extermination des hommes, avec des cadavres, avec des flots de sang, avec la dévastation des campagnes, des ateliers et des manufactures, avec la destruction du capital des peuples, avec le cortège de toutes les misères, de toutes les souffrances matérielles et morales ; c’est rabomination.
La Concurrence, entre peuples comme entre individus, c’cat la face industrielle de la liberté, de la liberté, un des plus beaux attributs de notre nature, de la liberté, appliquée dans le domaine du travail; c’est l’émulation qui suscite les inventions, et provoque le meilleur emploi du capital, les perfectionnements et les progrès de toute espèce, en accroissant la quantité de tous les produits et de tous les services, et en permettant ainsi à un plus grand nombre d’hommes de procurer, à eux et à leurs familles, des quantitéscro ssantes de satisfactions matérielles, inlcllecluclles et morales.
lia guerre est bien positivement la guerre, et ce n’est que par une figure de rhétorique, qu’en un peu de temps de pré-
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LES BXP0S1TI0^S NATIONALES ET UîilVtliSl.LLtS. 5 45
jugés belliqueux on a pu comparer les nobles et productifs efforts de l’industrie aux sauvages et improductifs procédés de la guerre, comparer une lutte pour détruire hommes et choses , à une lutte pour augmenter les choses et améliorer le sort des hommes.
Non ! non ! guerre et liberté ne sont pas synonymes, puisque l’une exprime le mal et l’autre le bien; puisque toujours la guerre a tué la liberté.— Au contraire, paix et liberté vont toujours ensemble ; c’e^ par la paix que les peuples arrivent le plus directement à la liberté ; et en ce mot se résument, comme l’a si bien démontré Ch. Dunoyer, toutes les conditions dans lesquelles les forces des peuples s’exercent avec le plus de puissance, avec le plus de profit pour l’humanité tout entière.
La moralité des peuples résulte, à un autre point de vue, de ces grands concours. Le prince Napoléon a dit dans son rapport sur l’Exposition de 1855, que nous avons déjà citè‘; € Les expositions universelles fortifient les généreuses influences qui convient tous les peuples à rharmonie des sentiments et des intérêts. L’observation qui m’a frappé tout d’abord, c’est que de ces grands conaOurs jaillit une fois de plus la preuve que les sociétés modernes doivent marcher vers la liberté. — En examinant la provenance et l’origine des richesses étalées sous vos yeux, j’ai pu constater que la supériorité industrielle d’une nation dépend, pardessus tout, de sa moralité et de son esprit d’initiative individuel. »
§ IV. Avenir et orsanisation des e&positions universelles
11 est toujours dangereux de parler de l’avenir, 'l’outefois, on ne se risque pas trop à prédire que les expositions exclusivement nationales ont fait leur temps dans la première moitié de ce siècle. Maintenant les expositions universelles périodiques, seront-elles plus longtemps instrument du progrès et dépassi -
* Grand in-8“, imprimerie imp. 1857. Voir notre analyse dans le Journal des Économittes de décembre 1857.
,\OïliS KT PETITS THAITÉS.
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roril-elles la fin de ce même siècle? deviendronl-elles plus ou moins rapprochées, seront-elles permanentes, ou bien la facilité des communications et le progrès amèneront-ils un autre procédé de propagande industrielle? c’est ce que nos neveux seuls pourront dire. Peut-être que tout en continuant à être universelles elles deviendront partielles, c’est-à-dire qu’elles ne seront formées que d’un certain nombre de spécialités de produits; car les difficultés pour l’espace, les constructions et l’organisation vont en augmentant*; l’exposition de 1851 à Londres occupait 75,000 mètres ; celle de 1855 à Paris en occupait 177,000 mètres.
Tout porte à croire, maintenant avec l’expérience acquise, qu’avec un tarif d’entrée bien calculé et une organisation bien entendue les recettes dépasseront les dépenses. Toutefois une certaine subvention n’a rien d’illogique, puisqu’il s’agit ici d’une espèce de service public et international et d’une solennité qui profite à tous, producteurs et consommateurs.
Kn ce qui touche la direction et l’organisation, ce qui semble le mieux convenir en attendant l’action exclusive de l’initiative individuelle , c’est l’intervention d’une commission de notabilités nommée par l’autorité, telle que la commission royale de Londres ou la commission impériale de Paris, qui, « ainsi que le dit le prince Napoléon, prise en dehors des administrations publiques, indépendante, placée en dehors de la routine, réunissait à la fois le prestige qui ne s’obtient en France que par la délégation du pouvoir, et l’esprit d’initiative qui ne se trouve guère qu’en dehors des administrations. » Mais pour qu’une pareille commission fonctionne avec avantage il faut qu’elle ait dans son sein un ou plusieurs membres capables de prendre l’affaire en main et de l’administrer avec intelligence, promptitude et équité.
Le système des jurys des récompenses tend à être modifié, peut-être même à disparaître, — et nous croyons, avec le prince Napoléon, qu’il y aurait tout avantage à les remplacer par des
jurys d’élude qui, au lieu de distribuer des prix et des médailles et de rendre des verdicts, feraient des observations, signaleraient les progrès accomplis ou bien les causes de retard et émettraient des vœux motivés.
Les expositions nationales et les trois expositions univei selles ont montré que les jurés, quelque soin qui préside à leur choix, sont, sauf exceptions , d'assez mauvais juges au point de vue de la justice distributive, si ce n’est au point de vue technique, et que la tâche qui leur est imposée est audessus des efforts humains. La capacité spéciale, le te^nps, les moyens d’examiner, les termes de comparaison, tout leur manque, et en admettant complètement leur bonne foi et leur sincérité, leurs lumières même, l’expérience démontre que ceux-là mêmes qui ont l’esprit le plus clairvoyant, la conscience la plus droite sont égarés par les intrigues, les fausses assertions, les obsessions des industriels et les influences qu’ils mettent en avant.
« Les jurys des récompenses, dit le prince Napoléon, sont le produit d’un double préjugé : en premier lieu, de celte croyance, malheureusement trop répandue chez nous, que les progrès industriels ont besoin d’être encouragés par une autorité; en second lieu, de cette fausse idée, que le public a besoin, pour être éclairé dans ses achats, d’une autre lumière que celle de son intérêt. » L’auteur du rapport de l’exposition de 1855 établit ensuite, avec raison, que ce sont les besoins qui provoquent les progrès industriels et que le meilleur juge c'est le consommateur, c’est le public, qui n’a pas besoin de guide et que les diplômes ou les médailles décernées ‘ par les jurys peuvent égarer, car ils constituent des espèces de monopoles en faveur des uns et à l’exclusion des autres.
Reste à savoir si, lorsque l’on cesserait de distribuer des médailles et des croix, les producteurs se rendraient à ces concours et s’ils trouveraient dans la publicité donnée à leurs pro-
' On Ut dans le rappoiT cité ; u Ce eiiailalanisiiic trop l'iwiueiit auquel donne lieu robtenlion des médailles. t>
548 SÛTES ET lETITS TKAITÉS.
duits et à leurs procédés une suffisante compcnsalion à leurs sacrifices.
g V. Question des pris.
Une des questions les plus difficiles à résoudre dans l’organisation des expositions est celte des prix des objets exposés, élément essentiel d’appréciation, dont l’abaissement, à qualité égale, peut seul indiquer un grand progrès.
En présence de trois produits tous trois français, tous trois belges, ou anglais, ou bien encore en présence de trois produits, un français, un beige, un anglais, obtenus dans des conditions différentes, qui ont le même aspect extérieur, la même supériorité intrinsèque, qui présentent les mêmes avantages pour l’usage, le prix seul peut guider l’esprit du visiteur, la justice du jury et le choix du consommateur; même quand il s’agit de produits de qualités différentes, c’est le prix des uns et des autres qui est l’élément positif de la comparaison. La demande de l’indication des prix a donc été une des premières que tes expositions publiques ont fait naître, et cette question s’est renouvelée dans la presse à l’époque du renonvelleiiient de chaque solennité. 11 y a trente ans, en 1854, M. Thiers, alors ministre du commerce, voulait a essentiellement les prix auxquels la marchandise est établie » ; en 185'J, M. Martin (du Nord), qui dirigeait ta même adminislration, ajoutait : « que le prix, qu’il est important de j)OUVoir indiquer à côté de chaque produit, est le prix auquel il peut être livré au consommateur » ; M. Cunin-Gridaine, au sujet de l’exposition de 1844, était encore plus explicite ; il disait dans une circulaire aux préfets : « lors des dernières expositions, nos prédécesseurs avaient demandé que le prix de chaque article fût soigneusement indiqué; le jury actuel avait vivement appuyé cette mesure. Je vous invite, .M. le préfet, à insister particuliérement sur ce point. Sans la connaissance exacte des prix, le mérite relatif di s produits et la véritable
LES EXPOSITIONS NATIONALES ET DNIVEIISELLES. 5i9
valeur commerciale ne peuvent être sciemment apprêc’és, et le jury actuel, se trouvant à leur égard sans moyens de remplir la mission qui lui est confiée, pourrait être obligé de les mettre hors concours ». C’était clair et positif; mais ce ne fut pas pratiqué, ni à celte exposition ni à l’exposiiion suivante.
Les exposants voulaient bien briller et obtenir des récompenses ; mais il leur répugnait soit de faire connaître leur affaire de plus prés, soit d’avoir à avouer que leur exhibition était plus belle que leur fabrication courante (chose toute naturelle), soit d’indisposer leurs acheteurs directs, les acheteurs en gros, intermédiaires entre le producteur et le consommateur, dont les services Accroissent naturellement les prix de fabrication ; — ils se sentaient observés par deux espèces d’intéressés, presque des adversaires naturels : les concuireiits d’une part, et les consommateurs de l’autre.
La question ne fit aucun progrès à l’exposition de 1849; elle ne reçut pas de solution non plus dans les diverses expositions qui se sont succédé dans divers pays, à l’imitation de ce qui se faisait en France. Elle se présentait naturellement de nouveau en 1851 , 6 Londres, dans des circonstances nouvelles ; car il ne s’agissait plus d'une exposition des produits des fabriques nationales, mais d’une exhibition générale des produits du monde entier où les producteurs n’allaient plus avoir seu- Icmentà leurs côtés les concurrents nationaux, mais encore les concurrents étrangers. Or, si d’un côté, il devenait plus nécessaire, plus instructif d'obtenir les prix, d’un autre côté la situation était plus délicate et l’enquête plus difficile à faire. La question fut vivement débattue, mais le résultat final a été qu’à Londres, en 1851, à la première exposition universelle des produits de l’industrie de toutes les nations, il y a eu défense de mettre les prix ! Les fabricants de Manchester avaient réclamé cette mesure et avaient donné pour raison, jugée suffisante, que l’indication des prix ne pouvait être franche, loyale et vraie, et que par conséquent il était préférable de ne rien savoir plutôt que d’être mal renseigné.
La question a été de nouveau vivement débattue en 1855.
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La commission impériale, au sein de laquelle le prince Napoléon paraît avoir vivement appuyé la demande des prix, a pris le juste milieu entre l’exigence positive deM. Cunin-Gridaine en 1844 et la prohibilion qui avait prévalu à Londres ; elle a laissé aux exposants la liberté de mettre ou de ne pas mettre les prix, mais en cbercbanl à eifrayer les fauses déclarations par une certaine pénalité. En fait, divers exposants ont mis les prix; d’autres se sont abstenus malgré les avis réitérés afficbés dans le palais et rédigés en termes plus exigeants que le règlement, et de façon à donner à entendre que l’indication des prix serait une des conditions des récompenses à obtenir, 'l'outefois les exposants ont généralement communiqué les prix aux membres du jury chargés de faire des rapports et de donner des médailles.
Le règlement de la commission rendait les prix de vente affichés obligatoires; mais rien n'empêchait les exposants de dire que le produit était vendu s’il ne lui convenait pas de le céder aux prix imliqués. Quant à l’enlèvement des produits et à l’exclusion au ca.s de fausse déclaration, ça a été une menace non suivie d'effet. Sans aucun doute, il y a eu des déclarations fausses à divers degrés; mais comment les établir?
Cette question des prix, dont la presse s’est peu occupée, a été vivement débattue au sein de quelques jurys et dans divers groupes d’exposants; elle aététraitée au sein delà Société d’économie poliliquede Paris, et dans des conférences particulières au Cercle de l’exposition et ailleurs ; les uns auraient voulu rendre l’indication des prix obligatoire ; d’autres ne la voulaient que facultative et pensaient qu’il ne fallait y ajouter qu’une médiocre confiance.
M. de Kergorlay faisait observer, non sans raison, dans une séance de la Société d’économie politique, que le prix mis sur le produit est rarement le prix réel et le prix vrai, et qu’il est plus souvent un prix de parade et de circonstance. Le véritable moyen d’avoir le prix vrai n’est pas dans l’obligation, ni même dans la faculté de le mettre ; U est dans la sagacité de l’appréciateur qui sait s’entourer des précautions nécessaires
pour le connaître. En d'autres termes, ce n’est que par la voie indirecte qu’on peut obtenir le prix; par voie directe on est exposé à avoir une indication qui n’est qu’un leurre et un mensonge. L’honorable membre du jury avait raison; mais il y a peut-être lieu d’avoir plus confiance que lui dans les effets de la publicité des prix contrôlés par les commissaires et par des appréciateurs entendus. Sans doute, il y aurait souvent de l’exagération; mais à tout prendre, cette exagération à laquelle on peut apporter une certaine correction, vaut mieux que le silence absolu. 11 y a, dans ces indications par à peu près un peu forcées, des renseignements précieux pour le public, et qui sont un commencement d’information pour ceux qui ont besoin d’y regarder de plus prés.
Ici, comme partout, la liberté est la solution rationnelle du problème. L’obligation de mettre les prix est une vaine formalité; la défense de les mettre est illogique au dernier point, pour ne pas dire plus. N’expose-t-on pas pour faire voir et faire apprécier? Or, comment apprécier sans le principal élément d’appréciation.
.Mais il faut rovouer qu’outre la difficulté d’obtenir des indications vraies, il s’en présente une autre. Quel prix doit être indiqué; est-ce le prix de revient, est-ce le prix de vente du fabricant, chez lui en fabrique ; ou bien encore est-ce le prix marchand?
Le prix de revient n’est pas chose facile à établir ; il résulte d’une infinité de circonstances variables dans lesquelles le producteur se trouve, qu’il ne peut pas toujours préciser et que, du reste, il ne voudrait pas toujours faire connaître. Dans la plupart des cas, il se confondrait pratiquement avec le|prix de vente du fabricant, c’est-à-dire avec le prix auquel le fabricant place ses produits ou au moins le prix auquel il les place habituellement.
Mais ceprix de vente de fabrique est naturellement dissimulé avec assez de soin dans l’intérêt des intermédiaires, que les fabricants sont obligés de ménager, et qu’ils sont néanmoins
552 NOTES ET PETITS TEAITÊS
portés à traiter en adversaires; car, d’accord avec les consommateurs, ils les considèrent comme des parasites. Remarquons cependant que ce sont des agents utiles et nécessaires aux uns et aux autres, et dont le gain est parfaitement légitime, parce qu’il correspond à un service réel, tant que le fabricant et le consommateur n’ont pas trouvé un moyen plus commode et plus économique de s’aboucher, moyen qu’ils sont parfaitement libres de chercher. Nous parlons ici des intermédiaires libres et non des intermédiaires érigés en corporation et en monopole.
Le prix marchand présente d’autres difficultés; rien n’est plus dificile à préciser : est-ce le prix du marchand en gros, du marchand en demi-gros, du marchand en détail? Si c’est le prix du marchand en détail, il faut encore distinguer les époques, les lieux et les quartiers de la même ville. Les prix sont un peu plus stables quand il s’agit de produits fabriqués; mais quand il s’agit des matières premières ou des produits fabriqués servant à d’autres producteurs et n’allant pas directement à la consommation, la variation est plus grande.
De toutes ces considérations et de beaucoup d’autres qu’il serait possible de faire à cet égard résulte la preuve bien évidente que toute espèce de règlement obligatoire est impossible en pareil cas , et que, si l’on voulait le mettre à exécution, on verrait fourmiller les difficultés. — D’autres en concluent qu’il faut prohiber loule espèce d’indication de prix souvent mensongère ou n’indiquant pas suffisamment lanature des prix . •Nous venons de dire pourquoi nous ne parlagions pas cet avis, (iliaque exposant a son prix; c’est au visiteur, à l’appréciateur, à un titre quelconque, à se renseigner et à se rendre compte, ('/est ici la vie de tous les jours : en dehors de l’exposition, tous tant que nous sommes nous passons une partie de notre temps à évaluer et à débattre les prix des produits et des services que l’on nous offre de toute part pour des besoins que nous satisfaisons plus ou moins en offrant à notre tour nos produits et nos services à un prix que les autres débattent.
Mais celle indication des prix que nous croyons profitable à tout le monde , nécessiterait une explication dans laquelle seraient relatées en peu de mots les conditions dans lesquelles ces prix sont établis, et dans lesquelles on formulerait en peu de mots ce qu'on veut surtout faire remarquer dans le produit exposé. De pareilles notices, courtes, claires, substantielles et lisibles, ont en général manqué jusqu’ici dans ces revues générales où les producteurs semblent à la fois rechercher et redouter l’examen du public, par je ne sais quel sentiment de fausse pudeur industrielle en opposition avec le sentiment et la nature de l'exposition elle-même : on veut exposer, sans exposer; on veut être connu, sans se faire connaître. C’est pourtant ici bien le cas d’appliquer le principe : âge quod agis.
NOTES COMPLEMENTAIRES