CHANT LITURGIQUE
Manuscrit de 577 pages in-quarto, de l'écriture du Père Joseph Aubéry, contenant tout le chant liturgique, graduel et vespéral, annoté avec texte latin et traduction en abénakis ; en outre, divers chants, cantiques, hymnes, prières, propres du jour, antè et post communion, etc., etc. Le tout en abénakis. A part
l’annotation du plain-chant, il y a des airs de cantiques dont la musique est annotée ; ce ne sont pas des mélodies extraordinaires mais leur rythme antique ne manque pas d’un certain charme. Plusieurs des cantiques n'ont pas leur musique, mais les airs empruntés aux chansons, à l'instar du vieux cantique de Marseille, sont indiqués à l'entête. Ainsi, à la page 291,ilya un duo pour la cominunion sur l'air : ‘“ Ah ! vous diraije Maman,” et ailleurs trois autres cantiques dont le rer intitulé ‘ Desiderium animæ possidendi Jesum in cœlo,” est sur l'air : Jardins que la nature et l'art, etc., le second, sur l'air : Je me brûle l'œil au fond d’un puits, et le troisième, sur l'air: Bacchus, c’est toi que je chante.
Il y a au commencement de ce volume un index en latin très complet.
La reliure en cuir cru est très abîmée et en réclame une nouvelle, d'autant plus que plusieurs feuillets sont détachés et les uns manquent même complètement, comme de la page 2 à la page 9, et de la page 30 à la page 42. Il a eu considérablement d'usage comme l'attestent la dilacération du bas des feuillets et les traces que les doigts des chantres y ont laissées.
On y rencontre quelques pages, d’écritures différentes, évidemment recopiées pour en remplacer d’autres trop déchirées pour pouvoir servir,
Cet ouvrage sert peu maintenant, car les Abénakis depuis nombre d'années ne chantent plus guère dans leur langue à l’église, si ce n’est quelques cantiques et d’autres chants comme le Sfabat Mater, mais très rarement.
Les autres manuscrits que j'ai, Nos. 7,8, get 10, ap-
VIEUX MANUSCRITS ABÈNAKIS. 21
partiennent à des familles dans le village et sont aussi des livres de piété contenant des prières, des psaumes, chants et cantiques, formant de petits volumes petit in-quarto mal reliés ou brochés et en fort mauvais état, Ils ont été copiés ou extraits du grand ouvrage cidessus mentionné du Père Aubé:v,et on y trouve aussi d’autres compositions ou traductions faites par les Pères Jésuites. Les copies étaient faites quelquefois par des sauvages eux-mêmes, comme c’est indiqué sur l’un des volumes, qui contient même de la musique du Père Aubéry, où on lit à la première page cette déclaration : ‘ By the hand of Joseph Laurent, an Indian schollar of St. François, rith Feb, 1823.” C'était le père de M. Joseph Laurent, auteur des ‘ Dialogues ” cités précédemment.
Il existe encore quelques autres volumes manuscrits que possèdent des particuliers et qui sont dans le genre des précédents.
2H RE te —
On peut apprécier diversement l’œuvre des Jésuites dans notre histoire, et peut-être ceux qui étudieront l’histoire de la paroisse de Saint-François du Lac, auront-ils raison de dire que le Père Aubéry en particulier a voulu être quelque peu accapareur pour l'avantage de ses sauvages au détriment des seigneurs circonvoisins, mais personne ne peut nier en présence de ces preuves de leur zèle que les missionnaires de Saint-François du Lac étaient de rudes .availleurs, remplis de l'esprit de leur devoir, et qui se sont montrés les dignes successeurs des apôtres. Car quel but pouvaient-ils avoir en s'imposant une tâche aussi
ner mme
PEER ne TT
considérable qui ne devait leur rapporter ni gloire humaine, ni avantage terrestre, si ce n'était de travailler réellement pour la plus grande gloire de Dieu. Ils ont procuré aux sauvages ce qui leur était nécessaire pour mieux s'instruire dans la religion chrétienne et en pratiquer les rites dans leur propre langue, en même temps qu'ils préparaient pour leurs successeurs des livres propres à leur permettre de continuer efficacement l’œuvre de l’évangélisation de ces enfants des forêts.
Le Père Aubéry est le seul d’entre eux qui est mort à Saint-François. Ses os reposent à un endroit que rien n'indique actuellement et que l’on ne connait qu’à peu près, l'emplacement de l’ancienne église de la Mission, incendiée en 1816. Ne serait-ce pas une salutsire pensée que d'y faire des fouilles pour les reretrouver et les transférer dans l’église actuelle où un monument convenable pourrait être élevé à sa mémoire. Ce serait, tardive reconnaissance, mais justice à rendre à celui qui en fut le missionnaire pendant
quarante-six ans, de 1709 à 1755.