CHAPITRE II
Le 1er août, finirent mes exploits durant « les glorieuses journées » ; où n'ayant pas couru un péril, ni versé une goutte de sang, je n'eus aucun droit à me glorifier du titre de « vainqueur de Juillet ». Deux jours plus tard, après soixante-douze heures de garde et de factions, je me rendis à l'École Normale où allait se faire l'examen d'entrée : j'avais eu une singulière préparation pour un concours littéraire.
La victoire « des héros de juillet » était aussi celle de l'École, qui avait beaucoup souffert durant la Restauration. Rétablie, après un licenciement de plusieurs années, dans les bâtiments du collège Louis-le-Grand, sous le nom d'École préparatoire, elle venait de recouvrer son premier nom qui lui rendit aussi son ancien esprit. Elle avait alors pour directeur M. Guigniaut, un très digne et très savant homme, mais à qui les grâces manquaient et dont Télocution verbeuse ne savait point s'arrêter. Après
notre admission, nous l'eûmes comme professeur de littérature grecque. Dans le programme de son cours, il nous promit de nous conduire à travers un champ immense, jusqu'à la renaissance de l'Hellénisme après Navarin; et la question homérique remplit à elle seule toute l'année.
Les sujets de composition pour le concours d'admission lui avaient été, suivant l'usage, envoyés du ministère : c'étaient des pièces officielles, scellées du cachet rouge, et l'on n'y devait rien changer sous peine d'invalider le concours. Une d'elles était une manière de vers latins, où il fallait chanter la prise d'Alger. Nous y étions très disposés; mais un paragraphe exigeait un développement sur les vertus et la gloire de Charles X, comme, un quart de siècle plus tard, on demanda aux élèves du Concours Général de célébrer les hauts faits du roi Jérôme. Dans les deux cas, c'était le même esprit de servilité et la même sottise qui fait croire que des éloges commandés rapportent quelque profit. Pour Charles X, il y avait certainement à louer la décision qui, malgré les insolences de l'Angleterre, avait envoyé une armée française sur les côtes barbaresques; mais ce roi partait, en ce moment, pour son dernier exil et la mort d'un normalien tué à l'attaque des Tuileries faisait encore beaucoup de bruit dans la presse et à l'École. Le cas était donc embarrassant. M. Guigniaut s'en tira par un compromis qui, sans être très héroïque, était ou moins très libéral; il laissa chacun libre de traiter le sujet ou de n'en point parler. Il avait raison : nous avions à faire preuve, en ce moment, non pas de civisme révolutionnaire, mais de notre habileté plus ou moins grande à dire n'importe quoi en vers latins.
La correction de nos devoirs dura longtemps et je passai
six semaines dans une grande anxiété; j'étais résolu, si je n'étais pas admis, à m'engager dans un régiment d'Afrique. Le service était dur alors pour nos Algériens : j'aurais eu, peut-être, le cou scié par un yatagan kabyle, à moins que la fièvre ou la pourriture d'hôpital ne m'eût emporté. Je fus tiré d'embarras par mon admission; mais j'ai pensé, plus d'une fois, que j'avais manqué ma vocation en n'allant pas à l'armée et, de ce regret, j'ai conservé une affection particulière pour le pantalon rouge. Aujourd'hui encore, un régiment qui passe, avec son drapeau et ses sonneries militaires, éveille en moi des instincts de jeunesse sur lesquels pourtant soixante-dix-huit années pèsent de tout leur poids.
Je passai trois heureuses années à l'École, avec des maîtres éminents qui s'appelaient Burnouf, Michelet, Jouffroy, Ampère, et où Guizot, Cousin, Villemain, Laromiguière, assistaient à nos examens de fin d'année. Tous sont morts depuis longtemps; je leur envoie un souvenir reconnaissant, car c'est auprès d'eux que je suis véritablement né à la vie intellectuelle.
Reçu agrégé d'histoire en septembre 1833, je fus, à la fin d'octobre, envoyé comme professeur au collège de Reims. Une lettre dont M. Chevreul, qui m'avait beaucoup connu aux Gobelins, me chargea pour un gros industriel, m'ouvrit les salons de la ville archiépiscopale, riche et gourmande, où des festins pantagruéliques me firent comprendre comment, en province, du moins dans la province
de ce temps-là, avant les chemins de fer et les communications rapides, on s'endormait si aisément dans le far niente. Je n'y aurais sans doute pas échappé longtemps, si mes occupations et la situation privilégiée que j'eus très vite au collège, sans trop savoir pourquoi, ne m'avaient rappelé chaque jour mon nouveau et austère métier, qui, du reste, me plaisait et m'a plu jusqu'au dernier jour où je l'ai pratiqué. Je ne suis jamais entré dans une classe, surtout dans les classes supérieures, sans me dire que notre fonction était, elle aussi, un sacerdoce. Les esprits, auxquels le professeur s'adresse, sont comme les pages blanches d'un livre où le maître écrit des paroles dont plusieurs ne s'effacent pas. Aussi ai-je toujours eu le respect de mon enseignement et de mes élèves : maxima debelur puero reverentia. Délégué de l'État, il m'était moralement interdit de faire de la politique militante, chose d'ailleurs transitoire et changeante, par conséquent étrangère aux vérités définitivement acquises qui, seules, doivent être la matière de l'instruction scolaire. Représentant des pères de famille qui nous confiaient le cœur de leurs enfants, nous ne pouvions combattre, en fait de croyance, l'éducation domestique. Tout au plus, le professeur a-t-il le droit de faire, de loin et à mots couverts, la lumière autour de certaines questions, sans la porter jamais au cœur du problème. La politique et la religion mises à part, il nous restait d'assez belles et nobles choses à enseigner pour contenter notre esprit. Un de mes futurs collègues à Henri IV portait si loin le goût pour ses fonctions que, le jour de son mariage, il fit classe matin et soir.
Avant mon arrivée à Reims, la discorde était partout dans le collège : le professeur de philosophie, un abbé,
et le professenr de physique qui, par état, ne croyait pas aux miracles, ne pouvaient se rencontrer sans que l'intolérance et la colère n'éclatassent dans leurs yeux, et ainsi des autres. Je me tins à l'écart de cette guerre civile et fus l'ami de tout le monde : des élèves, avec qui je jouais aux barres ou à la balle; des collègues, dont je n'épousais pas les rancunes; des parents, qui me payaient en égards les soins particuliers que je donnais gratuitement à quelques-uns de leurs enfants. Aussi, le principal avait-il résolu de ne pas lâcher son normalien qui, par sa jeunesse et sa bonne humeur, faisait la paix autour de lui. Le 31 décembre 1833, il reçut une dépêche officielle qui, au bout de deux mois, me rappelait à Paris au collège Henri IV; il écrivit au ministère, à mon insu, pour qu'on la retirât, et le jour de l'an, toujours sans me rien dire, il me prit avec le censeur, dans une voiture, pour faire dans la ville, heureusement par cartes, les 200 visites que le collège devait à sa clientèle. Ce ne fut que le 15 janvier que je pus partir pour rentrer, avec ma nouvelle solde de 1 600 francs, au lieu de 3 200, dans l'ardent foyer où, avec ces appointements réduits, j'allais dîner bien mal, mais travailler beaucoup. J'étais au comble de la joie; cependant, je ne savais pas encore quelle gracieuseté m'était faite : deux fils du roi Louis-Philippe, les ducs d'Aumale et de Montpensier, faisaient leurs études à Henri IV. Pour des raisons qu'il est inutile de rappeler, mais qui étaient très légitimes, on n'avait pas voulu que ces enfants fussent sous la direction d'un professeur justement mal noté et l'on m'avait mis à sa place.
Le duc d'Aumale, très supérieur à son frère, fut un de mes meilleurs élèves. Comme il arrive à tous les maîtres,
je lui ai gardé de la reconnaissance pour les succès qu'il a eu l'esprit de remporter sous mon professorat et j'ai été fier de retrouver, cinquante ans plus tard, à l'Académie française, le vainqueur d'Abd-El-Kader et l'historien des Condé.
Au collège, où il restait de huit heures du matin à cinq heures du soir, il luttait de travail, en classe, avec ses camarades de cours; à la récréation, il jouait avec quelques-uns d'entre eux, parmi lesquels était Emile Augier; et partout il oubliait son rang, mais gardait son âge, son bon cœur et sa vivacité de franc écolier. Outre les leçons que je lui faisais régulièrement au collège, j'eus à lui donner des répétitions, l'hiver aux Tuileries, l'été à Neuilly, et ces soins particuliers me valurent des invitations aux dîners et aux fêtes du château. J'en fus d'abord singulièrement troublé; la première fois, en m'y rendant, je fus pris d'une véritable terreur que l'accueil très bienveillant de Leurs Majestés ne dissipa qu'à moitié. Gomme j'entrais en tremblant dans le salon où les princesses étaient réunies, la reine Marie-Amélie, prenant le duc d'Aumale par l'oreille, l'amena vers moi, et me dit : « Êtes-vous, Monsieur, content de lui? » Quelques instants après, le roi me « remerciait des soins que je voulais bien donner à son fils ». Je n'avais pas vingt-trois ans et c'étaient les souverains de la France qui traitaient ainsi un tout jeune homme, échappé de la veille de l'École normale. Quel sot personnage je devais faire devant cette bonté royale et cependant toute bourgeoise! J'eus, du moins, assez d'esprit pour comprendre que le roi et la reine en avaient eu beaucoup, en essayant de mettre à l'aise un pauvre garçon qui était tout désemparé.
Après le dîner, Louis-Philippe eut, dans l'embrasure d'une fenêtre, un entretien avec l'ambassadeur d'Autriche, le comte Apponyi, brillamment costumé en colonel de hussards hongrois. 11 était petit et, comme tous les petits hommes, il redressait fièrement sa taille, de sorte qu'il semblait parler de haut, même quand le roi se baissait pour l'entendre. Le profil de son visage, qui faisait penser à un oiseau de proie, et cet appareil militaire au milieu d'humbles habits noirs, lui donnaient un air d'autorité. J'admirais tout à l'heure la condescendance du roi; je regrettais maintenant qu'il n'eût pas une plus fière attitude. Mais l'Autriche semblait alors toute-puissante et nous avions encore à nous faire pardonner la révolution de Juillet, toujours odieuse à la Sainte Alliance.
Aux soirées des Tuileries, je vis plusieurs fois le duc d'Orléans, vrai prince de la jeunesse, protecteur ou plutôt ami des artistes et des poètes, brave soldat lorsqu'il le fallait être, et complétant chaque jour son éducation d'héritier présomptif. Son esprit ouvert à toutes les connaissances cherchait, par delà le monde officiel, les besoins nouveaux de la société. Son testament témoigne de ces préoccupations de l'avenir qui préparent l'homme d'État véritable. Comprendre les nécessités présentes et y donner satisfaction, avant que l'opinion publique et l'intérêt général imposent une direction nouvelle, c'est déjà bien; mais fixer les yeux sur l'horizon même le plus lointain pour y découvrir les besoins qui vont naître ou grandir, c'est également nécessaire. Les princes qui tiennent le gouvernail doivent faire éviter au navire les écueils rapprochés, et aussi ceux dont le bouillonnement des eaux révèle de loin l'existence. Les conservateurs, comme M. Guizot, qui
ne demandent à un gouvernement que d'être un instrument de résistance, oublient qu'une société est une collection d'individus se renouvelant sans cesse, que les idées se modifient, que les intérêts changent, qu'enfin, puisqu'il n'y a rien d'immuable sur la terre, la politique d'hier ne peut pas toujours être la politique de demain. L'Histoire révèle que l'évolution est la loi du monde social. Sans jamais la précipiter, il faut la suivre, fût-ce de loin; les gouvernements sont faits pour cela. La politique n'est-elle pas une science de raisonnement et d'observation? De raisonnement, pour dégager du passé ce qui a le droit de vivre encore dans le présent; d'observation, pour chercher et découvrir les besoins nouveaux. Je crois que le duc d'Orléans comprenait cette vérité. Quand, le 13 juillet 1842, j'appris sa mort causée par un accident de voiture, je pensai : « La dynastie est perdue ». Lui vivant, la révolution de Février n'aurait pas eu lieu.
En 1835, M. Michelet me donna sa suppléance à l'École normale; des raisons particulières m'obligèrent malheureusement à y renoncer au bout de quelques mois. J'en fus désolé, car la fonction de professeur à l'École fut la grande ambition de ma vie et jamais je n'ai porté mes désirs plus haut. Quatorze ans après, l'administration ayant à pourvoir à une chaire d'histoire dans cette grande maison, je demandai la place à M. de Falloux, alors ministre de l'Instruction publique. Il m'opposa un refus glacial que je regardai comme un déni de justice, et qui l'était; la situation que j'avais déjà dans mon corps, comme professeur et comme écrivain universitaire, me donnait le droit de penser ainsi. Lorsque, plus tard, je devins le confrère de M. de Falloux à l'Académie française, je comptais lui rap-
peler ma mésaventure de 1849 et lui montrer l'inconvénient de porter l'esprit de parti dans l'administration ; mais je n'eus jamais l'occasion de le rencontrer au Palais Mazarin.
Je restai plusieurs années dans mon humble condition, avec un traitement infime qui ne se grossissait que du revenu de livres que je faisais pour un membre de l'Institut. Il signait l'ouvrage, recevait de l'éditeur 100 francs par feuille et m'en donnait la moitié. Cette besogne n'arrêtait pas beaucoup mes travaux personnels. En 1843 et 1844, je fis imprimer mes deux premiers volumes d'Histoire romaine, auxquels je travaillais depuis dix ans et que Hachette publia : ce fut le commencement de mes relations avec sa maison et je n'ai jamais cherché d'autre éditeur.
Cet ouvrage fut bien accueilli. A mon grand étonnement, il me valut, l'année suivante, la croix, que M. de Salvandy m'envoya avec un charmant billet. J'en ai gardé de la reconnaissance à ce ministre et aux Romains. Aux grandes qualités de l'un, j'ai toujours rendu publiquement justice, et jusqu'à ma dernière heure je resterai fidèle aux autres.
Je n'avais pas encore trente-quatre ans quand cette croix m'arriva : c'était d'heureux présage pour mon avenir; et, en effet, M. de Salvandy, qui cherchait à faire entrer l'Université en des voies nouvelles et libérales, me nomma second professeur d'histoire à Saint-Louis (1845). J'étais resté douze ans à la même place; ce que je rappelle, non pour me plaindre, mais afin d'engager mes jeunes successeurs à n'avoir pas d'impatience. Auguste disait : « J'arriverai assez tôt, si j'arrive ». J'ai suivi son conseil. Dans un
discours de distribution des prix au collège Saint-Louis, je pris pour texte de mes conseils aux élèves : « Ne pas se hâter », et j'eus l'impertinence de répéter en ce lieu pacifique et modeste, l'équivalent prosaïque du mot « Courage Saint Père! » que Thiers avait jeté à Pie IX, du haut de la tribune française. Pie IX n'était pas encore le pape du Syllabus et l'on pouvait croire , à cette époque , qu'il serait le libérateur de l'Italie. Mais ce n'était pas à lui que s'adressait ma recommandation de marcher lentement.
M. de Salvandy, me continuant sa bienveillance, voulut me nommer recteur à Alger, où le duc d'Aumale venait d'être envoyé comme Gouverneur général. J'aurais été heureux de prendre cette direction et, déjà, j'arrêtais mon plan de campagne. A peine débarqué, je me serais confiné durant six mois dans un gourbi arabe pour y apprendre la langue des indigènes et faire connaissance avec leurs coutumes. A la formule Ense et aratro, que le maréchal Bugeaud avait prise, je voulais ajouter un mot : et libro. Notre code civil est incompatible avec les moeurs des Arabes, et l'Islam est absolument réfractaire au catholicisme; il n'y a que le livre, je veux dire la science, qui puisse faire la conquête morale de ces trois millions d'hommes dont l'hostilité est pour nous un danger continuel.
Je me voyais donc attaché à une grande œuvre de civilisation et de patriotisme, mais ce fut le rêve de Perrette, avec son pot au lait : ma nomination ne plut pas au Conseil royal, que nous appelions le Conseil des Dix, par allusion à l'oligarchie despotique de Venise. L'Université était devenue la propriété de huit personnes, toutes très haut
placées dans l'estime publique par leurs travaux, mais qui avaient à peu près enlevé au ministre la plus importante de ses prérogatives, la nomination du personnel enseignant. Hors de la philosophie de Cousin, il n'y avait pas de salut, et, pour l'histoire, tout dépendait de Saint-Marc Girardin, homme d'esprit qui a fini par transformer ses leçons à la Sorbonne en un cours d'épigrammes. Un jour, durant mon ministère, il me demanda l'autorisation de faire avec ses amis douze conférences en faveur des réfugiés polonais. J'y consentis, à la condition que la politique ne se mêlerait pas à la charité. Il prit pour texte de sa première leçon la fable du cheval qui veut se venger du cerf. <( Ah! tu veux une bride? Elle sera d'or, mais le cavalier tiendra bien les rênes; à lui des éperons d'argent, à toi de la litière jusqu'au ventre, etc. » Il continua longtemps ainsi, bafouant le peuple imbécile qui, à son dire, avait donné sa liberté pour de la pitance. Les amis de Saint-Marc firent comme lui; la salle de bienfaisance devint un club où les opposants accouraient. La foule regorgeait au dehors; la rue était pleine de bruit, et les négociants effrayés fermaient leurs boutiques. J'allai moi-même constater ces désordres dont le préfet de police et le ministre de l'Intérieur s'inquiétaient, et je m'assurai qu'en effet les défenseurs de la liberté du peuple gênaient singulièrement celle du commerce. Je priai M. Saint-Marc Girardin de passer à mon cabinet : « Vous avez trop d'esprit pour moi, lui dis-je, vous me forcez de vous retirer l'autorisation que je vous avais donnée l ». A quelque temps de là, j'étais avec
1. ^Fragment d'une lettre à l'Empereur, du 24 mars 1804 : « Sire, hier à 1 issue du Conseil, j'ai fait prévenir le comité franco-polonais qu'une autorisation nouvelle ne lui serait pas accordée. C'est justice, car si le ministre de l'Instruction publique désire ouvrir des cours d'ensei-
deux de mes enfants sur la Seine, à Villeneuve-Saint- Georges, quand un fils de Saint-Marc vint exprès s'y noyer. Nous fîmes force de rames pour arriver à temps, nous jeter à l'eau et le sauver. Si nous avions réussi, quelle belle vengeance tirée du père!
Éloigné de l'administration, je continuai mes études d'Histoire romaine; mais, avec le règne de Néron, j'arrivais au christianisme, et, pour comprendre comment il avait pu changer la face du monde, je m'en allai passer un an à Jérusalem, je veux dire dans l'étude de la Bible. Je me servis de l'édition des Septante, que Didot venait de publier d'après les meilleurs manuscrits, et, frappé de l'éclat de la poésie hébraïque, j'essayai d'en rendre quelque chose dans mon Histoire Sainte d'après la Bible, ouvrage non pas d'histoire, mais de littérature, car si je comprends qu'on soumette ces vieux livres aux procédés de l'examen philologique et que la raison en chasse le surnaturel, je ne crois pas que des légendes soient matière d'histoire. Elles peuvent montrer un certain état des esprits et envelopper de circonstances merveilleuses quelques faits véritables, mais s'en servir pour tirer d'elles un récit historique est impossible. Toute discussion a donc été écartée de ce livre, et la Bible y est montrée telle que les peuples se sont nourris d'elle durant vingt-cinq siècles. L'exégèse et la critique des textes, qui sont nées d'hier, mènent le savant d'aujourd'hui à de tout autres idées que le croyant d'autrefois. Mais ce sont les imprécations d'Isaïe contre les idoles et les paraboles de Jésus qui ont précipité les dieux de l'Olympe, et ce qui
gnement qui ne coûtent rien au budget, il n'a jamais entendu ouvrir, malgré la loi, des réunions politiques; et la permanence du comité franco-polonais, autant que la composition de son personnel, donnerait ce caractère aux leçons de la salle Barthélémy ».
importait à l'historien de la société romaine, c'était moins de discuter la date et l'authenticité des différents livres de la Bible, que d'étudier cette littérature et de rechercher l'influence exercée par elle, lorsqu'elle tomba au milieu du paganisme et de la croyance au néant, en apportant l'ivresse du divin et des espérances d'immortalité.