ARTICLE QUATRIEME - LA CRITIQUE LITTERAIRE
- T r i . ■ : ••■-,-- La critique littéraire est l'art.- de bien -juger les oeuvres de 1* esprit e.t d'en discerner les .mérites et les. défaut s.' ǧt art a beaucoup évolué dans le. cours des âges.. Il rougirait aujourd'hui d'être le simpel écho' d'un goût naturel plus' ou moins affiné. Il s*;est trouvé des principes tellement justes, tellement incontestables, qu'il est devenu une science véritable, et peùt--'tre la plus -délicate et- la -plus rare de toutes les scienees.' -'-' • :
L'histoire de son évolution se 'divise en deux grandes époqueE :1a. critique ancienne et la critique moderne.
La critique ancienne est celle qui se borné à apprécier la valeur des oeuvre littéraires, par leur conformité plus ou moins parfaite avec les règles. invariables du genre. Elle n'est pas précisément mauvaise; mais elle, est absolument' incomplète.
" ~-'— '-—'^Éa critique littéraire n'a pas toujours existé: elle commence avec la Renaissance.
De Ronsard jusqu'à. Malherbe (1550-1605), la critique s'efforce d'analyser les Anciens, de définir et de cataloguer les raisons qui ont valu tant de vogue aux chefs-d'oeuvres passés.
De Malherbe à Boileu, (1610-1660) , Malherbe et Balzac pour la prose, vont s'efforcer de transformer en règles définies les raisons du succès reconnu chez les Anciens.
Boileau,. (1660) , entreprend de justifier ces règles, en montrant qu'elles sont conformes au sens commun, à la raison et à la nature humaine soigneusement observée. Dès lors, et jusqu'à la fin du XVI Ile siècle,. la critique ancienne a fait loi.
On lui reproche d'avoir eu courte vue, d'avoir été intransigeante, en s' acharnant à coucher sur le même lit tous les écrivains. Elle a certainement le mérite d'avoir posé les principes et d'avoir créé le moule.
La critique moderne. élargit, le domaine et perfectionne les méthodes de la critique ancienne. Elle interroge les différentes littératures et non pas simplement celle des' Grec et des Latins. Elle fait de plus entrer en ligne de compte l'observation des circonstances-, dans lesquelles un ouvrage a été écrit. Elle ne condamne pas les principes de sa devancière; au contraire, elle s'en sert mais en les complétant.
. Madame de Staël et Chateaubriand furent les premiers qui, à la lumière des littératures étrangères, entreprirent "de contrôler les titres et la valeur de nos règles absolues." Ils furent secondés par l'éeole romantique, qui ne rêvait que d'être affranchie de toutes les lois existantes. Ni les uns ni .les autres ne purent indiquer le remède au mal dont semblait souffrir l'ancienne critique, qu'ils dénonçaient.
Villemain (1790-1867), met tout son talent à unir étroitement la critique à l'histoire. Il s'applique à nous apprendre, comment la société ou certains écrivains vivaient, a compris, aime ou admiré ou méconnu tel de ses prosateurs ou de ses poètes. Il nous explique pourquoi certaines qualités, fort appréciées aujourd'hui, l'étaient alors beaucoup moins, et pourquoi certains défauts, qui nous choquent aujourd'hui passaient alors pour des qualités. Bref, il étudie une oeuvre à sa date et dans son milieu; il tient compte du tempérament et de la race de l'auteur et des lecteurs pour lesquels l'oeuvre a été écrite. Il eut d'illustres disciples dans Saint-Marc Girardin et Nisard. C'était un premier pas.
Avec Sainte-Beuve, (1804-1869), il fallut ajouter à la considération des rapports d|une oeuvre avec son époque, l'étude approfondie de la vie de l'auteur, pour y découvrir les différentes circons-
tances qui auraient pu influer sur son éducation et le développement de son talent. La prétention de, -Sainte-Beuve c'est d'expliquer l'oeuvre .par l'homme. Il enferme et Spécialise sa critique dans la biographie.
Cette critique biographique est plus complète que la précédente, mais il ne faut .pas en abuser. L'éducation particulière ' d'un auteur peut l'excuser de certains défauts, mais elle ne saurait 'augmenter la valeur de son oeuvre.
Avec Taine et Brunetière, la critique cherche "un supplément à ces deux premiers moyens d'information dans l'étude approfondie des évolutions régulières des différents genres,' qui naissent, grandissent, atteignent leur perfection et' enfin meurent à la manière des espèces animales."
La critique moderne pourrait donc se définir! la science qui permet de juger d'une oeuvre littéraire non seulement par sa conformité aux règles du genre, mais aussi par la connaissance approfondie de toutes les circonstances de temps, de lieu et de personnes, qui peuvent diminuer ou augmenter le mérite d'un écrivain. ;
Qualités que doit avoir le critique littéraire.
Pour avoir le droit d'aspirer à devenir un maître en matière de critique littéraire il faut un ensemble de connaissances et de qualités qu'on trouve bien rarement réunies dans une même personne,
1. Il faut connaître les lois traditionnelles des différents genres littéraires et être en état de découvrir dans une oeuvre quelconque, si ces lois sont respectées ou non.
2. Connaître la date du livre à critiquer et le milieu où s'est opérée son éclosion, c'est-à-dire, la -race, le. tempérament et les goûts des lecteurs de l'époque.
3. Connaître la biographie, de , l'auteur, c'ést-à-dire, les détails intimes de sa--vie, qui auraient , pu. avoi,r une influence sur son "talent et qui sont souvent considérés comme des forces majeures.
4.- Pouvoir indiquer le point précis de l'évolution des genres dans le ., ..pays où le livre a vu '.le jour. •',-.., +
Pour porter un. .jugement sans réplique sur une, .oeuvre littéraire,il ne suffit pas d'être renseigné et. d'exprimer clairement son opinion. Il faut de plus un ensemble de. qualités morales, ..qui !place le critique au-dessus de toute faiblesse humaine, au-dessus -clés , pré jugés de son temps et de l'emprise des différentes, écoles.. Ces/qualités sont les .suivantes: la conscience; le désintéressement; l'abnégation; un égal - i. élqignement pour le dénigrement . et , la flatterie; ,.la!haine du mauvais et du médiocre; la volonté de rendre justice à tous en tout temps, sans .. .crainte de se déjuger,, en louant et blâmant-tour à tour les mêmes hommes, suiyant que les oeuvres. .d'hier' ou d'aujourd'hui sont ..dignes d'éloges ou de, blâme. ..,;.. ,'. " , ' . , ' ' ■
Enfin, comme base à toutes ces connaissances et qualités, il faut le goût littéraire, cette disposition particulière, véritable don
naturel, qui, antérieurement à toute culture spéciale, rend un homme apte à saisir le beau littéraire.
Le goût littéraire existe en germe dans tout homme qui n'est pas totalement- dépourvu de 1 ' une des trois grandes facultés litraires: la raison, l'imagination et la sensibilité. Ce germe peut se développer, s'affiner par une culture méthodique.
Pour développer le goût littéraire, il faut l'étude raisonnée des modèles. Il faut le travail d'analyse et de comparaison, travail que la plupart n'ont pas le temps ou le courage de faire.
Les premiers modèles à étudier sont les auteurs clas- ' siques. Il faut bien noter que ce n'est pas la date à laquelle il a vécu qui rend un auteur classique, mais que, c'est le ton, l'équilibre harmonieux des facultés littéraires, ,;Un classique est classique parce que dans son oeuvre, toutes' les facultés trouvent chacune son légitime emploi, sans que l'imagination y prenne le pas sur la raison, sans que la logique y alourdisse l'essor de l'imagination, sans que le sentiment y empiète sur les droits du bon se;;.s, sans que le fond s y laisse entrevoir dépouillé de ce qu' il doit emprunter à la forme de charmes et d'autorité persuasive, et sans que la forme enfin, y usurpe jamais un intérêt qui ne doit s'attacher qu'au fond," (Brunetière. )
L'étude des modernes est également nécessaire pour connaître toute l'évolution des genres, et aussi pour prendre connaissance de leurs mérites incontestables.
iDTICLE CINQUIEME-- LA PRESSE.
La Presse en général, c'est la personnification de l'instrument de ce nom, en tant qu'il sert à répandre les idées sous différentes formes: journal, revue, pamp2:let, affiche. . .livres, traités...
Dans le langage courant, par le mot Presse, on entend surtout et avant tout les publications périodiques: journaux quotidiens, hebdomadaires... qui sont le moyen le plus répandu et le plus efficace pour la diffusion des idées.
Le journal lui-même peut se définir: le porte-voix d'un groupe d'homme ou d'une école, qui revient à époques, f ires plaider devant l'opinion publique en faveur d'une cause bien définie. Toute publication qui n'a pas /de programme arrêté ne mérite pas le nom de journal.
La partis- essentielle d'un journal est l'article de fond ou de tête. On l'appelle aussi l'article de rédaction, premier Montréal, premier Ottawa. C'est lui qui donne le ton et fait les trois quarts de la propagande.
Le grand public est une vaste tribu d'enfants gâtés, étourdis ou paresseux, qu'il faut instruire comme malgré eux, en se servant de tous les^rtificés d'une savante pédagogie. Pour capter son at-
tention il faut des nouvelles; dépèches, faits divers.', comptes rendus, etc. L'art du journaliste consiste non seulement à rendre ces nouvelles intéressantes, mais surtout à les commenter de telle sorte qu'elles puissent confirmer la doctrine du journal,,
Puissance du journal.
La puissance du journal est incontestable, formidable même, pour le bien comme pour le mal, lorsque le journal est rédigé par des hommes habiles qui savent ce qu'ils veulent. En effet, "le journal pénètre partout, il parle le même langage chaque matin ou chaque soir. Il est la goutte d'eau, qui tombant, tombant encore, tombant toujours, tombant sans cesse, creuse et :;;:m à la fin le porphyre le plus dur."
Puissance pour le bien- Pie X recevant un journaliste, prit une plume, la bénit et la lui donna en disant: "Il n'y a pas de plus noble mission que celle de journaliste dans le monde d'aujourd'hui. Je bénis ce symbole de votre office. LTeS prédécesseurs consacraient, les épées et les armes des guerriers chrétiens; je préfère attirer les bénédictions du ciel sur la plume d'un journaliste catholique."
Puissance pour le mal. Le journal peut se faire le véhicule de l'erreur et intoxiquer les intelligences trop faibles pour penser par elles-mêmes. Thiers a dit un jour: "La Presse peut être libre sans danger, car il n'y a que la vérité de redoutable; le faux es£ impuissant. " Pour qu'il en fut ainsi, il faudrait que le faux combattît, à visage découvert et sans se dissimuler derrière le sophisme; et c'est généralement le contraire qui a lieUo II faudrait de plus que les lecteurs fussent tous des hommes instruits, clairvoyants, sans préjugés ni passions.
Le journal a encore pour effet de déprimer 1' intelligence et de la rendre incapable d'effort. Les lecteurs ne tardent pas à s'en remettre à leur journal avec une confiance aveugle et se dispensent de penser par eux-mêmes,
•^e pamphlet est le résumé d'une question actuelle sous une forme violente et généralement pleine de malice. C'est une arme de combat. Le peuple en est très friand.
Le tract est une petite publication destinée à vulgariser certaines idées, en les traitant familièrement, de manière à ce que les plus bornés puissent les saisir.
L'article de revue ressemble à l'article de fond du journal, avec cette différence qu'il est plus développé, accompagné de ses principales preuves et appuyé de nombreuses citations. Il est destiné au public lettp', Il fait l'assaut des fortes têtes et peut à l'occasion servir d'arsenal au journaliste, qui a juste le temps d'énoncer sa pensée et dont les affirmations peuvent être fort discutables en certains milieux. • >