DOCUMENTS RELATIFS A L’INTERDICTION, ETC., ETC
discours que M. le ministre propose au professeur qui devra me remplacer. Il lui recommande de s’étendre sur les conditions excellentes que présente une ville comme Nantes pour le développement et les progrès d’une école de médecine.
Si j’étais certain que M. Duvaux, en proposant un tel sujet, eût été au courant de l’état de l’école de médecine de Nantes, je dirais que c’est là une amère ironie de sa part. Choisir le moment où une école qui a été prospère il y a cinq ans en est venue à ce point qu’il y a des professeurs qui ne font plus leur cours faute d’élèves et où ceux qui sont le mieux partagés se félicitent quand ils en ont cinq ou six, choisir ce moment, dis-je, pour venir exalter l’excellence des conditions où se trouve cette école, c’est le comble de l’à-propos. Et pourtant le ministre n’a péché que par inadvertance. Si j’avais été chargé de traiter un pareil sujet, voilà le langage que j’aurais tenu : Oui, certainement la ville de Nantes est dans les meilleures conditions pour avoir une école de médecine prospère et florissante, et peut-être même qu’aucune ville de France, Paris excepté, ne peut lui être comparée. Elle a de magnifiques hôpitaux, les cliniques les plus belles qu’on puisse voir, entretenues qu’elles sont par les maladies exotiques, les accidents du port et des usines. La population nantaise est intelligente, portée d’instinct vers les scienèes naturelles et médicales. Nos élèves, quand nous en faisions, arrivaient aux concours de Paris dans les premiers rangs. Pourquoi donc, malgré ces conditions excellentes, l’école est-elle tombée dans le marasme? Les causes demanderaient à en être étudiées longuement, et je ne puis ici que les signaler.
Et d’abord, monsieur le ministre, prenez une large part de cette responsabilité. Une école ne peut avoir d’élèves si ceux-ci ne trouvent des avantages à la fréquenter au point de vue des inscriptions et des examens. Lorsque la ville de Nantes, animée d’un esprit très patriotique, fît en 1875 des dépenses considérables pour élever son école secondaire au rang d’école de plein exercice, vous l encourageâtes dans cette voie, et en retour de ses sacrifices vous lui concédiez le juste privilège de donner aux élèves toutes leurs inscriptions et de faire subir les examens de fin d’année. Trois ans après, sans aucun motif valable, vous déchiriez le contrat par la suppression des examens de fin d’année. Les sacrifices de la ville restaient seuls debout. C’est donc au ministère que revient surtout l’honneur d’avoir, en retirant la parole donnée, porté un coup mortel à cette institution déjà florissante. -
Il est une seconde cause. L’esprit du personnel enseignant, à quelques exceptions près, ne représente ni celui de nos institutions ni le sentiment presque universel de la France. C’était à vous, monsieur le ministre, à apprécier cela dès le début, et vous aviez en main les meilleurs moyens de donner de la vitalité à cette école. Un corps imbu d’idées surannées ne peut que s’isoler au milieu du mouvement si rapide qui emporte notre époque vers le progrès. C’est en vain que la vie le solbcite, il dépérit faute de s’infuser une sève nouvelle qui le rajeunisse en l’animant. On peut affirmer hardiment que, si l’Ecole de médecine de Nantes reste telle qu’elle est aujourd’hui elle ne se relèvera jamais. Si elle était réorganisée, elle pourrait revivre encore ; parce que, comme vous le dites avec beaucoup de justesse, une ville comme Nantes présente pour le développement de l’enseignement supérieur des conditions excellentes.
D r JODSSET DE BELLESME.