LE VIN DE PALME (BAMBALA
(raconté par le nyimi et le moaridi)
Au temps de la création il y avait, tout près de l’endroit où vivaient les Bushongo, un grand lac et ce lac contenait du vin de palme au lieu de contenir de l’eau ; de sorte que toutes les fois qu’on avait soif, il n’y avait qu’à y aller puiser du vin. Or un jour une certaine femme, nommée Nanchamba, urina dans le lac, mais elle fut vue par un homme nommé Boyo Bumba qui le lui reprocha en disant : « N’êtes-vous pas honteuse de souiller le lac où tant de gens vont chercher un breuvage ? Je dirai aux villageois ce que vous avez fait. » Il le fit et tous dirent qu’ils ne boiraient plus du vin du lac. Le jour suivant Boyo Bumba revint au village et dit : •* Voyez comme nous sommes punis pour la faute de cette femme ; le lac est desséché. » Et en effet il l’était ; le lac avait disparu et à sa place était un ravin où l’on vit croître quatre variétés inconnues de jeunes arbres. Ils donnaient à ces arbres le nom de Sliamba, Mibondo, Ikari et Diana. Mais ils
n y fi 1 eut plus attention et continuèrent à pleurer la perte de leur lac. Les années passèrent ; les arbres devinrent grands et formèrent une forêt où avait été le lac. Mais un jour un Motwa nommé Bunyi, se dit « Où est allé le lac ; n’a-t-il pas été absorbé par les arbres? Je men vais y faire un trou et je verrai à quoi ressemble leur sève. » Il y alla, grimpa sur l’un d’eux et fît un trou près de la cime ; mais il n’en coula aucune sève. Il rentra chez lui, résolu à abandonner la recherche ; mais dans son rêve un homme lui apparut et il lui dit : « Une bonne idée ne vaut rien sans la persévérance; allez et essayez encore une fois ». Le lendemain matin, Bunyi retourna à l’arbre et il y vit un petit filet de sève qui coulait du trou qu il avait fait ; il y goûta et la trouva douce ; alors il plaça un vase pour en recueillir les gouttes et retourna au village, mais ne dit rien de sa découverte. Chaque jour la quantité de sève augmenta et devint plus forte et tous les jours il avait à mettre un vase plus grand pour recueillir ce qui coulait. Un jour qu’il
eut bu le contenu de son plus grand vase, il revint au village dans un état d’ivresse ;
il causa de grands désordres et fut conduit devant le Nyimi. Le Nyimi lui demanda
la cause de sa conduite extraordinaire ; mais Bunyi refusa de la lui dire, excepté en
secret , cela lui fut permis, et quand il eut raconté son histoire le roi envoya un messager pour voir s il avait dit la vérité. Lorsque le récit eut été contrôlé, le Nyimi annonça 1 evenement au peuple et ils allèrent tous recueillir les semences des palmiers et les plantèrent dans tout le pays. Mais même de nos jours un homme ne voudia pas boire seul du vin de palme de peur de s’enivrer; il invite toujours ses amis à en boire avec lui.