Fontaine Saint-Pierre
Cette fontaine est celle qui existe à l'extrémité sud de la rue du Paradis (autrefois Place Saint Pierre), à la jonction de cette rue avec la Grande-Rue.
Si, au xve siècle, la dénomination de Fontaine Saint Pierre n'était point encore appliquée à cette fontaine, il est certain qu'au xvii8 siècle, elle était connue sous ce nom, comme l'établit une annotation ajoutée à cette époque, à un acte de vente du 27 décembre 1398 (f° 47) .
Nous avons vu qu'au xv° siècle, la rue au Char était appelée rue Cadoc. 11 est probable toutefois que cette dénomination ne s'appliquait qu'à la partie de la rue où se trouvaient l'Officialité et la Fontaine de la ville, c'est-à-dire au bout vers le nord, et que l'autre partie, aboutissant à l'église Saint-Jacques, portait à cette époque le nom de rue de l'Ormerie. Ce qui nous porte à le penser, c'est que l'on trouve dans un acte du 20 décembre H5G (f° 401, que Y hôtel de la Rose était situé rue de l'Ormaerie. Cet acte, en effet, a pour objet « deulx. masures « et deulx maisons joignantes ensemble... dont l'une d'icelles « maisons est nommée Yosttl de la Rose, assises en la ville' et « bourgoisie de Lisieux, en la parroesse Saint Jaque, en la rue « de l'Ormaerie. (1). »
(1) Il y avait aussi dans le Vieux Paris une rue de ce nom. Le commerce de l'ormerie comprenait les petits ustensiles en fer, boucles, mors, éperons, étriers, etc. (Crapelet, Proverbes et Dictons aux XIII" et XIV' siècles, p. 163, à la note.)
Il est arrivé pour le mot ormerie, comme pour un certain nombre d'autres mots, tels que lendemain, loriot, lierre, landier, etc., que l'article la, qui par l'élision de l'a devant ce mot, devail former l'ormerie, s'y est agglutiné et a fini par s'écrire lormerie, sans apostrO| he. Cette forme est reproduite en bas-latin du xiv° siècle, précisément à propos de notre rue de l'Ormerie, dans l'acte d'échange, déjà cité, du 21 juillet 1321 (Cart. de Lis., f* 16), où elle est désignée sous les noms de Lormeria ou de Vicus Lormeriœ : « In domo Heniïci Lisnel... sita in Lormeria. .. « In domo Johannis Fergant in Lormeria.... In domo heredum Johannis « Marcadé... in vico Lormeriœ. »
Chandeliers, potiers, lormerie, Marcheanz de feronerie, De seles, d'estriers, de poitraus, De charretes et de borriaux, Dit des Marcheanz,
Or il est de notoriété publique à Lisieux, que l'ancien hôtel de la Rose, aujourd'hui démoli, occupait l'emplacement de l'hôtel pour voyageurs, situé rue au Char, désigné sous le nom à'Hotel de Normandie, que beaucoup de personnes appellenl encore actuellement Hôtel la Rose. Le soubassement en pierres de taille de cet hôtel, paraît être celui de l'ancien Hôtel de la Rose et remonter au xme siècle.
Le nom moderne de rue au Char est une corruption de l'une des anciennes dénominations de cette rue, qui en effet a été appelée au xvii6 siècle, rueauChat, comme l'établit l'annotation mise à cette époque sur un acte du 13 juillet 1445 (f° 47) et de laquelle il résulte que cette rue portait alors les noms de rue au Chat ou de rue Cadot. Une autre annotation, du même temps, mise sur un acte de fieffé du 11 février 1292 (f° 40), relatif au Manoir de la Licorne, situé rue au Char, en face des bureaux du télégraphe, est ainsi conçu : « Fieffé de la maison de la Licorne « rue au chat, par Jehan le Vicomte seigneur. »
C'est donc à tort, selon nous, que M. Louis Dubois a écrit dans son Histoire de Lisieux, II, 316 : « La rue au Char tire « son nom de l'enseigne d'une ancienne auberge qui depuis long « temps a disparu et qui n'avait rien de commun avec l'hôtel do « la Rose, établi il y a 40 ans environ dans la maison du cha- « noine de la Varende, vendue comme bien d'émigré, »
Dans sa Notice sur les ruts de Lisieux, p. 6, M. Dingremont dit que cette rue, appelée d'abord rue Cadoc, porta depuis le nom de rue au Chapt. Chapt était, dit-il, le nom de l'un de ses notables habitants en 1492 ; mais il n'indique, à l'appui de cette assertion, aucun document; il ajoute qu'en 1775, lorsqu'on fit le recensement des habitants pour le logement des militaires, elle portait le nom de rue au Chat.
Au moyen âge, la rue formant l'artère principale de la ville, était désignée, dans toute son étendue, sous le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, celui de Grande rue. La dénomination de rut Etroite, donnée à la partie de cette rue s'étendant de la rue des Boucheries à la place Saint-Pierre, dénomination qui subsistait encore au commencement de ce siècle, ne remonte guères au-delà du xvie ou du xvnG siècles.
Un acte du 9 septembre 143G (f° 46), suivant lequel des héritiers Moulin fieffent à Pierre le Maignen et à Pierre Gravoys, bourgeois de Lisieux « deulx maisons... lesquelles « sont joignantes l'une de l'autre... assises en la dicte « parroesse de Saint Jaque en la grcmt rue, » porte en effet la note suivante, ajoutée à l'acte, au xvii6 siècle : « Pour deux » maisons rue Estroicte. » Ce qui prouve bien qu'à cette époque la Grande-Rue, au moins quant à la partie qui vient d'être déterminée, avait échangé son nom primitif contre celui de rue Etroite.
A ses deux extrémités, vers la Porte de Paris et vers celle de Caen, comme au milieu, elle conservait ce nom. Ainsi, d'une part, dans une sentence du 8 octobre 1453 (f° 28), il est question « d'ung manoir... assis en la bourgoisie de Lisieux, « en la parroesse de Saint Jaque, auprès de la Porte de Paris ; « jouxte d'un costé aux murs de la fortiffication de la dicte « ville, d'autre costé à Guillemot du Manoir, d'un bout au « doyen de Lisieux et d'autre bout au pavement de la grant « rue dudit Lisieux. » — D'autre part, on trouve dans un acte du 14 mars 1451 (f° 84), que l'immeuble auquel cet acte se rapporte était une « maison assise en la parroesse Saint « Germain de Lisieux... jouxte d'un bout la grant rue et « pavement, d'autre bout la rue au Boutellier. »
Le nom de Grande Rue était même donné à cette voie, dans une partie de son prolongement au-delà de l'enceinte fortifiée,
c'est-à-dire en dehors de la ville proprement dite : c'est ce qui résuite d'une sentence du 3 décembre 1453 (f° 115), relative à « plusieurs maisons tenans et joignans ensemble... le tout « assis eu territore et haulte justice de mondit seigneur « l'evesque, en la parroesse de Saint Désir dudit Lisieux, entre « les deulx pons ; jouxte d'un costé la voie ou sente par où « l'en va du Bourg l'Abbesse aux bayes ou esseaulx dudit « moulin, d'autre costé à Guillaume le Mareschal, d'un bout à « l'eau des dictes bayes et d'autre bout au pavement de la « grant rue (aujourd'hui rue de Caen). »
En parlant plus haut du changement du cours de la Touque, nous avons rencontré l'indication de deux rues : la rut Gautier Marie et la rue de la Prevosté. Nous ne saurions dire quelles sont celles des rues de la ville auxquelles ces noms s'appliquaient au xve siècle, si tant est toutefois qu'elles subsistent encore. Il est certain cependant que ces rues existaient à cette époque, au nord de la Porte de la Chaussée, soit dans le quartier dit de la Chaussée, soit dans celui désigné sous le nom du Bouloir. Nous avions pensé d'abord que la rue Gautier Marie devait être celle qui formait le prolongement de la me de la Chaussée, au delà des fortifications et que la rue de la Prévôté se trouvait à peu près dans la direction de celle désignée sous le nom de rue Labbej-, ouverte il y a environ trente ans; mais le rapprochement que nous avons fait de plusieurs désignations d'immeubles avoisinant ces rues, relevées dans le Cartulaire de Lisieux, nous porte à penser que ce ne doit être ni l'une ni l'autre. Nous espérons que des chercheurs plus heureux élucideront cette question.
Nous n'avons pu déterminer non plus la situation du Cloître du Chapitre (Echange de 1321 précité, f° 21) : à moins que ce ne soit le même que celui désigné sous le nom de Cloître Saint Pierre, dans l'acte du !) septembre 1436, mentionné plus haut p. 13, hypothèse d'autant plus admissible que ce cloître situé entre la cathédrale et le côté septentrional de la rue Etroite, aujourd'hui Grande-Rue, devait se trouver contigu àla salle capitulaire.
Enfin il y avait aus>i sur le territoire d'Ouillie-le-Vicomte, une chapelle appartenant au curé de Saint - Germain (Fiefte du 17 octobre 1455, f" 76), dont nous ignorons l'emplacement. Peut-être est-ce celle dont les ruines se sont rencontrées il y a soixante ans, sur la propriété que M. Groult possède en cette commune.
Henri MOISY.
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