‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 13 sur 125 · Kumu Gelembanga; chef des esclaves du Nviini · texte numérisé non relu

Kumu Gelembanga; chef des esclaves du Nviini

117 Nyibita Moshinda ; un esclave à la cour, chef de la garde du nalais formée d’esclaves. 1

118. Ipona ; l’esclave sur lequel le Nyimi s'assied (fig. 35).

Les fontionnaires attachés au service personnel du Nyimi portent sur la hanche une grande coquille d’escargot de mer comme signe distinctif.

FEMMES KOLOMO

En plus des Kolomo qui viennent d’être décrits, il existe un certain nombre de femmes qui sont dignitaires de la nation. Les deux premières prennent rang a côté des grands Kolomo, c’est-à-dire des nos 1 à 6, Ce sont :

Elles doivent être sœurs ou filles du Nyimi et elles commandent I d toutes les femmes. La Katenge porte à sa ceinture une cloche

\a. Katenge. f (fig. 40) analogue à celle du Nyibita; en temps de paix, elle

2a. Bana. / porte une corde d’arc autour du cou; elle porte aussi une

] houe^ (fig. 41). En ce qui concerne l’origine d’un si haut office confié à une femme, voir légendes.

3«. Bamba, assistante de la Katenge ;

4a. Koine Dyenge, 1a. première femme du Nyimi.

5 a Bimi Ityongo ; la femme qui est à la tête du harem royal ;

6a. Chikala Bimbwe, la première femme du Nyimi avant son avènement au trône;

la. Yumi, punit les femmes désobéissantes en leur mettant du poivre rouge dans les yeux ;

8a. Bin Nyinji, assistante de la précédente, reconduit à sa hutte la condamnée momentanément privée de la vue ;

9 a. Shungonga Resamba, apprend aux femmes les chansons ;

10a. Gongo, chef du village des femmes ; elle seule est autorisée à porter ses cheveux coupés comme ceux des hommes (sauf les femmes-chefs subalternes).

Les suivantes sont des esclaves :

lia. Moto Bushongo, matrone des plus jeunes femmes du Nyimi; elle leur sert de chaperon lorsqu’elles se déplacent;

12a. Sanga Moana. J responsables de la propreté dans l’enceinte du harem

13a. Buimbo. ) royal.

14a. Kata Katenge, assistante de la Katenge.

Les sœurs du Nyimi se nomment Pangi Nyimi et le mari de sa mère, qu’il soit ou non son père, porte le titre de Che Nyimi. Ces individus ne semblent pas occuper une situation officielle particulière.

Il est nécessaire de dire quelques mots sur les fonctions de Nyimi chez les Bushongo. Théoriquement, le Nyimi est un monarque absolu de droit divin et descendant direct de Cliembe (Dieu) ; en fait, il n’est plus maintenant qu’un

Fig. 35. — Le Nyimi et sa cour.

personnage représentatif, et son pouvoir est très limité par les grands Kolomo comme le Kimi Kambu, Epanchula, Chikala, etc., qui représentent les aspirations nationales des Bushongo. Ces derniers sont les Bushongo par excellence et, quoiqu’un chef d’une force de caractère exceptionnelle, comme par exemple Shamba Bolongongo ou Bope Mobinji, puissent être capables de saisir le pouvoir réel en même temps que le pouvoir théorique qui lui est dévolu, une telle occasion a beaucoup moins de chance de se présenter que dans aucune des autres tribus africaines que nous connaissons. Aux yeux des Bushongo, le Nyimi représente plutôt une idée, comme

par exemple, toute proportion gardée, le Mikado aux yeux des Japonais. En public, obéissant à l’ancien cérémonial, ils lui feront les plus grandes révérences ; même ses ennemis personnels les plus acharnés, — car il en existe, — seraient prêts à donner leur vie pour le défendre ou pour venger une insulte qui lui aurait été faite. Ainsi, l’insulte involontaire, cause du soulèvement de 1904, fut ressentie bien plus vivement par les Kolomo, même par les ennemis personnels du Nyimi, que par ce dernier; ils forcèrent le Nyimi, malgré son refus, à ouvrir les hostilités

contre les Européens (voir p. 34). Leurs relations personnelles et privées avec le Nyimi sont cependant tout à fait différentes.

Ils sont trop fiers pour lui rendre visite et jugeraient cela au-dessous de leur dignité; s’il veut les voir, c’est lui qui doit se rendre en personne à leurs habitations ou les rencontrer sur un terrain neutre. Pour s’excuser ils disent que, vieux comme ils sont, ils craignent de regarder ses magnifiques femmes. Lorsque nous avons procédé à la confection de la liste des chefs, il devint nécessaire de réunir en même temps le Nyimi et les grands Kolomo. Tout d’abord le Nyimi fit appeler les Kolomo au campement de l’expédition, mais ces derniers le firent attendre si longtemps qu’il s’en alla avant leur arrivée. Plus tard, quand, en réponse à une invitation envoyée par les membres de l’expédition, ils firent enfin leur apparition, le Nyimi prit sa revanche en les faisant attendre une heure. Lorsque le Nyimi devait répondre, les Kolomo se tenaient à l’aftut de la moindre erreur et le plus petit lapsus était immédiatement corrigé par eux d’un air dédaigneux. Nul doute que ce manque de respect apparent des hauts dignitaires dans leurs relations avec le Nyimi n’ait, pour cause la décadence des institutions indigènes, provoquée

par l’influence européenne. Le Nyimi était la base du puissant empire Bushongo; le descendant de Dieu, le chef de tous ceux qui se considéraient comme faisant partie de la classe dirigeante de la tribu régnante, mais il fut forcé de s’incliner devant la puissance supérieure de l’homme blanc; dès ce moment son prestige tomba et l’empire qu’il représentait ne fut désormais guère plus qu’un nom.

Il a été dit que le Nyimi est regardé par tout le pays comme incarnant la puissance suprême ; ceci est vrai tant qu’il ne s’agit que du pouvoir exécutif. Il semble cependant que sa mère qui porte le titre officiel de Ma’na Nyimi ait un certain ascendant sur lui; en effet, lorsqu’ils se rencontrent, c’est elle qui lui adresse la parole en premier lieu, privilège qu’ont toujours les supérieurs. Il est vrai, d’autre part, que la mère du Nyimi se tient agenouillée devant lui, mais cette position est celle que prennent la plupart des femmes quand elles désirent se reposer quelques instants.

Fig. 37.

Hache de cérémonie du Nyimi Shongo.

Le Nyimi doit observer certaines prohibitions; par exemple, il ne doit point parler en tenant un couteau à la main, pas plus qu’on ne doit lui adresser 1a. parole si l’on est dans, ces conditions; en aucune circonstance, il ne doit verser le sang humain, pas DyAe à la guerre. 11 était interdit, jusque ces dernières années, aux personnes du sang^royal de toucher le sol; ils devaient s’asseoir sur une peau, surune chaise ou, comme jadis le Nyimi, sur le dos d’un esclave reposant sur ses genoux et ses mains (flg. 35), ils doivent poser leurs pieds sur ceux des autres personnes. Jadis, pour voyager, on les transportait à dos d’homme; quant au Nyimi, il voyageait dans une litière en forme de boîte portée sur des perches. Cette interdiction de s’asseoir par terre était aussi jadis observée par les Kolomo et on emportait toujours en cas de déplacement des peaux à leur intention.

De même il n’était pas permis aux personnes du sang royal de manger devant des femmes. Si le Nyimi éternue, toutes les personnes présentes doivent exécuter trois séries d’applaudissements en diminuant de force; s’il crache, l’homme qui est le plus près de lui recueillera les expectorations et les enveloppera avec soin dans un linge.

Lorsqu’un sujet vient se présenter chez le Nyimi, il est introduit par son représentant (de métier ou de village) à la cour; il s’agenouille en silence et attend

que le Nyimi veuille bien lui adresser la parole. Pendant un certain temps, le

Nyimi semble ne pas s’apercevoir de la présence de son sujet; à la fin il l’interpelle par son nom, ou, s’il est Kolomo, par son titre, et l’autre lui répond « Ola « (oui) par deux fois et frappe dans ses mains. Il doit répéter ce mot et cet applaudissement après chaque phrase que lui dit le Nyimi et

il doit également frapper dans ses mains chaque fois qu’il prononce lui-même

une phrase.

L’insigne particulière des chefs est une plume d’aigle. Le Nyimi porte deux

anneaux sur le gros orteil, et un bracelet de fer; ce dernier est, en vérité, un talisman personnel, et il l’enlève lorsqu’il veut manger, boire ou fumer. L’épingle de sa coiffure (flg. 224) comme la breloque en forme de cloche qui y est adjointe, sont en laiton.

Le Nyimi possède un certain nombre de couteaux d’un modèle particulier qui sont les insignes de son rang; il les prête à ceux qui sont chargés de le

représenter.

Les chefs, les personnes du sang royal, leurs femmes et leurs enfants peuvent porter aux chevilles des bracelets de fer et revêtir des vêtements à bordures de cauris.

Dans leur coiffure est piquée une épingle de laiton munie d’une petite cloche en minia¬

ture également en laiton et tout à fait pareille, en somme, à celle que porte le Nyimi.

Fig. 38. — Le vieux Nyibita.

Les insignes particuliers portés par les Kolomo ont déjà été décrits dans la liste de ces derniers ; il suffit de se reporter aux titres suivants : Kimi Kambu, Chikala, Epanchula, Nyanga, Nyimi Shongo, Nyibita, Katenge, Ny&vta Dinga, Bambi, Bengi, Chwala et Gongo. On sait aussi que ceux qui sont attachés'1 “au service personnel du Nyimi ont le droit de porter sur la hanche une grofeè coquille de mer ou une imitation en bois (fig. 48). Les plus importants parmi les dignitaires ont le droit de porter une cravache faite d’une queue de buffle fixée à un manche de bois sculpté (fig. 49).

Les ornements suivants sont communs à tous les Kolomo :

Une épingle de fer à laquelle la cloche en miniature est reliée par un anneau de laiton (ils ont de plus le droit de porter deux épingles croisées dans leurs coiffures); un rouleau de peau sur les fesses lequel ne peut être porté par les personnes de conditions ordinaires que pendant les danses, une canne de cinq pieds de long environ avec un anneau de fer au sommet, et, pendant les danses, une ceinture en fibres végétales d’un dessin particulier. (Voir sur la coupe fig. 318.)

Le port illégal d’insigne, si toutefois un tel délit peut être conçu par l'esprit d’un Bushongo, serait sévèrement puni.

Le Nyimi, comme représentant de la nation, est le possesseur de toutes les terres ; lui seul peut en accorder l’usufruit ou en priver quelqu’un ; mais il ne peut les vendre. Les tribus étrangères qui se sont établies en territoire Bushongo (Bashoba, Bashilele) doivent reconnaître la suzeraineté du Nyimi et lui payer un tribut. C’est au Nyimi aussi que reviennent tous les biens pour la possession desquels il n’existe pas d’héritiers naturels.

Tous les villages payent des impôts au Nyimi ; il accorde la perception des taxes d’un ou de plusieurs villages déterminés à un Kolomo ou à un fidèle serviteur ; c’est de cette manière que les Kolomo se procurent leurs revenus.

Le droit au trône suit la descendance de la ligne féminine ; d’où la position prépondérante qu’occupe la reine-mère dans l’ordre de préséance. Les fils de la Ma na Nyimi deviennent Nyimi par ordre d’âge, après quoi le pouvoir passe aux fils de la sœur aînée, puis aux fils de la seconde fille et ainsi de suite. On se rendra compte de cet ordre de succession au trône dans le tableau d’une généalogie supposée que nous reproduisons ci-dessous. Les numéros y représentent l’ordre naturel de succession ; quant aux familles des différents Nyimi, elles sont omises à dessein car elles ne peuvent jamais parvenir au pouvoir.

A. $ (Ma’na Nyimi)

Zcf (1)

Y cf (2) C. $

v Cf (5)

X (3) cf D 9

H 9 V (6) cf

W(4)cf

T(7)cf

B 9 (sa sœur)

s cf (8)

Q (10) cf

R(9)cf

L9 P (11) cf

Comme il a été dit plus haut à propos de l’histoire des Bushongo (p. 24), une femme ne peut monter sur le trône que dans le cas où les descendants mâles viendraient à manquer.

Telle est la théorie, mais elle n’est que rarement mise en pratique, le Nyimi ayant le droit de déshériter tel de ses successeurs qu’il lui plaira. Un homme ainsi déshérité est définitivement exclu de la succession. On peut donc dire qu’en pratique le Nyimi a le droit de désigner son successeur parmi ses frères, ses cousins ou ses neveux, mais il ne peut cependant pas les

choisir en dehors de la descendance de ses ancêtres féminins.

Lorsque le Nyimi est très malade et sent que la mort approche, il fait venir son fils aîné et lui confie les « secrets de la cour », en lui révélant le nom de ceux qu’il entend déshériter.

Après son décès, ce fils est momentanément tout-puissant ; il est le gardien des biens qu’a laissés le Nyimi ; c’est lui qui habille le corps pour la cérémonie funèbre, et qui choisit les victimes humaines à immoler au cours de cette cérémonie.

Le corps est exposé pendant trois jours et toute la population du voisinage vient le voir. Alors l’aîné, dépositaire des dernières volontés du Nyimi, rassemble les doyens en une réunion solennelle et s’adresse au Bambi et au Bengi dans ces termes :

« Les paroles que je prononce ici sont celles que mon père m’a dites avant de mourir. Ecoutez ses dernières volontés. Il ordonne qu’un tel (frère ou cousin, neveu, selon le cas), soit Nyimi. Allez, vous Bambi et Bengi, et informez-le de cette nouvelle. » Le Bambi déclare qu’il reconnaît dans ce choix la sagesse du Niymi, et le Bengi dit aussi quelques mots dans le même sens.

Alors, suivis par une foule qui augmente de minute en minute, le Bambi et le Bengi se rendent, à travers tout le village, à la demeure de celui qui vient d’être nommé Nyimi. Arrivés là, le Bambi s’arrête et lui dit : « Jusqu’à ce jour vous n’étiez personne, aujourd’hui vous êtes le grand Nyimi ; rien ne doit vous manquer de ce que le cœur peut désirer ; vous avez été choisi pour nous gouverner. » Le Bengi répète ces mêmes paroles et toute la foule pousse des acclamations.

Le nouvel élu se retire alors, et les Kolomo le revêtent de sa « robe de couronnement », faite d’étoffe de fibre d’une blancheur immaculée. Pendant ce temps la foule continue de s’accroître dans le village, et tous les Batwa habitant le territoire Bushongo arrivent pour servir de garde de corps au Nyiwta et la Katenge

nouveau souverain. Ils demeurent avec lui tant qu’il n’est

pas installé dans sa nouvelle résidence. Le troisième jour tous les Bushongo présents endossent leurs vêtements de cérémonie, et le nouveau Nyimi se présente devant eux. Le Bambi lui demande : « Etes-vous Nyimi ? » et celui-ci répond par l’affirmative après que le Bengi lui a adressé la même question. Pour plus de clarté,

Fig. 39.

Cloche de certains hauts fonctionnaires

nous supprimerons dans le récit qui suit les paroles prononcées par le Bengi, mais il faut toujours sous-entendre que tout ce qui est dit par le Bambi est aussitôt répété par le Bengi comme par un écho.

Le Bambi continue et demande : « Dites-moi les noms de ceux qui ont été rois avant vous. « Et le Nyimi de réciter la liste de ses prédécesseurs depuis le temps de Bumba, tous les Kolomo contrôlant ses réponses.

« Montrez-moi maintenant, dit le Bambi, ceux qui seront Nyimi après vous. « Et tous ceux qui ont un droit quelconque à la succession, même des enfants portés sur les bras, s’avancent vêtus de blanc. Puis le Bambi demande encore : « Montrez-moi ceux qui partageront avec vous les honneurs de votre situation. « Et les femmes et les enfants du Nyimi s’avancent habillés de la même façon. « Alors vous êtes Nyimi et nous vous aimerons et vous obéirons tous. Si nous tuons un animal, il sera pour vous, si nous prenons un poisson il sera pour vous ; si nous procréons des filles, elles seront pour vous; nous vous payerons des impôts, et si vos lèvres expriment un désir, il sera satisfait. Si nous vous obéissons, soyez bon pour nous; si nous vous désobéissons, punissez-nous, car vous êtes Nyimi et toutpuissant. » Alors on apporte la litière d’état, qui est formée d’une boîte rectangulaire en bois pouvant contenir au moins quatre personnes, et qui est supportée par deux perches passant dans des boucles latérales.

Le Nyimi monte dans cette litière et le cortège s’engage dans le village suivi par une foule considérable qui se dispute l’honneur de la porter. Enfin le Nyimi arrive au Mushenge de son prédécesseur. Il rassemble tous les biens du chef défunt et se fait ensuite transporter à l’endroit qu’il a désigné pour être sa résidence officielle (Mushenge). On se met sur-le-champ à édifier un village ; l’habitation du Nyimi est construite et décorée uniquement par des Kolomo. « Là il vit et gouverne comme un grand chef ; du moins en était-il ainsi auparavant, « nous dit le Nyimi actuel, avec un soupir. Une fois installé au Mushenge, le Nyimi ne le quitte que rarement. S’il se déplace, il ne s’arrête jamais dans un petit village; seuls ceux de dimensions considérables, comme Misumba ou Ibanche, ont le droit d’être honoré de sa présence. Dans les cas tout à fait rares de visite royale, une défense d’éléphant est plantée dans le sol, Fig. 4i. - Le Chikaia ii la pointe en bas, derrière le siège du Nyimi, pour lui

avec la statue de Misha Peienge Che. servir comme dossier. Une défense ayant ainsi servi

d’appui au monarque n’est jamais enlevée, et, en permettant l’acquisition d’une de ces défenses érigées pour le grand Shamba Balongongo (fig. 50), le Nyimi actuel a donné une nouvelle preuve de la bonne volonté et de la sympathie qu’il a toujours montrées envers notre expédition.

La succession des chefs vassaux du Nyimi est réglée par les mêmes lois que

celle du Nyimi lui-même; cependant leur nomination doit être ratifiée par ce dernier qui leur donne alors une plume d’aigle, symbole de leur autorité.

A l’occasion de l’avènement d’un Nyimi, un de ses parents du sang royal se présente chez lui avec une de ses filles qu’il lui destine pour femme. Celle-ci est l’objet de marques de considération toutes particulières, et porte le titre de Mikema. Les enfants du sang royal, et eux seuls, sont souvent mariés pendant leur enfance, toutefois mari et femme continuent de vivre chacun chez leurs parents. Il arrive qu’une femme adulte est choisie comme fiancée d’un jeune garçon de ce rang. Le successeur d’un Nyimi hérite des veuves de ce dernier. Quand une personne du sang royal meurt, ses filles se peignent tout le corps et la figure de raies jaunes et rouges. Chaque chef, lorsqu’il arrive au pouvoir, invente un dessin qui est gravé sur ses tambours et qui tient lieu, dans une certaine mesure, de son sceau royal.

Tous les Kolomo sont inamovibles; cependant le Nyibita (6) se retire dès que son âge l’empêche de prendre une part effective dans les guerres. Les charges ne sont pas héréditaires. Théoriquement, la nomination de tout fonctionnaire dont la place se trouve momentanément vacante, est entièrement laissée à la volonté du souverain. Pratiquement, cependant, c’est l’opinion publique qui décide son choix. Récemment un cas se présenta où le Nyimi fut obligé de nommer à un poste très élevé une personne qu’il détestait; de même, il n’a jamais pu nommer simple Kolomo Shamba Shamba (fig. 80) son beau-frère et ami intime, parce que l’opinion publique s’y opposait.

Dans des cas pareils il a l’habitude de donner une compensation à l’orgueil blessé de ses amis ; ainsi il leur permet de porter des insignes de Kolomo, ou même de membre de la famille royale, sans qu’ils aient ces qualités.

Il nous reste maintenant à considérer la forme gouvernementale d’organisation sociale des tribus orientales et en particulier des Bangongo. Si l’on en croit l’opinion de ce peuple au sujet de son histoire ancienne, lors du passage de la rivière Sankuru, le chef suprême d’essence divine, Etochi, fut déposé et remplacé par son lieutenant, Nyimi.

Les Bangongo ajoutent que leur organisation, à cette époque, ne différait que fort peu de celle qui existe actuellement ; le titre de Lukengu que les Européens appliquent maintenant au chef de toute la nation était porté par l’héritier-présomptif. Ce titre, ainsi qu’il a été expliqué ailleurs (p. 32), n’est point un mot Bushongo, mais un terme Baluba. L’usage de ce mot s’est répandu parce que Wolf reçut ses informations d’un esclave du prétendant au trône, lequel esclave était Baluba et employait par conséquent, pour désigner son maître, le terme Baluba.

Comme l’autorité du chef effectif était à cette époque très affaiblie, le prétendant avait, apparemment avec son consentement, pris en mains les rênes du gouvernement, et ainsi Je titre fut appliqué par les Européens à la fonction de chef suprême.

Les Bangongo prétendent qua l’époque du passage de la rivière Sankuru, 1 organisation sociale des tribus orientales était la suivante :

Nyimi Yatende; Chef des Bangongo, mais tributaire du Nyimi de la nation Bushongo.

Fumu ; Titre des petits chefs locaux; chacun de ces derniers était assisté des fonctionnaires suivants; un numéro indique l’ordre de préséance.

I. Kimi Kambu, le premier ministre (comme Je n° I de la liste Bambala), il représente le chef pendant son absence.

FONCTIONNAIRES JUDICIAIRES

7. Epanchula, grand juge (le même que le n° 3 de la liste Bambala, mais avec des attributions différentes).

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