L. A. PRUD'HOMME
Prolog LE.
Quelle étrange existence ([ue celle de cet lionmie : Tour à tour, découvreur, officier de marine, inspirateur et fondateur de la y)lu8 puissante compagnie de commerce qui ait existé dans l'Amérique du Nord, sa ▼ie présente un mélange étonnant des vicissitudes humaine».
On le voit alternativement passer de la loge de pauvres sauvages, à la cour du grand Colbert, haranguer les chefs des tribus et les Pairs les plus illustres de la Grande Bretagne.
Son courage était de bonne trempe. Il vit plus de cent fois la mort en face, sans s'émouvoir, Il brava les tortures et le bûcher chez les Iroquois, les complots perfides des sauvages de l'Ouest, les hivers rigoureux de la Baie d'Hudson et les chaleurs tropicales des Antilles.
Nature aventureuse, attiré comme irrésistiblement vers les régions inconnues, poussé ])ar la fièvre des Aoyages, touj(Hirs prêt à s'élancer dans de nouveaux dangers, Fenimore Cooper, aurait pu en faire, l'un des héros de ses romans les plus é«nouvants.
Le tableau de sa vie, présente cependant bien des ombres. La vie de brigands qu'il mena avec un parti d'Iroquois, ne peut être excusée en aucune façon.
On lui reproche également, d'avoir deux fois déserté le drapeau de la France, sa patrie. Lft* première fois,
on serait tenté d'être indulgent envers lui, car il fut l'objet de graves injustices, de la part du gouverneur de la colonie.
Aucune excuse, ne saurait justifier sa seconde trahison. Il n'en ofi"re aucune, non plus. Il avoue bien ingénument, qu'il rechercha le service de l'Angleterre parce qu'il la préférait à la France.
En épousant la fille de Sir John Kertk, il parait avoir é])()usé également la nationalité de cette famille là. Pour lui, il faudrait changer le proverbe et au lieu de "Qui prend mari, prend pays" dire "qui prend femme, prend pays."
Le célèbre découvreur du Nord-Ouest, l'illustre La- Yérendrye. eut comme Radisson et plus encore que lui, de justes motifs de se plaindre de l'ingratitude de la France ; mais combien diâerente fut sa conduite.
Aussi, les persécutions n'ont fait qu'ajouter au front du premier, une nouvelle auréole de gloire, tandis (ju'elles ont apposé au front du second, une tache ineffaçable.
Les âmes vraiment élevées ne cherchent point dans la trahison, la revendication de leurs droits méconnus.
Ses premières années.
Pierre Esprit de Radisscm naquit à Paris. Sa mère, née Madeleine Hénault, épousa en 1680, en secondes noces, Sébastien Hayet dit St. Malo.
Il prétend dans ses mémoires, être arrivé en -Canada, le 24 mai 1651. Une de ses sœurs maternelles, Maguerite Hayet, épousa le 24 Août 1653, Médard Chouart Desgroscillers. Ce dernier, devint le compagnon de ses principaux voyages.
Avant de se rendre en Canada, Radisson avait visité l'Italie et la Turquie. On retrouve dans ses notes, des réminiscences des premiers voyages de sa jeunesse. Son style indique un homme, dont l'esprit avait été bien cultivé. Sans être des modèles du genre, plusieurs de ses descriptions, ont un cachet de fraicheur poétique, qui sent l'inspiration.
Ses mémoires s'ouvrent par ces paroles chrétiennes : *'A la plus grande gloire de Dieu."