DE L’HYBRIDITÉ DANS LES ROSES
Avant de terminer ce travail, il nous reste à dire quelques mots de l’hybridation dans le genre Rosa, niée absolument par les uns, regardée comme toutà-(ait accidentelle par les autres, exagérée enfin par d’autres; elle peut maigre tout être patente dans ])ien des circonstances.
Dans les cas douteux, l’inspection du pollen conduit presque toujours à un résultat : quand il y a eu véritablement hybridation, on le trouve atrophié. Souvent également les ovaires sont mal développés, en très petit nombre, enfermés dans des urcéoles d’aspect tout-à-fait anomal, et la végétation est luxuriante.
L’expérience a montré que dans le genre Rosa des plantes de nom différent peuvent combiner entre elles leurs éléments sexuels pour donner des hybrides d’espèces, de variétés et meme de genre (en admettant les genres proposés). C’est généralement entre des espèces très affines ou appartenant à des groupes intimes que l’union semble le mieux s’effectuer : mais cette proche parenté naturelle ne suffit pas toujours et il faut tenir compte de certaines affinités sexuelles qui font que telle ou telle reste autonome, malgré les conditions de vie et de végétation.
L’hybridité peut être ou non récii)roque, c’est-à-
dire que deux espèces peuvent être indifféremment agent fécondateur et porte-graine, ou bien que l’une, seulement des deux remplit l’un des rôles qui lui reste toujours dévolu.
Par le fait de l’hybridation, un nombre considérable d’intermédiaires entre les parents peut se développer, les uns à peine distincts d’eux, les autres à ovules développés mais sans embryon, d’autres embryonnés dans un plus ou moins grand nombre d’ovules, d’où le pouvoir de reproduire certains hybrides par le semis, mais bien souvent aussi ils retournent ou ont une tendance à retourner aux types dès la première génération, quelquefois au bout d’un plus grand nombre d’évolutions successives.
Il peut ai-river qu’un hybride se combine avec run de ses ascendants, alors le produit est dit hybride dérivé ; un hybride s’unissant à une autre production du même ordre, est dit hybride combiné : ces derniers se retrouvent principalement chez les Scdix. Wichura, a pu de cette façon réunir artificiellement six espèces de Saules dans un seul hybride combiné.
En général, on distinguera un hybride par un état intermédiaire des organes des générateurs, tantôt fondus, tantôt dissociés : chaque portion de la nouvelle plante présentant une disposition moyenne, ou bien chacune d’elles ayant gardé des caractères propres à l’im ou à l’autre des parents. La végétation est plus développée aux dépens des organes de reproduction.
Dans le genre Rosa toutes les sections ne sont pas également propres à s’unir entre elles : c’est surtout entre les Alpinæ et les Pimpinellifolvv; les Arvenses et les Caninæ, les Gallicanes^ les Canines et les Synstylæ que l’hybridation paraît être la plus commune. Nous avons déciât avec quelques détails des hybrides de cette dernière section, et nous avons pu voir combien les caractères étaient bien intermédiaires entre les formes présumées.
Dans les autres sections, l’adultération est plus rare : on a bien cité des produits obtenus entre les Canines et les Tomenleuses^ les Canines et les Rubigineuses^ mais il n’y a pas de certitude biezi absolue : les Sepiaceæ ont quelquefois été considérées comme résultant de l’hybridation réciproque des Caninæ et des Rubiginosæ.
L’hybridation est quelquefois bien difficile à constater, quand elle donne naissance à des produits réunissant exactement les caractères d’une espèce autonome appartenant à un des groupes producteurs. M. Christ cite {Die Rosen von Schweilz) un hybride Micrantha x Sepium ayant absolument le port du Rosa Micrantha. Entre les R. Pimpinellifolia et Alpina existent une série de formes qui rigoureusement ne peuvent être déterminées que comme R. Rubella, qu’il est impossible de dégager de variations dues à une origine hybride. Une foi*me du R. Tomenlosa {R. Tomentosa, v. Anlhracitica) ressemble au R. Tomenlosa x Sepium^ c'est ce que
Chri-st appelle un cas de mimique^ rappelant celui du Potenlüla Alba x Fragciriastum par rapport au Potentilla Splendens^ Ram.); du Hieracium Bupleuroïdes x Villosum, par rapport au IL Scorzo- 'iieræfolium.
Quoi qu’il en soit, 1,’étude des hybrides de Rosiers est chargée encore d’obscurités, et dans les cas douteux, il faudrait pouvoir se procurer des hybrides artificiels, ce que les horticulteurs ont fait avec les Roses noisette (R. Moschata x Indica) et le Posa Ilardyi (R. Involucrata x Rerberifolia), qui, d’après les idées reçues ou proposées devrait, comme hybride de genre s’appeler Hulthemia berberifolia X Ernestelta involucrata.
Nous ne parlerons pas ici des hybrides, ou plutôt des Rosiers appelés de ce nom par les amateurs, car la plupart ne sont que des modifications dès longtemps préparées du R. Centifolia., obtenues soit par semis, soit par bourgeonnement naturel [R. Muscosa, variation gemmaire de Darwin); les formes ainsi obtenues se reproduisent bien par la graine.
Dans l’appellation des hybrides, plusieurs systèmes'ont été proposés. On a pensé à donner un nom spécifique simple à la nouvelle production, en la faisant précéder dans les flores d’un signe particulier, ainsi -h Rosa Noisettiana; mais il nous semble préférable de recourir à la nomenclature de Schiede, qui forme le nom de l’hybride du nom de genre, suivi par les qualifications spécifiques des ascen-
clants, le nom du père venant le premier : ainsi Rosa arvemis x gallica signifiera que le Rosa arvensis a fourni son pollen dans l’acte de la fécondation. On pourra objecter que le rôle relatif des parents n’est pas toujours certain, mais rien n’empêchera de faire précéder le nom de l’hybride ou le nom d’un point de doute? {Rosa arvemis x gallica), ou bien Rosa ar'vensis? x gallica^ ou encore Rosa gallicaf x arvemis^ suivant le cas où le doute se porte sur les deux ou sur l’im ou l’autre des générateurs.
Oatalogixe <ios lî-oses qui croissent clans le d.éparteinent d.o TA-nlbe et <ians les d-opartements voisins.
Le département de l’Aube est limité par les departements de la Seine-et-Marne, de la Marne, de l’Yonne, de la Côte-d’Or : outre les recherches de M. des Etangs, de MM. Legrand, Briard et les nôtres pour le département de l’Aube, nous puiserons dans les flores respectives^ la liste des Rosiers qui y croissent.
Dans le département de l’Aube les formes sont assez abondantes, et les déterminations de M. l’abbé Bouilli et de M. Grépin, nous ont été d’un grand secours : voici ce qui a été recueilli jusqu’à ce jour :
Synslylœ . — R. Arvensis (Huds).
Gallicanw ,.... — R. Gallica L. Subsp ! !
R. Pugeti (Boreau).
R. Subolida (Deséglise).
R. Flexuosa (Rau).
R. Damascena (Miller). Cultivé.
Pimpinellifolia. — R. Spinosissima, L.
R. Pimpinellifolia, L. ? floribus roseis ?
R. Ripartii (Descglise).
Cinnamomea ... — R. Cinnamomea (flore pleno) spontané ?
Luteœ .— R. Lutea (Daléch.). Cultivé.
R. Sulphurea (Ait), Cultivé.
Montanm....... — R. Frutetorura (Besser) ? ?
Cmiruv .— R. Canina, L. ,
a. Nvtdæ .
b. Bisserratce.
c. llispidœ. .
(1. Pubesccntes.
e. Colliruc ...
Mbiginosœ . ■
a. Sepiaceœ..
b. Micranlhœ. c Suavifoliœ.
Tomenlosœ .
V. Nitens(R. Nitens, Desv.)- V. Glancescens (R. Glaucescens, Desv.).
R. Fallens (Deséglise).
R. Sphœrica (Grenier).
R. Dumalis (Rechst.).
R. Cladoloia (Riparl).
R. Andegavensis (Bast.).
R. Agraria (Ripart).
R. Obtusifolia (Desvaux).
R. Dumetorum (Thuillier). Incl : R. pyriformis (Deségl.).
R. Urbica (Léman).
R. Trichoneura (Ripart).
R. Hemitricha (Riparl).
R, Collina (Jacq.)??
Rosa Agrestis (Savi).
R. Sopiuin (Thuill.).
R. Virgultorum (Ripart).
R. Arvatica (Puget).
R. Subdola (Desgl.). R. Klukii (auct. gall.). R. Bilurigensis (Bor.).
R. Diminuta (Bor.).
R. Micrantha (Smith).
R. Apricorum (Rip.).
R. Gomosa (Rip.).
R. Umbellata (Leers).
R. Rolundifolia (Rau).
Rosa Pellila (Rip ).
R. Torneiitosa (Smith).
R. Guspidatoïdes (Grépin).
Nous n’avons pas compris ici les espèces cultivées accidentellement ou qtii ne sont point d’origine
européenno dans nos jardins ; les Rom Indica, iMwrenceana^ Semperflorens^ Mosehala^ Noiset~ liana, Borbonica, Fraxiiiifolia^ Rugosa, etc.
Parmi les Caninæ^ les Scabratæ et les Tomenlellæ ne sont point représentées, pas plus que les Villosœ t't les Slylosæ : quelques formes que nous avons à l’étude renferment probablement des Coronatæ.
Pans le département de Seine-et Marne, les formes ont été moins étudiées jusqu’à ce jour ; nous pouvons
citer les :
Synstylœ .— Rosa Arvonsis (Hudson).
Slylosw .— Rosa Virginea (Riparl).
R. Anceps (Bouteiller).
Callicanw .— R. Gallica, L. Rose de Provins cultivé !
Cinnamoineœ... — R. Fraxinifolia (Gmciin) naturalisé!! PimpinellifoUœ. — R. Spinosissima, L. floribus albis ! 1 R. Lutea (üalécli.), naturalisée ! !
Caninw.,, .— R. Ganina.