EXPEDITIONS MARITIMES
A LA Baie d'Hudson.
Malgré le succès de leur expédition, Radisson et Desgroseillers furent très mal acceuillis par le gouverneur. Il ne pouvait leur pardonner, d'avoir désobéi à ses ordres et de lui avoir refusé une part des profits. Pour s'en venger, il les rançonna du mieux qu'il pût. Il leur fit payer, entr'autres choses, $2000 pour la construction d'un fort à Trois-Rivières. Cette somme constituait près du tiers, du revenu net de leur voyage.
Cependant, ils ne se découragèrent pas pour cela. Ils formèrent le projet, de se rendre à la Baie d'Hudson, par mer. Ils s'adressèrent à i)lusieurs marchands de Québec, dans le but d'organiser une société. Comme les négociations n'avançaient pas à leur gré, Deagroseillers passa en France, pour demander la restitution des argents, que le gouverneur leur avait enlevés.
Il' fut bien reçu à la cour, mais on se contenta de le payer en belles paroles.
Il se hâta de revenir en Canada.
A peine de retour, il partit de Québec, avec Radis- 8(m (1664) sur un petit navire.
Ils n'avaient avec eux que sept matelots. Nous ignorons si ce navire fut équipé à leurs frais ou par les marchands de Québec. Ils avaient avec eux, des marchandises, car ils firent la traite, pendant quelques jours, à St. Pierre du Cap Breton.
Pendant son court séjour en France, Desgroseillers avait rencontré un bourgeois de LaRochelle, qui avait
promis de lui envoyer un navire, à l'ile Percée et de le mettre ainsi en état, de faire le voyage à la Baie d'Hud- 8on.
Le navire n'arriva pas. Desgroseillers proposa alors de se rendre dans la Nouvelle-Angleterre. A cette nouvelle, l'équipage, se révolta et menaça de les tuer tous deux, comme traitres à leur pays.
Ils se dirigèrent vers Pcjrt Royal où ils rencontrèrent des armateurs de la Nouvelle Angleterre.
Ils finirent bientôt par s'entendre avec eux. Une convention fut rédigée et signée de part et d'autre.
Dans l'automne (1664) nos deux découvreurs, partaient de Boston, sur un bateau équipé par les armateurs en (question. Ils ne pénétrèrent dans la Baie d'Hudson, que jusqu'au 61° nord. Ritdisson aurait désiré s'avancer plus loin dans la Baie, mais la saison était trop avancée pour le faire.
Ils n'étaient pas préparés d'ailleurs, à hiverner dans ces parages désolés. Ils échangèrent quelques paroles avec des indigènes qu'ils rencontrèrent sur la côte, et se hâtèrent de retourner à Boston, avant d'être arrêtés par les glaces
Radisson donne très peu de détails sur ce voyage. Il est bien certain que son séjour dans la Baie, fut trèscourt. Ce ne fut, pour ainsi dire qu'un premier essai.
Les fréteurs, lui avaient promis deux vaisseaux pour le printemps suivant, (1665). Ils tinrent parole. Comme il était trop à bcmne heure, à cause des glaces, pour entreprendre ce voyage, ils l'envoyèrent, en attendant, faire la pêche à l'ile de Sable, sur l'un de ces bateaux.
Une horrible tempête, le jeta sur la côte et le brisa complètement. L'équipage ne se sauva qu'avec la plus grande peine. Un procès s'en suivit, qui finit par être réglé, à l'amiable. ""*"
Pendant que Radisson se trouvait à Boston, pour surveiller sa cause, il fut introduit au Colonel George Cartwright.
Cet ofiicier, faisait partie de la commission Royale, chargée de régler des questions importantes, alSfectant la colonie.
Il s'intéressa à Radisson et lui congeilla d e passer en
Angleterre avec lui, lui promettant de l'aider dans se» projets, au{)rès du Roi.
Radisson et Desgroseillers s'embar(|uèrent en eflFet avec le Colonel, le 1er Août 1665. Pendant la traversée, ils furent attaqués par un vaisseau Hollandais, le '*Coper''. Après deux heures de combat, ils furent obligés de se rendre, et furent transportés sur les côtes d'Espagne, d'où ils se rendirent en Angleterre.
Pendant ce voyage, à la demande de Cartwright, Radisson prépara un mémoire de ses différents voyages, pour être soumis au Souverain Anidais.
Ce mémoire se ressent à certains endroits, de la précipitation avec laquelle, il a été préparé. On y rencontre des anachronismes, et des inexactitudes évidentes, tendis qu'à d'autres endroits, l'auteur passe d'un sujet à un autre, sans transition, ni plan arrêté.
Il est probable aussi que des feuillets ont été transposés et que d'autres manquent complètement.
Ils n'arrivèrent en Angleterre, que le 25 octobre
Ils étaient à peine installés, qu'ils reçurent la visite d'un Français, originaire de la Picardie, nommé Elie Touret, qui avait bien connu Desgroseillers.
Il paraitrait, que le capitaine du " Coper " avait fait rapport à Dewitt, le grand honmie d'état de la Hollande, de la rencontre qu'il avait faite, de nos deux découvreurs.
Dewitt, qui ne rêvait que l'agrandissement de sa patrie, résolut de les attacher à son service. Il leur dépêcha donc Touret, comme son émissaire secret. Touret fit connaître à Radisson et Desgroseillers, le but de sa mission. Non contents de fermer l'oreille à ses propositions, ils le dénoncèrent. Touret fut arrêté et emprisonné pendant quelque temps.
Cartwright leur obtint une audience auprès du Roi. Ce dernier leur ])romit un bateau j)our le printemps suivant (1666) En attendant il leur fit servir à chacun une pension de 40 chelins par semaine. Ils passèrent trois mois à Oxford et se rendirent de là, à Londres et à Windsor.
La guerre avec la Hollande, fit avorter leur projet. Le navire promis, ne fut pas accordé. Le voyage fut donc ajourné à l'année suivante. Ils ne furent paa
])lu8 heureux en 1667, car, le navire qui leur était destiné, reçut l'ordre de se rendre aux îles Barbades et a la Virginie.
Découragés par ces contre-temps, ils s adressèrent en 1667, à l'ambassadeur Anglais, auprès de la cour de France. L'ambassadeur les introduisit au Prince Kupert. .
Ce prince intéressa plusieurs puissants beigneurs d'Angleterre à cette entreprise. ..t > a •
Ils s'associèrent et équipère;it deux navires. '^^\' gle" qui fut confié au Capt. Stannard et le " JS ul- Pareil" (Non-sucb) <iui fut placé sous le commandement du Capt. Zacharie Gillam.
Radisson s'embarqua sur le premier et DesgroseiUers sur le second.
Ils partirent de Gravesend, le 3 juin 1668.
Ils firent route ensemble, jusqu'à environ 400 lieues, des côtes d'Irlande. Il s'éleva alors, une grande tempête qui sépara les deux vaisseaux. " L'Aigle" fut en grand d«iger de périr. Chassé par le vent, et trop avarié pour continuer sa course, il retourna en Angleterre, au grand regret de Radisson.
Le "Nul-Pareil" qui portait Desgroseillers, pût se aendre à la Baie d'Hudson. Il pénétra dans une rivière à laquelle Desgroseillers, donna le nom de "Prince Rupert." Il bâtit le "fort Charles " et après avoir fait une traite merveilleuse avec les indigènes, il retourna en Angleterre dans l'été 1669.
Les profits considérables que le Prince Rupert et ses associés, retirèrent de ce voyage, donna naissance à la célèbre compagnie de la Baie d'Hudson. Nos deux découvreurs eurent donc l'honneur d'avoir donné l'idée de fonder un poste, dans ce coin reculé du monde. ^, .
Ils peuvent à bon droit, réclamer la gloire, d avoir été les fondateurs de cette puissante compagnie, qui pendant deux siècles, sauf quehjues années d'interruption, régna en maitresse dans ces parages.
En consultant les mémoires échangés, entre le gouvernement Français et le gouvernement Anglais, au sujet des droits de la Cie., on constate que le voyage du Capt. Gillam, ayant Desgroseillers comme guide, fist indiqué comme ayant eu lieu, en 1667. Or, Radis-
son dit pf)sitivement, quil arriva en Angleterre en 1665, et que le voyage en question, n'eut lieu (jue troi» ans après.
Au SERVICE DE LA ClE. DE LA BaIE d'HuDSOÎ*.
En 1670, Radisson, se rendit au Port Nelson avec le premier gouverneur dç la Cie., M. Charles Baily. Il y retourna en 1671 avec trois navires. Pendant ce v<;yage, il laissa des marchandises ])our faire la traite, sur la rivière Nelson. Il établit aussi un poste sur la rivière Orignal (Mo«)se) et alla hiverner sur la rivière Rupert.
L'historien "Oldmixon" prétend avoir eu, en .sa possession, le journal tenu par Thomas Gorst, qui agissait dans cette expédition, comme secrétaire du gouverneur Baily. Il cite, comme consignés dans ce journal, certains faits f<jrt intér«»ssants.
C'est ainsi que, d'après Oldmixon, les sauvages étaient très mal disposés vis-à-vis les Anglais et fréquentaient peu la Baie.
Les Français lui faisaient une concurrence ruineuse. lis avaient fondé un établissement sur la rivière Orignal, à une distance de pas plus de huit jours de marche, de celui des Anglais. Ils vendaient leurs marchandises à plus bas prix que les Anglais.
Baily sentant que les sauvages abandonnaient la Cie. tint un grand conseil de tous les officiers, le 3 Avril 1673. Le Capt. Desgroseillers et le Capt. Cole assistaient a ce conseil. Desgroseillers fut d'avis qu'il fallait remt>nter la rivière Cjrignal, pour empêcher les Français d'intercepter le commerce de la Baie.
S(ni opinion prévalut. Baily l'envoya sur cette rivière, avec le Capt. Cole et Gorst. Ils en rapportèrent 250 peaux de castor et firent alliance avec le chef de la nation des Abbitibbis.
Le 30 Août, Baily vit arriver à son poste un Père Jésuite. Le seul renseignement que nous ayons, sur ce missionnaire, c'est qu'il était né de ])arents Anglais. Il était porteur d'une lettre, de la part du gouverneur de Québec, en date du 8 octobre 1673. Dans cette
lettre, le gouverneur demandHit à Baily, de traiter ce missionnaire, avec tous les égards voulus. Il remit aussi à Desgroseillers une lettre qui lui venait de son gendre.
Le zélé missionnaire, était parti de Québec, avec le gendre de Desgroseillers, et trois autres Françiùs, pour se rendre à la Baie. Les difficultés du voyage, et la crainte des tribus sauvages, avaient fini, par décourager ses compagnons, et ils étaient retournés sur leurs pas.
Baily, crut que ce religieux n'était pas étranger au mécontentement, qui régnait parmi les sauvages, à l'endroit des Anglais. Il le retint dans son fort et résolut de l'amener avec lui, en Angleterre.
Il crut, que Desgroseillers entretenait des rapports secrets avec ses compatriotes, au détriment de la Cie, et conçut de graves soupçons sur sa fidélité. Le 22 Septembre 1673, le Capt. Gillam, parut dans la Baie, amenant sur le " Prince Rupert," le successeur de Baily, M. William Lyddell.
Desgroseillers, aurait donc hiverné dans ces parages, durant l'année 1672 à 1673. Radisson était-il avec lui ? Il n'en est fait aucune mention.
C'est vers ce temps là, qu'il épousa Lady Kertk. fille de Sir John Kertk. Il est ])robable qu'à cette époque, il passait en Angleterre, sa lune de miel.
Il est certain que de 1668 à 1674 Radisson fit au moins, deux voyages à la Baie d'xludson. Il pourrait se faire, qu'il en fit davantage.
Malgré l'influence de s<m beau-père qui était membre du bureau de direction de la Cie, Radisson se vit négligé. D'un autre côté, la fidélité de Desgroseillers était considérée, comme chancelante. Les principaux officiers de la Cie, jaloux de leur mérite, les traitèrent tous deux indignement.
Humiliés et déçus dans leurs espérances, ils se disposèrent à abandonner ces ingrats, (jui s'enrichissaient de leurs travaux.
C'est là, d'ailleurs, l'histoire de tous ceux qui déser- ^nt le drapeau de leur patrie.
On les cajole et les caresse, tant qu'on en a besoin, pour les rejeter ensuite avec mépris, cqmme des instruments inutiles.
Au SERVICE DE LA FraN(:E.
A plusieurs rej)ri8es, le grand Colbert, avait invité Radisson et Desgroseillers à reprendre le service de la France. Au mois d'octobre 1674, ils se présentèrent devant lui. Colbert, après leur avoir reproché sévèrement leur conduite, leur promit des lettres patentes de pardon et de restitution de leurs biens, s'ils voulaient se livrer à la traite au ])rofit de leur mère-patrie, 1» France.
Il leur offrit également d'acquitter leurs dettes, de leur payer £'400 en sus et de leur donner un emploi lucratif. Ils acceptèrent.
Radisson dit que Colbert s'acquitta de toutes ses promesses, moins la dernière.
En effet, il attendit quelque temps, sans que ses services fussent requis. Il s'en plaignit à Colbert, qui lui avoua, que pour rétablir la confiance dans son allégeance à la France, il fallait (j[u'il amène sa fennne en France.
Il se rendit en Angleterre, mais ne pût persuader sa femme à le suivre. Son beau-père s'y opposa formellement.
Tout ce que Radisson et Desgroseillers purent obtenir de la cour de France, fut une lettre de recommendation pour le Comte de Frcmtenac, gouverneur de la colonie.
Ils se rendirent donc à Québec. Frontenac ne voulut ou ne piit, rien faire pour eux.
Desgroseillers retourna à Trois -Rivières et Radisson en France. Ce dernier s'engagea dans la marine et ])rit part à l'expédition, commandée par le Comte d'Estrée, dirigée contre l'ile de Taboga. Le navire sur lequel, il se trouvait, sombra et il ne se sauva qu'avec la plus grande peine. A .son retour en France, il reçut comme récompense, une somme de £100.
Le Vice-Amiral, qui avait ])u admirer son courage et son habileté, promit de lui d(mner le commandement d'un vaisseau de guerre et écrivit à la cour, pour le recommander en conséquence.
Radisson vint encore se heurter cette fois-ci contre le même obstacle. Colbert se défiait de lui. Il croyait <^u'il subissait l'influence des Kertk. Pour l'y soub-
traire, il lui déclara, qu'il ne pouvait rien espérer, tant que sa femme ne viendrait pas demeurer en France. C'était la condition siiie quâ no^i de tout îivancement.
Colbert avait raison et connaissait bien son homme. Radisson avoue lui même, en toutes lettres, à plusieurs endroits de ses mémoires, que depuis son mariage, les liens de famille étaient plus forts chez lui, que ceux de la patrie et que dans ses aflections, il donnait la préférence à ^l'Angleterre.
Radisson, })assa en Angleterre, pour constater encore une fois de plus, les dispositions de sa fennne. Son beau-père le mit tellement dans ses intérêts, que Radisson écrivit pour lui, en France, au sujet d'une réclamation qu'il prétendait avoir, pour la prise de Québec, en 3629.
Sir John Kertk, était le frère de Louis, Thomas et David Kertk et associé avec eux dans le commerce. Il réclamait pour la société '-Kertk" £34,000, comme indemnité de guerre.
Radisson fit des ofires de service à la Cie de la Baie d'Hudson, qui les refusa. Le 12 Août 1679, il se trouvait à Brest.
Après bien des correspondances et des entrevues avec Colbert, ce dernier lui donna des lettres d'introduction auprès de l'Intendant de la colonie M. de La Chesnaie. L'Intendant l'informa qu'il n'y avait pour lui, qu'un seul moyen de gagner les bonnes grâces du grand ministre ; c'était de tenter sérieusement un dernier effort, pour amener sa femme en France et d'établir ensuite un poste dans la Baie d'Hudson, pour le compte de la colonie. Radisson promit de ne rien négliger pour réussir. A peine, était-il arrivé à Londres qu'il se rendit auprès du Prince Rupert, pour le prier d'intercéder pour lui, auprès de Cie. Il eut l'humiliation, de se voir encore cette fois-là, éconduit dédaigneusement. Bien entendu, sa femme, ne traversa pas en France. Colbert ])arait avoir soupçonné le jeu double et déloyal de Radisson, car avant son départ pour Québec, il lui recommenda d'être sur ses gardes et de ne pas se laisser séduire par les promesses des Anglais.
Il arriva à Québec, le 25 Juillet 1681.
Après avoir discuté avec l'Intendant, les conditions de l'expédition projetée, il fut convenu que l'Intendant équiperait deux navires pour le printemps suivant et que Desgroseillers et Radisson en prendraient le commandement. L'Intendant fournissait tout et ils avaient chacun un quart des profits. En ce moment là, se trouvait dans le pcjrt de Québec, un navire appartenant au gouverneur de l'Acadie. L'Intendant demanda à Radisson, de partir immédiatement sur ce bateau et d'aller hiverner en Acadie. Au printemps suivant, il devait rencontrer Desgroseillers, à l'ile Percée, qui était le lieu du rendez-vous.
Radisson accepta. Il partit, accompagné de troi» hommes ; J. Bte. Desgroseillers, scm neveu qui avait souvent traité avec les sauvages ; Pierre Allemand, un excellent pilote et J. Bte. Godfroi, un traiteur d'expérience, qui avait ui.^. grande c(mnaissance des sauvages.
En juillet 1682, les deux bateaux promis le " Saint Pierre" et la "Charente" arrivèrent à l'ile Percée. Celui qui était destiné à Riidisson, était vieux et peu propre à ce service ; celui de Desgroseillers étiiit excellent. Tous deux, cependant étaient troi) petits pour un voyage aussi dangereux. Desgroseillers avait 15 hommes d'équipage.
ExpÉDiTiox EE 1682 ET 1683.
Ils quittèrent l'ile Percée, le 11 Juillet 1682. Ils ne tardèrent pas à rencontrer, d'énormes banquises de glace.
L'équi[)age eiSrayé se mutina. Les navires chassés, par le vent, furent ccmtraints de relâcher dans unerade, des côtes du Labrador, Ils en ])r<)fitèrent, pour traiter 100 peaux de lou}>s, avec les Esquimaux.
Le 28 Août (1682,) les deux bateaux entrèrent dans la rivière Hayes, qu'ils remontèrent jusqu'à 15 milles de son embouchure. Ils s'arrêtèrent près d'nn cours d'eau, qui se jette dans la rivière Hayes et y établirent
leurs quartiers d'hiver. Desgroseillers se mit aussitôt à construire une maison et un hangar, tandis que Radisson partit en canot, pour aller reconnaitre les sauvages de l'intérieur. Il pénétra jusqu'à environ 150 milles dans le pays. Le 12 Septembre, il revenait suivi d'un grand nombre de sauvages.
Il était à peine de retour, qu'un soir, à son grand ét(mnement, il entendit la détonation d'un canon.
Il partit avec trois hommes, pour découvrir ce que ■cela signifiait. Le 16 septembre il a])erçut, un navire mouillé près d'une ile de la rivière Nelson.
L'équipage avait dressé une tente dans l'ile et était occupé à y construire un fort.
Radisson passa toute une journée, caché dans les branches, épiant ce qu'ils faisaient. Il s'approcha assez près d'eux, pour reconnaitre qu'ils parlaient Anglais. Il retourna vers ses trois compagnons. Ils se montrèrent sur la côte, en face de l'ile. Ils ne tardèrent pas à être remarqués par ces ncjuveaux venus, qui, après quelque hésitation, se dirigèrent vers eux, en canot.
Ils se tinrent à distance. Radisson leur dit qu'il ét^it venu dans cette direction, en entendant le bruit de leur can(m, espérant y rencontrer un navire Fran- <jais qui était attendu de jour en jour. Il les somma d'avoir à quitter cette rivière à l'instant, les menaçant de les chasser. Il leur déclara, qu'il réclamait le privilège exclusif de la traite, comme premier occupant.
Il allait continuer ses menaces, lorsqu'il reconnut le Capt. Gillam, avec lequel il avait eu de fréquents rapports à Boston. Un certain historien veut même que Gillam 1 ait accompagné, lors de sa première expédition maritime à la Baie d'Hudson. Il changea aussitôt de langage et se rendit à bord du navire de Gillam, où il fut reçu avec les témoignages de la plus grande amitié. Il fit promettre à Gillam de ne pas laisser ses hommes sortir de l'ile, de crainte de rencontrer des Français. Il l'assura qu'il verrait à ce qu'il ne fut pas molesté par les sauvages, sur lesquels il exerçait une grande influence.
li entrait dans le plan de Radisson, d'exagérer les forces qu'il possédait, sur la rivière Hayes. Dans ce dessein, il fit croire à Gillam, qu'il avait un fort bien défendu et garni de canons, que deux navires Fran-
çais étaient nnivés réceninient et avaient établi un poste au nord du sien, qu'il était avec Desgroseillersle commandant de tous les établissements Français de la Baie, etc.
Gillam ajouta foi à tout et se croyant à sa merci, ne chercha qu'à gagner ses bonnes grâces. Les véritable* intentions de Radisson, ne sont point douteuses.
Il nous apprend lui même, (ju'il se proposait de le faire partir ou de s'emparer de son navire.
Il voulait cependant mettre si)n idée à exécution,, sans verser de sang et il résolut d'attendre une occasion favorable. Il se croyait d'autant plus justifiable, d'en agir ainsi, que Gillam lui avait avoué, qu'il n'avait point de commission de la part du gouvernement Anglais, pour faire la traite dans la Baie.
Radisson promit à Gillam de venir le voir, au bout de 15 jours et ils se séparèrent dans les meilleurs termes possibles.
Il était à peine descendu à 9 milles, sur la rivière Nelson, qu'il aperçut un navire, faisant voile vers lui. C'était le gouverneur Bridgar, de la Cie,, de la Baie d'Hudson, qui entrait dans la rivière Nelson. Le navire était commandé par un autre Capt. Gillam, père du premier. Radisson les attendit sur le rivage.
Ses trois hommes se cachèrent dans le bois, qui bordait la rivière, se montrant de temps à autres, à divei-s endroits, de manière à laisser croire, qu'ils étaient nombreux. Il tint au gouverneur, à peu près le même langage, qu'au jeune Gillam et n'oublia pas surtout de lui faire un récit fantaisiste du nombre d'ht)mme3,. de navires, de forts et de canons dont il prétendait disposer.
Bridgar fut sa dupe et se montra très conciliant. Radisson, lui indiqua l'endroit, sur la rive nord de la rivière Nelson, où Sir Thomas Button avait hiverné précédemment. Il permit à Bridgar, après s'être fait un peu prié, d'hiverner sur cette rivière.
Après ce voyage de surprise, il retourna auprès de son beau frère, aucpiel il raconta, ce qui venait de se ]>asser. Il fut décidé, de s'assurer de la fidélité de tous les sauvages et de les engager à n'avoir de commerce, qu'avec eux. Cette précauticm étjiit d'autant plus nécessidre, qu'ils se trouvaient entourés d'Anglais des
deux côtés ; au nord ouest par deux établissement» nouveaux sur la rivière Nelson et de l'autre par les postes de la Cie. , au fond de la Baie James.
Radisson continua à les tromper de la plus belle façon. é
Un jour, c'était un matelot qu'il introduisait, comme commandant d'un fort, ou capitaine d'un navire ; un autre jour, il en présentait un autre, comme maitre canonier etc. Il ne leur vint pas à l'esprit, que Radisson s'amusait à leurs dépens.
Ce qu'il y avait de plus extraordinaire, c'est que Bridgar tout comme Gillam ignorait à cette époque 1» présence d'autres Anglais, à une distance aussi rapprochée. Quelque temps ai)rès, il visita le Capt. Gillam.
Il le trouva bien fortifié, ayant six canons prêts à faire fou. Le Capt. se confondit en excuses, de s'être autorisé à bâtir ce fort. Il prétendit qu'il n'en agissait ainsi, que i)our se protéger contre les employés de la Cie., de la Baie d'Hudson, au cas où il leur arriverait de se rendre sur cette rivière,
Radisson, l'informa, que ce qu'il appréhendait, était arrivé, mais (jue par bonheur pour lui, le Capt. du bateau ét^it son père.
Il lui apprit également, que son père, était tombé malade dès son arrivée. Radisson avait connu le père du jeune Gillam, en Angleterre. Il était un de ceux, qui avaient contribué, à le faire renvoyer du service de la Cie.
Le Capt. Gillam insista, pour voir son père.
Il fut convenu qu'il le suivrait, déguisé en matelot Français. Il tenait en eflfet, à n'être pas reconnu, vu qu'il venait pour faire la traite sans la permission de la Cie, et devait être considéré par le gouverneur, comme un contrebandier. Ils partirent ensemble et arrivèrent sans accident. Après avoir salué le gouverneur Bridgar, ils se rendirent dans une cabine du navire, dans laquelle le père Gillam était couché, assez souffrant. Grande fut sa surprise, de revoir son fils à cet endroit. Il pouvait à peine, en croire ses yeux. Ils versèrent tous deux des larmes de joie. Le père toutefois craignait beaucoup que son fils ne fut découvert. Ils s'entendirent, pour empêcher leurs hommes, de se diriger
vers la partie ae la rivière, qu'ils habitaient respectivement et pour leur défendre de tirer du canon.
Pendant l'hiver, Radisson tint constamment les yeux ouverts sur ces deux établissements là. A toutes les semaines, il envoyait un ou deux de ses serviteurs, examiner ce qui s'y passait.
Bridgar ne pouvait demeurer longtemps, sans découvrir le fort de Gillam, à cause de la proximité de son établissement.
Un jour, le gouverneur ayant demandé à Radisson dans quelle direction se trouvait son principal poste, il lui répondit qu'il était à quelques milles plus haut sur la même rivière.
Le gouverneur quelques jours après, envoya deux hommes pour reconnaitre secrètement dans quel état, était ce fort et lui faire rapport.
Dans le même temps, Radisson qui soupçonnait bien ce qui allait arriver, avait offert deux de ses serviteurs au Capt. Gillam jr, pour enseigner à ses hommes à faire la chasse. Ce dernier s'était empressé d'accepter une si bonne offre.
De cette façon, Radisson se trouvait en mesure de surveiller Bridgar.
Les envoyés de Bridgar, aperçurent le fort du jeune Gillam, qu'ils prirent bien entendu, pour celui de Radisson et racontèrent au gouverneur, qu'il était défendu par plusieurs canims. La père Gillam, qui comprenait bien leur erreur, n'eût garde de les désabuser. C'eut été ruiner son fils et l'exposer à être déporté en Angleterre.
Pendant (jue se jouait ce drame, Radisson prenait ses mesures pour ruiner, les deux établissements Anglais. De son côté, Bridgar, méditait un coup de main, pour assurer la suprématie de sa Cie. Il constatait avec regret qu'aucun sauvage ne venait à son établissement. Il était évident que les Français s'accaparaient de toute la traite.
Il ordonna à deux autres de ses employés, de se rendre sur la rivière Hayes, examiner les autres établissements Français, dont lui avait parlé Radisson. Ces pauvres gens, peu habitués à entreprendre de tels voyages, furent découverts par les hommes de Radisson à 15 milles du poste Français. Il en était temps, car
ils se mourraient de froid et de faim. Ils se trouvèrent fort heureux, d'être pris.
Ils racontèrent à Desgroseillers et à Radisson que le bateau de la Cie., avait été emporté par les glaces, que quatre hommes s'étaient noyés à bord, qu'il ne restait plus que 18 employés au gouverneur et que les provisions faisaient défaut.
Touché de pitié, Radisson, envoya à Bridgar 100 perdrix et de la poudre, pour l'aider à passer l'hiver. Pendant ce temps là, le jeune Gillam devenait de plus en plus arrogant.
Un jour, il manifejita le désir, de visiter les établis* sèment Français. Radisson l'amena avec lui. Il le garda pendant un mois et le traita comme son hôte. Oillam put constîiter que les Français faisaient une traite prodigieuse et il en devint jaloux. Il lui annon- <;a qu'au printemps, il ne continuerait pas, à se tenir ainsi enfermé dans son fort, mais qu'il irait lui aussi, visiter les sauvages.
Radisson l'attendait là. Une discussion assez orageuse s'en suivit, pendant laquelle Gillam finit par dire, qu'il allait retourner à son fort et que Radisson n'oserait pas rendu là, lui tenir un tel langage.
Sur ce, Radisson lui déclara que de ce moment, il devait se considérer comme son prisonnier.
Il apprit à Gillam le triste état de l'établissement de la Cie., et lui annonça, qu'il allait s'emparer de son fort.
Radisson partit avec huit hommes. Gillam et l'un des matelots de Bridgar ayant manifesté le désir de les suivre, pour être témoins de ce qui allait se passer, il le leur permit.
Arrivé à une demie-lieue de l'ile, il envoya deux de ses hommes en avant, tandis qu'avec les cinq autres, il s'approchait du fort, par un autre côté de l'ile. Le« deux hommes se rendirent, droit au fort, et informèrent les matelots que leur Capitaine s'envenait avec Radisson, mais que tous deux étaient très fatigués, et que leur Capitaine les faisait mander de venir à sa rencontre, avec une bouteille de brandy, et quelques provisions.
Les matelots les crurent sur parole et se mirent ira-
médiatement en route, ne laissant que quelques hommes au fort.
Radisson, qui n'épiait que ce moment là, entra par derrière eux, et s'empara du fort, sans coup férir, au nom du roi de France.
Il fit ra])j)eler les matelots et les désarma. De fait ces pauvres gens, n'étaient pas fâchés de passer sous un autre maitre, car ils avaient eu beaucoup à souffrir, de la part de Gillam.
Cependant, un soldat Ecossais, qui voulait faire du zèle, s'échappa du fort et alla avertir Bridgar.
Radisson, se trouvait fort embarassé, car les Anglai» au fort Gillam, étaient plus du double des siens et il ne pouvait guères compter sur la fidélité de ses nouveaux sujets.
Pendant la nuit, Bridgar en ])rofita, pour essayer de s'emparer du navire. La sentinelle donna l'alarme et Radisson arriva juste à temps, ponr le faire échouer dans son dessein. Il fit quatre prisonniers, parmi les- (juels se trouvait l'Ecossais, qui s'était sauvé la veille. Bridgar écrivit à Radiss(m, se plaignant d'avoir été trompé, et de ce qu'il lui avait caché, la présence d'un traiteur étranger, ajoutant que s'il en avait eu connaissance, il l'aurait aidé à détruire ce fort.
Radisson alla le visiter, et lui dit qu'il était au courant de tous ses complots perfides, contre les Français, que ces derniers avaient les premiers titres, à la traite du pays et qu'il était bien décidé à les faire respecter. Néanmoins, l'extrême nécessité dans laquelle se trouvait son établissement, l'attendrit encore cette fois là. Le gouverneur n'avait plus ni poudre ni provisions. Il ne lui restait que deux fusils en bon état.
Ses hommes étaient si maladroits, qu'ils passaient des journées entières à la chasse, sans tuer le moindre gibier. Radisson, poussa la générosité jusqu'à prêter jx)ur une partie de l'hiver, deux de ses hommes pour les ravitailler.
Pour les récompenser de ces bienfaits, quelques semaines ai)rès, Bridgar se rendait secrètement au fort de Gillam et essayait de gagner les Anglais à sa cause )>our s'emparer du fort.
Les Français, qui se trouvaient là, s'aperçurent de ses desseins et le firent prisonnier.
ïUdisson, qui venait souvent visiter ce fort, désormais sous SH dépendance, le trouva ivre et exaspéré de sa déconfiture. Pour en finir avec lui, il l'amena rejoindre Gillam, au poste Français.
Les serviteurs de Bridgar, comme ceux de (iillam, le supplièrent de les prendre sous sa protection. Tous se plaignaient des mauvais traitaments de leurs maitres.
De fait, ni Bridgar ni Gillam ne pouvait nourrir les hommes à leur service. Ils seraient morts de faim plus d'une fois, sans l'assistance de Radisson; tandis que les Français, qui étaient excellents chasseurs, vivaient dans l'abondance.
L'établissement deDesgroseillers et de Radisson sur la rivière Hayes, devint donc le rendez-vous des officiers et d'un bon nombre de matelots Anglais. Les sauvages, qui avaient de l'aversion pour ces derniers, se montrèrent fort mécontents de ce voisinage. Ils ne pouvaient comprendre, comment les Français ne i)rofitaient pas de leur avantage, pour égorger tous les Anglais. Radisson dût les faire escorter, rjuand ils sortaient, de crainte que les sauvages ne leur fissent un mauvais parti. C'est ainsi que les Anglais, quoique de beaucoup les plus nombreux, étaient nourris et protégés par les Français et se trouvaient entièrement en leur puissance.
Pendant cet hiver là, (1682-1683) trois hommes, du côté des Français, avaient dirigé toutes les opérations dans la Baie.
Le Capitaine Médard Chouart Desgroseillers, étant le plus âgé. était demeuré au poste, sur la rivière Hayes, à faire la traite ; Radisson avait tenu les An> glais en échec, les avait empêchés d'avoir des rapports avec les sauvages et avait fini par s'emparer de leurs établissements, tandis que J. Bte. Desgroseillers, fis du premier, avait fait les courses à l'intérieur, visitant partout les sauvages et les dirigeant au poste Français. Ces trois hommes, tous trois ])arents, se complétaient
Le 22 ou 23 Avril 1683, la glace sur la rivière Hayes commença à se briser. Les deux navires Français furent grandement avariés.
Craignant que le-même sort, ne fut réservé au vais-
seau de Gillam, Radisson se reixiit, sur la rivière Nelson et le mit en sûreté.
En passant au poste de Bridgar, il trouva quatre hommes, morts de faim. Deux autres s'étaient empoisonnés en buvant une certaine liquçur, qu'ils avaient trouvée dans la casette du chirurgien. Un autre enfin s'était cassé le bras, en allant à la chasse.
Radisson prit soin du reste des hommes et procura une chaloupe à Bridgar.
Quelque temps après, voyant qu'il n'avait pas assez d'hommes pour défendre le fort Gillam «t qu'il était pour lui, une source d'embarras, il le fit brûler, au grand contentement de Bridgar, qui voulut lui même avoir l'honneur, d'y mettre la première étincelle.
Des quatre bateaux dont Radisson pouvait disposer, il ne s'en trouvait que deux qui pussent être mis en état de prendre la mer ; celui sur lequel il était venu et celui de Gillam.
Il les fit réparer et appareilla pour le Canada. Il offrit à tous les Anglais de les amener avec lui. Il n'y eut ([ue deux matelots qui refusèrent cette offre. Quant à Bridgar, il fit mettre un pont sur sa chaloupe et déclara qu'il préférait se rendre au fort de la Cie, AU fond de la Baie James.
Radisson lui procura tout ce dont il avait besoin, pour faire ce voyage. Lorsque Bridgar fut prêt à partir, Radisson brûla son établissement, pour lui ôter l'envie, de revenir sur la rivière Nelson.
Il laissa J. Bte. Dosgroseillers, son neveu, au poste de la rivière Hayes, avec sept hommes, avec instruction de continuer à faire la traite, pendant son absence. Médard C. Desgroseillers et Radisson lui donnèrent le commandement absolu de tout. Ayant embarqué toutes les fourrures, Radisson prit le commandement du bateau de Gillam.
Bridgar, effrayé par les glaces, demanda à être re- ^u, à bord du bateau de Desgroseillers.
Ils levèrent l'ancre, le 27 juillet (1683.) Ils voyagèrent au milieu d'énormes banquises de glace, jusqu'au 24 Août. Les deux Anglais qui avaient été sauvés, au milieu de l'hiver, au moment où ils allaient mourir de faim, dénoncèrent à Desgroseillers, un complot que leurs compatriotes à bord, avaient formé.
Ils devaient, à un signal donné au milieu de la nuit se jeter sur les Français et les égorger.
Desgroseillers, pour se j)rotéger, les fit ensuite enfermer pendant la nuit. Arrivé au 56° degré, Bridgar demanda à se rendre avec sa chaloupe, au fond de la Baie James.
Comme Desgroseillers craignait, qu'il n'eut l'intention d'aller surprendre s<in fils, sur la rivière Hayes, il refusa à sa demande, mais il permit à ses hommes de se rendre dans la Baie James, s'ils le désiraient. Ils y consentirent.
Ils se trouvaient alors à environ 120 lieues de l'établissement de la Cie., dans la Baie James. Ils prirent des provisions pour huit jours et partirent.
Une tempête que Radisson et Desgroseillers eurent à essuyer, les retarda beaucoup. Ils n'arrivèrent à Québec qu'à la fin d'octobre 1683. Immédiatement après leur arrivée, ils firent au gouverneur LaBarre, un rapport de leur expédition. Le gouverneur, prit sur lui de restituer au Capt. Gillam, le navire (^ue Radisson lui avait pris.
Bridgar et Gillam partirent ensemble à bord de ce bateau, et se rendirent à la Nouvelle- Angleterre. De là, Bridgar, fît voile pour Liverpool, où il fit un rapport, dans lequel il accusait Radisson de toutes espèces de villénie,
Radisson, avant le départ de Bridgar, du port de Québec, était allé le saluer. A cet endroit de son récit, il ajoute les paroles étranges qui suivent : "Nous " nous séparâmes Bridgar et moi, bons amis. Je l'as- " surai de l'intérêt, que je portais aux Andais et lui "déclarai que j'étais tout disposé à servir, le Souve- " rain Anglais et la Nation Anglaise, avec le même " dévoiîment et la njême afi'ection que ceux dont j'avais " fait preuve envers la France." Bridgar le récompensa de ces témoignages d'amitié, en le dénonçant comme un criminel.
On est presque tenté, en lisant ces lignes, d'oublier les services que Radisson venait de rendre à la France, pour ne voir en lui, qu'un homme vénal toujours prêt à changer de drapeau.
La conduite du gouverneur LaBarre, fut sévèrement blâmée par le Marquis de Seignelay. Il lui écrivit le
10 Avril suivant (1684) qu'il ne pouvait comprendre, comment il avait pu prendre sur lui, sans consulter ni l'Intendant ni le Conseil Souverain, de rendre ce navire à Gillani, Il lui déclara en termes amers que cet acte était injustitiable. Le Capt. Gillam, disait il, devait être considéré comme un pirate, vu qu'il n'était porteur d'aucune commission du Souverain Anglais. En lui restituant, son navire, le gouverneur le reconnaissait de fait, comme, un vaisseau marchand, en règle avec sa nation. Les conséquences, disait le Marquis en terminant, seront que l'Angleterre se prévaudra de cet acte, pour prétendre avoir pris possession de la rivière Nelson avant Radisson et Desgroseillers,
Il y avait à peine dix jours, que ces derniers étaient k Québec, que le gouverneur, leur fit part, d'une lettre de Colbert, lui mandant, qu'à leur retour de la Baie d'Hudson, il désirait que l'un d'eux se rende immédiatement à la cour, pour lui rapporter ce qu'ils avaient fait.
Ils s'embarquèrent tous deux pour la France, le 11 Novembre 1683. Ils arrivèrent à LaRochelle le 18 Décembre.
Le 15 Janvier 1684, ils se trouvaient à Paris. Ils apprirent là, ([Ue Lord Preston, Ambassadeur Anglais avait porté des plaintes au roi, au sujet de ce qui s'était passé sur la rivière Nelson. Radisson était accusé entr'autres choses, de s'être montré cruel envers les Anglais, et d'avoir brûlé leurs établissements. L'Ambassadeur demandait réj^aration et une punition exemplaire.
Le Marquis de Seignelay, s'occupa de cette affaire, à la place de son père, le célèbre Colbert, qui venait de mourir.
Il approuva tout ce que Radisson et Desgroseiliers avaient fait et les loua même, d'avoir agi ainsi.
Lord Preston, en effet aurait dû plutôt les remercier d'avoir sauvé la vie à ses compatriotes qui, sans eux, n'auraient pu manquer de mourir de faim.
Expédition de 1684.
Le voyage, que Radisson et Desgroseillers venaient de terminer, avait rapporté de gros profits à la France. Le ministre de la marine, ordonna de préparer deux autres navires pour leur permettre de partir pour la Baie, le printemps suivant. En reconnaissance de leurs services, il leur fit remise des droits de douane, qui «'élevaient à un quart des peaux de castor
Pendant ce temps là, Radisson cherchait à retourner à ses anciens maîtres. Il s'en ouvrit à un ami et à quelques uns des membres de la famille de Lord Preston. Il leur fit comprendre bien clairement, qu'il ne dépendait que de lui, de livrer aux Anglais, le poste que conimandait son neveu, et qu'il était prêt à le faire, si la Cie. , voulait lui rendre justice.
Bien plus, il avoue qu'il fit des démarches, pour faire connaître au gouvernement Anglais, les dispositions dans lesquelles il se trouvait.
" Je n'épr(iuvai, dit-il, aucune répugnance à faire * ' les premiers pas, auprès de Lord Preston et à avoir •' une entrevue avec lui à ce sujet."
Bien entendu, l'Ambassadeur l'acceuillit les bras ouverts et lui fit mille promesses engageantes. Il se mit à négotier les termes de son retour, avfec la Cie. de Ift Baie d'Hudson.
D'un autre côté, il continua en apparence, à se préparer à un second voyage, pour le compte de la France
Il prit grand soin, de cacher à la cour de France, ses relations avec l'Ambassadeur.
Le département de la marine, avait fixé le jour de son départ, au 24 Avril 1684.
Il le fit retîirder, sous le fallacieux prétexte, qu'il avait à régler quelques afiaires de famille.
Son but était de s'assurer des bonnes dispositions de la Cie. , à son égard, avant de rompre avec sa mère patrie.
Il poussa la fourberie, jusqu'à se rendre au département de la marine et discuter les détails les plus importants de son futur voyage, le jour même de son départ définitif pour Londres.
Le 10 mai 1684, il arrivait à Londres, et le même soir, il concluait les arrangements avec Sir Young et Hayes, délégués de la Cie. La Cie., s'engagea à indemniser généreusement Radisson, Desgroseillers et tous les Français en hivernement dans la Baie et à les employer comme ses officiers.
Radisson fut ensuite présenté au Roi, par l'entremise du Prince Rupert, et lui jura allégeance, fidélité et dévoûment. La Cie., le reçut comme un enfant prodigue et se hâta de mettre trois navires à sa disposition.
Les choses ne languirent pas, car dès le 17 mai, il partait à bord du " Happy Return," en route pour la Baie.
Desgroseillers fatigué de ses longs et pénibles voyages, demeura en Angleterre.
Les trois navires, rencontrèrent à l'entrée de la Rivière Nelson, une frégate ayant à bord le gouverneur dr la Cie. Ce dernier, après le départ de Desgroseillers et de Radisson, avait quitté la Baie James, pour venir hiverner sur la rivière Nelson. Lorsque Radisson arriva, il venait d'abandonner st)n poste, par crainte des Français et des sauvages.
Radisson prit le parti de se rendre en chaloupe sur la rivière Hayes, avec le Capt. Gazer, afin de préparer son neveu, à bien acceuillir les Anglais.
Il fut surpris, de consulter que son ancien poste avait été abandonné.
Ayant rencontré plusieurs canots sauvages, il se fit reconnaitre et leur annonça que Français et Anglai» ne formaient plus qu'un, désormais. Il les présenta au Capt. Gazer, comme l'un de ses amis.
Il apprit d'eux, que son neveu s'était retiré dans une île située, audessus des rapides, de la rivière Hayes. Il leur fit quelques présents et leur demanda d'aller avertir son neveu, qu'il était arrivé et qu'il l'attendait à l'ancien poste.
Le lendeman, J. Bte. Desgroseillers arriva en effets tout étonné de voir son oncle en telle compagnie.
Radisson lui expliqua tout ce qui s'était passé, depuis son départ. Le discours qu'il lui tint et qu'il rapporte tout au long, n'est qu'un réquisitoire contre l'ingratitude de la France à leur égard et un pompeux
étalage des récompenses qui les attendaient de la part des Anglais.
Le jeune Desgroseillers, était un homme d'honneur, auquel il répugnait de passer ainsi à l'ennemi. Il se montra indigné et refusa de trahir ainsi sa patrie.
Pour le convaincre, Radisson fut obligé de lui rappeler, qu'il n'était pas en état de lui résister. L'argument du plus fort, étant toujours le meilleur, Desgroseillers céda.
Il remit le commandement à son oncle. Il ne demanda rien pour lui-même, mais insista pour que la Cie. lui donna suffisamment, pour prendre soin de sa mère. Les sept autres Français suivirent l'exemple de leur chef. Radisson eut toutes les difficultés possibles I>our réconcilier les sauvages avec les Anglais. Pour y parvenir, il leur dit que les Français étaient de pauvres marins, qu'ils n'avaient pas assez de navires, pour venir souvent traiter avec eux, qu'en un mot, leur intérêt était de faire comme lui et de s'attacher à la Cie.
Desgroseillers remit 20,000 peaux de castor a Radi»S(m. Ce fut un profit net pour la Cie.
Voici maintenant ce qui s'était passé, dans la Baie, depuis le départ de Radisson, tel que rapporté par le jeune Desgroseillers. Quelques jours après le départ des deux bateaux, les Français entendirent des coups de can(m, du côté de la rivière Nelson.
Ils ne tardèrent pas à découvrir l'arrivée de navires Anglais. Ils résolurent de ne pas les inquiéter.
Sur ces entrefaites, un parti de (quatorze sauvages, arriva au fort Desgroseillers. Ils dirent aux Français qu'ils venaient de la rivière Severn, ]K)ur traiter avec eux. Ils se préparaient à entrer dans le fort, lorsque le chef se précipitant sur Desgroseillers, le frapj)a d'un coup de poignard.
Desgroseillers pût heureusement, parer le coup et se mettre en défense. Les autres eflfrayés et voyant les Français accourir au secours de leur commandant, déposèrent leurs armes.
Ils déclarèrent que les Anglais de la Baie James, avaient promis à leur chef, un baril de poudre et d'autres présents, s'il assassinait tous les Français. Les
autres sauvages furent bientôt informés de cet atténuât.
L'un d'eux, sans en rien dire à)Desgroseillers, se mit à la poursuite du chef, le provoqua à se battre et le terrassa d'un coup de hache.
De là, il se rendit, avec une bande armée, sur la rivière Nelson, attaqua les Anglais et en tua plusieurs.
Desgroseillers, lorsqu'il fut informé de cette malheureuse affaire, chercha à pacifier les sauvages.
Redoutant des représailles de la part des Anglais, il se retira dans une ile, d'un accès difficile et garda avec lui, un groupe de sauvages amis, pour se défendre, en cas d'attaque. Les craintes de Desgroseillers étaient bien fondées, car les Anglais s'imaginant injustement qu'il avait été l'instigateur de ce mouvement, donnèrent des présents à quelques sauvages pour le tuer.
Ils n'osèrent pas cependant attaquer les Français ouvertement.
L^n jour, l'un de ces sauvages, ayant rencontré un Français à la chasse, tira sur lui et se sauva. La balle alla se loger dans son épaule.
Les diverses nations sauvages, irritées de tant de perfidie de la part des Anglais, se liguèrent partout contre eux, pour les chasser du pays. Elles envoyèrent de toutes les parties de l'intérieur, des délégués offrant leurs services et se déclarant prêtes à courrir sur les Anglais partout où ils les trouveraient jusqu'à ce que le dernier fut mort ou parti.
Desgroseillers, leur conseilla d'attendre le retour de son père et de son oncle, avant de ne rien entreprendre.
Malgré tout ce qui venait d'avoir lieu, il se rendit au fort Anglais, pour rétablir si possible, la bcmne entente. Cette démarche n'obtint aucun bcm résultat.
Le gouverneur se disposait même à le faire prisonnier, au cas où il serait retourné le visiter une seconde fois. Au printemps 1684, Desgroseillers vit arriver à son poste, 400 Asénipoëtes (Assiniboines.) Le chef de cette nation, était déjà descendu à Québec avec Radisson et exhibait avec orgueil, une médaille que le gouverneur de la Nouvelle-France, lui avait donnée.
Ces sauvages attendirent longtemps, le retour de Radisson, pour aller avec lui, brûler l'établissemenfc Anglais.
Ils s'impatientèrent à la fin, du retard de Radisson e^ n'écoutant que leur haine contre les Anglais, ils s'étaient déjà mis en marche, y)our aller sur la rivière Nelson, exécuter leur dessein, lorsque le gouverneur, informé du danger qui le menaçait, crut prudent de s'éloigner. Radisson était arrivé à ce moment là, pour rétablir la concorde.
Après (|ue tous les esprits furent pacifiés et que Radisson eut disposé les sauvages à voir les Anglais d'un meilleur œil, il fit mettre les fourrures à bord du navire et se disposa à retourner en Angleterre, rendre compte de ce qu'il avait fait.
Il avait été convenu avant son départ, qu'il laisserait dans la Baie son neveu et quelques uns des Français, |)our continuer à faire la traite. Radisson décida donc que son neveu et un autre Français qui servait d'interprète continuerait à y faire le commerce.
Le gouverneur ne voulut point consentir à cela. Il avait déterminé de ne pas y laisser un seul Français.
Il traita Radisson connne un simple valet. Il poussa l'impudence jusqu'à ordonner à ses officiers de mettre tous les Français à bord, de force ou de gré.
Radisson dût se soumettre.
Ils s'embarquèrent tous, avec le gouverneur liB 4 Septembre 1684 et arrivèrent eu Angleterre le 23 octobre.
Dès son arrivée à Londres, Radisson eut l'honnenr d'avoir une audience privée avec le Roi, qui lui témoi- 1,'na en termes flatteurs, sa haute appréciation des services qu'il venait de rendre à la Couronne. Quelques jours après, le comité de la Cie., se réunissait pour entendre son rapport. Il s'attendait naturellement à un chaleureux acceuil et surtijut à une généreuse récompense. Grande fut sa surprise. On le bouda, au sujet des attentions (jue le Souverain' paraissait lui porter. ÎJn bon nombre le jalousaient et voulaient qu'il se contente de l'honneur d'avoir tiré les marons du feu, pour eux.
Radisson se retira encore nne fois, désenchanté.
Les mémoires préj)arés par Radisson, s'arrêtent ici.
DernièR£.s années de sa vie.
D'après le témoignage du Capt. Berger, qui se rendit dans ces parages, l'année suivante, il paraitrait que Radisson et son neveu se trouvaient cette année la (1685) sur la rivière Ste. Thérèse, et qu'ils y passèrent l'hiver de 1685 à 1686.
La fameuse expédition du Chevalier de Troyes, fut organisée principalement pour s'emparer de la perst)nne de Radisson. Le fort Ste. Thérèse tomba entre les mains des Français et il est probable que Radisson devint leur prisonnier. Qu'advint-il de lui, après ? Il disparait du domaine de l'histoire.
Charlevoix dit qu'il mourut en Angleterre.
La Cie., de la Baie d'Hudson lui accorda une pension viagère de douze cents louis, qui lui permit d*; vivre tranquillement de ses rentes.
Il eut neuf enfants.
Les deux aines, Pierre et Claude devinrent prêtres Marguerite l'une de ses filles, épousa Noël Legardeur, et Françoise se maria à Claude Volant, de St. Claude.
Ces deux dernières ont laissé des descendants.
Etienne, le septième de ses enfants, se maria à Sorel en 1693. L'année suivante, il obtint l'octroi d'une patente pour plusieurs iles, sur le lac St. Pierre, qui lui furent c(»ncédées.
Il est probable que tous les enfants de Radisson, passèrent en Canada et adoptèrent l'origine de leur père.
TABT.E DES MATIERES.
Introduction 3