‹ Notes historiques sur les parlements et les Jésuites au xviiie siècleChapitre 9 sur 9 · CXLVI · texte numérisé non relu

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Une telle conclusion ressort évidemment de rëtude des faits. Partout les mêmes causes produisent les mêmes effets. Partout l'esprit de révolte contre l'autorité divine ou humaine , appelé de nos jours le Libéralisme , commence la Révolution , en poussant des cris contre les Jésuites; c'est le prologue obligé. Partout la même hypocrisie : le libéralisme s'affiche comme voulant débarrasser l'Eglise des fanatiques qui la gênent et la déshonorent ; puis , malgré tous les efforts et les protestations de l'Eglise^ les Jésuites sont insultés, calomniés , persécutés et chassés.

Cette comédie, jouée avec tant de succès au dix-huitième siècle, a été reprise par les comédiens du dix-neuvième. La pièce a beau être vieille et d'un style platement impie , chaque acte, chaque scène, chaque phrase, sus par cœur, et le dénouement plus connu encore, rien n'y fait : les applaudissements de la foule et le succès sont assurés. Les auteurs et les

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acteurs sont acclamés comme des génies , par un public hébëtë , qui ne croit plus à rien , si ce n'est aux promesses impossibles , aux absurdes mensonges du libéralisme.

Avant d'achever ce que nous avons à dire des libéraux, il ne sera peut-être pas inutile, au moins pour certains esprits, de bien préciser ce que nous entendons par libéralisme.

Nous Pavons déjà dit (voy, page xn) • mais répétons-le pour plus de clarté : c'est, en général, la presse anti^religieuse , anti^-cléricale ; c'est, en religion, le mépris direct ou indirect de l'autorité divine j c'est, en politique, la révolte contre toute autorité légitime ; c'est , en morale , la violation des lois limitant la liberté de l'homme; c'est, eu philosophie , en littérature et dans les questions d'art , le sophisme, le caprice, rexcentricité, se substituant à la raison , au bon sens et au bon goût. Le libéralisme^ c'est le grand ennemi de la liberté; et, pour formuler notre pensée plus clairement encore, nous dirons: Le

libéralisme est à la liberté^ ce que Vhérésie est au catholicisme.

Seule, l'Eglise catholique aime sincèrement la vraie liberté et combat pour elle :

sans cesse elle la demande à Dieu , pour ellemême et pour ses enfants, comme l'un des plus précieux moyens pour accomplir sa mission sur la terre.

Maintenant s'il plaît à certains catholiques de vouloir réhabiliter le libéralisme en se faisant appeler catholiques-libéraux , nous ne disputerons pas sur des mots naal définis ; en effet, il paraît évident, que pour eux : Libéralisme et liberté sont synonymes : pour nous, c*est tout le contraire.

Le libéralisme se montre partout , et souvent même il se proclame anti^-catholique , anti-clérical. 11 ne veut pas sincèrement la liberté de l'Eglise; et, sur ce point, ses actes viennent journellement démentir ses déclarations et ses promesses. Sur le fait particulier des Jésuites, c'est la même hypocrisie : il

proclame la liberté pour tous, en poursuivant noire destruction ; et, cherchant un moyen d'en venir plus facilement à bout , il a grand soin de séparer notre cause de celle de l'Eglise.

Oui , Tune des grandes habiletés du libéra lisme a toujours consisté à séparer notre cause de celle de PEglise, et ce stratagème lui a toujours facilité sa besogne : une telle hypocrisie lui vaut toujours un appoint notable de catholiques assez naïfs pour se laisser prendre à ce piège. On leur promet , à ces candides catholiques, la paix et les beaux temps delà primitive Eglise, pour le jour où c'en sera fait des Jésuites. A peine ces fanatiques seront enterrés, ajoute-t-on, que nous libéraux, amis de l'Église libre dans l'État libre , nous irons orner vos temples, purifiés de la superstition, et servir la messe des prêtres libéraux ; ce sera Tàge d'or de la fraternité religieuse.

Tout cela n'est-il pas l'analyse des milliers de livres, de brochures , de journaux, soi-

disant amis de l'Eglise, que nous lisons depuis un siècle ? Il faut que les mensonges du libéralisme aient un bien puissant attrait pour réussir , malgré toutes les déceptions , à se

substituer hypocritement à la vraîe liberté.

Avant de passer outre, il nous faut signaler

ici une des habiletés du libéralisme : bien souvent il nous a dénoncés aux catholiques, comme voulant faire de notre cause , la cause de r Eglise*^ mais, de cette accusation , il serait impossible de fournir une preuve solide, et, comme tant d'autres, elle est. Dieu merci, sans fondement.

Nous avons toujours répondu, et nous le répétons encore : non , nous ne sommes point l'Eglise ; nous ne lui sommes point nécessaires, elle a vécu, elle vivrait sans nous.

Nous ne sommes point l'Eglise, mais nous sommes ses enfants soumis et dévoués et voilà pourquoi elle nous défend.

Nous ne sommes point l'Église , mais nos

ennemis sont toujours et partout les mêmes que ceux de TEglise.

Nous ne sommes point l'Église ^ mais nous avons l'honneur de combattre avec elle et pour elle. Nos ennemis eux-mêmes nous appellent, et c'est notre gloire, les soldats du catholicisme. Quand ils nous blessent , ils s'en réjouissent comme d'uneblessure faite à l'Eglise. Quand ils sont parvenus , en 1773, à nous renverser jusque sur les marches du Vatican, ils ont poussé des cris de victoire, comme s'ils avaient eu partie gagnée contre l'Eglise.

Nous ne sommes point l'Eglise, mais quand on nous tue, nous, sentinelles perdues de cette grande forteresse de l'Eglise catholique, nous lui crions, en tombant à notre poste : prenez garde avons, l'ennemi va se ruer sur la place.

Nous l'Eglise ? la Compagnie nécessaire à l'Eglise? Mais qui donc a jamais entendu une telle ineptie, un tel blasphème sortir de notre bouche ?

Mais à quoi bon protester ? L'Eglise nous connaît, elle n'a point besoin de nos protestations , et nos ennemis ne les voudront pas entendre ; sur ce point , comme sur tant d'autres, leur parti est pris (1).

(1) Nos ennemis eux-mêmes ont cent fois confessé qu'ils confondaient notre cause avec celle de l'Église et qu'ils avaient pour but de Tanéanlir en nous ruinant. Écoutons le cri de joie poussé par d' Alembert, au moment de notre destruction, en France, par les parlements, ces exécuteurs , comme il les appelait , de la haute justice pour la philosophie.

Voici ce cri de joie : t ... Pour moi qui vois tout, en ce t moment, couleur de rose, je vois d'ici les jansénistes f mourant l'année prochaine de leur belle mort, après c avoir fait périr cette année-ci les Jésuites de mort viot lente; la tolérance s'établir, les protestants rappelés , « les prêtres mariés, la confession abolie, et le fanatisme « écrasé sans qu'on s'en aperçoive. » {Lettre du 4 ma» 476S.) Le fanatisme, dans la bouche de nos mécréants, était synonyme de catholicisme.

Ainsi d'Alembert et toute la secte des athées voyaient venir l'âge d'or, le jour où l'on enterrerait les Jésuites. On sait quel fut cet âge d'or, en France. 11 dura trente ans, et changea de nom en 93. Hais, depuis la mort des Jésuites, la France s'était bien amusée : elle avait ri de tout, même de sa honte, en attendant le châtiment qu'elle pressentait.

Une dernière question nous reste à résoudre. A Toccasion de notre mort violente par la main des parlements , on nous a demandé si , à cette époque, la Compagnie elle-même n'avait pas de reproches à se faire.

Un tel pressentiment explique le mouvement oratoire du P. Beauregard et Timmense impression qu'il produisit, le jour, où du haut de la chaire de Notre-Dame, il étendit le bras vers le sanctuaire, et désigna la place où dix-huit ans plus tard , la France verrait s'asseoir sur l'autel du vrai Dieu, une prostituée, la déesse Raison. Ce jour-là, comme le 21 janvier 93 , Dieu fit voir à toutes les nations à quel degré d'abaissement peut arriver un peuple chrétien qui s'est éloigné de lui par l'oubli de ses préceptes et le mépris de sa loi.

L'histoire de ces trente années qui suivirent notre chute offre le spectacle le plus désolant : c'est l'époque de toutes les décadences : la langue, la littérature, les beaux-arts , les anciens usages , les mœurs , la religion , tout offre ce même spectacle de misère ou de dévergondage. La société ressemble à l'équipage d'un navire désespéré , et qui , le voyant menacé de sombrer, s'enivre jusqu'à l'abrutissement, afin de ne rien sentir, au moment où il va être englouti dans les flots.

Le terrible dénouement pressenti par la foule était pré= dit par d'autres voix que celles des fanatiques : bien des prétendus philosophes parlaient comme eux, et d'Alembert lui-même ne croyait pas trop au paradis terrestre qu'il se

La réponse à cette question ne saurait être ni longue ni difficile. La Compagnie de Jésus est composée d'hommes; et partout où il y a des hommes et des réunions d'hommes, même voués à la perfection , il y a des défauts inhérents àl'humanité, à toutes les sociétés, même les meilleures. « Le monde, répondait, il y a

promettait. Il n'eut pas même la consolation de voir mourir ces jansénistes qu'il détestait. Pour se dédommager de la honteuse alliance contractée avec eux , dans la nécessité de renverser les Jésuites, il se donnait, dès le lendemain de leur commune victoire, la triste consolation de les vilipender dans ses écrits. Parmi les choses amères qu'il leur dit , il s'en trouve une d'assez bon sens , pour être citée : « Le gazetier janséniste et les convulsionnaires « (qui ont prédit la chute des Jésuites , le lendemain de <r leur expulsion) ne doivent-ils pas attendre d'eux (les c magistrats) le môme traitement que les Jésuites ; avec « cette diiférence néanmoins, qu'on doit mettre (quant à « l'éclat) entre la punition d'une noblesse révoltée et celle

< d'une populace remuante? Les Jésuites débitaient leurs c dangereuses maximes au grand jour; les convulsion-

< naires et le gazetier janséniste prêchent et impriment c leurs impertinences dans les ténèbres ; l'obscurité seule, « dont ces misérables s'enveloppent , peut les dérober au c sort qu'ils méritent; peut-être même ne faut-il, pour

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« vingt ans et plus, le P. de Ravignan, ne veut « pas même comprendre que dans le cours u des temps et au milieu de travaux si mul- « tipliës, si étendus et si difficiles, quelques « faiblesses excusables aient pu se rencontrer j « comme si, après tout, pour le dire avec « Bossuet, il devait paraître étonnant que

f les détruire , que leur ôter cette obscurité , qu'ordonner f aux convulsionnaires (sous peine du fouet) de repré- <r senter leurs farces dégoûtantes , non dans un galetas ,

• mais à la foire , pour de l'argent Et au gazetier jan-

t séniste (sous peine d'être promené sur un âne), d'imf primer son libelle ennuyeux , non dans son grenier , t mais chez un libraire autorisé.... Convulsionnaires et « gazetiers s'évanouiront dès qu'ils auront perdu le petit t mérite qui leur reste , celui de la clandestinité. Bientôt f le nom de jansénistes sera oublié, comme celui de leurs f adversaires est proscrit. » {VAkwbert, op. cit p. 2U.)

Les convulsionnaires restèrent dans leurs galetas et ne furent point fouettés : les rédacteurs de la gazette janséniste {les Nouvelles ecclésiastiques) ne furent point promenés sur des ânes, comme le proposait d'Alembert; la Clandestinité^ cette grande puissance du parti, les sauva ; et, loin de réjouir leur prophète de malheur par une prompte mort, ils purent même, durantde longues années, fouler aux pieds la tombe de leur méprisant ennemi.

« des hommes aient eu quelques défauts huer mains. » {Denn»tdesJétuiUi,p.\%i,édU.de\9^'l.)

Mais poussons plus avant. On insiste et l'on nous demande : « A Tëpoque de la suppression j les Jésuites français n'avaient-ils pas à se reprocher, comme corps, non des crimes dont le soupçon même ne peut les atteindre, mais des maladresses, des imprudences »,etc.?

Quand même nous répondrions affirmativement sur tous ces points , il n'y aurait pas dans un tel aveu de quoi justifier les arrêts et les persécutions de nos ennemis. L'imperfection humaine et religieuse n'est pas justiciable des tribunaux : il faut, pour la culpabilité et la punition , qu'il y ait eu violation d'une loi civile ou religieuse; or, cette violation des lois, nos ennemis sont encore à la prouver autrement que par de vagues déclamations. S'il suffisait d'être accusé, pour être coupable, personne au monde ne pourrait affirmer son innocence

Le dix-huitième siècle , si léger, si indifférent, si sceptique , si fort habitué à rire de tout, même des honteux revers de la France, se passionna cependant à l'occasion de notre procès et de notre destruction : ce fut une bataille de pamphlets et d'apologies; une inondation de livres et de brochures pour et contre les Jésuites , dont les publications de 1825 et 1845 ne peuvent donner une idée.

Comment expliquer , et cette extrême indifférence du siècle , et cette passion violente des esprits ? Ce serait en effet assez inexplicable, si Ton ne se rappelait que , de tout temps, les questions religieuses ont , malgré les prétendues conquêtes de l'esprit moderne , le privilège exclusif de passionner les âmes, et d'une façon autrement profonde et durable que les questions irritantes de la politique.

Ce phénomène s'est reproduit souvent , et, de nos jours, nous avons vu la question des Jésuites et la question de Rome, provoquer

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les plus ardentes polémiques. Chose curieuse : on se vante de les regarder avec indifférence , et Ton en parle continuellement; on paraît vouloir les dédaigner, et cependant on les traite avec colère ; on prétend les avoir enterrées, et l'on y revient toujours. Ah! c'est, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas , on aperçoit derrière ces questions secondaires le redoutable problème du surnaturel , de la vie future et de toute la révélation (1).

(1) Veut-on des preuves récentes des commotions excicitées par des questions religieuses? Nous ne parlerons pas de Tanxiété des esprits , de Tardente avidité du public à recueillir les nouvelles, et dans leurs moindres détails, sur toutes les questions religieuses agitées devant les tribunaux, les Chambres ou le Sénat. La politique mêlée à ces questions pourrait revendiquer une partie de l'intérêt : prenons un fait purement religieux, un fait où il ne soit pas même question de Rome et des Jésuites.

On se le rappelle : naguère un homme, cherchant la fortune et la célébrité, pensa trouver Tune et l'autre au moyen du blasphème : il nia la divinité de Jésus-Christ.

Le monde entier s'est ému à la lecture de ces pages sacrilèges, et l'univers catholique a vu là une nouvelle occasion de réciter, avec plus d'énergie et de solennité, son immuable Credo.

Les libres-penseurs , étourdis de ce phénomène dont ils n'ont pas la clef, voudraient , ils ne s'en cachent point , voir ordonner légalement le silence sur toutes le questions religieuses propres , c'est leur expression , à porter le trouble dans les consciences. Une telle défense devrait être promulguée , bien entendu , au nom de la liberté de conscience. Puis , les Jésuites y étant considérés comme une

De son côté , Timpiété a battu des mains : elle se sentait un peu rassurée contre cette vie future , dont le dogme croulait avec la divinité de Jésus-Christ. Il y eut , dans le camp des blasphémateurs, un cri de joie, un moment d'espérance, pour toutes ces âmes, toutes ces consciences qui ont besoin d'entendre renier Jésus-Christ et maudire les sanctions de sa loi.

Mais bientôt l'inquiétude rentra dans ces âmes , pour lesquelles on ne niera jamais assez fortement , assez sûrement, assez savamment la divinité du Verbe , dont la loi est Tefifroi de leurs passions. Alors on vit la foule des incrédules rappeler son docteur , et lui dire : mais nous avons encore peur ! vous n'avez pas assez blasphémé , la parole a tremblé dans votre bouche ; il faut nous rassurer , dissiper tous nos doutes, en nous démontrant que le Christ a menti, et que vous avezdit lavérité; sans cela vous n'avez rien fait! Et, en réalité, il ne fallait rien de moins

(le ces questions propres à troubler les âmes , devraient être supprimes, en vertu, cela va sans dire , de la liberté des cultes. En eux , si nous en croyons la presse contemporaine, se résume tout ce qu'il y a de mauvais et de haïssable dans le catholicisme.

Laissons parler sur ce point — pour ne pas citer nombre de journaux et d'écrivains — l'organe le plus prudent , le plus distingué , de la libre-pensée : le Journal des Débats s'exprima nt par la bouche de M. Cuvillier- Fleury, un des plus récents immortels de l'Académie française.

à cette foule affamée de sécurité dans la pratique du mal et la négation du vrai.

En cherchant la démonstration impérieusement réclamée, mais impossible à trouver, le docteur apostat^ réduit à des mots vides de sens , se troubla, et ne put calmer les flots qu'il avait soulevés. Son impuissance lui a valu le mépris; mais, sa réputation d'un jour a prouvé , une fois de plus , combien nos prétendus indifférents sont , malgré leurs dédains affectés, profondément remués par de simples questions de dogme.

Ecoutons notre immortel : « Le Jësuitisme^ <f c'est une puissance occulte^ formidable , « insaisissable; c'est un des poun)oirs de w VÉtat. — Ce sont les peuples soulevés , w les troupes remuées , les armées en marche^ « les gouvernements renverses , les pays « asservis. Le Jésuitisme c'est la domination « universelle , c'est le réseau de bigoterie , « d'absolutions , d intrigues et d'infamie qui « enserre les familles , les individus , les u nations. — C'est, tout à la fois, la modéra-- « tion des sentiments , l'énergie secrète et « implacable de la réaction , le cosmopolisme (c sans entrailles. — Le Jésuitisme , c'est se i< confesser y c'est le célibat des prêtres j c'est « l'ultra mont anisme ; ce sont tous les mande- « ments des évéques ; c'est toute la presse « religieuse,

w Le Jésuitisme , c'est tout ce dont on ne

« veut pas , tout ce qu'on hait ; c'est ce qu'il

w y a de plus infâme et de plus vil , de plus H. k

c( fort et de plus saint ; c'est l'Eglise tout

« entière. » ( V- de Raylgnan : De Cexiitence des JéiuUei, édit, de 1857, p. 7.)

Ces jolies choses s'écrivaient il y a quelque vingt ans. Veut-on du plus récent , dans le même goût ? Ecoutons un autre apôtre distingué de la libre-pensée , exprimant ses tendresses pour la véritable Église : « Jje Jésui-tisme , malheureusement , submerge V Eglise catholique; c^est V esprit de saint Igruwe qui se substitue , de nos jours ^ à la pure doctrine de Jésus ; et l'Encyclique est , comme la défi-nition de V Immaculée^-Conception , U œuvre de

la Compagnie. » ( F. tO^mon NaHanale , citée par le Monde, 29janY. 1865.)

Nous pourrions remplir un volume de semblables citations , mais nous ne trouverions pas mieux que la définition déjà donnée de nous : Nous sommes : tout ce dont on ne veut paSj et tout ce quon liait. La formule est extrêmement claire et fort courte. Elle ré-

sume à merveille tous les Comptes-rendus et les arrêts des parlements. Mais le dix-huitième siècle, malgré tout son esprit, ne savait pas, comme le nôtre, formuler ses arrêts en quatre mots, si faciles à retenir.

La haine qu'on nous porte a cela de particulier que, personnellement, chaque membre de la Compagnie trouverait , comme autrefois, assez de justice, et même des égards dans les rangs ennemis ^ nous y avons plus d'une fois recueilli des marques d'estime. Mais toujours aussi , nous l'avons constaté , l'objet de la haine, d'une haine inextinguible, c'est le corps, c'est notre nom : Compagnie de Jésus.

Ce nom , combien de fois n'a-t-on pas voulu nous l'enlever? On nous le reprochait comme une usurpation et même une profanation; tandis qu'on laissait paisiblement d'autres religieux porter les noms les plus sacrés, et même celui de la Très-sainte Trinité. Mais le Nom de Jésus , le fondateur de la Compagnie

le savait bien, deviendrait un signe de contradiction ; le Maître l'avait dit : Ils vous persécuteront à cause de mon nom , et cela, sous prétexte de rendre gloire à Dieu.

Et, depuis trois siècles, la persécution n'a point cessé, et ne cessera point, à moins que nous cessions nous-mêmes de la mériter , par la cessation de nos combats contre les ennemis déclarés, ou cachés , du nom de Jésus.

Ce nom de Jésus, en dépit de tous les blasphèmes, fait encore fléchir le genou sur la terre, comme au ciel et dans les enfers. Il déplaît à nos ennemis, d'avoir à le prononcer, en parlant de nous : celui de Jésuite allait mieux à leur malice *, ils en ont fait une injure, un titre de proscription. Porter ce nom et devenir haïssable, est une même chose aux yeux de la foule : souvent il a suffi pour appeler la persécution •, et, comme aux premiers chrétiens, on ne nous demandait pas : Quel est votre crime? mais : Quel est votre nom?

Oui, notre nom, rëpëtons-le, en terminant le résume de ces trop longues pages , a toujours fait notre crime *, il a causé notre ruine au dix-huitième siècle ; et le dix-neuvième nous hait, à cause de ce nom. Dieu veuille nous le laisser, au prix de cette haine : il est toute notre gloire et toute notre espérance.

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