Voir p. 158 et suiv
.Or, si le poste était très envié, Tobligation d'être perpétuellement un écho n'allait pas à mes habitudes d'indépendance, et, travailleur solitaire, la vie de cour, avec la nécessité d'avoir, chaque soir, de l'esprit comptant durant deux heures, m'épouvantait. Aussi, tous les jours me revenait à la pensée la fable du chien dont le cou pelé gardait la trace du collier qui avait porté sa chaîne.
J'attendais avec impatience l'heure de l'Inspection générale. Elle sonna enfin. La veille seulement de mon départ, je fis mes adieux à l'Empereur en lui montrant ma lettre de service. « Et combien cette inspection dure-t-elle? me dit-il. — Quatre ou cinq mois, Sire. — Ahl c'est bien long. » Sur cette parole affectueuse, je quittai les Tuileries, très heureux d'échapper au péril que j'avais redouté et d'autant plus reconnaissant pour cette bonté si simple et pour ce libre esprit qui cherchait la vérité partout où il espérait la trouver.
C'était en 1863. Persigny faisait les élections pour le renouvellement de la Chambre avec ses allures habituelles, et j'avais bien des occasions d'écrire à l'Empereur pour lui transmettre les observations recueillies le long du chemin. Afin de voir les choses universitaires avec d'autres yeux que ceux de l'Université, je rendais visite, dans toutes les villes de mon itinéraire, au préfet, au président et au procureur général de la cour impériale, à l'évoque, au maire et au conseiller général de la localité. La crainte du secrétariat m'empêchait d'adresser à l'Empereur une lettre qui m'eût rappelé à son souvenir; et lorsque, Mocquard ayant été nommé en ce temps-là sénateur, un journal annonça que sa succession m'était destinée, mes craintes redoublèrent et mon silence continua.
Ma femme s'inquiétait de ces bruits qui ne lui plaisaient pas plus qu'à moi. Le 16 mai, je lui écrivis : « Depuis mon départ, par conséquent depuis ma dernière visite aux Tuileries, je n'ai rien écrit, quoique j'eusse bonne envie d'user du droit que j'ai acquis de dire la vérité à l'Empereur, en lui montrant l'état des esprits dans les provinces que je parcours. Je reste donc dans la situation où je me suis placé dès le premier jour : ne faire aucune avance et ne céder que sur des instances multipliées. J'accepterais cette position sans joie et avec regret, comme un devoir /> de gratitude et d'obligation patriotique; car je ne crains pas d'avouer que si, après avoir donné aux miens du bienêtre et de la sécurité pour l'avenir, je trouvais moyen d'aider au triomphe des idées que trente années de travail ont mises en moi, si je pouvais être utile au pays par l'action, après l'avoir été par la plume, je partirais plus satisfait pour le grand voyage. »
Quatre semaines plus tard, j'arrivai à Moulins, dans le diocèse de cet évêque qui avait reçu la nouvelle de sa condamnation comme d'abus par le Conseil d'État en faisant sonner joyeusement toutes les cloches de sa cathédrale. J'avais déjà commencé l'inspection du lycée lorsque, le troisième ou quatrième jour, étant à déjeuner dans la grande salle de l'hôtel avec l'Inspecteur général des sciences, M. Roustan, un employé des télégraphes se présente et demande à haute voix M. Duruy. Je me nomme en disant à Roustan : « Mon fils est mort! » Sa mère m'avait écrit la veille qu'il était malade d'une angine.
L*hommé me tend une dépêche où je lis : « Il paraît que vous êtes notre ministre. » Je passe la dépêche à Roustan qui, après avoir lu, ôte ses lunettes, les essuie, craignant de s'être trompé, les remet en place, puis, levant les bras au ciel, s'écrie : « Mon Dieu! Je ne serai donc pas mis à la retraite! » Ce cri parti du cœur était bien naturel. Depuis deux ans, nous faisions Flnspection générale ensemble et je n'avais eu qu'à me louer de son concours. Il avait raison de penser que je ne mettrais pas brutalement un terme aux services d'un brave homme plus riche d'enfants que de fortune et qui, mathématicien, ne pouvait trouver dans la littérature classique un moyen d'ajouter quelque chose à son traitement; je lui donnai plus tard un grand rectorat, celui de Toulouse*. Pour le moment, je modérai
1. Dans une lettre datée de Moulins, le jeudi 25 juin 1863, écrite à sa fille par Roustan et qui m'a été plus tard communiquée, on lit : « Voilà à coup sûr un brave homme au pouvoir, et s'il y fait du mal, feîest que ni le meilleur cœur, ni le plus excellent esprit ne peuvent nous empêcher d*en faire. Nous étions hier à déjeuner lorsqu'un facteur du télégraphe est venu lui présenter la dépêche. Il venait de me dire que son second fils, élève de Charlemagne, était malade de la gorge et qu'on l'avait conduit à Villeneuve. Juge de l'anxiété que nous avions l'un et l'autre pendant qu'il décachetait la dépêche. Je baissai la tête, tant je craignais de voir la douleur qui avait commencé à couvrir son visage. « Tenez », me dit-il, en jetant le papier sur mon assiette, après l'avoir lu sans qu'aucun changement sur sa figure lui eût rien fait perdre de la triste gravité qui s'y était empreinte. La dépêche consistait en ces mots de M. Glachant : « Vous êtes nommé ce • matin notre ministre ». Ma stupéfaction fut profonde et dura quelque temps avant que ma joie éclatât; encore éclata-t-elle fort peu, car il était, lui, fort grave et fort pénétré de sentiments qui ne ressemblaient nullement à la joie. Je savais bien qu'il était pour l'avenir sur le chemin du ministère plus qu'aucun autre homme de l'Université, mais la chose me paraissait encore dans un grand lointain; il me semblait qu'il devait être successivement rapproché de ce poste par d'autres marques répétées de confiance. Mais ainsi est celui qui mène notre barque de France : là où il voit un homme capable qui est vraiment un bravo homme, il lui met au«*»»At la main au collet et s'en empare.
«a joie en lui disant que cette nouvelle était une invention des journaux, comme celle qui, peu de temps auparavant, m'avait donné le secrétariat du prince, et j'ajoutai : <i Allons à nos affaires; c'est demain que nos rapports doivent partir. » Nous y étions fort occupés, quand on annonça le préfet de TAllier. « Cette fois, dis-je à Roustan, l'affaire se gâte. » Genteur entra et me dit, après de grands saluts : « Monsieur le Ministre, je suis heureux d'être le premier à apporter mes félicitations à Votre Excellence. » La chose était maintenant certaine; je demandai
l^ous mangeâmes peu le reste du déjeuner; il s'étonnait de n'éprouver -aucune joie, il fut d'abord tout entier à la pensée de la lourdeur écrasante de ce fardeau, mais il n'était pas difficile de voir qu'il sentait ■aussi tout l'honneur de cette charge et d'une pareille marque de confiance, car bien des fois, dans ces premières heures que nous avons passées ensemble après la nouvelle, il a répété d'un ^ton qui faisait monter une larme à l'œil : « Ah ! mon père! mon père! » L'idée douce -et triste de la joie qui aurait inondé le cœur de ce pauvre père ne l'a presque pas quitté un instant de toute la journée. Voilà cet homme <}ui a femme et enfants et qui sait combien il y aura de bonheur pour eux dans son élévation ; mais une chose lui manque : si son père était là! Avoue, ma bonne petite, que c'est un brave cœur d'homme que «elui-làî Deux ou trois heures après, est venu le Préfet portant la dépêche du Ministre d'État; il n'était plus permis de douter ni de nous livrer à aucune hypothèse sur la précipitation à croire un simple bruit qu'aurait pu mettre son gendre, qui n'avait donné aucune espèce de détails. Il a pourtant continué tout le reste du jour à faire acte d'inspecteur et moi de collègue, et les choses se sont passées tout xîomme à l'ordinaire jusqu'à onze heures du soir où je le mis dans l'express.... Gela n'empêche pas de remercier la bonne Providence d'avoir mis au-dessus de moi un homme qui me connaît et m'estime Assez pour m'enlever désormais toute inquiétude sur la sécurité de ma position pendant le peu d'années qu'il me reste encore à pouvoir travailler. Il ne tardera pas à voir que je ne l'exploiterai nullement ni pour moi ni pour les miens; je me suis empressé d'épuiser le premier jour tout le crédit auquel j'aspire, c'est la première faveur qu'il ait accordée et le premier acte de son ministère. « La voici, lui ai-je dit : «c'est que si la Providence m'accorde que ma fille se marie comme je * le désire.... » Il m'a interrompu en me disant : « Je demande à être « son premier témoin. » Il m'avait deviné. »
COxMMENT JE DEVINS MINISTRE. 189
au préfet de me garder le secret et j'achevai la journée en continuant les affaires de l'inspection jusqu'au moment où je pris le train du soir. Je n'avais pas encore connu les malheurs domestiques qui, depuis, m'ont frappé à coups redoublés; ce jour qui me faisait monter si haut fut le plus triste de ma vie, et en roulant la nuit vers Paris, je fus accablé par le sentiment de la responsabilité que j'allais encourir. Mais pas un instant il ne me vint à l'esprit que je pusse refuser ce poste de combat. L'Empereur qui^ après m'avoir étudié dans mes livres pour son Histoire de César, m'avait, trois mois durant, j'en avais maintenant l'assurance, soumis à un examen prolongé dans les conversations les plus libres sur toutes sortes de sujets, me connaissait à fond. Il n'y avait pour lui pas plus de voile sur mon esprit que sur mes votes de 1852. Il savait ce que je pensais en politique et en religion ; et s'il m'appelait à cette fonction redoutable, c'est que la charge lui avait paru convenir à mon caractère autant qu'à mes aptitudes» Comme je le dis, quinze jours plus tard, au Conseil Impérial : « L'Empereuï" voulut sans doute qu'un des vieux soldats de l'Université militante, un de ceux qui ont porté le plus longtemps le poids du jour, fût mis à son tour à l'épreuve et que l'Université fût appelée à faire elle-même sa condition et sa fortune. »
Arrivé aux portes de Paris, vers cinq heures du matin, mon anxiété se dissipa et le courage me revint. Un ancien élève de l'École normale que je rencontrai voulut féliciter son camarade Duruy. « Duruy, lui répondis-je, est enterré cent pieds sous terre; il n'y a plus devant toi qu'un homme à qui l'on donne, sans conditions, le moyen d'appliquer les idéesque j'ai ramassées dans mon professorat et sur toutes
les rouies où rinspection générale m'a conduit. Tu le verras bientôt à Tœuvre et lu le jugeras. »
A Paris, j'appris ce qui s'était passé et l'obligation où le ministre d'État avait failli se trouver de faire tambouriner une récompense honnête à qui découvrirait son collègue de l'Instruction publique. Le secrétaire qu'il avait chargé de me porter la nomination officielle se rendit au Ministère de la rue de Grenelle qui avait copie des itinéraires suivis jour par jour par les inspecteurs généraux; dans le désarroi où le Moniteur avait jeté toute la maison, personne ne lui répondit. Il espéra être plus heureux à mon domicile, quai de Béthune; on le renvoya au boulevard Saint-Michel où ma femme, alors à la campagne, avait loué un nouvel appartement, mais où j'étais encore inconnu. Aussi ne put-il rien apprendre. Il descendait le boulevard , fort embarrassé de ses recherches inutiles, quand la vue de la librairie Hachette lui donna Tidée que là peut-être il serait bien renseigné. On ignorait comme ailleurs où je pouvais me trouver et on le renvoya de l'autre côté du Luxembourg, à mon imprimeur qui était chargé de m'expédier les épreuves en correction. Lahure lui apprit mon séjour à Moulins, ce qui termina enfin les courses et les soucis du messager.
Pendant ces pérégrinations, qui font penser à un khaUfe de Bagdad en quête d'un vizir inconnu, une lettre de Mocquard courait à Villeneuve où ma femme passait Tété. Je la donne pour terminer cette curieuse histoire d'un avènement ministériel où Rouland vit le succès d'un complot préparé de longue main contre lui, tandis que le plus étonné de ceux qui lurent le Moniteur du 23 juin 1863 fut certainement le nouveau ministre.
u Quoique le jour soit avancé, ma lettrp, je l'espère, vous arrivera avant le Moniteur, Il contient ce matin la nomination de M. Duruy au Ministère de Fins truc tion publique dont les Cultes ne feront plus partie. L'Empereur me charge de vous annoncer cette nouvelle et je e^uïs heureux dVHre Tînterprète des senlînieuls de Sa Majesté dans une circonstance où le mérite seul a délerminé son choix. Je connais les habitudes simples de M« Duruy et vos goûts modestes, Madame, mais le juste sentiment qu'il doit avoir de sa capacité, les services que ce ministère important réclame et doit attendre de lui, enfin ce haut témoignage de confiance du souverain, tout se réunit pour le décider et, s1l hésitait, vos efforts, Madame, se réuniraient à ceux des personnes qui savent lapprécier. Son refus ferait éprouver un véritable regret à l'Empereur ^ et, s'il m'est permis de le dire, à moi-même dont il connaît les sentiments.
ti Veuillez agréer rassurançe de ma considération 1res distinguée,
i^ Le Secrétaire de tEmpermr, Chef du Cabinet^
V MoCQtJARD, n • Fontainebleau, 23 juîn 1863. i
Le jour même de oion arrivée à Paris, je me rendis ù Fontainebleau où T Empereur voulut bien me recevoir aussitôt. Il n^j eut ni prosternement d'nn coté, ni, de l'autre, réception officielle avec ordres imposés. A ma première parole : ^t Comment Votre Majesté a-t-elle pu songer à faire de moi un ministre? » TEmpereur répondit par ces
seuls mois : « Ça ira bien ». Ce furent toutes les instructions que je reçus jamais.
. Billault, le ministre d'État, était présent et me fit le meilleur accueil. Je lui demandai un secrétaire général pour me couvrir du côté du Conseil d'État dans les questions contentieuses. Comme il ne me désignait personne, je finis par lui parler de Genteur qui, ancien avocat, puis maire d'Orléans, enfin préfet de TAllier, devait savoir trouver son chemin au milieu des subtilités juridiques. Je ne le connaissais que de la veille, mais il me semblait que sa triple carrière avait dû le préparer à être pour moi un auxiliaire utile. Je le proposai à Billault qui approuva le choix et un décret le confirma : mon ministère était constitué.
Avant d'en rappeler les principaux actes, je citerai un conseil que Billault se hâta de me donner et que je livre à mes successeurs. « Mon cher collègue, me dit-il, nous avons deux ennemis, sans compter ceux qui nous mordent les talons. Le premier, c'est la voiture ; passez- vous d'elle Je plus que vous pourrez. Le second, c'est le dîner. Vous en aurez beaucoup à donner et à recevoir. Ils se ressemblent tous. N'y prenez jamais qu'un peu de turbot, de la viande rôtie et de l'eau rougie. Si vous allez au delà, vous êtes un homme perdu. » J'obéis encore à la dernière consultation et m'en trouve bien. Quant à la voiture que, aujourd'hui, je voudrais bien avoir, je m'en défiais alors autant que Billault le pouvait souhaiter. Môme je réussis à mettre à pieds, pour le retour des Tuileries, une partie du Conseil, moins Baroche, trop solennel pour une pareille allure, moins aussi Rouher, gros mangeur et marcheur détestable, du moins en ce temps-là, et qui est mort de
ses trop bons dîners, de ses trop rares promenades et de raffaissemenl où il se laissa tomber quand la politique l'abandonna. Pour moi, je continuai Tusage recommandé par Billault : mes principales affaires ont été préparées dans mon esprit lorsque le soir, entre neuf et dix heures, fût-ce par la pluie ou la bise, je m'en allais seul du Ministère à l'Arc de l'Étoile. Une fois même je me perdis dans une des avenues qui aboutissent au monument de la Grande Armée, et je tombai au milieu d'un troupeau de bœufs dont le conducteur me remit sur la bonne route.
Rouland prit fort mal cette nomination et m'accusa de l'avoir fait tomber par un travail de taupe sournoisement exécuté sous ses pas. Je me vengeai en l'aidant à être nommé gouverneur de la Banque de France, ce qui condamnait cet ancien magistrat, procureur général à la Cour de Cassation et grand maître de l'Université, à venir s'échouer, à la fin de sa vie, sur un sac d'écus. Mais s'il me garda rancune d'avoir perdu son ancienne position, je crois qu'il fut enchanté de la nouvelle.
Mais moi-même ai-je eu raison d'accepter ce poste auprès du Prince dont j'avais, par mes votes au 10 décembre 1848 et en 1851, combattu l'avènement? Il était depuis douze ans en possession du pouvoir; il nous avait rendu le rang qui nous était dû parmi les nations ; Sébastopol, Solférino étaient des noms glorieux et le traité de Paris avait consacré le relèvement de la France. A l'intérieur, il avait commencé son évolution libérale par les traités de commerce, le rétablissement de l'adresse et le décret du 31 décembre 1861 qui limitait les pouvoirs financiers du gouvernement; et il ne paraissait pas disposé à s'arrêter dans cette voie. Enfin, ayant eu l'honneur de le I. 13
voir de près, j'avais apprécié l'élévation de ses sentiments; et l'expérience de la vie m'avait fait sentir la nécessité qu'une main ferme tînt le gouvernement pour que le vaisseau de rÉtat, qui porte nos libertés et notre fortune, naviguât sûrement au milieu des passions surexcitées. Si, en 1848, j'étais allé à Cavaignac, c'est que j'avais vu cet honnête homme agir énergiquement contre les factieux, et la même pensée me fait aujourd'hui battre des mains au succès de cet autre honnête homme, le président Carnot, qui vient de triompher de l'aventure boulangiste. Les circonstances et les hommes changent, mais je reste le même avec la devise de mon père : « L'ordre d'abord, la liberté ensuite, » l'une étant la conséquence de l'autre. Maintenant encore, sous une république vieille déjà de vingt ans, je voudrais voir le pouvoir exécutif moins dépendant, pour la politique de chaque jour, de l'omnipotence parlementaire. L'initiative doit venir du Gouvernement qui, placé au centre des informations, voit mieux, parce qu'il regarde de haut et de loin : malgré mon insuffisance oratoire, je n'ai eu que des succès aux Chambres. Dussent ceux qui ne pensent qu'aux avantages extérieurs du pouvoir me trouver bien naïf, je crois qu'il est dans la fonction ministérielle une vertu particulière qui détache absolument Thonnête homme des intérêts personnels pour ne lui laisser d'autre pensée que celle du service public. La confiance de l'Empereur me rendit cette dernière obligation facile, nulle prescription ne me fut imposée, de sorte que, comme on le verra plus loin, jamais ministre n'eut pour les affaires de son département une liberté plus complète. Dans ces conditions, un refus était impossible; il eût été une désertion et une lâcheté.
On verra, par ce qui va suivre, si j'ai été fidèle aux idées que ma vie passée pouvait donner de moi, et Ton sait que je suis sorti du pouvoir aussi pauvre que j'y étais entré, sans avoir chargé le Trésor public de faire aux miens des sinécures bien reniées.
En entrant à THôtel de la rue de Grenelle, je dis à ceux qui m'accompagnaient que cette demeure serait pour moi une maison de verre, signifiant par là que ma vie ministérielle resterait sous tous les yeux et que je donnerais au public les motifs de toutes mes résolutions. L'Université veut être persuadée avant d'obéir. De là tant de circulaires qu'on m'a reprochées, ne voyant pas à quel corps j'avais à faire, et qu'il me fallait d'abord conquérir l'opinion, afin d'obtenir, avec son concours, l'assentiment des Chambres qui, grâce à cette préparation, ne m'a jamais manqué. Ce que j'ai fait alors, je le recommence aujourd'hui pour mes enfants et pour mes amis. Ce sera le complément de deux livres publiés, en mars 1870, par le libraire de l'Université, Delalain, lorsqu'il réunit en un volume, sous le titre Administration de l'Instruction publiqite de 1863 à i869, mes discours ministériels et, dans un autre, les principales circulaires avec les instructions officielles de la même époque.