AU LECTEUR
Il s'est élevé en France depuis quelques années comme une protestation contre les idées fausses d'égalité qui semblaient prévaloir, et, la plupart des familles ont recherché dans les titres anciens les documents destinés à établir les services rendus par elles au pays.
De nombreux ouvrages généalogiques, tous d’un grand intérét, en raison des renseignements qui y sont mentionnés, ont paru dans les départements. Le nobiliaire remarquable de M. le marquis de Belleval, les savantes recherches de M. de Rosny, l'annuaire de M. Borel d'Hauterive et tant d'autres travaux de valeur, ont déjà jeté un jour presque complet sur les vieilles fanulles de la Picardie et sur celles du Ponthieu en particulier.
Il m'a paru cependant intéressant de publier les notes, que j'ai eu la bonne fortune de trouver dans d'anciennes archives et principalement dans les minutes des notaires et dans les registres des paroisses.
Pour rendre mon travail plus complet, j'ai intercalé dans chaque article certains renseignements puisés dans les ouvrages cités plus haut et dans plusieurs autres.
La Picardie en raison de sa situation géographique, est une des provinces qui ont le plus souffert des luttes, dont le nord de la France fut longtemps le théâtre.
Il m'a été permis de voir quelles épreuves ont traversé presque toutes les familles. Un grand nombre d'entre elles, même parmi les plus riches et les plus illustres, ont du, après des querres mal-
heureuses, se livrer au commerce, non pour soutenir leur rang, mais pour reconstituer leur patrimoine.
Ces causes ont rendu la noblesse picarde très difficile à suivre dans son histoire.
Les actes de l'état civil tenus jusqu'en 1789 par les curés des paroisses laissaient beaucoup à désirer. Établis sans ordre précis et sans grand souci de l'orthographe, il était presque impossible de s'y reconnaitre. Les noms les plus illustres étaient écrits de vingt manières différentes ; ainsi, celui des Thubeauville se retrouve Thubiauville, Tuboville, Thiubiauville, etc ; et pour tous, des orthographes aussi bizarres et aussi irrégulières.
En coordonnant ces notes généalogiques, j'ai pensé rendre un réel service aux familles, dont les membres ne se soucieraient pas de fouiller eux-mêmes les chartes anciennes, la lecture des vieux titres étant souvent difficile.
Bien des noms sont aujourd'hui éteints, j'ai cru pourtant nécessaire de ne pas les laisser dans l'oubli, car la plupart ont été portés par des hommes qui ont rendu de signalés services à leur pays.
Je n'ai pas mentionné dans ce travail plusieurs familles qui avaient déjà eu leur généalogie publiée dans des ouvrages nobiliaires, ou, si je l'ai fait, c'est que j'ai trouvé des renseignements nouveaux pouvant les intéresser. Pour la plupart, je me suis arrété à 1789, supposant que les registres de l’état civil suffiraient à compléter ces recherches.
Enfin, il m'a paru important de rappeler les attributions des différentes charges et professions d'avant 1789. Aussi n'ai-je pas craint d'entrer dans quelques explications destinées à rendre plus compréhensible le texte de mon ouvrage.
Dans l'ordre judiciaire, les secrétaires du Roi éfaient des officiers de la grande chancellerie, qui avaient le droit d'expédier et de signer les lettres et d'assister au sceau.
Le lieutenant particulier était le magistrat qui jugeait en
‘absence du lieutenant général dans les présidiaux et qui tenait l'ordinaire, c’est-à-dire une audience particulière pour les causes ordinaires du bailliage et de la prévôté, après que la présidiale était finie.
On entendait par lieutenant civil, le magistrat établi pour juger les affaires civiles.
Les attributions du lieutenant criminel, consistaient, comme son nom l'indiquait, à juger les crimes, qui se commettaient dans l'étendue de sa juridiction.
Le lieutenant général de police veillait à la sûreté de la ville et de la banlieue et connaissait les délits de ceux qui contrevenaient aux ordonnances et aux règlements de police.
Les haillis et le sénéchaux, éfaient des juges royaux, connaissant des appellations, tant des prévôts royaux que des seigneurs hauts-justiciers de leur ressort. Les appellations interjetées de leurs sentences, relevaient du Parlement.
Sous eux, il y avait des juges inférieurs, appelés prévôts, jugeant les affaires civiles en première instance, c'est-à-dire les matières civiles, personnelles, réelles et mixtes entre roturiers, à l'exception de celles qui étaient réservées aux baillis et sénéchaux par l'édit de Crémieu. Les prévôts étaient les mêmes juges que ceux appelés châtelains en quelques endroits et viguiers dans d'autres. | |
Les auditeurs éfaient les notaires des XIV° et X V° siècles et jusqu'au milieu du ÀXVF.
On appelait huissiers, les officiers judiciaires qui signifaient les exploits, ajournements, jugements, sentences et arrêts et les mettaient à exécution, chacun selon leur pouvoir.
On leur donnait ce nom, parce que leur fonction principale était de garder l’huis et l'entrée de l'auditoire.
Dans l’ordre militaire, les sergents du Roi, éfatent des gen-. tilshommes institués par Philippe Auguste, pour garder s& personne et qui se distinguèrent à la bataille de Bouvines. Quand ils
n'allaient pas à la querre auprès de la personne du Roi, on les faisait châtelains ou gardiens des frontières. (de Rosny. Rech. gén.)
Les gouverneurs et maîtres des hôpitaux et des couvents, étaient chargés du spirituel de ces communautés. Ils avaient les mêmes fonctions que les aumôniers actuels.
Dans l'ordre administratif, les premiers magistrats prenaient le titre de mayeurs ou maires. Dans les villes importantes, 1 y avait plusieurs mayeurs. Ainsi, jusqu'au milieu du X VIF: siècle, Montreuil avait ses trois mayeurs, qui prenaient les noms de premier, vice-mayeur et tiers-mayelur. La municipalité était complétée par les échevins et les conseillers de ville. Les premiers étaient des officiers municipaux qui administraient les biens communaux et géraient les affaires de la ville. L'échevinage était un tribunal chargé de réprimer les infractions aux ordonnances de police et aux arrêtés municipaux. Les échevins jugeaient au civil et au criminel. (Baron de Calonne.)
Les conseillers de ville, éfaient presque toujours d'anciens échevins, dont on était heureux de consulter l'expérience, et d'écouter les conseils désintéressés.
Les sergents à verge, exécutaient dans les villes les ordonnances des mayeurs et échevins.
Le commerce avait aussi ses officiers, appelés prévôts de la ghilde. J{s étaient à la fois chefs militaires de la corporation, gardiens des privilèges et officiers de la police industrielle. La plupart des marchands avaient le titre d’honorable homme.
Les pairs, étaient des vassaux éqaux en dignité et dont les fiefs avaient titre de pairie ; par suite, les seigneurs de ces pairies se qualfièrent pairs.
Les francs-hommes ou hommes de fiefs ou hommes-liges étaient des possesseurs de fiefs, relevant d'un autre fief. Ils mettaient leurs sceaux, ainsi que le bailli, aux chartes où ils comparaissaient.
Cet ouvrage n'est pas un nobiliaire mais bien un recueil de notes concernant aussi bien la bourgeoisie que la noblesse : quelques erreurs s'y seront certainement glissées, mais j'espère que le lecteur voudra bien, en raison de l’aridité du travail, m’accorder l'indulgence la plus entière.
10 novembre 1886.