L'ESPÉRANCE
Léger aérostat, ô divine Espérance,
Gomme le frêle esquif que la houle balance
Au soufle nonchalant des paisibles autans
Vas, et dans les vapeurs que promènent les vents,
Découvres-toi parfois à mes regards avides,
Sur le fond bleu du ciel, dans les régions placides.
Où d'un riche soleil les rayons fécondants
Tracent en lignes d'or tous les rêves brillants
D'un douteux avenir ; viens rendre le courage
Au rude matelot qu'a fatigué l'orage.
Au valeureux guerrier qui par un sort meilleur
De tous coups ennemis sait braver la douleur.
Au pauvre cœur blessé qui cherche en vain sur terre
Ce bonheur inconnu qu'il sent et qu'il espère !
Mais, o triste rêveur, pourquoi dans les nuages
Te promener ainsi quand il s'agit d'images ?
Reviens, reviens à terre et laisse la, le soir,
D'scalader du ciel le trop rude chemin ;
Crains de tenter du sort le caprice bizarre ;
Toujours de ses faveurs pour nous il est avare.
Puisqu'un destin nouveau t'a mis la pointe en main,
T'a fait pauvre graveur de trop frêle marin,
Lorsque sur l'enduit noir qui recouvre ton cuivre
Ta main laisse après toi le renom qui doit suivre
Ton esquif passager sur l'orageuse mer Qu'on appelle la Vie, Océan dur, amer, Où trop souvent, helas ! fallacieux rivage. L'esprit qui nous leurrait va mourir au rivage.