‹ Notes pour servir au développement de la colonisation et du commerce des rives du St-Laurent à la frontière du Maine [microforme]Chapitre 1 sur 15 · RES · texte numérisé non relu

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environnants—du plus haut sommet de la ligne de partage des eaux coulant vers le St-Laurent et la Baie de Fundy,— un nommé Michel Bernier m’affirme qu'il a récolté 76 minots d’orge de la semence de quatre minots et demi, et que, sur le même lot, il a fait d'excellentes récoltes d'avoine, de blé, de foin, de pommes de terre, etc.

‘ Le 24 février, j'ai mesuré l'épaisseur de la neige ; j'ai trouvé dixhuit pouces dans les forêts de bois mou et deux pieds dans les forêts de bois dur.”

Un autre arpenteur, Monsieur E. Casgrain, terminait ainsi son rapport envoyé à M. Eugène Taché, député-ministre des terres de la Couronne, en date du 7 mai 1884 :

‘ Je dois déclarer qu'en combinant toutes mes observations sur la nature du sol et ses accidents, dans le cours de mon exploration du township Daaquam, j'ai trouvé, en somme, les terres de ce township très favorables à la culture, et offrant aux colons qui les défrichent les plus belles garanties de succès. Ce qui contribue le plus à m'inspirer cette confiance, c’est le fait si rare et si remarquable que ce territoire est partout extrêmement plan et généralement peu rocheux ; avantage qui assure aux défricheurs les plus grandes facilités pour l’ouverture des voies de communication. Les seules difficultés à surmonter dans la colonisation de ce township consistent dans l'existence de quelques savannes çà et là ; mais ces difficultés ne sont rien en comparaison de celles causées par les inégalités du sol, et j'ai le plus ferme espoir que dans un avenir plus ou moins prochain, les plus beaux destins sont réservés à la vallée située entre la rivière Daaquam et la rivière Saint- Jean.

‘ Le tout humblement soumis,

E. CASGRAIN, À. P.” Voilà ce que disent les rapports d’arpenteurs.

Ecoutons maintenant ce que pensent les missionnaires de cette région.

M. le curé Boulet m’écrivait la lettre suivante que j'ai eu dans le temps l'honneur de communiquer à l’Assemblée législative.

En la lisant, je la faisais précéder des remarques suivantes :

Un pays riche, connu que des missionnaires, des trappeurs et des bûcherons, s'étend en arrière des comtés de Beauce, de Dorchester, de Bellechasse, de Montmagny, de l’Islet et de Kamouraska. Tous les rapports officiels que nous possédons s'accordent sur la fertilité du sol

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et sur la richesse des essences forestières. On y a trouvé des gisements minéraux de la plus grande richesse, entr'autres des indices de cinabre et de cuivre. Puis je lisais, au milieu des applaudissements de la Chambre, cette lettre de M. Boulet :

‘“St-Magloire, 10 mars 1884.

“ Monsieur,

‘ Je vois par les journaux que vous travaillez, vous et vos amis, À la future construction d’un chemin de fer qui devrait passer sur la frontière sud des comtés de Beauce, Dorchester, Bellechasse, Montmagny, l’Islet et Kamouraska. C'est une belle œuvre patriotique, une heureuse idée

‘qui aurait dû trouver sa réalisation depuis des années.

“ Et voici pourquoi :

“En arrière des comtés nommés plus haut,il y a une vallée magnifique qui se prête admirablement à la construction d’une voie ferrée ; il n’y a ni côtes, ni rochers. Partant de Metgermette en descendant vers Edmunston, on trouvé toujours la plaine unie et fertile. La compagnie qui voudrait y construire un chemin de fer trouverait tous les matériaux sur les lieux. Partout il y a des beaux cèdres, de l’épinette rouge.

“Il est impossible de trouver ailleurs de plus belles terres ; je suis certain d’après ce que j'ai vu moi-même et ce que j'ai pu visiter avec l'intention d’y diriger la colonisation, qu’il n’y a pas de différence entre cette belle vallée de Daaquam et celle de la Beauce, Partout on trouve des rivières et des lacs, partout on rencontre de beaux pouvoirs d’eau pour manufactures et moulins. Il faudrait bien peu d'efforts, il me semble, pour diriger la colonisation vers cette zône fertile.

“ Partout sur les bords des rivières et dans la plaine j'ai vu de magnifiques terres. On peut en juger par les essences fruitières qui y croissent en abondance. Partout on cueille la gadelle sauvage ; la groseille, la cerise, les rosiers et la vigne sauvage réussissent en abondance. On dirait d’un jardin. Le foin bleu y abonde, et quelques colons vont le couper et l’enlever pour leur utilité,

‘Si on laisse le bord des rivières pour s’enfoncer À un ou deux milles dans la forêt, on y rencontre les plus beaux bois. L'érable, le merisier, le frêne, l’orme, le bouleau, l’épinette rouge et blanche, un peu de pin, beaucoup de beaux cèdres, tout cela est en abondance. On ne rencontre pas de montagnes ; seulement, au milieu de la vallée il y a une légère élévation de terrain.

“ Pourquoi nos gouvernants ne dirigeraient-ils pas la colonisation de ce côté-là? Nous pouvons y établir de magnifiques paroisses, ou des mil-

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liers de Canadiens-Français trouveraient sinon l'abondance, du moins l'existence aisée et confortable.

“ Le scl se prête très bien à toute espèce de culture, Tous les grains viendraient à merveille, et le foin s'y récolterait en abondance, Le climat est plus doux que celui du Nord et du Sagueray. Nous n’aurions pas à redouter les vents froids qui désolent ces régions. De partout surgissent des points de vue admirables ; la chasse et la pêche y sont inépuisables.

“ Le gouvernement devrait, avant tout, encourager la compagnie de chemin de fer qui voudrait Passer par ce pays, qui est une des plus belles parties, sinon la plus belle et la plus fertile de la province de Québec.

“ Pourquoi, par exemple, ne pas faire relever les lignes des cantons de ces régions, surtout celui de Daaquam, et cela au printemps? Pourquoi ne pas mettre quelques milliers de piastres, cet été, à la construction d’une route qui traverserait le centre de ce canton et permettrait aux colons de s’y établir de suite ? Que le gouvernement se rende à ce désir ; tous les curés voisins ont promis d'envoyer des colons dans ce merveilleux pays.

“ Dans quelques années d'ici, on verrait de ce côté, de belles et riches paroisses Canadiennes françaises. Il ne reste plus qu’une voie de salut pour le Canada français, s’il tient à conserver sa religion, sa langue et sa nationalité : c’est la colonisation. Qu'on s'engage hardiment dans cette voie, et vous verrez bientôt notre chère patrie prendre du prestige et garder sa force.

“ Partout ailleurs, o1 voit des étrangers s'emparer de notre pays, et nous, les enfants du sol, nous resterions inactifs ? Non. Aidons aux nôtres dans leurs travaux : ouvrons leur des chemins, et vous verrez bientôt des milliers de bras travailler pour l'agrandissement de la patrie et veiller à sa défense et à son honneur.

‘“ Mon cher monsieur, voici à peu près tous les renseignements que je puis vous donner sur cette partie du pays, que vous représentez. Travaillez fortement en notre faveur, et Dieu fera le reste,

‘“’Servez-vous de ces notes si elles peuvent vous aider en quelque chose, et excusez ce qu’elles peuvent avoir de défectueux ; je suis loin d’être un écrivain.

“ Les plus sincères amitiés de votre dévoué,

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Déjà, en 1860, M. Audet, celui qui était chargé d'ouvrir le chemin Mailloux, disait dans son rapport que les terres situées sur ce chemin étaient bonnes généralement, et qu’elles devenaient supérieures à mesure qu'on approchait de la vallée de la rivière St-Jean. Il assurait cependant que le tiacé du chemin Mailloux ne se trouvait pas au milieu des terrains les plus avantageux ; que c'était dans les rangs situés plus en arrière que se trouvaient les plus belles terres, et qu’il y en avait une étendue très considérable. Il ajoutait : ce sont de belles et de bonnes terres. Les pouvoirs d’eau sont sans nombre ; le climat est plus doux Sur le versant des montagnes du sud que sur les bords du St-Laurent. Un marché est auprès pour les produits, dans les chantiers que font les Américains de l’autre côté de la frontière. Les rivières sont profondes et navigables pour de petits bateaux qui mettront les colons en rapports journaliers avec Madawaska, le Long Sault, St-Jean et Fredericton, outre le débouché ordinaire et la proximité du marché de Québec. Les rivières Daaquam, St-Jean et plusieurs autres, sans compter un grand nombre de lacs, sont poissonneuses.”

Voilà des renseignements qui, à 24 ans de distance, sont confirmés par la lettre du Révd M. Boulet, curé de St-Magloire. Cette lettre, belle, patriotique, touchante, résume en peu de mots les ressources agricoles, minérales et forestières que Lévis et Québec pourraient retirer de ce pays laissé à lui-même, de cette /rra@ tncognita.

Emparons-nous du sol! Telle était la devise de nos pères, telle doit être la nôtre.

Lorsque je reçus la lettre du curé Boulet, un homme distingué, mort depuis, hélas ! M. Auguste Achintre était chez moi. Il se mit alors à me parler de nos pères et des temps reculés de la colonie.

— Pour quiconnaît aujourd’hui, me disait-il, la topographie des lieux, la nature du pays, les dangers à prévenir, les ennemis à combattre, les établissements à créer, tous les obstacles qu'il fallait vaincie en ce Canada alors inconnu, lequel de ceux-là oserait mettre en doute les qualités des colons, l'aptitude de la race, l’habileté de l'administration française à cette époque.

Que l’on jette un coup d'œil sur la carte du Bas-Canada, et qne l’on y suive depuis l’origine jusqu’à nos jours, le développement de l’idée qui présida à la création des groupes, au choix des localités, des premiers villages, à cette disposition savante des lignes d’etablissement Courant parallèlement au fleuve et gagnant les profondeurs par séries de rangs disposés en échelons, comine les régiments d’un corps d'armée à la veille d’une grande bataille.

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