Voir ci-dessous, chap. X, S ni, P
secondaires. Celles-ci, en donnant aux professeurs du haut enseignement des élèves assidus au lieu d'auditeurs de passage, ne menaçaient pas d'une concurrence fatale TÉcole normale supérieure où les études sont une meilleure préparation au professorat. L'Enseignement spécial, tout mutilé qu'il est sous prétexte d'agrandissement, subsiste 1 , et l'École des Hautes Études a gagné, môme à l'étranger, des diplômes d'honneur. Qu'on lise aussi le long rapport d'octobre 18G8, sur l'Enseignement Supérieur; mieux encore, les deux projets de loi présentés par moi au Sénat en juin et juillet 1870, qui annonçaient la prochaine reconstitution de quelques Universités provinciales, et Ton pensera que je puis livrer sans crainte ma vie ministérielle au jugement de ceux qui se demanderont si j'ai rempli ma fonction les yeux constamment fixés sur les besoins légitimes du pays.
Pour les bien connaître, je fis procéder à une enquête approfondie sur nos trois ordres d'enseignement. Les Statistiques de l'Enseignement primaire, moyen et supérieur, ont pour la première fois fait connaître, dans le plus minutieux détail, la véritable situation de nos établissements scolaires, depuis l'école du village jusqu'au Collège de France. Dans le môme temps, des missions envoyées en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Amérique, et des Mémoires demandés à tous nos agents diplomatiques fournissaient de précieux renseignements sur les institutions similaires de l'étranger. A la lumière projetée par cette double et consciencieuse étude, la France vit qu'un effort
1. L'Enseignement spécial, depuis que ces lignes furent écrites, a été aboli et non remplacé par l'Enseignement moderne, qui ne répond pas aux mûmes besoins. (Note de l'éditeur.)
énergique était indispensable, et elle se résolut à le faire pour ne pas demeurer plus longtemps en arrière de peuples par qui elle n'a pas l'habitude de se laisser devancer.
Chacune de ces statistiques, qui formait un gros volume in-4, fut précédée d'un Rapport à l'Empereur où je signalais les besoins révélés par l'enquête et les mesures à prendre afin d'y pourvoir. Lorsque l'on prépara l'Exposition universelle de 1867, je demandai encore l'autorisation, pour le Ministre de l'Instruction publique, d'être luimême exposant. Dans une série de rapports, rédigés et signés par des membres de l'Institut ou des hommes éminents dans chaque branche d'études, on constatait :
1° Les progrès accomplis en France dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, depuis vingt ans, c'est-à-dire depuis l'ère des grandes expositions.
2° Les progrès accomplis par les sciences morales et politiques dans leurs applications aux besoins de la société.
3° Le rôle des lettres françaises, étudiées moins au point de vue de la forme, ce qui est la tâche de la critique littéraire, que dans leurs effets sur l'éducation générale du pays. Car, au palais de l'Exposition, au milieu de ces produits matériels qui sont une promesse de bien-être, les arts libéraux ne peuvent entrer que pour dire ce qu'ils apportent aux peuples, non pas seulement de nobles distractions, mais encore de force et de dignité morale.
La Prusse s'émut de cette nouveauté et, le 25 novembre 1865, j'écrivis à l'Empereur :
« Sire,
« Il se produit, au sujet de l'Exposition morale, un incident sur lequel je ne comptais pas. La Prusse a pris feu à
cette idée; elle y voit un moyen d'affirmer et d'assurer son hégémonie sur l'Allemagne. Un secrétaire du comte de Goltz est venu, à plusieurs reprises, presser mon fils de lui dire quel était notre plan, en avouant ingénument qu'on voulait prévenir la Diète et attirer tout à Berlin.
« J'ai fait alors, très indirectement, avertir le baron de Scebach 1 qui a juré, comme un landsknecht, que M. de Bismarck ne prendrait pas la science allemande aussi facilement que les duchés danois. Il a aussitôt écrit à son gouvernement et s'est mis en campagne pour entraîner les petites cours dans son plan. Il n'est pas indifférent que les Allemands viennent à Paris, divisés....
« On parle beaucoup de l'outillage de la France pour son industrie et son commerce. Mais son outillage scientifique est dans un état lamentable. A Saint-Pétersbourg, on vient de dépenser des millions pour construire un gigantesque laboratoire : môme chose en Allemagne, en Angleterre. Avant peu, la science française sera, pour lutter contre la science étrangère, dans la position où se trouverait Votre Majesté si Elle n'avait que les vaisseaux de Louis XIV pour battre l'escadre cuirassée de l'Angleterre .
« J'espère que Y Exposition morale, en montrant avec la dernière évidence que les innombrables richesses de l'industrie sortent du laboratoire des chimistes et du cabinet des physiciens ou des naturalistes, comme un fleuve sort de ses sources, convaincra le pays de la nécessité impérieuse d'assurer une suffisante dotation à la science.
« Je supplie l'Empereur de tourner son attention de co côté. Les grandeurs de la paix sont là. »